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mercredi 26 août 2009

Remastering: le diable est dans les détails (Bill Nelson)


Bill Nelson
, guitariste de Be Bop Deluxe, peut-être mieux connu au lecteur de ces pages pour sa magnifique contribution aux plages instrumentales de Gone To Earth de David Sylvian, a écrit ce texte fascinant sur le remastering et ses dangers:

"It's a strange thing, this remastering malarky. I remember, a while back, some Beatles remastered material coming out...and yes, it was 'brighter,'clearer and there was more separation between the instruments, etc. But you know what? I didn't like it. It lost something that the originals had. I much preferred the way the original releases sounded.

Clarity and prescence can make recordings that originally gelled and hung together perfectly sound clinical and artificial. Sometimes, it's the actual LACK of digital clarity that gives recordings made by analogue methods their magic and warmth.

There's much more to the process of mixing music than just cleaness and clarity. Some of the most wonderful and iconic recordings have deliberately used murkiness and mystery to achieve their effect. Often, it's the subtle blend of instruments, the blurring of lines, the foginess, that creates the magic sound, not their separation. Anything that alters that relationship will destroy it.

I know that, when I used to record at Abbey Road with Be Bop Deluxe, we spent a great deal of time and care getting the recordings to sound the way we wanted them to sound. That same care was applied to the original mastering, to preserve the sound we had achieved in the recording and mixing process. Any remastering aimed at 'improving' the sound picture, or 'clarifying' it will change the delicate balance of tonalities and instrumentation to some degree or other, and in many cases, I think, to the detriment of the music and often to the artist's original intention.

Cleaning up an analogue recording via digital means can be a negative step, rather than a positive one. Plus, as we all know, the myth of remastering has long been used by the industry to sell albums over and over again to fans who already bought the thing first time 'round. Remastering and 'alternative takes' are both useful marketing devices for record companies.
Vous pouvez suivre la discussion sur son site Web.

mardi 21 juillet 2009

Nouveau DAVID SYLVIAN en septembre


Le 14 septembre prochain, un des artistes les plus intéressants de la sphère du Art-Rock nous donnera son nouvel album, et promet une oeuvre sans compromis aucun.

Depuis ses débuts, à peine sorti de l'adolescence, de vedette glam-rock au sein du groupe Japan, David Sylvian poursuit un parcours atypique et passionnant... Après quelques albums qui sentaient le mal-de-vivre et la sainte trilogie du rock (sexe, drogue & rock'n'roll), Sylvian, véritable éponge musicale, a fait opérer à son groupe un brusque virage à gauche en même temps que son chant se transformait de manière spectaculaire, descendant de quelques octaves, pour donner à Japan ses lettres de noblesse art-rock avec les albums Tin Drum et Gentlemen Take Polaroids.



C'est le début des années '80 et au milieu de la pléthore de disques synth-rock, Japan intègre les leçons de Bowie (époque Berlin) et Roxy Music, mais aussi de Gary Numan et de Can pour livrer des disques qui n'ont pas pris une ride depuis (au contraire de la presque totalité des groupes de l'époque). Son art est audacieux, tendu, poétique, tourmenté, rythmé, dissonant parfois, à l'image du hit anglais le plus étrange des années '80, l'inquiétant Ghosts.


Mais la vie de rock-star n'intéresse pas Sylvian qui saborde Japan et se lance dans une ambitieuse carrière solo, multipliant les collaborations avec des artistes qu'il aime et qu'il intègre dans son univers sonore qui est à chaque pas plus unique: le trompettiste "ambiant" Jon Hassell et la tête pensante de Can Holger Czukay sont de la partie sur le sombre et hypnotisant Brilliant Trees, son 1er disque; Robert Fripp et Bill Nelson gratifient des couleurs uniques de leurs guitares le double Gone To Earth (dont la moitié des pièces sont des pièces ambiantes instrumentales, à la Bowie des années Berlin);

Mais c'est sur son troisième, Secrets of the Beehive, qu'il trouve l'équilibre parfait entre tous les mondes qui l'habitent. Secrets of the Beehive est un des chefs d'oeuvre de Art-Rock des années '80, aux côtés des grands albums de Talk Talk... un modèle d'équilibre, de raffinement sonore, de recherche poétique et musicale, avec des collaborateurs prestigieux et des pièces magnifiques (écoutez-moi When Poets Dreamed of Angels...) Ryuichi Sakamoto, Mark Isham, David Torn sont de la partie. Ces deux derniers sont de la tournée qui passe par Montréal...

Et au moment où on aurait pu croire que toute tension et toute agression avaient déserté l'art de ce grand bâtisseur de sons, on apprend avec stupéfaction que Japan se reforme (ça ne durera qu'un album: Rain Tree Crow) le temps de se rendre compte que le passé ne se recrée pas si facilement; puis, encore plus percutant, Sylvian rejoint Robert Fripp, dictateur musical notoire et front man de l'art rock le plus tendu qui soit.


The First Day
est le point de rencontre parfait entre la guitare tranchante de Fripp et la voix sensuelle de Sylvian, un mélange de tension, de groove percutant (avec la section rythmique du prochain King Crimson), de guitares saignantes et de compos aériennes. Jamais Fripp n'a eu droit à un tel vocaliste, ce que confirme la tournée suivante, qui résulte dans le percutant Damage. Fripp invite Sylvian à joindre le nouveau King Crimson, mais Sylvian, futé, sait que KC n'a qu'un maître. Fin d'une explosive collaboration.





La suite? Notre caméléon à la voix d'or multiplie les collaborations artistiques flyées, risquées, presque autistiques, tout en offrant de temps en temps à ses fans des albums plus ramassés, plus structurés. Alors qu'on ne l'attend plus paraît en 1999 Dead Bees on a Cake, un disque opulent, riche et dense, où apparaissent, parmi les Sakamoto, Wheeler et autres grandes pointures des disques passés, le maître du techno hindou Talvin Singh et le maître de la gravure sur six-cordes Bill Frissell.

Sylvian ne prend pas une ride. On dirait un peintre, qui cherche inlassablement de nouveaux modes d'expression, de nouvelles couleurs, de nouveaux pigments, qui les mélange avec un style qui est bien le sien, mais dont il n'hésite pas à détruire de temps en temps les signes reconnaissables, comme s'il avait peur d'être piégé par une formule. Un artiste exigeant pour ses fans!



Sylvian déménage tout près d'ici (Vermont), semble prendre une optique de plus en plus spirituelle (et ça, ça nous fait craindre le pire, avouons-le). Il divorce de l'industrie après d'opulentes compilations (Everything and Nothing pour les oeuvres vocales, Camphor pour les oeuvres instrumentales, avec remix, inédits, des mondes immenses à découvrir, redécouvrir). Nouveau groupe: Nine Horses, tout à fait dans la lignée de son travail solo, puis un disque exigeant, déconstruit, angoissant, Blemish, qui témoigne d'un divorce douloureux. Incapable de rendre son angoisse comestible, il demande à des remixers de s'en charger, ce qui donnera The Good Son vs The Only Daughter, The Blemish Remixes, que je n'ai pas eu le plaisir d'entendre encore...

Prochain chapitre donc: 14 septembre prochain avec Manafon. Deux éditions (c'est la mode), un CD en digipack, et un volume CD/DVD présentant un film, Amplified Gesture (on sait que Sylvian est aussi un artiste visuel qui a présenté des expositions de magnifiques Polaroids noir et blanc). On nous annonce une musique sans compromis, et la liste des invités, parmi lesquels le saxophoniste free Evan Parker, suggère un univers déconstruit et pas nécessairement facile d'approche. Aux oreilles aventurières, nous donnons rendez-vous!