Je n'ai jamais trouvé sur Blogger la manière d'indexer les commentaires de manière à ce qu'ils soient faciles à retrouver...
Mais bref les remix/remasterings du Genesis de la belle époque continuent de provoquer des commentaires... Genesis continue, plus de 35 ans après la sortie de leurs grands albums, à provoquer des réactions passionnées...
Allez-y voir...
Poetry and music are for those with straight connections between ears, eyes, heart, and gut. (Diane Dorr-Dorynek)
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samedi 7 mai 2011
samedi 16 octobre 2010
Les remix de GENESIS: des commentaires fort intéressants
On aime bien Blogger comme éditeur de blogue, mais faut admettre que ce n'est pas le plus puissant, ni le plus facile à configurer. J'aimerais bien savoir comment mettre les "Commentaires" les plus récents bien visibles, sans égard à quel article les a motivés.
Toujours est-il qu'il y a une série de commentaires très fouillés sur les remix stéréo de Genesis que j'ai commentés il y a un bon bout de temps. Si ça vous intéresse, je vous invite vraiment à les lire, parce qu'on a affaire à un vrai spécialiste de l'oeuvre du groupe.
http://fredhammersmith.blogspot.com/2008/02/massacre-la-tronconneuse-genesis-remix.html
Toujours est-il qu'il y a une série de commentaires très fouillés sur les remix stéréo de Genesis que j'ai commentés il y a un bon bout de temps. Si ça vous intéresse, je vous invite vraiment à les lire, parce qu'on a affaire à un vrai spécialiste de l'oeuvre du groupe.
http://fredhammersmith.blogspot.com/2008/02/massacre-la-tronconneuse-genesis-remix.html
samedi 16 janvier 2010
Chef d'oeuvre mineur: Wise After The Event de Anthony Phillips
On peut se demander commnent s'est senti Anthony Phillips pendant les années '70, alors que ses amis de Genesis passaient de l'anonymat au statut de fers de lance de la musique progressive britannique. Après tout, il avait largement contribué à forger l'identitié du groupe sur Tresspass. Son influence se fait encore nettement sentir sur Nursery Cryme même si Steve Hackett a déjà pris le relais. Il y a dans le son du Genesis d'alors une douceur pastorale, presque une aquarelle couchée sur 6-cordes, qui doit beaucoup à Phillips.
Mais enfin, il y a sûrement des tonnes de raisons pour ne pas entreprendre une carrière dans le cirque rock pour un individu raisonnable. Néanmoins, la parution en 1977 de l'album The Geese and the Ghost , fruit du travail de nombreuses années de Phillips, avec l'aide de Mike Rutherford, fut l'occasion de se rappeler que Genesis était tout un terreau de talents rares. La réception fut excellente; c'était comme un aperçu de la voie qu'aurait pu prendre Genesis avec un Peter Gabriel moins ambitieux et avec un guitariste moins expressionniste. Et c'est un Anthony Phillips plein de confiance qui s'enferme dans un studio pendant un mois, en 1978, pour pondre un joli petit chef d'oeuvre, en mode mineur.
Cet album, Wise After The Event, il y a facilement 30 ans que je ne l'ai pas entendu. Parce qu'enfin, ce disque, il n'est plus qu'un petit astérisque dans l'encyclopédie du rock britannique, une note en bas de page du chapitre Genesis; ce n'est pas le disque que l'on sort lorsqu'on file "prog". Et pourtant, je me suis rendu compte que je n'avais rien oublié, 30 ans plus tard: rien oublié de ces mélodies sinueuses, pleines de la jolie complexité d'un orfèvre à l'ouvrage. Rien oublié du climat pastoral, terriblement vivant, de cet album qui, je ne sais pas pourquoi, peut-être pour son côté bricolé, bordélique, me rappelle le Ram de Paul et Linda McCartney. Et puis, il y a ce son si particulier, forgé par Phillips avec l'excellent producteur Rupert Hine (qui a le don d'aller chercher le meilleur des artistes: Howard Jones et son Human's Lib, le Private Dancer de Tina Turner, The Getaway de Chris De Burgh), spirales de guitares mixées serrés dans une sorte de vapeur métallique au milieu de laquelle émerge la voix de Anthony Phillips: une voix fragile, pas toujours très juste, toujours au moins doublée, sans grande texture, et pourtant, je ne sais par quel moyen, terriblement expressive, des centuples de fois plus expressives que la voix de Steve Hackett, pour donner un exemple.
C'est un petit voyage que je vous recommande, peut-être une fois l'an, lorsque la nature semble cruelle (comme cette semaine bon sang), et le rock pesant et sentencieux. C'est un disque qui respire l'optimisme, la naïveté, l'amour de la guitare et des mélodies un peu fouillées. Un disque très éloigné de Genesis, un disque qui ne ressemble à rien d'autre, même pas à The Geese and the Ghost. Un prog gentil, pas prétentieux pour deux sous.
[Côté son, rien pour écrire à sa mère: mixage presque mono, et l'édition double avec démos et mix alternatifs sent le EQ-dub à plein nez: presque pas de basse... si vous avez le vinyle, écoutez-le plutôt, il doit être meilleur]
Mais enfin, il y a sûrement des tonnes de raisons pour ne pas entreprendre une carrière dans le cirque rock pour un individu raisonnable. Néanmoins, la parution en 1977 de l'album The Geese and the Ghost , fruit du travail de nombreuses années de Phillips, avec l'aide de Mike Rutherford, fut l'occasion de se rappeler que Genesis était tout un terreau de talents rares. La réception fut excellente; c'était comme un aperçu de la voie qu'aurait pu prendre Genesis avec un Peter Gabriel moins ambitieux et avec un guitariste moins expressionniste. Et c'est un Anthony Phillips plein de confiance qui s'enferme dans un studio pendant un mois, en 1978, pour pondre un joli petit chef d'oeuvre, en mode mineur.
Cet album, Wise After The Event, il y a facilement 30 ans que je ne l'ai pas entendu. Parce qu'enfin, ce disque, il n'est plus qu'un petit astérisque dans l'encyclopédie du rock britannique, une note en bas de page du chapitre Genesis; ce n'est pas le disque que l'on sort lorsqu'on file "prog". Et pourtant, je me suis rendu compte que je n'avais rien oublié, 30 ans plus tard: rien oublié de ces mélodies sinueuses, pleines de la jolie complexité d'un orfèvre à l'ouvrage. Rien oublié du climat pastoral, terriblement vivant, de cet album qui, je ne sais pas pourquoi, peut-être pour son côté bricolé, bordélique, me rappelle le Ram de Paul et Linda McCartney. Et puis, il y a ce son si particulier, forgé par Phillips avec l'excellent producteur Rupert Hine (qui a le don d'aller chercher le meilleur des artistes: Howard Jones et son Human's Lib, le Private Dancer de Tina Turner, The Getaway de Chris De Burgh), spirales de guitares mixées serrés dans une sorte de vapeur métallique au milieu de laquelle émerge la voix de Anthony Phillips: une voix fragile, pas toujours très juste, toujours au moins doublée, sans grande texture, et pourtant, je ne sais par quel moyen, terriblement expressive, des centuples de fois plus expressives que la voix de Steve Hackett, pour donner un exemple.
C'est un petit voyage que je vous recommande, peut-être une fois l'an, lorsque la nature semble cruelle (comme cette semaine bon sang), et le rock pesant et sentencieux. C'est un disque qui respire l'optimisme, la naïveté, l'amour de la guitare et des mélodies un peu fouillées. Un disque très éloigné de Genesis, un disque qui ne ressemble à rien d'autre, même pas à The Geese and the Ghost. Un prog gentil, pas prétentieux pour deux sous.
[Côté son, rien pour écrire à sa mère: mixage presque mono, et l'édition double avec démos et mix alternatifs sent le EQ-dub à plein nez: presque pas de basse... si vous avez le vinyle, écoutez-le plutôt, il doit être meilleur]
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dimanche 4 octobre 2009
Votre album le plus décevant?
Ben tiens, on parle toujours de nos albums préférés, mais qu'en est-il des albums qui vous ont le plus déçu? Qui vous ont sevré d'un artiste avec lequel vous ressentiez encore, quelques mois avant, une connexion particulière, voire un lien psychotronique?
Les carrières sont de plus en plus météoriques, mais je me rappelle une époque où chaque nouvel album de nos artistes favoris déclenchait une sorte d'obsession. Et je me rappelle très bien mes plus grandes déceptions. Les voici...
Les carrières sont de plus en plus météoriques, mais je me rappelle une époque où chaque nouvel album de nos artistes favoris déclenchait une sorte d'obsession. Et je me rappelle très bien mes plus grandes déceptions. Les voici...
Styx - Cornerstone (1979)
Styx, je l'avoue sans honte, m'a initié au rock anglo-saxon. Ce fut mon premier show d'aréna. Je savourais chaque album (au rythme d'un par année) en me régalant des constructions baroques et un peu prétentieuses de Dennis De Young et du folk-rock électrique de Tommy Shaw, et en tapant du pied sur les rock carrés, prévisibles et virils de James Young. Je n'ai jamais pu digérer le déjeuner que je prenais le jour où Babe, l'ode de De Young à sa femme, a résonné pour la première fois à la radio. Styx, pop? C'était, pour moi, la fin du monde.
Queen - Jazz (1978)
Après News Of The World et son rock anthémique FM parfait, mélodique, puissant, qui nous donnait envie de chanter la nuit (Spread Your Wings, We Are The Champions, We Will Rock You) en courant dans la ville, Jazz et son rock syncopé, hachuré et son humour étrange (Fat Bottomed Girls) manquait singulièrement d'engagement. Et ce n'est pas le fameux poster de cyclistes nues (qu'on m'a piqué d'ailleurs!) qui allait compenser.
Genesis - And Then There Were Three (1978)
Oh, Steve Hackett, où es-tu?
Steve Hackett - Cured (1981)
Oh, je vois...
Kate Bush - The Red Shoes (1993)
Seul faux-pas d'une carrière remarquable. Kate, complètement déboussolée après une rupture, compose quelques pièces d'une vulnérabilité troublante (You're The One), mais pour le reste multiplie les collaborations ratées (Prince???)
Robert Charlebois - Swing Charlebois Swing (1977)
Il nous avait bien averti, dans un spécial télévisé aux Beaux dimanches qui m'avait laissé dévasté: le rock, pour lui, c'était fini. Mais devait-il se transformer en chanteur quétaine fini? Garou, Garou, pourquoi m'as-tu fait ça?
David Bowie - Let's Dance (1983)
Après le très riche Scary Monsters qui, après son escale berlinoise, le sacrait fer de lance du art-rock eighties (et vedette de MTV), le passage de la guitare tranchante de Robert Fripp au funk de Nile Rodgers m'a profondément déprimé. Vu dans le contexte plus large de la popularité trépidante de Duran Duran, de Robert Palmer et de Power Station, on peut reconnaître à Bowie son flair légendaire... mais au niveau compos, cet album un peu trop mince n'est que le premier d'une longue série de chutes d'inspiration.
J'avoue qu'il en faudrait beaucoup aujourd'hui pour qu'un mauvais album vienne troubler mon sommeil... L'époque a changé, moi aussi. Bien que, si Radiohead sortait une merde... peut-être...
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mardi 2 juin 2009
Caféine dans le sang, JACKIE McLEAN et GENESIS sur la sono

Parfois, la musique nous met en accord avec le monde et nous apaise. La musique nous met en contact avec la beauté, l'apesanteur, la poésie et même parfois, pourquoi pas, notre âme.
Mais, comme le disait mon ami Didier à mon amie Francine, il y a très longtemps, la musique est aussi tension, énergie, rage, fantasme.
Ce soir, je filais comme si j'avais le sang gonflé de caféine et je voulais de ma musique un état de tension agressive. Pas la violence du hard-rock, du speed metal ou du punk. Mais une sorte d'éclair intellectuel et moral. Je ne voulais pas de douceur; plutôt un coup de cymbale sur la gueule.
Mais je dois penser aux autres membre de la gente humaine dans la pièce. Alors j'ai commencé raisonnablement. Du hard-bop Blue Note, mais du solide. J'ai commencé avec Jackie McLean.
Ah, le hard-bop! Avant le chaos du free jazz, mais solidement sur les rails d'une expressivité tapageuse, le hard-bop est un dernier moment de réunion du jazz avec un large public, avant que Ornette Coleman et John Coltrane poussent le genre dans ses retranchements. En 1959, Jackie McLean, un jeune alto, pousse l'expressivité de son instrument dans des zones qui ne sont pas sans rappeler le jeune Coltrane. Les connaisseurs reconnaissent McLean en deux notes, disent-ils. Il a un son tranchant, perçant presque. Il n'a pas gardé le son sinueux de son illustre prédécesseur Charlie Parker. Les temps changent. La musique devient un cri. McLean cadre bien.
Alors imaginez ça: le trompettiste Donald Byrd (expressionniste, très loin du feutre de Miles Davis ou même du son soul de Freddie Hubbard) sur le canal gauche, et ce jeune alto super-émotif sur la droite. Rudy van Gelder (qui d'autre) à la console, lui qui aime "réveiller" le son des cuivres, les rendre encore plus vifs et durs que dans la nature... la section rythmique est celle de Kind of Blue: Paul Chambers et Philly Joe Jones. Au piano, Sonny Clarke, bon, bof, on sait que le son du piano est immanquablement en retrait, presque éteint, avec Rudy. Tant pis: toute la place aux cuivres. Ça vous gicle la douleur et la force humaines. Vous en avez pour trois pièces dans cette formation, du hard bop d'excellente tenue.
Puis, soudain, changement de session et d'ensemble: pour les trois pièces suivantes s'ajoute un ténor, Tina Brooks, on remplace Byrd par Blue Mitchell et Joe Jones par Art Taylor. Et soudain, ça joue avec encore plus de force, d'originalité, de style. Sérieusement, quand j'ai mis ça en musique de fond la première fois, j'ai littéralement suspendu tout travail pour les écouter. 'Pouvait pas m'empêcher. Surtout Isle of Java. La musique devient puissamment évocatrice, ça m'a fait penser à Chet Baker et Gerry Mulligan qui faisaient des pièces comme ça, qui dévalent à toute vapeur sur des mélodies glissantes, et qui vous donnent envie de pousser à fond une voiture sur des routes perdues au crépuscule. La musique a le don de me faire dire des choses idiotes... Et pourtant, voyez, je viens de le remettre, et mon pied se met à battre et ma tête à imaginer des choses comme la liberté totale et toute la vie devant soi. Oui, c'est vif à ce point.
Maintenant, laissez-moi vous parler un moment du son. Ce disque fait partie des rééditions en 45-tours de Blue Note, masterés par Kevin Gray et Steve Hoffman. Ce que j'écoute est un needledrop du vinyle, autrement dit un transfert digital qui joue dans un Oppo; autrement dit, quelques crans de fidélité en-dessous de l'original. Ça torche tellement que c'en est ridicule. Je sais, je sais, c'est ridiculement cher aussi. 50US$ pour moins de 40 minutes de musique. Mais si vous en avez les moyens... n'attendez pas qu'il n'en reste plus et qu'ils coûtent 125$ sur e-bay.
Et pour les autres, nous aurons notre consolation car bientôt, le même titre sortira en SACD, des mêmes mains expertes, avec en prime trois titres supplémentaires de la seconde session, celle avec Tina Brooke, et paraît que ces trois "bonus" (rassemblés jadis sur un autre LP) vont compléter notre bonheur.
* * *

Vous ne me voudriez pas comme DJ. Parce que rien n'est plus contraire à l'art du DJ que la transition que j'ai faite après vers un album mythique, boursouflé, un peu raté, fascinant et énigmatique: The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis.
Nous sommes en 1974 et le rock commence à gonfler comme une grenouille qui aurait fumé trop de ganja. C'est l'ère des albums-doubles complaisants. Dylan, les Beatles, Jimi Hendrix et les Who avaient prouvé que c'était possible, maintenant plus rien n'arrête la loghorrée: Led Zeppelin, les Rolling Stones, Yes, Elton John, les Who encore; on ne se peut plus. C'est aussi l'ère des opéras-rock, concept vaseux s'il en est un, où les rockers se prennent soudain pour de grands compositeurs, capables de soutenir de larges développements dramatiques... Ouf, tout ça n'a pas nécessairement bien vieilli, mais ça demeure des moments fascinants.
Et voilà que le groupe le plus gracieux du rock progressif britannique va s'y frotter. Mais attention: plus qu'aucun autre de ses confrères, Peter Gabriel sait et sent que le rock progressif fonce vers un mur qui se nomme insignifiance; et Gabriel est tout sauf un artiste insignifiant. Pour continuer à faire évoluer le quintette, il va leur faire prendre un stupéfiant bain de modernité; il réclame (arrache plutôt) le monopole sur les textes du prochain disque et invente l'histoire d'un jeune punk new-yorkais, Rael, sorte d'émule échappé d'Orange mécanique assoiffé de violence et de sexe. Les grandes envolée instrumentales du groupe sont réduites à leur plus simple expression: les pièces sont courtes et ramassées. Le son si poli du groupe devient sec, grinçant; la voix de Gabriel elle-même subit un traitement sonore qui la rend particulièrement agressive et sèche, l'Enossification (Brian Eno, dont l'influence est en train d'immerger l'ensemble du art-rock anglais). À l'image de la pochette, radicalement différente des précédentes, le groupe passe des prairies anglaises et des mythes et légendes colorées au bitume et au noir et blanc. Fascinant.
Le double-disque grince, agresse, crie, fonce à tombeau ouvert; les accalmies (Carpet Crawlers, Anyway, The Lamia) deviennent de vraies bouffées d'oxygène dans ce monde conscrit. La sauce ne prend pas toujours. Certains passages révèlent un véritable inconfort. A-t-on jamais entendu Steve Hackett sonner aussi peu à son aise que dans son solo du par ailleurs excellent The Lamia? Lorsque le groupe se lance dans l'instrumental déconstruit (le fascinant The Waiting Room), on comprend qu'ils ne menaceront pas de sitôt Pink Floyd: on est loin d'Echoes! Tony Banks semble parfois chercher son équilibre et est souvent platement narratif. Gabriel cherche un son qu'il trouvera plus tard avec Fripp dans Peter Gabriel II, comme sur The Chamber of 32 Doors.
Et puis tout à coup, les éléments tombent en place, les colorations de Hackett et de Banks s'accordent au narratif (Fly on a Windshield, In The Cage, Hariless Heart, Carpet Crawlers, The Light Dies Down On Broadway). On tient quelque chose! Sans oublier le chef d'oeuvre de ce disque, un morceau qui le résume parfaitement et qui doit son punch au flair pop de Mike Rutherford qui l'a composé: Back in NYC.
Probable qu'aucun disque de Genesis n'a un son aussi peu plaisant. Mais pour le groupe, et Gabriel en particulier, c'était un statement important. On pourra toujours rêver de ce que Jodorowky aurait fait en film de ce délire urbain, projet malheureusement oublié!
Dans les mois qui suivront, le gouffre entre Gabriel et ses partenaires ne cessera de se creuser. Le groupe ne se couvrira pas d'honneur en reprochant à Gabriel, nouveau père, de se préoccuper trop de sa petite fille gravement malade. Genesis, endetté et à bout de souffle, se scinde. Le divorce permettra à Genesis d'opérer une retraite ordonnée vers ses acquis passés; il permettra aussi à l'archange Gabriel d'explorer des univers infiniment plus féconds que ceux du progressif symphonique qui, déjà, se mord la queue. Fripp et lui auront donné à la fin de la décennie une poussée décisive vers un rock plus moderne. Ils échapperont à l'insignifiance qui les guettait.
Alors, peut-être que The Lamb Lies Down (que personnellement j'abandonne toujours avant la fin) a quelque chose d'un peu croche et raté. Peut-être qu'il a sur les nerfs l'effet d'un café filtre un peu trop bouilli. Mais il a amorcé pour Gabriel un cycle fécond. Et il aura cassé le moule.

Vous ne me voudriez pas comme DJ. Parce que rien n'est plus contraire à l'art du DJ que la transition que j'ai faite après vers un album mythique, boursouflé, un peu raté, fascinant et énigmatique: The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis.
Nous sommes en 1974 et le rock commence à gonfler comme une grenouille qui aurait fumé trop de ganja. C'est l'ère des albums-doubles complaisants. Dylan, les Beatles, Jimi Hendrix et les Who avaient prouvé que c'était possible, maintenant plus rien n'arrête la loghorrée: Led Zeppelin, les Rolling Stones, Yes, Elton John, les Who encore; on ne se peut plus. C'est aussi l'ère des opéras-rock, concept vaseux s'il en est un, où les rockers se prennent soudain pour de grands compositeurs, capables de soutenir de larges développements dramatiques... Ouf, tout ça n'a pas nécessairement bien vieilli, mais ça demeure des moments fascinants.
Et voilà que le groupe le plus gracieux du rock progressif britannique va s'y frotter. Mais attention: plus qu'aucun autre de ses confrères, Peter Gabriel sait et sent que le rock progressif fonce vers un mur qui se nomme insignifiance; et Gabriel est tout sauf un artiste insignifiant. Pour continuer à faire évoluer le quintette, il va leur faire prendre un stupéfiant bain de modernité; il réclame (arrache plutôt) le monopole sur les textes du prochain disque et invente l'histoire d'un jeune punk new-yorkais, Rael, sorte d'émule échappé d'Orange mécanique assoiffé de violence et de sexe. Les grandes envolée instrumentales du groupe sont réduites à leur plus simple expression: les pièces sont courtes et ramassées. Le son si poli du groupe devient sec, grinçant; la voix de Gabriel elle-même subit un traitement sonore qui la rend particulièrement agressive et sèche, l'Enossification (Brian Eno, dont l'influence est en train d'immerger l'ensemble du art-rock anglais). À l'image de la pochette, radicalement différente des précédentes, le groupe passe des prairies anglaises et des mythes et légendes colorées au bitume et au noir et blanc. Fascinant.
Le double-disque grince, agresse, crie, fonce à tombeau ouvert; les accalmies (Carpet Crawlers, Anyway, The Lamia) deviennent de vraies bouffées d'oxygène dans ce monde conscrit. La sauce ne prend pas toujours. Certains passages révèlent un véritable inconfort. A-t-on jamais entendu Steve Hackett sonner aussi peu à son aise que dans son solo du par ailleurs excellent The Lamia? Lorsque le groupe se lance dans l'instrumental déconstruit (le fascinant The Waiting Room), on comprend qu'ils ne menaceront pas de sitôt Pink Floyd: on est loin d'Echoes! Tony Banks semble parfois chercher son équilibre et est souvent platement narratif. Gabriel cherche un son qu'il trouvera plus tard avec Fripp dans Peter Gabriel II, comme sur The Chamber of 32 Doors.
Et puis tout à coup, les éléments tombent en place, les colorations de Hackett et de Banks s'accordent au narratif (Fly on a Windshield, In The Cage, Hariless Heart, Carpet Crawlers, The Light Dies Down On Broadway). On tient quelque chose! Sans oublier le chef d'oeuvre de ce disque, un morceau qui le résume parfaitement et qui doit son punch au flair pop de Mike Rutherford qui l'a composé: Back in NYC.
Probable qu'aucun disque de Genesis n'a un son aussi peu plaisant. Mais pour le groupe, et Gabriel en particulier, c'était un statement important. On pourra toujours rêver de ce que Jodorowky aurait fait en film de ce délire urbain, projet malheureusement oublié!
Dans les mois qui suivront, le gouffre entre Gabriel et ses partenaires ne cessera de se creuser. Le groupe ne se couvrira pas d'honneur en reprochant à Gabriel, nouveau père, de se préoccuper trop de sa petite fille gravement malade. Genesis, endetté et à bout de souffle, se scinde. Le divorce permettra à Genesis d'opérer une retraite ordonnée vers ses acquis passés; il permettra aussi à l'archange Gabriel d'explorer des univers infiniment plus féconds que ceux du progressif symphonique qui, déjà, se mord la queue. Fripp et lui auront donné à la fin de la décennie une poussée décisive vers un rock plus moderne. Ils échapperont à l'insignifiance qui les guettait.
Alors, peut-être que The Lamb Lies Down (que personnellement j'abandonne toujours avant la fin) a quelque chose d'un peu croche et raté. Peut-être qu'il a sur les nerfs l'effet d'un café filtre un peu trop bouilli. Mais il a amorcé pour Gabriel un cycle fécond. Et il aura cassé le moule.
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mardi 5 février 2008
Genesis remixé en SACD: Massacre à la tronçconneuse:
Je chiale souvent contre les remasters/remix de Genesis... Mais avant de passer pour un irrépressible grincheux et un ennemi de la jeunesse, peut-être qu'avec un peu de travail je peux faire la démonstration de ce que j'avance.
Je trouve ça d'autant plus important que nous sommes
présentement en pleine épidémie de masters et remasters absolument épouvantables, inécoutables, qui sont j'en suis certain un des maux les plus sévères que connait le monde de la musique actuellement. Une dégradation sévère de la qualité du produit, qui fait qu'aujourd'hui, s'asseoir et écouter un disque au complet devient presque une corvée. Je veux dire, après 15 ou 20 minutes de son compressé, avec des aigus scintillantes, les nerfs n'en peuvent plus!
Vous avez remarqué? Le cinéma, qui, lui, est en plein boom, suit la trajectoire inverse: investissement dans la qualité du produit (blue ray, hd-dvd) = plus de clients contents, plus de ventes.
Anyway... Genesis... On s'entend qu'il s'agit pas d'un petit groupe qui débute et qui doit fesser fort pour qu'on le remarque. On parle d'un groupe qui a déjà sa base de fans, qui, j'en suis certain, ont souvent acheté 2 ou 3 copies de leurs disques préférés, genre copie vinyle de Foxtrot dans les années '70, puis Cd dans les années '80, et maintenant, il sort en SACD. On se comprend que celui qui rachète la chose veut PLUS de qualité. Pas MOINS. Que la qualité audiophile du truc est importante. Bon j'arrive aux faits.
Voici le fichier WAVE de Squonk ("sur "A Trick of the Tail") dans la version CD des années '80, la 1ère, sur étiquette Atco, remasteré par Barry Diament si je me rappelle bien. Vous savez, les CD des années '80 qu'on disait flat...
(à noter que j'ai normaliser le volume pour que les peaks soient à 0 dB, pour comparer des volumes équivalents)
OK. Maintenant tenez-vous bien: le remix/remaster 2007 de Nick Davies, la version dite audiophile:
Évidemment, je l'ai pas normalisé, celle-là.
Ça fesses-tu dans le dash??? C'est presque de la pornographie auditive, vous trouvez pas???
Ceux qui savent lire les WAVE comprennent ce qu'ils ont sous les yeux. Une onde carrée. Squashed. Du bruit. De la distorsion. Des cymbales qui sonnent comme une onde parasite. Des voix qui cillent. Nick Davies prétend que de compresser un peu permet plus de résolution dans les détails à plus faible volume. C'est sûrement de l'humour anglais: un peu de compression??? Un peu???????
Tant que les amateurs de musique vont accepter cela et acheter sans rechigner, tant qu'ils ne se plaindront pas de ces aberrations qu'on leur sert, ça va continuer. Des SACD compressés (pourquoi???). Des Cd avec des écarts dynamiques de moins de 10dB, plutôt que 35dB comme jadis. C'est comme si en télé on retournait au noir et blanc.
Méfiez-vous du lieu commun qui dit que les CDs des années '80 étaient de piètre qualité et que les remasters les surpassent. C'est parfois vrai et c'est SOUVENT faux. Boycottez les remasters massacrés de vos classiques préférés. En commençant par cette boucherie, les remasters de Genesis.
Je trouve ça d'autant plus important que nous sommes
présentement en pleine épidémie de masters et remasters absolument épouvantables, inécoutables, qui sont j'en suis certain un des maux les plus sévères que connait le monde de la musique actuellement. Une dégradation sévère de la qualité du produit, qui fait qu'aujourd'hui, s'asseoir et écouter un disque au complet devient presque une corvée. Je veux dire, après 15 ou 20 minutes de son compressé, avec des aigus scintillantes, les nerfs n'en peuvent plus!Vous avez remarqué? Le cinéma, qui, lui, est en plein boom, suit la trajectoire inverse: investissement dans la qualité du produit (blue ray, hd-dvd) = plus de clients contents, plus de ventes.
Anyway... Genesis... On s'entend qu'il s'agit pas d'un petit groupe qui débute et qui doit fesser fort pour qu'on le remarque. On parle d'un groupe qui a déjà sa base de fans, qui, j'en suis certain, ont souvent acheté 2 ou 3 copies de leurs disques préférés, genre copie vinyle de Foxtrot dans les années '70, puis Cd dans les années '80, et maintenant, il sort en SACD. On se comprend que celui qui rachète la chose veut PLUS de qualité. Pas MOINS. Que la qualité audiophile du truc est importante. Bon j'arrive aux faits.
Voici le fichier WAVE de Squonk ("sur "A Trick of the Tail") dans la version CD des années '80, la 1ère, sur étiquette Atco, remasteré par Barry Diament si je me rappelle bien. Vous savez, les CD des années '80 qu'on disait flat...
(à noter que j'ai normaliser le volume pour que les peaks soient à 0 dB, pour comparer des volumes équivalents)
OK. Maintenant tenez-vous bien: le remix/remaster 2007 de Nick Davies, la version dite audiophile:
Évidemment, je l'ai pas normalisé, celle-là.Ceux qui savent lire les WAVE comprennent ce qu'ils ont sous les yeux. Une onde carrée. Squashed. Du bruit. De la distorsion. Des cymbales qui sonnent comme une onde parasite. Des voix qui cillent. Nick Davies prétend que de compresser un peu permet plus de résolution dans les détails à plus faible volume. C'est sûrement de l'humour anglais: un peu de compression??? Un peu???????
Tant que les amateurs de musique vont accepter cela et acheter sans rechigner, tant qu'ils ne se plaindront pas de ces aberrations qu'on leur sert, ça va continuer. Des SACD compressés (pourquoi???). Des Cd avec des écarts dynamiques de moins de 10dB, plutôt que 35dB comme jadis. C'est comme si en télé on retournait au noir et blanc.
Méfiez-vous du lieu commun qui dit que les CDs des années '80 étaient de piètre qualité et que les remasters les surpassent. C'est parfois vrai et c'est SOUVENT faux. Boycottez les remasters massacrés de vos classiques préférés. En commençant par cette boucherie, les remasters de Genesis.
jeudi 14 décembre 2006
Sur la platine: In the Court of the Crimson King

Sur la platine...
"I Talk To The Wind" et "Epitah", deux merveilleux moments de l'album fondateur du rock progressif par un de mes 5 groupes préférés: King Crimson.
Version du coffret "Frame By Frame", effort héroïque fait en 1993 pour restituer toute la dynamique de l'album orginal.
Paraît-il que Fripp a remasteré l'album il y a deux ou trois ans à partir des bandes maîtresses originales, longtemps disparues, et que cette version est la version définitive.
Jusqu'à ce qu'on entende le pressing japonais de 2006, sur JVC Japan, avec pochette mini-LP et obi strip (paraît aussi que les obi strips sont recherchés par les collectionneurs.... allez savoir!). Et qui dépasserait en reproduction sonore et l'édition "Frame By Frame", et l'édition "30th Anniversary" de Casroline Records, et l'édition du label de Fripp, Discipline Global.
Près de 50$ chez Amazon, mais on verra bien sur E-Bay...
"In The Court" et "Red" sont deux albums-phares indispensables à toute collection.
Les trajectoires de Fripp et de Gabriel allaient se rencontrer
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