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lundi 10 janvier 2011

Sur la platine: JUDAS DYLAN




Il était une fois le bootleg le plus célèbre de l'histoire du rock.

Il était une fois Robert Zimmerman, alias Bob Dylan, Jésus-Christ juif du mouvement folk, "protest signer" acclamé dès son arrivée sur la scène, successeur auto-proclamé (et surdoué) de Woody Guthrie, qui, bourré aux amphétamines et éclatant sous la camisole de force des bien-pensants de la gauche musicale, décide de briser ses chaînes et de se "plogguer". Il engage un groupe canadien de rock pesant, les Hawks (avec à leur tête l'Amérindien Robbie Robertson) et part en tournée agresser ses adorateurs à coup de décibels électrifiés.

Et ça bardait.

Parce que les adorateurs, reconnaissant dans les guitares électriques la marque d'un AntéChrist musical, n'allaient pas le laisser s'en tirer comme ça.

Cohue, huées, objets lancés, une tournée aux allures de guerre de tranchées.

Lorsque Dylan débarque à Manchester le 17 mai 1966, il commence son spectacle par un "set" acoustique, seul, guitare et harmonica.

Et la différence de ton avec les enregistrements publics de deux ans (The Bootleg Series Vol. 6 Bob Dylan Live 1964, Concert At Philharmonic Hall)  plus tôt est sidérante. Même dans le set acoustique. Lui qui était joyeux, sarcastique et moqueur en 1964, est maintenant recueilli, sombre, intense, Dylan nous donne 40 minutes de musique confessionnelle qui présagent les Neil Young et Nick Drake de ce monde de quelques années. Son interprétation de "Desolation Row" donne des frissons, son "Just Like A Woman" est d'une douceur inhabituelle chez lui, lui, le désinvolte suprême.

Mais lorsqu'il clôt cette première partie avec Mr Tambourine Man, on le sent qui mord dans les mots avec dédain, moquerie. Comme s'il regardait ses admirateurs folk dans les yeux et leur jetait quelque chose qui ressemble bien à du mépris.

Juste pour cette première partie, l'édition officielle de ce bootleg vaudrait son prix.

Il me reste à écouter ce qui a suivi, le deuxième disque, le "set" électrique. Lui qui dit Just Play Fuckin' Loud aux Hawks (qui deviendront The Band bientôt). Et un illuminé dans la foule qui rendra ce show immortel lorsqu'il lui hurlera: JUDAS. Un set que certains considèrent comme le meilleur document "live" jamais enregistré dans l'histoire du rock.

Judas n'était qu'un homme qui ne voulait pas être Jésus Christ.

mardi 27 juillet 2010

Dylan mono... WOW!

Par contre, pour faire contre-poids au billet aigre-doux précédent, reconnaissons à Sony leur travail pratiquement impeccable concernant l'héritage de Bob Dylan. On parle de la magnifique série Bootleg Series, bien sûr. On parle des rééditions exemplaires sur SACD. Et maintenant, un an après les Beatles, on parle d'un coffret mono pour l'automne.





Each album in “The 8-CD set of Dylan’s earliest albums in mono” will have a paper sleeve and the set will be in a slipcase, with a booklet, including liner notes by Greil Marcus. The albums will be from “Bob Dylan” to “John Wesley Harding” and it is believed that all are being freshly mastered for this release, using first issue copies of the mono LPs for reference, in order to ensure that they get the sound to match that on the albums when they were first released. Back at that time, albums were principally mixed for mono release, with less care and attention being paid to the stereo mixes, and many collectors prefer the mono versions. None have been issued officially on CD in mono before, although mono bootleg CDs are not unknown.

Ah, si seulement, maintenant qu'il en assurent la garde, l'héritage de Hendrix pouvait hériter du même respect...

lundi 21 décembre 2009

La fabrication d'un protest singer...

ou comment Bertold Brecht a changé la vie de Bob Dylan...



Bertold Brecht et Kurt Weill, expatriés du nazisme
 
Passionnantes Chronicles de Bob Dylan... dans lequel Dylan, raconte, avec son style si puissamment imagé, la naissance de son style, ses influences, l'empreinte durable d'un Woodie Guthrie, d'un Robert Johnson... ses premières années à Greenwich, ses nuits de coach surfer, la quête d'engagements; puis, fast-forward, 25 ans plus tard, un Dylan célèbre mais désenchanté, l'épuisement de l'inspiration, la panne sèche, le dégoût, l'impuissance créatrice, jusqu'à sa rencontre avec un Shaman canadien-français (Daniel Lanois) qui accouchera de son phénix artistique, Oh Mercy.




Mais peut-être la section la plus révélatrice est la dernière du livre, qui nous le présente, jeune morveux ambitieux du nord du Minnesota, pays dur, austère, où la gauche et les syndicats sont particulièrement dynamiques ( visionnez l'excellent North Country avec Charleze Theron pour vous faire une idée). Le jeune folk-singer qui débarque à New York et qui se forge une identité: interprète pur et dur de Guthrie, folk-singer pénétré d'idéaux socialistes. Dylan, qui découvre la Grosse Pomme et qui, sous l'influence de sa petite amie du moment, fréquente les théâtres... et assiste, tétanisé, au Three-Penny Opera de Bertold Brecht et Kurt Weill, une oeuvre de 1928...

Dylan, qui se passera en boucle le vinyle de Pirate Jenny dans les semaines qui suivent... Les mots de Brecht, la musique de Kurt Weill, les expatriés du nazisme, qui viennent libérer, par la violence de leurs sentiments, leur âpre réalité et leur imaginaire débridé, la plume du jeune Zimmerman...

Et qui est Pirate Jenny? Jenny, pauvre hère, qui fait les lits d'un hôtel de passe miteux, en échange de quelques pennys... méprisée, miteuse... mais qui la nuit, à sa fenêtre d'hôtel, sourit en regardant le port, et les bourgeois qui se demandent ce qu'a cette va-nu-pieds, à sourire de la sorte...

Jenny, à qui on amène des bourgeois enchaînés la nuit, en lui demandant: Le tuons-nous maintenant ou plus tard?

Et Jenny, de répondre d'une voix froide, glaciale: RIGHT NOW.



Écoutez la version live de Nina Simone, de 1964. Ça pourrait vous filer des cauchemars... Brrr..

(Essayez d'imaginer une de nos divas à voix interpréter un tel texte aujourd'hui... sigh)

lundi 26 octobre 2009

Like A Complete Unknown...


Sur le très nerdy et intéressant (pour un nerd) site Acclaimed Music, qui écume le maximum de listes du style Top 100 Albums of the 90's ou The Best Albums Of All Times, que retrouve-t-on au sommet du palmarès des singles les plus célébrés de tous les temps, tous critiques confondus?

Like A Rolling Stone de Bob Dylan.

Pendant 6 minutes 23, sur fond d'un blues-rock mordant, avec dans sa voix nasillarde cette espèce de lucidité poétique et terriblement réaliste qui fait de Dylan un des plus grands interprètes vivants (ou morts) du rock, avec des rimes si lucides et cinglantes qu'elles vous laminent l'intestin, Zimmerman narre sur le mode narquois la descente aux enfers d'une "princesse", "Miss Lonely", qui n'a plus qu'à quêter son prochain repas et accepter les "deals" douteux d'un Napoléon en haillons...
You've gone to the finest school all right, Miss Lonely
But you know you only used to get juiced in it
And nobody has ever taught you how to live on the street
And now you find out you're gonna have to get used to it
You said you'd never compromise
With the mystery tramp, but now you realize
He's not selling any alibis
As you stare into the vacuum of his eyes
And ask him do you want to make a deal?


How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like a rolling stone?

 (...)
You used to be so amused
At Napoleon in rags and the language that he used
Go to him now, he calls you, you can't refuse
When you got nothing, you got nothing to lose
You're invisible now, you got no secrets to conceal.

La voix de Corbeau de Dylan ne vous atteint pas? Essayez la version de Jimi Hendrix, sur le live de Monterey. Hendrix, grand artiste, grand homme, grand admirateur de Dylan, pouvait tout comprendre de ce récit pour ceux qui ont connu le sort des chats de gouttière, et qui s'en souviennent.

Le caniveau vous colle aux semelles, une fois que vous l'avez parcouru.

jeudi 3 septembre 2009

Dylan, à propos des disques Chess des années '50


Bill Flanagan:
A lot of this album (Together Through Life) feels like a Chess record from the fifties. Did you have that sound in your head going in or did it come up as you played?

Dylan:
Well some of the things do have that feel. It’s mostly in the way the instruments were played.

You like that sound?

Oh yeah, very much so. . . the old Chess records, the Sun records. . . I think that’s my favorite sound for a record.

What do you like about that sound?

I like the mood of those records – the intensity. The sound is uncluttered. There’s power and suspense. The whole vibration feels like it could be coming from inside your mind. It’s alive. It’s right there. Kind of sticks in your head like a toothache.

mercredi 26 août 2009

The Blood Of The Land [Dylan]

"Some people say I got the blood of the land in my voice"
"I Feel A Change Comin' On"

"Together Through Life", sorti en avril dernier, reprend exactement là où "Modern Times" a laissé, lui-même succédant à "Love & Theft" sans le renier. Jack Frost / Robert Zimmerman / Bob Dylan est dorénavant aussi éternel, immuable, qu'un paysage minéral, qu'une route abandonnée qui s'érode tranquillement. Une Route 66 musicale, traversée par les coyotes et les tatous et les herbes à serpent, avec un vautour ou deux qui se repaissent d'un chevreuil crevé sur le bord de la route, et ce Corbeau Noir qui croasse sur le bord de la route, regardant le spectacle avec la distance et la lucidité tranquille de celui qui vit ses derniers automnes. Étranger à l'écoulement du temps, à l'influence des modes, aux critiques, à ceux qui circulent tout près et qui restent à distance, étrangers, aliénés par ce morceau de civilisation qui tranquillement coule vers la déliquescence.

Troisième album depuis le début du millénaire, même formule, plombée cette fois par un son plus blues, la guitare de Mike Campbell des Heartbreakers et la présence remarquée de l'accordéon de David Hidalgo (Los Lobos) en filigrane.
Si vous voulez plonger dans les multiples références et citations littéraires qui traversent les textes de Zimmerman et Frost dans cet album, voici un lien vers une série de petites chroniques fascinantes...
Partie 1,
Partie 2,
Partie 3,
Partie 4,
Partie 5,
Partie 6,
Partie 7,
Partie 8,
Partie 9.

jeudi 30 avril 2009

Équipement: des moniteurs de rêve


Pour les amateurs de "hardware":

Steve Hoffman a écrit récemmentr un "post" intitulé I've found the mixing/mastering speaker of my dreams.. les enceintes ATC, SCM-150ASL sont l'objet de sa passion et nul doute qu'à 16 000$ la paire, elles resteront un fantasme dans mon cas. Mais j'aimerais bien les entendre un jour.

Intéressante comparaison de la dynamique entre les versions vinyle et CD du dernier Dylan sur le blogue musical Flowering Toilet... Devinez lequel des deux médiums a droit au mastering le plus dynamique? On va lire ici.

mardi 28 avril 2009

Le nouveau Dylan arrive aujourd'hui...


... et les critiques du monde entier sortent leurs plus belles plumes, ne serait-ce que pour ne pas trop pâlir face à leur sujet. Le barde de Minneapolis, à l'aube de ses 70 ans, continue d'ajouter des strophes à sa riche chronique de l'Amérique, comme une sorte de passeur de songes, de mythes et de légendes dont la terre noire ne finit plus d'être ensemencée par le passé. Dylan n'innove plus depuis longtemps, mais il est devenu plus indispensable que jamais. Au milieu des vendeurs du Temple du rock, les financiers de l'entertainement et les holding financiers qui pillent depuis longtemps la musique pop, il est le trait d'union entre les shouters de blues, les folk singers, Tin Pan Alley, le rock déluré des années '60, le psychédélisme et les egos boursouflés du classic-rock; il a tout vécu de cette fabuleuse épopée de la musique américaine dont il est le poète absolu, sorte de Faulkner en roue libre dont le steam of consciousness semble dorénavant inépuisable...

Extrait d'une critique, celle du Telegraph anglais:

"Some people they tell me I have the blood of the land in my voice," sings Bob Dylan on I Feel A Change Coming On. If so, it is a land that is almost shattered: hard-lived and careworn, yet stoic and even darkly humorous in the face of the inevitability of struggle. It is, above all, rich with ambiguity, located in the cracks between high idealism and base corruption. Dylan is the greatest poet songwriter of the modern era. In his 68th year (on his 33rd studio album) we continue to pay revenant attention, even though he wheezes and croaks, offers up Tin Pan Alley rhymes and oft-used melodies. Together Through Life is a beautifully played collection of antique blues pop."
I have the blood of the land in my voice... Que voulez-vous ajouter après ça? Espèce de Grand Corbeau va! 4 étoiles dans le Guardian, 4 étoiles dansle All Music Guide, même chose dans Rolling Stone.

jeudi 20 novembre 2008

La voix de Dylan

Bob Dylan et son croâssement poétique, voté 7e meilleur voix du monde du rock par un panel de spécialistes réunis par le Rolling Stone Magazine?

Je ne l'aurais jamais cru.

Et pourtant, quel interprète. Écouter Tell Tale Signs, la 8e édition des Bootleg Series, c'est juste réaliser que la justesse de la voix ou le velouté du timbre, on s'en tape parfois. Zimmerman est un grand poète du rock et un interprète habité.

Bono a dit: “Dylan did with singing what Brando did with acting. He busted through the artifice to get to the art.”

Ouais. On peut pas mieux dire.

mercredi 17 janvier 2007

jeudi 21 décembre 2006

Roots et Blues


Hier soir... bluesé et fatigué...

On met quoi lorsqu'on se sent comme un paletot battu par la pluie, tous les orages creusant leur fureur sur notre démarche?

On met la musique de l'âme humaine, on met la musique qui pousse dans le coeur, ce gros muscle fidèle et têtu. On met du blues. Et les autres musiques de l'âme.

John Coltrane. Bob Dylan. Johnny Cash.

C'est bien beau, le progressif et le art-rock. Mais ça nait dans votre tête, et c'est à la tête que ça s'adresse. Construction abstraite, intellectuelle, qui vous cisèle les nerfs et stimule vos neurones. C'est super, le hard-rock, mais c'est une musique qui vient du ventre et du bas-ventre, et ça ne guérit rien, ça vous claque sur la gueule et c'est tout (quoique entre les bonnes mains, Jimmy Page par exemple, ça a du blues dans le nez).

Hier, je lisais Chronicles de Dylan. Et j'écoutais les Bluesville Sessions de Prestige Records. Et ce soir, je me suis tuné sur WWOZ New Orleans, abondamment raconté par Dylan. Hasard: justement, le dernier Dylan joue entre deux blues saignants (Charlie Sexton entre autres, son guitariste sur l'excellent Love and Theft). Tout à fait à sa place.

(Incidemment, j'ai compris ce soir quelque chose de l'imaginaire débridé, mythique, granitique de Dylan, en constatant qu'il a grandi dans la même région de mines et de misère que les énergumènes qui ont inspiré le film North Country. Un spot apparemment oublié des dieux
Hibbing, Minnesota (hibbing%20minnesota%20usa.kmz), tout près de Eveleth(Eveleth%20minnesota%20usa.kmz).

Top 5 des chansons de Dylan qui m'arrachent le coeur...
  1. You're A Big Girl Now (1974, version acoustique, sur Biograph)
  2. It's All Over Now Baby Blue (1965, aussi en version acoustique, sur Biograph)
  3. Lay Lady Lay (1969, Nashville Skyline)
  4. Trying To Get To Heaven (1997, Time Out Of Mind, Lanois à la production)
  5. Sugar Baby (2001, Love and Theft)