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jeudi 27 août 2009

Remasterings - la liste des rééditions les plus attendues... revisitée #6

  
La grande saison des rééditions approche à grands pas et avant même d'avoir eu le temps d'écrire la deuxième partie de cette chronique, voilà qu'on veut déjà la revisiter... Faut dire qu'on vit une époque exigeante et excitante, côté rééditions, alors qu'apparaissent côte à côte des rééditions affreusement compressées de grands albums du catalogue (les Rolling Stones post-Let It Bleed, Genesis), victimes de la "loudness war", et des rééditions "mono", ce mot qui, il n'y a pas si longtemps, était banni du lexique audiophile. Comme quoi il ne faut jamais désespérer, l'être humain est plein de surprises.

RÉÉDITION LES PLUS ATTENDUES - 
#6 les titres de AUDIO FIDELITY (revisitée)

L'étiquette dans laquelle officie Steve Hoffman, le plus médiatisé des ingénieurs en remastering, ne cesse de nous surprendre, par son choix éclectique et très inégal de titres. La bonne nouvelle, c'est l'annonce (comme les lecteurs de ce blogue le savent) de la réédition du mix mono du fameux disque de John Mayall, Eric Clapton and the Blues Breakers... nous prouvant hors de tout doute que AF est à l'écoute des audiophiles, ou à tout le moins des audiophiles sur le forum de Steve Hoffman. Des mixages mono inédits en CD, il en pleut et si le monde audiophile s'ouvre à la possibilité mono, tout un pan de la culture pop mondiale pourrait vivre de belles heures: Rolling Stones, Hendrix, Otis Redding, les Doors, Frank Sinatra (dont le Only The Lonely sur Mobile Fidelity fut un franc succès artistique), Buffalo Springfield, Motown, les 45-tours des années '60, etc...


Mais les sorties du mois d'août du label furent pas mal moins ragoûtantes. Pourquoi encore nous asséner des rééditions des Doors, le catalogue le plus sur-exploité du rock? Tout simplement parce que les deux titres réédités, The Soft Parade et Morrison Hotel, étaient les deux seuls titres du catalogue original à n'avoir jamais été remasterés par Steve Hoffman, du temps du label DCC. Un trou historique donc, qui fut comblé. Et puis, ce sont les mix originaux, disparus du catalogue aujourd'hui. 
La spectaculaire fusion orchrestrale-blues-psychédélisme sonne bien, y'a pas à redire, mais Bernie Grundman avait aussi fait un bon boulot en 1999!  The Soft Parade est-il en rétrospective un meilleur album? Touch Me, Wild Child, Shaman's Blues nous montrent un Morrisson toujours aussi dangereusement talentueux, avec tout son venin de gosse riche pourri par les drogues et ses propres ambitions littéraires, mais à l'inverse Do It et Easy Ride nous montrent un groupe qui se laisse tranquillement aller... Que penser de The Runnin' Blue, rencontre improbable d'un groupe de drogués californiens et d'un western ringuard? Quant à The Soft Parade, les 9 minutes de la mini-suite poétique aux accents discoïdes sont aussi fascinantes qu'inquiétantes. Bien étrange album. Au moins, Morrisson Hotel, par son repli sur un blues-rock graveleux, a pavé la voie à l'ultime chef d'oeuvre du groupe, L.A. Hotel.



Bref... on aimerait voir Audio Fidelity et Hoffman s'attaquer à autre chose parfois... Déjà, la sortie début septembre du premier Prentenders fera du bien à un catalogue un peu trop fixé sur le classic rock, façon FM. Les années '78-'85  ne manquent pas de grands classiques oubliés: Television (Marquee Moon, quel album!), P.I.L., Iggy Pop, Buzzcocks, Wire, Joe Jackson.  Et si on doit à tout prix contenter les fanas de CHOM-FM, pourquoi ne pas s'attaquer à des albums historiquement mal servis par le CD: le premier Boston, Bat Out of Hell de Meat Loaf, voire même Styx!

Quant aux Doors, après les remasters audiophiles, les remix stéréo, les remix DVD-A stéréo, les remix multicanaux et le mono du 1er album, que reste-t-il à soutirer au catalogue? Ah oui, les mix et "edit" 45-tours. Ils y penseront sûrement. En attendant, après une bagarre de plusieurs années dont nous avons vécu les derniers soubresauts "live" sur le forum de Steve Hoffman, on peut annoncer que les bandes originales des Matrix Tapes ont finalement été acquis par le groupe et ses gérants; ceux qui ont acheté l'affreuse édition récente du spectacle "live" (Live at the Matrix '67) ne vont pas en revenir lorsqu'ils vont entendre la "vraie affaire". Dire qu'on les a roulés dans la farine, c'est peu dire. La différence entre les vrais Matrix Tapes et la version officielle est abyssale. On vous tient au courant.

 
Live At The Matrix

jeudi 23 juillet 2009

Les RÉÉDITIONS les plus attendues, 1ère partie!

En temps de crise, c'est bien connu, on se tourne vers le passé. Et s'il est une industrie culturelle qui vit avec son passé, c'est bien l'industrie musicale! Remasterings, rééditions, coffrets, le marché du disque n'en finit plus de recycler les vieux enregistrements, de les dépoussiérer et d'en extraire le jus... sous forme de billets verts.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Il y a là des artistes à l'oeuvre, qui, tels des conservateurs de musée enthousiastes et névrotiques, gardent vivantes la mémoire des grandes oeuvres du passé. Voici mon Top 6 (!) des rééditions les plus intéressantes à venir:

#6 - les titres de Audio Fidelity



Audio Fidelity, l'étiquette audiophile spécialisée dans les rééditions "classic rock", produit peut-être les plus laides pochettes du marché, les dates de sortie sont sans cesse modifiées et le choix d'albums originaux licenciés est parfois surprenant, mais leurs ingénieurs aux remasterings, les omniprésents Steve Hoffman et Kevin Gray, ont une telle réputation que ces albums devinnent invariablement des items de collection dont les prix montent de manière stratosphérique sur e-bay, dès l'édition originale écoulée ... Pensez son analogue, naturel des timbres sonores et ce petit quelque chose que Steve Hoffman a appelé "the breath of life".

À venir, donc, chez Audio Fidelity, le 18 août:
  • nouveau remasters (combien y en-t-il eu? Ça défit l'imagination!) de deux albums des Doors: l'orchestral Soft Parade et le blues-rock rugueux de Morrison Hotel. Aucun catalogue n'a été aussi exploité que celui-ci, et ce ne sont pas les deux meilleurs albums du groupe du regretté Jim Morrison, mais entendre l'orgue et les bass pedals de Ray Manzarek et la voix hantée de Morrison remasterés par Hoffman est en soi une rencontre du 3e type avec le son analogue vintage des années '60, et ce sont les deux albums des Doors qui n'ont jamais été réédités sur DCC, l'étiquette-phare de Hoffman. Hoffman, qui dit détester le révisionnisme, a pourtant accepté les remix 40e anniversaire de Touch Me et The Soft Parade.
  • le premier Pretenders (1er septembre) et le Rebel Yell de Billy Idol (vous vous rappelez White Wedding?) nous permettront un retour dans le rock des années '80. Et le 4e album de Alice Cooper, Killer, est annoncé pour le 8 septembre.
  • ajoutez l'excellent album de blues-rock anglais John Mayall with Eric Clapton "Blues Breakers" de 1966 (est-ce que ce sera le mix mono ou le mix stéréo?), un live de Otis Redding (Live at the Whiskey a Go-Go) sur vinyle et, pour les amateurs de country-rock, un Lynyrd Skynyrd (Second Helping), et vous avez en gros le menu AF des prochains mois.
Liste complète:
AFZ 036 Billy Idol - Rebel Yell
AFZ 037 The Doors - Morrison Hotel
AFZ 038 The Doors - The Soft Parade
AFZ 047 Grand Funk Railroad - We're an American Band
AFZ 048 Alice Cooper - Killer
AFZ 0xx Vince Guaraldi - Greatest Hits
AFZ 0xx Lynyrd Skynyrd - Second Helping
AFZ 0xx John Mayall - Blues Breakers with Eric Clapton
AFZ 0xx The Pretenders - The Pretenders


#5 - le super-groupe prog UK



Vous vous rappelez? En pleine ébullition punk et au milieu du naufrage du prog rock de la fin des années '70, on annonçait la venue de ce super-groupe qui devait permettre aux nostalgiques de King Crimson de panser leurs plaies: les deux tiers du fameux power-trio, John Wetton et Bill Bruford, avaient débauché le violoniste-claviériste Eddie Jobson et le guitariste aux inflexions jazzy Alan Holdsworth. La rumeur veut que, après un album éponyme respecté mais peu vendu, Wetton, sentant venir le vent, aurait expulsé les subtils et intransigeants Bruford et Holdworth pour embaucher l'explosif Terry Bozzio à la batterie, ce qui aurait donné le plus commercial Danger Money, prélude à son prochain super-groupe, Asia, dont nous avons gardé personnellement le plus mauvais souvenir.

Toujours est-il que les trois albums officiels de UK (dont le live Night After Night) ont été remasterés et seront disponibles dès le 28 juillet prochain. Et j'ai bien l'intention de redécouvrir le premier. Parce que Bill Bruford, c'est Bill Bruford!

#4 - les titres Blue Note et Impulse sur SACD et
vinyles 45-tours
(Analogue Records)



Superbes rééditions de dizaines de titres des deux vénérables étiquettes de jazz be-bop, hard-bop et post-bop, avec pistes en bonus et Hoffman et/ou Grey aux commandes. Certains titres ont déjà eu plusieurs rééditions audiophiles, dont l'éternel Something Else de Cannonball Adderley. Mais lorsqu'on voit A Love Supreme de John Coltrane, chef d'oeuvre absolu des années '60, apparaître sur cette liste, on brûle d'en avoir une copie (et on regrette un peu d'avoir appris le retrait de Hoffman de cette réédition, probablement pour cause de master original introuvable!). Cliquez ici pour découvrir les 67 titres annoncés qui devraient satisfaire tous les amants de la plus grande période du jazz, les débutants comme les collectionneurs.


D'ici peu, nos trois premières positions!

lundi 4 février 2008

Le CD, un macchabée, selon le management des Doors


Tempus fugit. Les temps changent.

Vous ne le savez peut-être pas, mais les disques des Doors dans leur mixage original des années '60 ne sont maintenant plus disponibles en CD. Ce sont les versions remixées du box-set Perception qui sont maintenant vivants au catalogue. Assistons-nous à une nouvelle mode sonore, ou à une stratégie de marketing? Après tout, Genesis a annoncé de même qu'une fois les sorties des SACD complétés, les mixages originaux seront discontinués, aiu profit des horribles remixages stéréo de Nick Davies.

Eh bien, je ne sais pas si c'est rassurant, mais un poster du forum de Steve Hoffman a reçu une longue réponse du management des Doors, qui l'assure que les mixages originaux restent bien vivants, mais seulement sous forme de téléchargement. Pourquoi? Lisez bien ce qui suit, c'est sa réponse.

"Here's the deal: We are NOT rewriting history, or replacing the catalog. I mean, we DID release the 40th Anniversary Mixes on CD, and these are now the only current CDs.

HOWEVER.....as I said several times.....the "classic" mixes will ALWAYS be available, just not on physical CDs, but rather as digital downloads.

The reason?

Again, we want to be leaders, not followers, and folks, the future of music is digital, NOT shiny, round, silver discs. Those things will soon be relics. At least, that's the way it's trending, more and more each year.

When will they finally peter out? Who knows? Five years? Ten? TWO?

So - here's what we thought/think:

Most people who enjoy CDs tend to be - as a very general RULE here, folks, but not always the case - an older demographic. Like, ummmm, ME.

Most people who enjoy and/or prefer downloads tend to be a younger demographic.

The older demographic already OWNS the "classic" mixes on CD.
The younger demographic is turning away from CDs in droves.

Let me let you in on something - and TRUST me, I am just being a messenger and an observer here. I don't necessarily agree, like, dislike, or do cartwheels over any o' this - but it is my job to recognize it, acknowledge it, and respond to it: Kids today don't CARE about CDs. CDs are, at BEST, kinda like the "wrapper" that their new toy (the record) comes in. They rip it, put it on their iPod, and the CD gets put away somewhere. JUST like software we download to our PCs or Macs that comes on a DVD. We rip it into the computer, and the disc goes in a drawer, ne'er to resurface again (unless our computer gets wiped). It's weird, actually - I mean, I LOVE CDs, I LOVE vinyl, I LOVE having my collection of thousands of records displayed in my living room, and I like to hold them, look at them, search through them like a library, handle them, and play them.

But the new generation(s) do not. There's a huge extra space in all o' THEIR living rooms where WE would normally put a CD cabinet. They just don't exist for these kids anymore! I mean, they have THEIR library, it consists of thousands of SONGS (the "album" is a dying concept to them, sadly), and it all fits into their pocket, on their 60-gig iPod (or their new 8-gig iPhone).

So - what to do?

Simple, really - the 40th Anniversary mixes will be available on CD for those who PREFER CDs (and most likely already own the "classic" mixes on CD).

The "classic" mixes will be available - ALWAYS - but as digital downloads, not physical CDs.

We're trying to move into the future, and offer the best products at the best prices (didja notice all the new studio albums with the new mixes were carrying a MSRP of only $11.98??)

We're also trying to give you the products you want, at the best price, and IN THE BEST FORMAT for the future.

This is a FORMAT question, not a "classic" vs. "40th anniversary" question at all! They will BOTH be available, just in different formats - and the classic mixes will be in a future format (digital). We are, again, assuming that a preponderance of folks who own CDs already OWN the classic mixes on CD. I mean, believe me, if I thought that most people who want the classic mixes will want them on CD, then we'd be fools not to give it to them, 'cause we make money that way! YES, I know, many of you will want new classic mixes CDs again, but I am betting that the new generation, who has never owned them, will prefer to obtain them digitally.

If this proves not to be the case - OR if CDs have a resurgence - OR if a new format comes along that people seem to embrace, then we will issue the classic mixes on that format -or on CDs - again, no sweat!

But in any event, the "classic mixes" we have all known, loved and enjoyed for all of these years will NEVER go away - they will always be here, be available, and they ARE The Doors.

The only change is how they will be issued - i.e., in what format. And if, in a couple of years, we find we can improve the mastering of the classic mixes, or re-transfer them at a higher bit-rate, or somehow significantly improve them (without altering them) - then, we will do that, and if CDs are viable at that time, we'll issue them on CD all over again!

Does this make any more sense now?
__________________
Thanks - Jeff
Jeff Jampol
The Doors Music Co.
Los Angeles, CA

samedi 27 octobre 2007

Reverb digital vs reverb analogue: on s'ennuie des années '70



Expérience d'écoute tout à fait singulière hier soir:

- d'abord, L.A. WOMAN, le dernier disque des Doors, 1970, édition DCC. Les Doors ont fini leur course en beauté avec ce disque inquiet et décadent, nourri de blues et qui se conclut sur l'éthéré Riders on the Storm. Une écoute captivante, "involving", émouvante, où on perçoit très bien dans l'interprétation de Jim Morrison son déclin physique qui s'accélère. Sa belle voix de basse casse de plus en plus; c'est un disque qui permet aux autres musiciens des Doors d'arracher un peu du spotlight. Le son est immédiat, chaud, plein...



- je switche à Nothing Like The Sun de Sting, 1987, édition MFSL. Écoutez j'adore ce disque: les musiciens sont écoeurants et Sting atteint des sommets dans son écriture et dans la richesse des arrangements. Mais mais mais... bon sang... ce disque-étalon de la musique enregistrée DDD des années '80 ne tient pas la route, soniquement, tellement que ça en fait pitié.



Le saxophone de Branford Marsalis doit franchir des murs de digital processing, de reverb artificiel et de je ne sais quoi encore pour se rendre jusqu'à moi; les choeurs semblent s'être réfugiés dans une autre pièce, le snare sonne affreusement synthétique et il n'y a pas d'air entre les instruments... C'est beau, c'est parfait et c'est aussi inanimé qu'un galet sur la plage.

Pour moi, de juxtaposer ces deux disques qui, tous deux, présentent des musiciens au sommet de leur art dans des éditions audiophiles est une illustration sonore presque choquante de la perversité cachée des progrès technologiques.

mercredi 10 octobre 2007

En rotation... Radiohead, The Doors, Sonny Rollins

Pour ces premières vraies nuits d'automne, en rotation sérieuse...


Radiohead. In Rainbows.

La planète audiophile s'est donné rendez-vous aux petites heures de la nuit sur le site Web de Radiohead, pour le lancement Internet le plus attendu de l'histoire: In Rainbows vient de naître.. Au-delà de l'approche "pay what you want" et de la déception généralisée lorsqu'on a réalisé que les MP3 distribués sur le site ne pesaient que 160 kb/s, le lancement d'un album de Radiohead demeure une affaire sérieuse pour tous les amateurs de rock. Surtout après 4 ans d'attente.

10 pièces, tout juste 42 minutes: on se croirait revenu au temps du vinyle. Radiohead a vieilli et a maturé. Une sorte de majesté sereine a succédé à l'angoisse paranoïaque distillée à plein volume dans Hail To The Thief, leur précédent opus. 10 vraies chansons, pourrait-on ajouter, 10 performances du band dans son ensemble; pas de bidouillage électronique, de sculpture sonore abstraite, d'explorations auditives binaires. C'est l'album le plus immédiatement engageant, au niveau mélodique, du groupe depuis leur second, celui qui les a révélé à la planète rock, The Bends.

Comme le mentionnait un internaute du forum de Steve Hoffman, c'est comme si le groupe recommettait The bends, mais avec la palette sonore étendue par l'expérience des 4 derniers albums, 4 chefs d'oeuvres quant à moi.

La voix de Thom Yorke demeure émouvante de cette espèce de vulnérabilité d'ado halluciné; mais plus que jamais il en contrôle la musicalité.

Seule déception: pour la première fois depuis OK Computer, le groupe ne défriche aucun monde nouveau; explorant des planètes familières, le dernier Radiohead plaît immédiatement, ce qui n'est pas nécessairement leur norme. Le disque se fichera-t-il aussi profondément dans la peau que les autres? Aura-t-on envie de commander le package de luxe (2 CDs, 2 vinyles, 1 booklet) en décembre, après l'avoir écouté en boucle pendant six semaines?



The Doors - The Doors (1967)

1967 fut une année-charnière dans l'histoire du rock, dans l'histoire de la contre-culture, dans l'histoire de la jeunesse contemporaine. Une année qui a vu les Beatles produire deux albums-kaléidoscopes qui ont changé notre conception de l'album, comme entité artistique (Sgt Peppers, Magical Mystery Tour); qui a vu l'entrée en scène, avec deux albums lui aussi, d'un alchimiste de la 6-cordes qui entamait un spectaculaire et trop bref parcours, Jimi Hendrix.
Cream
atteignait son sommet avec Disraeli Gears, Pink Floyd se lançait en orbite, encore illuminé par le génie psychédélique de Syd Barrett; le Velvet Underground lançait sa banane à la figure du art-rock. Non, vraiment, 1967 fut une année comme le rock n'en a plus jamais connu. Une véritable révolution.

Et puis, il y eut l'apparition d'un autre météore: Jim Morrison et les Doors ouvraient les portes de la perception, à grand renforts de LSD, de mysticisme primitif, de références à la spiritualité indienne. Des textes qui sentaient le sable, le désert nu et brûlant, l'alcool et la douleur de vivre, le sexe et la mort; une voix chaude de ténor qui vous hypnotisait, sur les arabesques dessinées par Manzarek aux claviers. Les Doors avaient un son inoubliable, une naïveté décadente et une pulsation de mort qui évoquent Rimbaud, mais un Rimbaud marchant d'un pas dansant et halluciné sur les traces du rock et du blues le plus graveleux.

J'ai vu pour la première fois la semaine dernière le film The Doors de Oliver Stone, avec Van Kilmer qui, avec panache, resssuscite le roi-lézard dans toute sa fougue délinquante. Difficile de ne pas ressentir d'empathie pour ce gosse pourri de talent, arrogant à l'exême, qui ne cherche qu'à en finir avec la vie, mais le fait avec un tel art de la bacchanale, un tel panache, que l'on ne peut que le suivre, qu'admirer, même en sachant de quelle désolante façon l'épopée de Morrison va finir.

The Doors, le premier album, version DCC (pour plus de chaleur analogique) ou version remasterée 1999 (pour plus de verdeur) n'a rien perdu de son pouvoir incantatoire. Chaque pièce déballant son théâtre noir, avec détours par la comédie musicale bauhaus (formidable version du classique de Kurt Weill, Alabama Song) et le blues (Back Door Man) jusqu'à l'explosion violente de The End ("We want the world and we want it now!"), qui depuis Apocalypse Now de Coppola représente mieux qu'aucune autre pièce l'autre versant du rêve hippie: le désespoir d'une génération ayant enclanché son processus d'auto-destruction.

La sortie de Strange Days, à peine 9 mois plus tard, et à peine moins mémorable, confirmait que l'année 1967 n'appartenait pas qu'aux Beatles et à Hendrix. Les Doors venaient de graver leur nom dans la pierre (tombale) du mouvement hippie.

(À noter qu'une version remixée et multi-channel, et corrigeant une historique erreur de vitesse de déroulement de bande est sortie cette année, dans le coffret Perception, oeuvre de l'ingénieur de son d'origine, Bruce Botnick. Très curieux d'entendre cet album glauque et incantatoire en vitesse accélérée! Et la version mono sera rééditée en vinyle d'ici la fin de l'année 2007)




Sonny Rollins. Saxophone Colossus. 1956.
Prestige (OJC), mastering de 1988. OJCCD-291.

Depuis que j'ai lu quelque part que la série de CD Prestige OJC (Original Jazz Classics) des années '80 valaient leur pesant d'or au point de vue sonore, je les traque chez les disquaires usagés; j'ai renoncé à remplacer mes anciennes éditions par des versions remasterées, parfois SACD et ne m'en porte que mieux.

L'attrait des nouveautés technologiques peut être trompeur. Mon SACD asiatique de Waltz for Debby (Bill Evans) a beau donner une plus belle présence à la contrebasse de Scott LaFaro et étendre la plage de fréquences, le piano d'Evans n'a pas le punch, le mordant, la vivacité caractéristique de mon vieux OJC, que je pensais vendre, et auquel je suis plus attaché que jamais. Je ressors mes vieux Chet, Sonny Rollins, Bill Evans et autres poussiéreux albums mal séquencés et redécouvre leur indéniable punch, révélé par mon nouvel ampli à tubes Atma-Sphere, qui s'impose de plus en plus comme le plus beau cadeau d'audiophile que je me suis jamais fait (merci André, où que tu soies, je bois à ta santé et m'enivre de sons grâce à toi).

Bref, aujourd'hui, traînant dans les merveilleux rayons de jazz de la Bouquinerie, rue Mont-Royal, je tombe sur un disque que j'ai eu en vinyle, mais que je n'ai jamais pu apprécier à sa juste portée, et qui justement porte le label OJC dans ce pressing de 1987: Saxophone Collosus, de Sonny Rollins, l'album qui a imposé en 1956 le jeune ténor comme l'incarnation virile du bop, comme Coleman Hawkins avait été celle du swing, vingt ans auparavant. De retour à la maison, je le met immédiatement dans la platine. Et ça part...

Le son. le son, les amis. Le saxo de Rollins qui gicle des torrents de swing viril au micro, comme si on y était. Un son mono, avec tout ce que ça peut supposer de punch, de dynamique, de focus. Avec de brusques irruptions des peaux martelées par Max Roach, dont le style se marie si bien à celui de Rollins. Dur de décrire le son de Rollins: un son dur, ouvert, incisif, bon, oui, viril, mais aérien, genre joueur de rue sur-dynamité, mais avec quelque chose aussi de l'élégance racée de Lester Young. On est à mille lieux des transes spirituelles de Coltrane, le ténor de demain, qui va bientôt attirer sur lui toute l'attention. Pour l'heure, c'est Rollins le jeune maître, et ce disque est de la dynamite, de l'art tout en puissance. Et au soutien harmonique, comme en contre-point stylistique, le style élégant, raffiné, de Tommy Flanagon au piano, un homme qui découpe le temps au ciseau, ayant l'élégance de ne jamais se presser, et qui réussit à swinger en même temps.

5 pièces qu'on écoute très très fort.