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jeudi 6 janvier 2011

Des nouvelles de Rocco DeLuca

Son blogue étant resté inexplicablement vide pendant plus d'un an, j'avais cessé de fréquenter les pages de Rocco deLuca...

Rocco deLuca est ce troubadour rock magnifique, artiste du dobro,  qui, sous une direction vachement inspirée de Daniel Lanois, a sorti un des grands disques de rock des années 2000, dans une confidentialité presque totale... Oui, dans mon livre à moi, "Mercy" (commentaire ici) se hisse près du niveau du "Grace" de Jeff Buckley... Une musique qui sent la route, l'errance, la poésie, l'amitié et l'amour - les combats inachevés de l'être humain... poésie et rock shootés à l'intraveineuse... Rimbaud californien doté d'un falsetto qui tue.

Malheureusement, la business musicale est dure ces années-ci, comme chacun sait. Comment ce disque a-t-il pu passer dans le beurre, je me le demande. Comment est-il arrivé à moi, je me le demande aussi. Pas de critiques, pas de concerts, et un label qui semble avoir oublié son existence... Ah oui, ma douce, après quelques notes entendues dans un Renaud-Bray, avait compris que j'allais être flipper, et me l'a acheté. Je vous souhaite une blonde qui déniche pour vous les pépites de l'orgie culturelle.

Rocco donc, les poches certainement vides, existe encore. Il tourne confidentiellement, seul... Entrée de blogue d'avril dernier...

in search of quality-

I've been tripping from Kingston to Oakland and a

few stops in between-

i've been collecting image of the villages, cities, and people who i have been fortunate enough to meet- blogging took a brief break because i do not carry a computer with me on my travels - only a few items which include: national, pocket knife, tape, small grab of clothes, book to read, book to write in, and the use of local talents to help document sight and sound-

i have written some words for the true kings, those who are fearless in the face of the conventional wisdom- i wanted to record where history, hope, and the drum lives- producer, engineer and friend Mark Howard aka "Dirty Howard" had done some work in Jamaica and was familiar with a talent from the area who went by the name Dizzle.
(who played along to what could be considered folk songs). The results were worth the trip alone, we felt as if we created a collision of the written word, beats from the ground, and the energy that only an eighty-year-old Duolian can create. The God's were with us-
we recorded the live sessions in seven nights- my friend and gorilla-skateboarding-film-geek Ted Newsome from "Two Headed Horse" decided to come and film the live sessions- along with our trips through Port Antonio, Kingston, and the Blue Mountains. i'm currently going through footage with Ted to let others experience the happening with us. Thank you to Mark and Daniel Lanois for there encouragement with this trip.
-when i arrived back home, as usual, i was a bit restless after having been creating music on a very focused nightly basis. i go through these cold depressions when a thing is finished. I miss the music, the laughs, the coffee, the weed, the water, the soil- i decided to strap my national to the back of my machine and take off for the East Bay for a while. i know i looked mad (with everything i own tied to the back) by the expressions on the faces of people i passed. I had never ridden that far and thought it would be something to see PCH without being in a cage- i stayed with a friend, and explored for two weeks (graffiti is alive and well), which is different from going straight to the show and leaving directly after- i came back down through the central valley which opened into big skies and great distances, so great you feel small, then smaller-
after dropping out of the commercial world i have had to be more resourceful- efficient- raw- however, i have been afforded the opportunity to live amongst those who place quality above the popular-
as a result i will be playing stripped down shows over the next couple of months until we are able to share this next record, which will take a minute to sort out how it will be shared- i've got hope in my veins- my grandma said i might be able to borrow her ride for the tour- i want to see you in your hood-
bless,
rocco
Voilà, je voulais partager avec vous ces mots, directs et simples, de l'artiste qui suit sa route, la seule qu'il connaisse.
Nous sommes souvent durs avec les artistes. Je ne parle pas des gens du show-biz, que j'exècre de plus en plus, je parle des artistes, avec qui nous les confondons souvent. N'allez surtout pas croire que les créateurs de ces galettes que nous faisons tourner négligemment en faisant autre chose n'ont pas payé un dur prix leur talent de composer des oeuvres.

lundi 27 avril 2009

Sur la platine: le Keith Jarrett Trio, Sinead O'Connor, la dernière production de Daniel Lanois


Il y a bien longtemps que je ne me suis pas arrêté pour écrire quelques lignes...

Rien à dire, rien à écouter. Même pas envie. Une pause pour livrer quelques guerres de la vie quotidienne, de la vraie vie.

Quand je regarde Obama et ses guerres à lui, je vois un super-héros. Pas de farces. Je pourrais même pas lacer ses chaussures.

Et puis j'avais débranché mes enceintes principales, pour toutes sortes de raisons logistiques. Mon système des dernières semaines, activé en travaillant, consistait en une carte Audigy branché à un ampli Denon 250 des années '80 et mes vénérables Rogers LS 3/5a. Bonjour la compression sonore!

Je vais vous dire: hier, j'ai pris le temps de rebrancher quelques éléments et de replacer mes enceintes à leur position optimale; malgré les tubes affaiblis de mon Atma-Sphere et l'utilisation d'un modeste Oppo 981 comme source, j'ai retrouvé le plaisir sensuel et esthétique de la musique. Mieux: le plaisir spirituel; cet indéniable pouvoir, si élusif à la recherche scientifique, si facile à trahir par nos mots, qu'a la musique.

Vous avez lu l'entrevue avec Olivier Sacks dans la Presse du dimanche? Passionnant. L'être humain et son étrange musicophilie. Son rapport à ce langage sans véritable sens qu'est la musique. Il faut que je lise le dernier livre de ce réjouissant neurologue qui avait écrit le passionnant L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau.

Si l'être humain a vraiment une part de Dieu caché quelque part dans sa masse adipeuse, comme certains le pensent et comme d'autres l'espèrent, faut la chercher dans les zones excitables par la beauté, la musique, la littérature, la poésie.

Bon, et ces albums qui sont venus titiller ma zone musicophage hier?

D'abord, déjà un 4e disque live tiré des concerts 2001 du Keith Jarrett Trio. Peacock, DeJohnette et Jarrett tiennent le flambeau des grands standards visités avec respect, lyrisme, muscle, profondeur, depuis 25 ans. Ici, de nouveau, des standards archi-connus. Pourquoi le grand, l'immense compositeur de Facing You et de l'impro des concerts de Cologne (Köln Concert) fait-il autant de standards en "live"? Parce que, dira-t-il à un journal de LA,
"We know how musical these songs are...Jazz musicians don't have to always break down doors: there's music inside the rooms too."
Et la musique, enfermée dans les portes cloisonnées de ces standards, ils la trouvent, la magnifient, la spiritualisent, nous l'apportent dans des architectures toujours passionnantes, tendues par l'explosif DeJohnette (et qu'est-ce que les ingénieurs ECM savent saisir une batterie!) et emportées au septième ciel par l'inusable Keith Jarrett.

On peut préférer l'esprit plus moderne d'un Brad Mehldau et ses audacieux choix de standards modernes (Radiohead, Nick Drake, Beatles, Paul Simon). Mais ces live du Keith Jarrett Trio sont comme une célébration de liberté musicale, de virtuosité et de respect de l'histoire du genre. Pour ma part, qui ne fait que gratter la surface de l'immense héritage de Jarrett, chaque nouveau disque demeure un grand moment.


La transition suivante paraît brusque? Pas tant que ça... Rien de tel qu'une discussion sur le Steve Hoffman Forum pour vous donner l'envie de renouer avec un disque oublié... l'annonce de la sortie d'une édition double Deluxe de I Do Not Want What I Haven't Got, le disque-phare de la superbe Sinéad O'Connor, a donné lieu aux spéculations habituelles sur la qualité sonore du remastering, qui sera sûrement "compressed with squashed dynamics and disastrous EQ", une sorte de mantra obligatoire chaque fois qu'une annonce similaire est faite. Un membre s'est quand même risqué à dire que, selon lui, l'édition originale "sounded like garbage". Réaction stupéfaite des autres... et pour cause!

Rendons justice au mastering original canadien, pressé entre autres chez nous chez Cinram (VKW-41759): ce disque sonne magnifiquement et Sinéad, alors toute jeune, et seule aux commandes (compos et production) a bâti un grand disque rock, surprenant dans ses arrangements, et d'une sincérité qui fait presque mal dans ses textes et ses interprétations mordantes. Avec en prime une des meilleures compos de Prince (le grand hit "Nothing Compares To U"). Est-ce que le rock peut être vraiment meilleur que ça? Mettez The Last Days of our Acquaintance sur la platine, fermez les lumières et pleurez un peu l'amour qui fait mal. La voix de Sinéad, avec tous ses défauts, des déraillements, des tics, transmet plus de douleur humaine que vingt "torch ballads" de Céline. Voilà, c'est dit. Écoutez-la, plus récemment, sur 100th Window de Massive Attack. Ou sur Harbour de Moby.

Ce disque, le 2e de la jeune femme fut le zénith d'une carrière qui s'est un peu perdue dans la controverse par la suite. La jeune femme a trop de sincérité pour notre époque d'hypocrisies mal assumées. Étrange de rencontrer ces artistes immenses en personne. J'ai eu la chance de rencontrer Sinéad en tournée de presse à l'époque. Précédée de sa réputation sulfureuse, elle intimidait tant et si bien les journalistes et les glaçait de réponses courtes dites d'une voix de souris que la conférence de presse était presque silencieuse. Ce qui a donné la chance à des journalistes moins ferrés (dont votre humble serviteur) de lancer toutes les questions qui leur passaient par la tête. Et elle, de répondre doucement, brièvement, ses grands yeux de vénusiennes bien plantés dans les vôtres, timide volcan qui ne demandait qu'à exploser sur scène, au Spectrum, le soir même.

Le disque se clôt sur une grande mélopée a capella. I do not want what i haven't got, chante-t-elle. Est-ce bien vrai? J'ai malheureusement l'impression qu'une telle âme d'artiste sincère et totale ne trouve jamais totalement le repos.

Comment finir sur un peak émotif après tant de belles violences? Sur un disque tout neuf, complètement inconnu, et qui porte une prestigieuse signature à la production, celle de Daniel Lanois. le disque s'appelle Mercy, l'artiste et son groupe se nomment Rocco DeLuca and the Burden et si ce disque ne fait pas un tabac auprès des amateurs de rock, c'est que le rock est mort ou l'industrie qui le supporte.

Rocco, joueur de dobro, a probablement été nourri au biberon en écoutant le déchirant Grace de Jeff Buckley et lui emprunte ses envolées dans les hautes notes; une manière de nous donner à goûter à la fois à la force sensuelle du rock le plus emporté et la fragilité la plus profonde de l'âme humaine (sa voix falsetto, toujours au bord de la cassure). La production de Lanois, raffiné, riche, cordes et poussières et bohème et nuits longues, est plus raffinée que jamais, mais magnifiquement préservée au mastering (contrairement à tant de ses disques, dont ceux de U2): il y a dans ce disque une poésie qui rappelle Leonard Cohen, un spleen qui creuse son foret dans le ventre comme un disque de Elliott Smith, une sorte d'aveuglement poétique à la Buckley et une beauté sonore comme seul Lanois en fabrique. Que dire de plus? J'aime ce disque, profondément. J'espère que vous l'aimerez aussi. Ce serait comme boire la même auge de sang noir. Mercy.