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dimanche 15 novembre 2009

Sur la platine: la meilleur pop de 2005, le meilleur disque inédit de 2007, un Luc de larochellière bonifié, un Bashung sanctifié

Je ne vous l'ai peut-être pas dit, mais j'ai un plaisir fou ces jours-ci à vagabonder dans ma discothèque, depuis qu'un très bon ami m'a passé un processeur AV Linn de grande qualité, un 5103. Lequel processeur a l'avantage indéniable de posséder un DAC plus flatteur que celui de mon vénérable Micromega Stage 4.

Mon Micromega s'est toujours distingué par ses hautes fréquences agressives. Le Linn a une approche plus équilibrée: de très belles mid charnues. Et il a, bien sûr, une entrée digitale. Ce qui signifie que je goûte, pour la première fois, de manière temporaire, aux grandes joies du serveur musical. Et croyez-moi, ce sera difficile de revenir en arrière.

Hier, je me suis tapé un grand carrousel de musiques, pour me retaper d'un 40 heures de travail sans sommeil. Cette faculté qu'a la musique à nous extirper de la broyeuse sociale et professionnelle ne lasse pas de me fasciner.



J'ai commencé par me jouer ce grand chef d'oeuvre pop de 2005, le "Come On Feel The Illinoise!" de Sufjan Stevens. 74 minutes fascinantes en compagnie d'un créateur intarissable qui nourrit l'ambitieux projet de composer un album par état américain. Sufjan demeure un obscur personnage pour le grand public, mais la critique l'a repéré depuis longtemps, et son Illinoise a pris le sommet des palmarès combinés de 2005, recensés par le site Acclaimed Music. Et pour cause.

Maintenant, vous le décrire pourrait être une entreprise hasardeuse. Pop raffinée, orchestrée avec art, qui me rappellerait du très très bon Al Stewart (Year of the Cat, vous vous rappelez?), genre folk-rock avec ambitions pédagogiques? Ou peut-être du Alan Parsons (mais avec quelque chose à dire, et la prétention en moins), pour le côté prog raffiné des arrangements. À moins que cette rythmique qui fait un peu band de collège, et ces cuivres chaleureux, et cette absence totale de pose, range Sufjans du côté du théâtre musical ou du jazz mainstream? Et puis il y a ces rythmiques à la Steve Reich, intégrées parfaitement. Ou ces chansons poignantes sur un ami perdu au cancer, ou sur un tueur en série qui a terrorisé l'Illinois, qui m'a rappelé le meilleur Eels. Sufjan est une éponge, et dans son creuset se ramasse les meilleurs saveurs de la pop récente. Un voyage de 74 minutes sans moments faibles.

Le seul, très léger reproche que je pourrais faire à cet orfèvre de la meilleur pop, c'est peut-être que son interprétation manque de nudité. Au sens émotionnel du terme, bien sûr. Stevens a une jolie voix de folk-singer, sans grand caractère, qui prend le siège arrière sur ses arrangements. C'est souvent là que certains créateurs n'arrivent pas à rejoindre un vaste public. L'engagement émotionnel existe sûrement. Mais s'il atteint notre intellect et nos oreilles, il ne nous foudroie pas le coeur. N'est pas Nina Simone ou Jeff Buckely qui veut.

Côté engagement émotionnel, ma galette suivante n'en manque pas. Et ce disque demeure pour moi le meilleur disque de 2007, même s'il n'est jamais sorti!



Thom Yorke a souvent rappelé que c'est Björk qui l'avait poussé vers des interprétations plus viscérales, après leur rencontre pour la bande-son (incroyablement émotionnelle d'ailleurs) de Dancer In The Dark. Ce n'est pas sa voix qui rend Yorke si poignant: c'est cet engagement émotionnel incroyable dans chaque syllabe, chaque chanson. L'impressiond 'être connecté au "guts" d'un artiste d'une sensibilité exacerbée.

Radiohead s'est fait reprocher, à la sortie du trop riche Hail To The Thief, une certaine complaisance. Trop de pièces abstraites, avec des sons électroniques bizarres, d'explorations de rats de studios hyper-actifs n'en finissant plus de pousser des boutons, et oubliant de nous pousser de bonnes pièces rock, comme à l'époque de The Bends. Critique un peu injustifiée à mon avis, mais enfin, pourquoi pas... Ils ne devaient pas être totalement en désaccord car l'album suivant, In Rainbows, s'en tenait à un solide 10 pièces et 42 minutes de musique qui furent salués par la critique et sa belle-mère comme une oeuvre solide, ramassée, des vraies chansons et une courbe émotive plus forte que jamais. En fait, In Rainbows a presque fait l'unanimité.

Sauf que... sauf que plusieurs des meilleures pièces de In Rainbows, on les trouve sur le CD bonus qui venait avec l'édition Deluxe vinyle 45-tours, pas achetable. 27 minutes et 8 pièces supplémentaires, parfaitement séquencées, qui rendent l'édition régulière de In Rainbows presque trop... sentimental... si vous voulez mon avis, et même si vous ne le voulez pas. Soyons francs: Down Is The New Up et Last Flowers To The Hospital écrasent le presque mièvre All I Need et le vraiment mellow House Of Cards. Et il n'y a pas une minute faible sur ce CD bonus, qui me rappelle beaucoup, dans l'humeur et la palette sonore, les meilleurs moments de Amnesiac. Maintenant, quand vous saurez que je préfère presque Amnesiac au sanctifié Kid A, vous saurez que je ne suis pas nécessairement toujours une référence de la gente critique. Mais ce diable de groupe intarissable est unique en son genre. Emo, expérimental, nu, rock, prog, et quoi encore... Chaque tranche de musique en leur compagnie est un sacré voyage dans les tripes d'une époque à la fois troublante et formidable. Essentiel, diraient les Français. Je suis bien d'accord.



Comment continuer après Radiohead? En coupant la fibre EMO et en reculant la montre de trente ans. Je prends un détour par des productions Ken Scott (ce que c'est le fun, un serveur!). D'abord, le sous-estimé Crisis... What Crisis? de Supertramp... lequel avait l'impossible tâche de succéder à Crime of the Century, et ce qu'il passe bien près de faire. Oh, c'est peut-être une infinitésimale coche en-dessous, et la pochette a mal vieilli. Rick Davies et son Ain't Nobody But Me, c'est formidable. C'est juste un peu en-dessous de l'insurpassable Asylum. Et le A Soapbox Opera de Roger Hodgson n'a pas l'attrait universel de Hide In Your Shell, le hit des adolescentes timorées. Mais c'est du bon, du très très bon Supertramp. Et quelle production, quelle prise de son! Ken Scott, qui a débuté avec les Beatles,  est un sapré magicien. Vous entendez ce piano incroyablement physique? Après ça, écoutez-moi les pianos de plastique des albums endisqués par Rudy van Gelder... Désespoir. Pourquoi, Rudy, avoir ruiné le son de tant de merveilleux pianistes???

(Au fait, excusez-moi mais sui vous voulez vraiment entendre le vrai son de ces albums, OUBLIEZ LES REMASTERS! Par erreur, c'est ce que j'ai mis en premier, et j'écoutais, médusé, déçu, ce son incroablement agressant dans les aigus, et sans relief dans les basses... jusqu'À ce que je réalise mon erreur, et que je change pour l'édition originale Target... Incroyable, la différence!)



Restons avec Ken Scott... On parle beaucoup, ces jours derniers, du piano flyé et libre sur le dernier Daniel Bélanger (que je n'ai pas encore entendu); et on se réfère au Bowie d'Aladdin Sane et au jeu délicieusement dissonant de Mick Garson. J'ai donc fait un croche sur Aladdin Sane, édition RCA des années '80 (ÉVITEZ les remasters de Peter Mew, des abominations sans nom). Quel son les amis! Quelle pièce de musique riche, complexe, inépuisable... Combien de fois pouvez-vous écouter Aladdin Sane de suite sans en épuiser les explosives propositions?



Tant qu'à se décrasser les oreilles, une obscurité merveilleuse... Connaissez-vous Goldley-Creme? Ces deux mecs formaient le noyau aventureux des excentriques créateurs pop 10CC (vous vous rappelez l'incroyable I'm Not In Love et ses infinis dubs de voix, sacré meilleure pièce pop des années '70 par plusieurs critiques éblouis?). Quittant le carcan pop, le duo se lança dans des albums merveilleusement flyés, mélangeant dans un joyeux bordel du krautrock, du pop, du art-rock à la Roxy Music, du Zappa, le tout dans une mise en sons jamais monotone.

Malheureusement, le timing n'aurait pu être plus mauvais. Prenez ce L dont je me régale en ce moment les oreilles. Sorti dans l'obscurité en 1977, en pleine explosion punk, je l'ai eu pour un ridicule 3$, avec son coin troué, disque usé avant même sa sortie. Et pourtant, This Sporting Life et Business Is Business, qui ouvrent et ferment l'album, sont des opéras pop en miniature délicieusement flyés... Tout l'album est une exploration sonore raffinée sur de belles mélodies pop.

Le succès leur échappant, Kevin Godley et Lol Creme devaient par la suite se recycler dans le cinéma et devenir les créateurs des meilleurs vidéo-clips des années '80 (Rock It de Herbie Hancock et ses robots animés, vous vous rappelez?). Avant de finir par créer la technique du morphing dans un clip qui a fait époque, qui fit d'une de leurs dernières pièces, Cry, un hit tardif bien mérité, en 1985. Je ne connais pas la suite de l'histoire, mais j'adore encore L.

Mais pour finir sur une note entièrement différente... je veux saluer d'un coup de chapeau bien bas deux excellents albums qui rappellent que le rock francophone a franchi des pas de géants dans ses dernières décennies... et que c'est souvent en mixant l'héritage de la grande tradition de la chanson et le sens de l'ambiance et de l'enveloppe sonore du rock anglais qu'on obtient les résultats les plus mirifiques.


D'abord, un petit bijou introspectif, inattendu. Luc de Larochellière a eu un succès précoce qui en a fait en deux albums à peine une grande star, au tournant des années '90. Rock contemporain, textes avec une juste dose de dérision et de cynisme, le jeune homme de Laval, dont on avait fait la rencontre à un showcase en première partie de Marie Philippe, était un délicieux paradoxe: timide et effacé, affecté d'un bégaiement à la ville, il nous terrassait tous lorsqu'il chantait ses textes engagés, d'une voix puissante, assurée, de rock star. L'ironie voulut que plus il devenait audacieux dans sa musique, plus le succès l'a déserté, et qu'on l'avait peu à peu oublié. Jusqu'à ce magnifique Un toi dans ma tête, sorti il y a quelques semaines.

Superbement habillé de cordes opulentes, le fidèle Marc Pérusse à la console, de Larochellière nous ouvre son coeur avec une touchante simplicité et raconte surtout des ruptures, des amours difficiles, des obsessions sentimentales qui témoignent de la maturité de son écriture, de la profondeur de sa plume. C'est beau comme du Jean Ferrat à son meilleur, ça sonne vrai comme du Félix, et il y a un peu de Nick Drake dans la mélancolie de ces nappes de cordes qui soulignent juste ce qu'il faut ces textes poignants. Les musiques de ruptures sont si belles qu'elles font de l'ombre aux autres pièces plus "détachées". Exception faite de la meilleure du lot: la délicieuse Non-amour, Mon amour, que je vous laisse découvrir. Faites-vous un cadeau.

Le temps me manque pour vous parler de l'ultime Bashung, Bleu pétrole. Poète des mots, poète des sons, Bashung a laissé derrière lui des volutes de beauté et son ultime album est émouvant, mais jamais sentimental. Chaque fois que j'entends Résident de la République, j'ai un petit frisson. Qu'il était unique, le Bashung... Comment parler de sa mort d'une manière plus élégante? Alain Brunet, grand fan, a bien résumé ce Bleu pétrole, permettez-moi d'emprunter sa très belle plume...




Bleu pétrole, un album de grande épuration, un album où la complexité n’est plus apparente et se dissimule dans l’essentiel. C’était l’aboutissement d’une oeuvre magistrale. Son protagoniste y aura fréquenté autant la légèreté que la densité, dont il a su allier culture pop (avec un fort argument rock, faut-il le rappeler) et recherche fondamentale. Assortie de cette voix ténébreuse dénuée de toute agressivité (et de toute puissance, à l’instar de grands interprètes tel Leonard Cohen), cette quête de substance a parfois produit une impression d’opacité mais bon, n’est-ce pas le lot de tous les artistes en quête de densité ? Dans les sons comme dans les mots, Bashung a toujours haussé la barre.

A-t-on ici au Québec un Bashung? Je n'en vois qu'un possible. Il s'appelle Daniel Bélanger. Nous y reviendrons.

mardi 29 janvier 2008

À la recherche du temps perdu

Extrait du dernier Rolling Stone:
There were complaints in certain online circles about the sound quality of In Rainbows downloads, but surprisingly, considering the sonic complexity of their own records, none of the members of Radiohead are audio geeks. "That sort of hi-fi sound-quality thing really annoys me," says Jonny Greenwood. "I was in London talking to a label guy once, and we got on to this subject, and I said hi-fi is just about middle-aged men trying to make music sound as good as it did when they were teenagers, and it never will. They'll never be as excited as they were when they first heard that music coming out of just one speaker. They'll never get that close to it again." Greenwood smiles sheepishly. "Later, I found out he's got this amazing record player and spends all of his time upgrading his system."

mercredi 10 octobre 2007

En rotation... Radiohead, The Doors, Sonny Rollins

Pour ces premières vraies nuits d'automne, en rotation sérieuse...


Radiohead. In Rainbows.

La planète audiophile s'est donné rendez-vous aux petites heures de la nuit sur le site Web de Radiohead, pour le lancement Internet le plus attendu de l'histoire: In Rainbows vient de naître.. Au-delà de l'approche "pay what you want" et de la déception généralisée lorsqu'on a réalisé que les MP3 distribués sur le site ne pesaient que 160 kb/s, le lancement d'un album de Radiohead demeure une affaire sérieuse pour tous les amateurs de rock. Surtout après 4 ans d'attente.

10 pièces, tout juste 42 minutes: on se croirait revenu au temps du vinyle. Radiohead a vieilli et a maturé. Une sorte de majesté sereine a succédé à l'angoisse paranoïaque distillée à plein volume dans Hail To The Thief, leur précédent opus. 10 vraies chansons, pourrait-on ajouter, 10 performances du band dans son ensemble; pas de bidouillage électronique, de sculpture sonore abstraite, d'explorations auditives binaires. C'est l'album le plus immédiatement engageant, au niveau mélodique, du groupe depuis leur second, celui qui les a révélé à la planète rock, The Bends.

Comme le mentionnait un internaute du forum de Steve Hoffman, c'est comme si le groupe recommettait The bends, mais avec la palette sonore étendue par l'expérience des 4 derniers albums, 4 chefs d'oeuvres quant à moi.

La voix de Thom Yorke demeure émouvante de cette espèce de vulnérabilité d'ado halluciné; mais plus que jamais il en contrôle la musicalité.

Seule déception: pour la première fois depuis OK Computer, le groupe ne défriche aucun monde nouveau; explorant des planètes familières, le dernier Radiohead plaît immédiatement, ce qui n'est pas nécessairement leur norme. Le disque se fichera-t-il aussi profondément dans la peau que les autres? Aura-t-on envie de commander le package de luxe (2 CDs, 2 vinyles, 1 booklet) en décembre, après l'avoir écouté en boucle pendant six semaines?



The Doors - The Doors (1967)

1967 fut une année-charnière dans l'histoire du rock, dans l'histoire de la contre-culture, dans l'histoire de la jeunesse contemporaine. Une année qui a vu les Beatles produire deux albums-kaléidoscopes qui ont changé notre conception de l'album, comme entité artistique (Sgt Peppers, Magical Mystery Tour); qui a vu l'entrée en scène, avec deux albums lui aussi, d'un alchimiste de la 6-cordes qui entamait un spectaculaire et trop bref parcours, Jimi Hendrix.
Cream
atteignait son sommet avec Disraeli Gears, Pink Floyd se lançait en orbite, encore illuminé par le génie psychédélique de Syd Barrett; le Velvet Underground lançait sa banane à la figure du art-rock. Non, vraiment, 1967 fut une année comme le rock n'en a plus jamais connu. Une véritable révolution.

Et puis, il y eut l'apparition d'un autre météore: Jim Morrison et les Doors ouvraient les portes de la perception, à grand renforts de LSD, de mysticisme primitif, de références à la spiritualité indienne. Des textes qui sentaient le sable, le désert nu et brûlant, l'alcool et la douleur de vivre, le sexe et la mort; une voix chaude de ténor qui vous hypnotisait, sur les arabesques dessinées par Manzarek aux claviers. Les Doors avaient un son inoubliable, une naïveté décadente et une pulsation de mort qui évoquent Rimbaud, mais un Rimbaud marchant d'un pas dansant et halluciné sur les traces du rock et du blues le plus graveleux.

J'ai vu pour la première fois la semaine dernière le film The Doors de Oliver Stone, avec Van Kilmer qui, avec panache, resssuscite le roi-lézard dans toute sa fougue délinquante. Difficile de ne pas ressentir d'empathie pour ce gosse pourri de talent, arrogant à l'exême, qui ne cherche qu'à en finir avec la vie, mais le fait avec un tel art de la bacchanale, un tel panache, que l'on ne peut que le suivre, qu'admirer, même en sachant de quelle désolante façon l'épopée de Morrison va finir.

The Doors, le premier album, version DCC (pour plus de chaleur analogique) ou version remasterée 1999 (pour plus de verdeur) n'a rien perdu de son pouvoir incantatoire. Chaque pièce déballant son théâtre noir, avec détours par la comédie musicale bauhaus (formidable version du classique de Kurt Weill, Alabama Song) et le blues (Back Door Man) jusqu'à l'explosion violente de The End ("We want the world and we want it now!"), qui depuis Apocalypse Now de Coppola représente mieux qu'aucune autre pièce l'autre versant du rêve hippie: le désespoir d'une génération ayant enclanché son processus d'auto-destruction.

La sortie de Strange Days, à peine 9 mois plus tard, et à peine moins mémorable, confirmait que l'année 1967 n'appartenait pas qu'aux Beatles et à Hendrix. Les Doors venaient de graver leur nom dans la pierre (tombale) du mouvement hippie.

(À noter qu'une version remixée et multi-channel, et corrigeant une historique erreur de vitesse de déroulement de bande est sortie cette année, dans le coffret Perception, oeuvre de l'ingénieur de son d'origine, Bruce Botnick. Très curieux d'entendre cet album glauque et incantatoire en vitesse accélérée! Et la version mono sera rééditée en vinyle d'ici la fin de l'année 2007)




Sonny Rollins. Saxophone Colossus. 1956.
Prestige (OJC), mastering de 1988. OJCCD-291.

Depuis que j'ai lu quelque part que la série de CD Prestige OJC (Original Jazz Classics) des années '80 valaient leur pesant d'or au point de vue sonore, je les traque chez les disquaires usagés; j'ai renoncé à remplacer mes anciennes éditions par des versions remasterées, parfois SACD et ne m'en porte que mieux.

L'attrait des nouveautés technologiques peut être trompeur. Mon SACD asiatique de Waltz for Debby (Bill Evans) a beau donner une plus belle présence à la contrebasse de Scott LaFaro et étendre la plage de fréquences, le piano d'Evans n'a pas le punch, le mordant, la vivacité caractéristique de mon vieux OJC, que je pensais vendre, et auquel je suis plus attaché que jamais. Je ressors mes vieux Chet, Sonny Rollins, Bill Evans et autres poussiéreux albums mal séquencés et redécouvre leur indéniable punch, révélé par mon nouvel ampli à tubes Atma-Sphere, qui s'impose de plus en plus comme le plus beau cadeau d'audiophile que je me suis jamais fait (merci André, où que tu soies, je bois à ta santé et m'enivre de sons grâce à toi).

Bref, aujourd'hui, traînant dans les merveilleux rayons de jazz de la Bouquinerie, rue Mont-Royal, je tombe sur un disque que j'ai eu en vinyle, mais que je n'ai jamais pu apprécier à sa juste portée, et qui justement porte le label OJC dans ce pressing de 1987: Saxophone Collosus, de Sonny Rollins, l'album qui a imposé en 1956 le jeune ténor comme l'incarnation virile du bop, comme Coleman Hawkins avait été celle du swing, vingt ans auparavant. De retour à la maison, je le met immédiatement dans la platine. Et ça part...

Le son. le son, les amis. Le saxo de Rollins qui gicle des torrents de swing viril au micro, comme si on y était. Un son mono, avec tout ce que ça peut supposer de punch, de dynamique, de focus. Avec de brusques irruptions des peaux martelées par Max Roach, dont le style se marie si bien à celui de Rollins. Dur de décrire le son de Rollins: un son dur, ouvert, incisif, bon, oui, viril, mais aérien, genre joueur de rue sur-dynamité, mais avec quelque chose aussi de l'élégance racée de Lester Young. On est à mille lieux des transes spirituelles de Coltrane, le ténor de demain, qui va bientôt attirer sur lui toute l'attention. Pour l'heure, c'est Rollins le jeune maître, et ce disque est de la dynamite, de l'art tout en puissance. Et au soutien harmonique, comme en contre-point stylistique, le style élégant, raffiné, de Tommy Flanagon au piano, un homme qui découpe le temps au ciseau, ayant l'élégance de ne jamais se presser, et qui réussit à swinger en même temps.

5 pièces qu'on écoute très très fort.