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mardi 1 décembre 2009

J'ai entendu... un grand solo de Bill Evans



On reconnaît surtout à Bill Evans ses capacités élégiaque set romantiques, mais rien ne me branche plus que lorsqu'il plaque des accords secs et rythmiques de la main gauche, semblant chercher une fracture rythmique dans laquelle son corps pourrait se dissoudre, comme dans ses ultimes interprétations de Nardis en 1979.

Toujours est-il que hier, j'écoutais le formidable 2e disque de l'édition 50e anniversaire de Kind of Blue de l'immense quintette de Miles Davis, lequel présente une session du groupe enregistrée l'année précédente (1958). Même studio, mêmes solistes, même rythmique: Cannonball et Trane aux saxos, Miles bien sûr, et Bill Evans, et la rythmique Chambers/Cobb... bref, le même son et le même esprit extraordinaires qui devaient accoucher l'année suivante de l'ultime référence jazz. Sauf qu'il s'agit cette fois de l'interprétation de standards..

C'est sur Love For Sale, après les solis de Cannonball et de Coltrane... soul et puissant avec Cannonball, tendu avec Trane... C'est au tour de Bill Evans...

Du fond de l'ignorance d'un mélomane moyen, je vous jure: extraordinaire solo.

mercredi 30 septembre 2009

L'esprit de Miles: Miles From India

  


Un petit mot pour vous suggérer un album que je trouve plus indispensable chaque jour que je l'écoute.
Miles From India est un CD double réunissant, sous la houlette de Bob Belden, plusieurs ex-musiciens de Miles Davis, (période fusion surtout), et des musiciens indiens, pour une sorte de Bitches Brew au curry qui laisse pantois.

Ce qui laisse pantois, c'est, bien sûr, la grande virtuosité des musiciens d'exception de l'album (dont vous connaissez plusieurs noms: John McLaughlin, Lenny White, Chick Corea, Jimmy Cobb [eh oui, le batteur de Kind of Blue], Mike Stern, Wallace Roney); mais c'est aussi le mariage enlevant, surprenant, de deux traditions musicales qui se répondent dans le plus pure esprit coopératif du jazz; c'est cette bouffée de liberté musicale qui émane du projet, chacun ayant l'espace pour s'exprimer, mais s'exprimant dans une dynamique de groupe totalement cohérente; c'est de constater qu'au-delà de la tombe, l'esprit de Miles continue de féconder une musique explosive, enlevante, inspirante.

De grands moments? Le thème de All Blues à la sitar, l'énergie manique de la rythmique (Lenny White à la batterie, A. Sivamani aux percus indiennes) sur Miles Runs The Voodoo Down, la cavale et la section rytyhmique (encore) de Great Expectations, la virtuosité hypnotisante de U. Shrinivas à la mandoline, jouée dans des conceptions musicales indiennes, pour un résultat absolument surprenant, sur une compo de McLaughlin, Miles From India...

L'esprit de Miles, pendant deux heures. Un disque absolument thrillant.

vendredi 23 janvier 2009

Sur la platine: Cannonball Adderley & Miles Davis - Something Else


Est-ce que musique peut être meilleure que celle qui se trouve sur cette galette? Si vous commencez votre exploration du jazz et que vous venez d'épuiser temporairement les joies de votre copie de Kind of Blue et que vous cherchez des riffs frais, ce disque est INDISPENSABLE et complètement jouissif. En plus, c'est un cousin par la fesse gauche, d'un an son aîné, de l'historique session du Miles Davis Quintet, alors que se retrouvent le temps de six titres Davis et son saxo alto Julian Cannonball Adderley, qui est d'ailleurs crédité de leader sur cette session. Nonobstant du crédit, qui est probablement une question contractuelle, tous les amateurs de Davis, de son phrasé de porcelaine, de ses arrangements cool jazz goûteront chaque minute de ces interprétations, qui sonnent tout à fait comme du vintage Miles Davis.

Bon, peut-être Hank Jones n'a pas, au piano, cette intemporalité poétique de Bill Evans sur Kind of Blue mais la présence de Art Blakey, à la batterie, assure un swing chaud et chaleureux. Quant à Adderley et Davis, ils sont la braise et l'éclair; leur jeu est si complémentaire que Coltrane ne nous manque pas; sa passion presque mystique aurait dépareillé sur ces arrangements qui ont quelque chose d'indéniablement chaud, grâce peut-être au tempérament généreux de Cannonball.



Les grands moments ne manquent pas: l'arrangement des "Feuilles d'automne", le solo de Cannonball sur "Love For Sale", le très expressif solo de Miles Davis sur One For Daddy-O, ou le jeu à l'unisson de Davis et Adderley sur Alison's Uncle (qui m'a rappelé par son côté coulant Gerry Mulligan et Chet Baker dévalant des arpèges). L'enregistrement est de l'omnipérsent Van Gelder.

Tiens, et si vous voulez une expérience audiophile (et connaître les vertus d'un bon mastering): placez-vous en "close field listening" et obtenez une copie de l'édition Mobile Fidelity: après avoir goûté le plaisir d'une prestation "live", à quelques pas de vous, changez pour l'édition "normale" de Blue Note, de Ron McMaster, très facile à trouver, et repassez la dernière piste. On se gratte la tête en constatant que soudainement: la scène des musiciens a rapetissé de quelques pieds de largeur, Davis et Adderley ont reculé de quelques pas, et tout le monde joue derrière une sorte de voile. Pas que ce soit, en soi, une mauvaise version; mais après la version Mofi, impossible de revenir à l'arrière. Trouver un bon mastering demeure le "upgrade" le moins coûteux que l'on puise faire au son (après avoir trouvé le "sweet spot", bien sûr).