jeudi 30 avril 2009

Sur la platine: Les nuits langoureuses (et tranquilles) de Diana Krall... la Passion de Jeff Buckley

Coup dur professionnel, aujourd'hui. Recherché pour ma soirée musicale: apaisement... et pourquoi pas, opulence. Dans le sens monétaire du terme.

C'était mon anniversaire dernièrement, et ma fille, avec qui je partage une passion pour Radiohead et le Robert Charlebois des années boogaloo, m'a offert deux disques, situés aux antipodes dans le spectre sonore: le dernier Malajube (Labyrinthe) sur lequel je reviendrai et le dernier... Diana Krall, appelé judicieusement Quiet Nights.

Ma fille encourage les artistes de chez nous. Elle a toujours eu le coeur à la bonne place!

Et Diane Krall encourage la vente de disques en jazz. L'ex-protégée du label montréalais Justin' Time est aujourd'hui la vedette incontestable de la pléthore des chanteuses regroupées sous le parapluie de plus en plus large et confortable du jazz. Et ce dernier disque, avec grand orchestre, ne risque pas de lui aliéner son vaste public.

Les disques de chanteur avec orchestre ne sont pas toujours des galettes reposantes. Frank Sinatra et Billie Holiday ont offert des albums déchirants (et un peu déprimants) sous cette formule; Diana, elle, nous offre de la langueur, et elle y met tout le considérable goût dont elle a hérité, sans oublier le considérable talent de ses collaborateurs et son joli timbre de voix, avec cette tessiture juste assez rauque pour suggérer qu'on a affaire à une chanteuse qui a goûté à la vie et qui sent les choses.

C'est donc plage langoureuse après plage langoureuse, des standards archi-connus, dans un écrin sonore somptueux, et cette voix qui habite chaque note, sans trop forcer, sans trop de passion, mais avec beauté, avec talent, avec goût... nuit tranquille, on vous l'a dit.

[À comparer, son album de compos avec son Costello de mari, l'excellent The Girl In The Other Room, est presque atonal, tellement on prend soin de nous lécher l'oreille dans celui-ci.]


Un bon mot pour le mixage? Allons-y: je 'suis pas un spécialiste, mais quelqu'un qui réussit à nous faire goûter la somptuosité d'un large orchestre, dans toute sa richesse harmonique, tout en préservant une intimité de chambre à coucher à la voix, sait faire son boulot. Le son est excellent, et c'est pas Doug Sax, au mastering, qui va saboter le boulot!

Un seul reproche à la sensuelle blonde de Colombie-Britannique: était-il nécessaire de nous servir une millionième version (un peu indifférente d'ailleurs) de The Girl Of Ipanema (commodément rebaptisé The Boy... z'auraient dû garder le texte orginal, ç'aurait été plus épicé) et de Quiet Nights de Jobim? On aurait apprécié un répertoire un peu plus surprenant, comme par exemple l'excellente ballade des Bee Gees première époque, How Can You Mend A Broken Heart? servi en bonus ici.




Transition maintenant... on passe à quelque chose de plus substantiel...

C'est entendu. Nous mourons tous un jour. Nous mourons tous, trop tôt. Mais lui est vraiment mort trop tôt. Quel gâchis.

Or, le jour de l'enregistrement de cet album, ce sont les promesses d'un grand avenir qui sont éternisées. Et écouter aujourd'hui Jeff Buckley chanter au Sin-É Café de New York a quelque chose de poignant.

Nous sommes en 1993. Il a 23 ans, et il roule sa bohème depuis déjà sept ou huit ans, ayant quitté le confort de la maison familiale en Californie pour se frotter à la vie de la rue. Maintenant, ayant traversé le continent, il se présente, guitare à la main, avec sa belle gueule de poète, dans tous les bouges new-yorkais, donnant deux, trois spectacles par soir, offrant sa musique, sa voix, sa vie à la bohémienne new-yorkaise, en échange d'une bière, d'un café, d'un repas chaud, d'un divan dans un loft. On croirait lire Chronicles de Bob Dylan, 30 ans plus tard. Et tout comme elle avait signé le jeune Bob Zimmerman contre toute attente en '62, permettant à un grand poète de toucher un vaste public, la compagnie de disques Columbia, ayant eu vent de ce jeune homme qui remplissait les cafés et électrisait les clients le long d'interminables concerts improvisés, signe Jeff Buckley, fils du regretté Tim Buckley, disparu prématurément après un parcours météorique dans les années '70.

Mieux encore: faisant preuve d'une intuition magnifique, désireux d'enregistrer Jeff dans son habitat naturel, Columbia détache une équipe d'enregistrement pour aller l'entendre là où il se sent le mieux: dans le minuscule Café Sin-É.

Ce sont donc deux sets au Sin-É qui sont éternisés sur cette Legacy Edition, deux CD et un court DVD en prime. Où le jeune bohème nous livre des versions "unplugged", déjà magnifiques, de ses compos qui gagneront des tonnes d'électricité dans quelques mois, lors de l'enregistrement de son unique album studio, le magnifique, l'inoubliable Grace. Et où Jeff rend hommage à ses inspirations, en les interprétant de cette voix unique, tout autant Robert Plant que Nina Simone, qui reste gravée dans les mémoires: Van Morrisson, Bob Dylan, Leonard Cohen, Led Zeppelin, Billie Holiday et bien sûr, son idole, Nina Simone...

On a le coeur gros en l'entendant évoquer sa propre mort dans "Grace"... ou monologuer sur la "vie trop courte qu'on ne doit pas laisser empoisonner par les hommes qui vivent à l'abri de leurs bureaux" avant de se lancer dans une interprétation vibrante de "Eternal Life", une de ses plus belles pièces. Et puis il chante "Calling You" de la bande sonore de Bagdad Café, et on voudrait que ça ne s'arrête jamais.

Lisez le très beau témoignage d'une amie dans les notes de pochette, reproduits ici... Vous aurez l'ambiance de l'enregistrement, qu'on a eu le bon goût de ne pas essayer de "nettoyer".



Moins de quatre ans plus tard, entre deux sessions d'enregistrement de son second album, pour faire rire les copains, il plonge dans le Mississipi, qui n'a jamais, à ce jour, rendu son corps.

RIP Jeff.

mardi 28 avril 2009

Le nouveau Dylan arrive aujourd'hui...


... et les critiques du monde entier sortent leurs plus belles plumes, ne serait-ce que pour ne pas trop pâlir face à leur sujet. Le barde de Minneapolis, à l'aube de ses 70 ans, continue d'ajouter des strophes à sa riche chronique de l'Amérique, comme une sorte de passeur de songes, de mythes et de légendes dont la terre noire ne finit plus d'être ensemencée par le passé. Dylan n'innove plus depuis longtemps, mais il est devenu plus indispensable que jamais. Au milieu des vendeurs du Temple du rock, les financiers de l'entertainement et les holding financiers qui pillent depuis longtemps la musique pop, il est le trait d'union entre les shouters de blues, les folk singers, Tin Pan Alley, le rock déluré des années '60, le psychédélisme et les egos boursouflés du classic-rock; il a tout vécu de cette fabuleuse épopée de la musique américaine dont il est le poète absolu, sorte de Faulkner en roue libre dont le steam of consciousness semble dorénavant inépuisable...

Extrait d'une critique, celle du Telegraph anglais:

"Some people they tell me I have the blood of the land in my voice," sings Bob Dylan on I Feel A Change Coming On. If so, it is a land that is almost shattered: hard-lived and careworn, yet stoic and even darkly humorous in the face of the inevitability of struggle. It is, above all, rich with ambiguity, located in the cracks between high idealism and base corruption. Dylan is the greatest poet songwriter of the modern era. In his 68th year (on his 33rd studio album) we continue to pay revenant attention, even though he wheezes and croaks, offers up Tin Pan Alley rhymes and oft-used melodies. Together Through Life is a beautifully played collection of antique blues pop."
I have the blood of the land in my voice... Que voulez-vous ajouter après ça? Espèce de Grand Corbeau va! 4 étoiles dans le Guardian, 4 étoiles dansle All Music Guide, même chose dans Rolling Stone.

lundi 27 avril 2009

Makin Whoopee, sur les Beatles

Le forum de Steve Hoffman, sur lequel doit apparaître une douzaine de fils de discussion sur les Beatles par jour a complètement explosé depuis l'annonce, tellement espérée, de la sortie des remasters, le 9 sept 09. Et en ce moment, un fil particulièrement hilarant demande aux Beatlemaniaques quelles sont les pièces qui ont accompagné leurs ébats amoureux (pour paraphraser le OP: making whoopee)...
Réponse hilarante de "hello people":
Misery
It Won't Be Long
Not A Second Time
I Should Have Known Better
et le poster zebop de répondre à son tour:

I'm a Loser
Fool on the Hill

I was alone at the time...

Ne venez pas vous dire qu'on ne vous tient pas au courant des choses importantes.

Sur la platine: le Keith Jarrett Trio, Sinead O'Connor, la dernière production de Daniel Lanois


Il y a bien longtemps que je ne me suis pas arrêté pour écrire quelques lignes...

Rien à dire, rien à écouter. Même pas envie. Une pause pour livrer quelques guerres de la vie quotidienne, de la vraie vie.

Quand je regarde Obama et ses guerres à lui, je vois un super-héros. Pas de farces. Je pourrais même pas lacer ses chaussures.

Et puis j'avais débranché mes enceintes principales, pour toutes sortes de raisons logistiques. Mon système des dernières semaines, activé en travaillant, consistait en une carte Audigy branché à un ampli Denon 250 des années '80 et mes vénérables Rogers LS 3/5a. Bonjour la compression sonore!

Je vais vous dire: hier, j'ai pris le temps de rebrancher quelques éléments et de replacer mes enceintes à leur position optimale; malgré les tubes affaiblis de mon Atma-Sphere et l'utilisation d'un modeste Oppo 981 comme source, j'ai retrouvé le plaisir sensuel et esthétique de la musique. Mieux: le plaisir spirituel; cet indéniable pouvoir, si élusif à la recherche scientifique, si facile à trahir par nos mots, qu'a la musique.

Vous avez lu l'entrevue avec Olivier Sacks dans la Presse du dimanche? Passionnant. L'être humain et son étrange musicophilie. Son rapport à ce langage sans véritable sens qu'est la musique. Il faut que je lise le dernier livre de ce réjouissant neurologue qui avait écrit le passionnant L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau.

Si l'être humain a vraiment une part de Dieu caché quelque part dans sa masse adipeuse, comme certains le pensent et comme d'autres l'espèrent, faut la chercher dans les zones excitables par la beauté, la musique, la littérature, la poésie.

Bon, et ces albums qui sont venus titiller ma zone musicophage hier?

D'abord, déjà un 4e disque live tiré des concerts 2001 du Keith Jarrett Trio. Peacock, DeJohnette et Jarrett tiennent le flambeau des grands standards visités avec respect, lyrisme, muscle, profondeur, depuis 25 ans. Ici, de nouveau, des standards archi-connus. Pourquoi le grand, l'immense compositeur de Facing You et de l'impro des concerts de Cologne (Köln Concert) fait-il autant de standards en "live"? Parce que, dira-t-il à un journal de LA,
"We know how musical these songs are...Jazz musicians don't have to always break down doors: there's music inside the rooms too."
Et la musique, enfermée dans les portes cloisonnées de ces standards, ils la trouvent, la magnifient, la spiritualisent, nous l'apportent dans des architectures toujours passionnantes, tendues par l'explosif DeJohnette (et qu'est-ce que les ingénieurs ECM savent saisir une batterie!) et emportées au septième ciel par l'inusable Keith Jarrett.

On peut préférer l'esprit plus moderne d'un Brad Mehldau et ses audacieux choix de standards modernes (Radiohead, Nick Drake, Beatles, Paul Simon). Mais ces live du Keith Jarrett Trio sont comme une célébration de liberté musicale, de virtuosité et de respect de l'histoire du genre. Pour ma part, qui ne fait que gratter la surface de l'immense héritage de Jarrett, chaque nouveau disque demeure un grand moment.


La transition suivante paraît brusque? Pas tant que ça... Rien de tel qu'une discussion sur le Steve Hoffman Forum pour vous donner l'envie de renouer avec un disque oublié... l'annonce de la sortie d'une édition double Deluxe de I Do Not Want What I Haven't Got, le disque-phare de la superbe Sinéad O'Connor, a donné lieu aux spéculations habituelles sur la qualité sonore du remastering, qui sera sûrement "compressed with squashed dynamics and disastrous EQ", une sorte de mantra obligatoire chaque fois qu'une annonce similaire est faite. Un membre s'est quand même risqué à dire que, selon lui, l'édition originale "sounded like garbage". Réaction stupéfaite des autres... et pour cause!

Rendons justice au mastering original canadien, pressé entre autres chez nous chez Cinram (VKW-41759): ce disque sonne magnifiquement et Sinéad, alors toute jeune, et seule aux commandes (compos et production) a bâti un grand disque rock, surprenant dans ses arrangements, et d'une sincérité qui fait presque mal dans ses textes et ses interprétations mordantes. Avec en prime une des meilleures compos de Prince (le grand hit "Nothing Compares To U"). Est-ce que le rock peut être vraiment meilleur que ça? Mettez The Last Days of our Acquaintance sur la platine, fermez les lumières et pleurez un peu l'amour qui fait mal. La voix de Sinéad, avec tous ses défauts, des déraillements, des tics, transmet plus de douleur humaine que vingt "torch ballads" de Céline. Voilà, c'est dit. Écoutez-la, plus récemment, sur 100th Window de Massive Attack. Ou sur Harbour de Moby.

Ce disque, le 2e de la jeune femme fut le zénith d'une carrière qui s'est un peu perdue dans la controverse par la suite. La jeune femme a trop de sincérité pour notre époque d'hypocrisies mal assumées. Étrange de rencontrer ces artistes immenses en personne. J'ai eu la chance de rencontrer Sinéad en tournée de presse à l'époque. Précédée de sa réputation sulfureuse, elle intimidait tant et si bien les journalistes et les glaçait de réponses courtes dites d'une voix de souris que la conférence de presse était presque silencieuse. Ce qui a donné la chance à des journalistes moins ferrés (dont votre humble serviteur) de lancer toutes les questions qui leur passaient par la tête. Et elle, de répondre doucement, brièvement, ses grands yeux de vénusiennes bien plantés dans les vôtres, timide volcan qui ne demandait qu'à exploser sur scène, au Spectrum, le soir même.

Le disque se clôt sur une grande mélopée a capella. I do not want what i haven't got, chante-t-elle. Est-ce bien vrai? J'ai malheureusement l'impression qu'une telle âme d'artiste sincère et totale ne trouve jamais totalement le repos.

Comment finir sur un peak émotif après tant de belles violences? Sur un disque tout neuf, complètement inconnu, et qui porte une prestigieuse signature à la production, celle de Daniel Lanois. le disque s'appelle Mercy, l'artiste et son groupe se nomment Rocco DeLuca and the Burden et si ce disque ne fait pas un tabac auprès des amateurs de rock, c'est que le rock est mort ou l'industrie qui le supporte.

Rocco, joueur de dobro, a probablement été nourri au biberon en écoutant le déchirant Grace de Jeff Buckley et lui emprunte ses envolées dans les hautes notes; une manière de nous donner à goûter à la fois à la force sensuelle du rock le plus emporté et la fragilité la plus profonde de l'âme humaine (sa voix falsetto, toujours au bord de la cassure). La production de Lanois, raffiné, riche, cordes et poussières et bohème et nuits longues, est plus raffinée que jamais, mais magnifiquement préservée au mastering (contrairement à tant de ses disques, dont ceux de U2): il y a dans ce disque une poésie qui rappelle Leonard Cohen, un spleen qui creuse son foret dans le ventre comme un disque de Elliott Smith, une sorte d'aveuglement poétique à la Buckley et une beauté sonore comme seul Lanois en fabrique. Que dire de plus? J'aime ce disque, profondément. J'espère que vous l'aimerez aussi. Ce serait comme boire la même auge de sang noir. Mercy.

vendredi 13 mars 2009

Les mots sont de trop

C'est Martin Gore qui avait raison...

Words like violence
Break the silence
Come crashing in
Into my little world
Painful to me
Pierce right through me
Cant you understand
Oh my little girl

All I ever wanted
All I ever needed
Is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm

Vows are spoken
To be broken
Feelings are intense
Words are trivial
Pleasures remain
So does the pain
Words are meaningless
And forgettable

All I ever wanted
All I ever needed
Is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm

Enjoy the silence

lundi 9 mars 2009

La mort des formats et le plaisir sensuel du vinyle

Récemment, j'étais dans une boutique livres et disques usagés de NDG à tuer le temps entre 2 meetinges.
Et je vois qu'ils ont une grosse section vinyle neuf et usagé. Je me mets à fouiller un peu... Deux choses me frappent.

1) le plaisir de fouiller dans une section vinyle n'a jamais été remplacée. Le cover art d'un vinyle, c'est quand même autre chose qu'un CD. Ne parlons même pas des images scannées des téléchargements. Il va falloir qu'ils trouvent aussi un plaisir visuel aux téléchargements. Parfois, pour faire plaisir aux enfants (et à ma blonde, qui est une visuelle), je met le lecteur ordi en mode random et je met des fractales plein écran.

2) le prix des vinyles usagés a monté en flèche. Je ne compte plus le nombre de vinyles (que j'ai moi-même vendu à 50 sous ou 1$ il y a 7 ou 8 ans), qui se vendaient 3 ou 4$ il y a 3 ans et qui sont maintenant 10$ usagés.

Et alors? Et alors, rien. Les temps changent, on n'y peut pas grand chose. Tout se dématérialise à la vitesse de l'éclair, sign of the times. Le plaisir analogue et sensuel se vendra de plus en plus cher. C'était mon 5-minutes philosophico-mocheton.

dimanche 8 mars 2009

Steve Gadd... le bonheur!

Je viens de réaliser, en déambulant dans le merveilleux forum de Steve Hoffman, que deux de mes moments préférés en musique, les deux exécutés à la batterie, sont le fait d'une seule et même personne.

Deux moments si différents, aux énergies si opposées, mais en même temps si liés, dans cette manière de rendre la batterie si expressive... L'homme s'appelle Steve Gadd...

C'est lui qui a créé le petit beat militaire de cette merveilleuse chanson de rupture amoureuse de Paul Simon, 50 Ways To leave Your Lover. Oh, que cette chanson, je me la suis répétée, certaines journées d'automne d'une année épouvantable de ma vie... (quoi? vous ne connaissez pas ce grand "classique" pop? Il vous faut l'entendre. Un jour ou l'autre, on en a besoin!)



À l'autre extrémité du spectre, c'est lui qui exécute ce grand, cet immense solo sur Aja de Steely Dan. Et je vous fait un aveu: je déteste les solos de batterie. Mais celui-là, j'y peux rien, il fait grimper mon rythme cardiaque à tout coup. Encore, encore de la grande pop.



P.S. Et, continuant de lire le fil de discussion sur lui, j'apprends qu'il a fait Chuck E's In Love de Rickie Lee Jones. Décidemment! Un grand bonhomme!

mercredi 4 mars 2009

Animal Collective: on va attendre le vinyle

  

On veut bien nous aussi se tenir à l'affût des formations qui, aujourd'hui, sculptent le son qui deviendra le mainstream de demain. Et en ce moment, dans le buzz critique, aucun groupe ne frétille aussi fort que Animal Collective et leur nouveau Merriweather Post Pavillion, qui fait se pâmer les critiques les plus exigeantes, de Alain Brunet à Pitchfork. En fait, l'éloge est général, et fait sonner la cloche à 89 de score global sur Metacritic.

On veut bien... mais comment y arriver lorsque, pour arriver à la musique, on doit se taper un mastering digital aussi atroce, qui biffe complètement le relief d'une musique qui est une sculpture sonore tridimensionnelle, dense, raffinée, complexe, avec harmonies vocales polyphoniques à la Pet Sounds sur nappes rythmiques surchargées... Si votre système a une vocation de transparence, vous râlerez, couché sur le plancher, bave aux lèvres, les hautes fréquences coulant de vos oreilles après avoir mis en purée votre cerveau...



Pourquoi? Mais pourquoi?

Paraît que le vinyle double à 30 $ , lui, sonne très bien!!! Avec des basses profondes et un son texturé à souhait!

L'industrie du disque est-elle masochiste? (pourquoi je pose la question? ils en ont fait la preuve plusieurs fois déjà, non?) Est-ce que Bowie et Roxy Music auraient passé leurs audacieuses propositions sonores si leurs disques avaient été inécoutables???

Ceci dit, après 3 ou 4 écoutes (avec larges moments de repos), je peux vous confirmer que les comparaisons à Pet Sounds des Beach Boys ne sont pas vaines; un Pet Sounds déconstruit, acidulé plutôt que psychédélique, où les cordes et cuivres cèdent la place à une lutherie électronique parfaitement maîtrisée. Bon, peut-être que les harmonies vocales ne sont pas aussi suaves. Mais quand même!

Vais-je investir pour la version vinyle?

vendredi 20 février 2009

La critique la plus assassine de tous les temps

... et perdant encore un peu plus de temps sur Internet, je tombe sur cette critique assassine d'un album mal nommé, The Best of Vanilla Ice...

"If you decide to buy this CD, wait patiently by the mail box till it arrives. Upon arrival, quickly open the box, then pull the security tape from the jewel case. Open the jewel case and place the CD in one hand. Break the CD in half, then slit your wrists with the remaining shards. As you begin to die look at your reflection in the mirror-like surface of the broken CD, and ask your self what you were thinking when you ordered this CD!"

Le "pacing": un art pas si compliqué

Perdre son temps sur Internet... et tout à coup tomber sur ça.
J'adore ce truc...

jeudi 19 février 2009

The Way We Were

C'était une autre époque. L'avenir n'existait pas encore, le passé se résumait à quelques lignes; seul comptait le présent. Jouer aux osselets dans le cour d'école. Les pratiques de hockey, à l'extérieur à Sainte-Ursule le mercredi soir et à Bernières, à l'intérieur, le samedi, aux aurores. C'était aussi l'époque des 45-tours à moins de un dollar, des doubles longs-jeux concept et surtout, pour celui qui s'éveillait à la musique et se foutait complètement du son, des compilations K-Tel...

Ah, le charme de ces coompilations tout croche qui compressaient une quantité effarente de pièces sur chaque face. J'ai commencé à fréquenter les Rolling Stones sur une compil' de ce genre, et jamais 2000 Light Years From Home ne m'a semblé sonner aussi bien que sur ma compil' double "tel qu'annoncé a la télé", sur ma table tournante JVC, dans mon système anonyme...

Le responsable de cet élan de nostalgie débile et sincère? Un blogue, que je vous reproduis ici... en attendant de retrouver des traces de mes premiers frissons musicaux sur le site K-Tel Classics, bientôt sur la toile.

In Praise of K-Tel Albums

Written by Kit O'Toole

Published February 18, 2009
Part of The Cutout Bin

The album covers featured primitive graphics. The titles were often cheesy. The songs lacked great sound quality and sometimes were sloppily edited. Yet K-Tel albums introduced me to a number of great artists and ultimately helped form my musical tastes.
K-Tel albums compiled the hits of the day into one album, offering convenience for the consumer who lacked time or money to purchase individual singles. These compilations were organized by theme—rock, R&B, new wave, country, or dance—and ranged from well-known artists to one-hit wonders. Today, Now That’s What I Call Music CDs fill this role, but in the 70s and 80s K-Tel dominated the American market.

Founded by Canadian entrepreneur Philip Kives, the company sold items such as nonstick fry pans, the Veg-O-Matic, and the Feather-Touch Knife (similar to Ron Propeil’s Ronco). In early 1966 Kives decided to branch out into the music business, releasing his first compilation album, Twenty-Five Country Hits, that same year. He named his company K-Tel in the late sixties, and went on to sell half a billion albums worldwide by the eighties, according to K-Tel’s website. Like his products, Kives also created splashy TV ads to announce the latest record releases (such as the below example).

http://www.youtube.com/watch?v=QQPPKH6roS8

As a child, I loved receiving the latest K-Tel collections for Christmas or birthday gifts, and would play the LPs until the grooves wore down. Many years later I realized that my first introductions to rap and various seminal rock artists came from K-Tel.

The first two albums I remember receiving were Wings of Sound (1980) and Dancer (1981). The former’s cover featured, appropriately enough, multicolored wings and offered a selection of top 40 hits. Most notably, this album introduced me to Nick Lowe and Bob Dylan, along with the still-catchy one-hit wonder “Driver’s Seat” by Sniff ‘n The Tears. Lowe’s “Cruel to be Kind” remains one of the most clever rock songs of the early 80s, and Dylan’s “Gotta Serve Somebody” marks his overtly religious phase. As a kid I couldn’t quite grasp Dylan’s sound, but of course later learned of his tremendous influence on rock and folk.

Dancer focused, not surprisingly, on what turned out to be the dying days of disco. While it may have marked disco’s last gasp, it also signaled the gradual rise of hip hop. Frankie Smith’s “Double Dutch Bus” and Lakeside’s “Fantastic Voyage” have since become old-school (and heavily sampled) classics, but back then I heard nothing like them on the radio. In addition, the album introduced me to the gritty funk of the Gap Band, with “Burn Rubber (Why You Wanna Hurt Me)” remaining one of my favorite funk hits.

A year later, The Beat exposed me to then-alternative or “new wave” music. While the terms seem laughable now, the artists on the album existed on college radio or MTV, if you were lucky enough to have cable.

Sure, some of the selections hardly seemed edgy—The Go-Go’s perky “We Got the Beat” being the prime example—but there were a few gems as well. Graham Parker’s “You Hit the Spot” introduced me to the quirky singer-songwriter (do track down his serious reading of the Jackson Five’s “I Want You Back”), and The Waitresses’ sneering “I Know What Boys Like” still sounds unusual today. Depeche Mode also made an appearance here with “Dreaming of Me,” and Bow Wow Wow’s enthusiastic cover of “I Want Candy” combined punk with just a hint of ska.

Christmas 1982 also brought me Blast Off, a collection of pure pop.

While the cover art portrayed—yes, you guessed it—a spaceship taking off, the music ranged from classic rock to R&B. Then-John Cougar’s “Hurts So Good” opened my eyes to his brand of roots rock, while I continued my R&B education with Ray Parker Jr.’s “The Other Woman.” Blast Off also brought me my first taste of Van Halen with their cover of “Dancing in the Streets,” with David Lee Roth’s screaming vocals front and center. It remains one of my favorite Van Halen tracks.

My next purchase, Get Dancin', proved to be crucial in my rap education. Amazingly I first heard the masterpiece “The Message” by Grandmaster Flash and the Furious Five courtesy of K-Tel! At 11 years old, I couldn't quite grasp the song's grim message about inner-city life, but I could still chant “Don't push me/'Cause I'm close to the edge/I'm tryin'/Not to lose my head.” As an example of K-Tel's editing practices, Get Dancin's version of “The Message” featured a long beeping noise during the lyric “People pissing on the stairs/You know they just don't care.” Imagine my shock when I heard the unedited version for the first time! To this day, I cannot listen to that song without hearing “people [beeeeep] on the stairs.” Nevertheless, I can thank this 1983 album for showing me how rap lyrics can effectively shed light on serious issues.

Get Dancin' is where I first heard Luther Vandross's velvety voice on “Never Too Much,” converting me into an instant fan. Countless old-school classics abounded on this compilation: “Forget Me Nots” by Patrice Rushen; “I'm So Excited” by the Pointer Sisters; “I Really Don't Need No Light” by Jeffrey Osbourne; and “Love Come Down” by Evelyn “Champagne” King. I think I can trace my passion for R&B to this album. Strangely, Get Dancin' also included Laura Branigan's “Gloria” and Toni Basil's “Mickey.” Perhaps this apparent hodgepodge represents the variety of music on the charts at the time; after all, Dexy's Midnight Runners, Musical Youth, and Eddy Grant scored unlikely hits around that time.

In contrast to Get Dancin's more urban feel, Hit Explosion (also 1983) contained general top 40 fare. Interestingly this compilation contained more classic rock figures that were relatively unknown to me at the time, such as Rod Stewart (“Young Turks”), Steve Miller (“Abracadabra”), Santana (“Hold On”), and Rush (“New World Man”). Soon-to-be classic rock staples included Survivor with their massive hit “Eye of the Tiger” and REO Speedwagon's “Keep the Fire Burnin'.”

At that time I had little idea of the significance of Stewart, Miller, or Santana, but this album gave me an initial taste of their work. Among these songs was the still outstanding single “Steppin' Out” by Joe Jackson, which inspired me to investigate more of Jackson's work. His Night and Day album still exemplifies some of the more creative work of the 80s.

Hit Explosion also contained some girl power, as Pat Benatar (“Shadows of the Night”) and Joan Jett and the Blackhearts (“Do You Wanna Touch Me [Oh Yeah]”) proved that women could rock just as hard as the men. At a time when the Go-Gos were once introduced on TV's Solid Gold as “an all-girl band...and they all play their own instruments!” hard-rocking female artists were a bit of a revelation.

1984 marked the final year I would purchase K-Tel albums. Sound System represented another top 40 sampling, combining established artists with up-and-coming British acts such as the Fixx (“One Thing Leads to Another”) and Spandau Ballet (“Gold). While one-hit wonder Frank Stallone made an appearance with the kitschy “Far from Over,” the album also noted the emerging careers of Bryan Adams (“Cuts Like A Knife”) and Huey Lewis and the News (“Heart and Soul”).

Most interesting is the Kinks, whose “Don't Forget to Dance” was included. At the time I had no clue of the long history (and superlative writing skills) of the band, merely knowing their single “Come Dancing.” Since then I have become an admirer of Ray Davies, and love the band's work from the 60s and 70s. If K-Tel can be credited for further exposing me to the Kinks, I cannot blame them too much for putting Stallone on the same album.

My last K-Tel album, Street Beat, defined itself as presenting “new music, hot sounds” on its cover. It turned out that this album provided the best balance of pop, rock, and R&B, along with a few curiosities. Old-school music was in evidence with “Stay with Me Tonight,” the very danceable Osbourne classic, and the fantastic “Ain't Nobody” by Rufus and Chaka Khan. I thank K-Tel for introducing me to Khan, who possesses one of the best voices in soul. Of course she went on to even greater success with “I Feel for You” a short time later. However, “Ain't Nobody's” funk recalled her earlier work with Rufus, and is representative of her best work. As for Osbourne,”Stay with Me Tonight” perfectly exemplified K-Tel's tendency to edit music down to cram as much as possible onto a record. I later learned that the song contained extra verses that provided better transitions to the chorus; now, when I listen to the Street Beat version, the song seems awkwardly edited.

The token one-hit wonder made an appearance, this time “Just Got Lucky” by the JoBoxers. Huge hits also dominated: Irene Cara's “Flashdance;” Men Without Hats's “Safety Dance;” and Madness's “Our House” were just a few examples. But Elton John's defiant “I'm Still Standing” further educated me in John's work, and Eurythmics's haunting “Love Is A Stranger” showed me that all pop music need not be conventional.

After that, I drifted away from K-Tel collections, instead purchasing individual artists' albums and 45 RPM singles. But I look back on those compilations fondly, as they served as overviews or Cliff's Notes for current music. Having no access to MTV and listening to top-40 radio stations aimed at teens, I would never have heard definitive rap tracks like “The Message” if not for these albums. I also gained an education in classic artists that later inspired me to investigate their back catalogs.

K-Tel also exposed me to creative artists that buck the mainstream, such as Joe Jackson, Nick Lowe, and Graham Parker, later converting me into fans of these musicians. At a time when female rockers were seen as an anomaly, these collections proved that they could rock just as convincingly.

Today K-Tel exists as a music licensing company, customizing compilations for companies. They also sell products such as the Clever Cutter, marketed by the same kinds of late night TV commercials that helped establish their reputation. Sadly, many K-Tel albums are unavailable, although the K-Tel website promises a chronicle of their albums and commercials on a separate page, K-Tel Classics. Hopefully the company will follow through on this promise.

While some music fans may scoff at compilation albums such as today's Now That's What I Call Music series, these collections serve a purpose: in addition to saving the consumer time and money, they provide listeners an introduction to established and upcoming artists, and expose people to new sounds. Through these overviews, fans can develop their own music tastes. Despite corny cover art, silly album titles, and dubious song edits, K-Tel will always have my gratitude for furthering my music education.

dimanche 15 février 2009

L'amour de la poésie est l'amour de la beauté: Douze hommes rapaillés


Vous avez passé une bonne St-Valentin?

Les fleurs, les cupcakes, les petits coeurs rouges partout sur la table, les cartes pleins de X et de O des enfants, le petit mousseux à table... chez nous, ce fut familial cette année. J'ai eu une vague de déception lorsque mes enfants ont transité vers le Nintendo DS et le DVD aussitôt le souper avalé... Quelle culture! Alors, j'ai replongé dans l'amour, mais l'amour grand A, comme mystérieux moteur de l'être humain, comme voisin émotionnel de l'Art, de la Beauté, de la Poésie. Ma douce avait eu un super-flash en m'offrant le disque "12 hommes rapaillés chantent Gaston Miron"... J'ai plongé dedans et depuis ce temps, il joue en boucle et enterre les sons électroniques poches des jeux vidéo et les paroles vides des cartes Hallmark.

Gaston Miron, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un immense poète qui sévissait sur le Plateau Mont-Royal il y a quelques années et qui a laissé une oeuvre immense (non en quantité, mais par son intensité) et immortelle (parce que ses thèmes sont les thèmes en majuscules cités plus haut) et universelle (parce que son nationalisme n'a rien de géographique)...

Ne vous laissez pas abuser par la pochette, où les douze hommes rapaillés du titre sont un heureux mélange de chanteurs qui, tous, sont aussi des auteurs-compositeurs qui n'ont pas à rougir de voir apparaître leurs noms dans le même 12 centimètres au carré que Miron. Douze homme rapaillés est d'abord l'oeuvre d'un homme: Gilles Bélanger. Le très discret Gilles Bélanger, qui, déjà, a mis en musique tant de poèmes et a donné vie à la magnifique carrière d'interprète de Chloé Ste-Marie. Il poursuit son oeuvre (majeure) en donnant cette fois les devants de la scène à des voix masculines (Miron écrit une poésie très mâle) et c'est tout aussi réussi.

Coup de génie: la réalisation a été confiée à Louis-Jean Cormier (Karkwa), donnant aux poèmes des enrobages musicaux au mordant moderne et une tension parfaite pour la poésie (incantatoire) de Miron.

Alors nous avançons, de poème en poème, comme des nomades-artistes dans un monde à deux doigts de la débilité avancée, et ça donne des strophes comme:

Nous reviendrons nous aurons à dos le passé
et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes
nous serons devenus des bêtes féroces
de l'espoir

Excusez-moi mais des strophes comme ça, ça réduit en purée tous les petits poèmes moralisateurs sur le quotidien qu'on se tape à longueur d'albums depuis plusieurs années au Québec. Je ne vise personne, tout le monde a droit à sa purée; mais des Miron dans le décor, ça fait du bien comme un coup d'Obama dans la merde républicaine, et on doit remercier Bélanger pour nous décrasser les oreilles...

Le disque n'a pas de temps mort, mais ça lève drôlement à partir de "Ce monde sans issue" de Daniel Lavoie (quel interprète, capable de tellement de nuances dans son chant) et la pièce interprétée par Louis-Jean Cormier ("La route que nous suivons") qui suit est le climax, intense et karkwaïen, d'un parcours le poing fermé, suivi, contraste habile, idéal, d'un air irrésistible, folk, Pour retrouver le monde et l'amour, interprétée par Richard Séguin, jamais plus touchant que dans la simplicité, et dont la voix est comme celle d'un ami retrouvé...

Après un Plume solennel ("Nous marchons, ignorants de la trappe des gouffres, Vers l'horreur des demains sans paix ni charité. Désemparé.") arrive le moment du maître d'oeuvre, l'épilogue: la dernière pièce est interprétée par Gilles Bélanger lui-même... Après deux strophes, ma douce s'est retournée vers moi, les yeux ronds: "C'est Bori" elle s'exclame. Bon sang, mais c'est vrai: le débit, ce vibrato à la Reggiani, cette richesse dans les basses. Avons-nous la berlue? L'élusif Edgar Bori serait-il Gilles Bélanger? Ou Bélanger serait-il simplement immensément influencé par le plus mystérieux et poétique des chanteurs québécois?

Un dernier mot sur le son. Il est dit sur la pochette que le disque fut enregistré "live" en studio. On peut dire que Cormier et ses arrangeurs ont fait mouche presque continuellement, en créant un son riche et cohérent. S'il n'y a vraiment pas d'overdubs là-dessus, je trouve le travail exceptionnel et le mixage habile, réussissant à singulariser les voix (pas facile de suivre du Miron sans le lire) sans jamais nous priver de la richesse des arrangements. On suppose que la production aurait pu aller encore plus loin sans cette contrainte (choix artistique et/ou financier?). Le mastering est-il moderne (i.e. compressé)? Euh, je pense que oui. Pas de manière désagréable. Mais Guy Hébert, de Karisma, ne va pas contre le vent. On peut le regretter. Mais pas vraiment le critiquer.

mardi 10 février 2009

Le PIANO et RUDY VAN GELDER: quel est le problème?


Je le dis, et je sais que je ne suis pas le seul: il n'y a pas beaucoup d'enregistrements musicaux qui me donnent autant de plaisirs que les enregistrements de jazz acoustique de la fin des années '50 et du début des années '60, enregistrés (mais non remasterés!) par Rudy van Gelder. On dirait que ces titres immortels sont le passage obligé de la musique pop et rock à un monde plus audiophile... Les titres sont dans presque toutes les collections de disques un peu sérieuses: la série des Workin', Steamin', Cookin' et Relaxin' du Miles Davis Quintet; les Blue Note de Sonny Rollins (Tenor Madness, Saxophone Colossus); Something Else de Cannonball Adderly; Horace Silver; Art Blakey; John Coltrane; Eric Dolphy. La liste est longue, le musicianship inégalable et le son, le son! On pourrait mordre dans le son des cuivres tellement il est vivant et dense.

Pourtant, à chaque fois que j'écoute un enregistrement de RVG, un instrument me fait grincer des dents. Le piano. Le piano, étrangement gringalet, famélique, dénué de densité, une sorte d'instrument fantôme dans des enregistrements pourtant tellement musclés.

Je viens de tomber sur un échange de posts entre Jamie Tate (un ingénieur de son) et Steve Hoffman (une légende du mastering qui vient de travailler sur des rééditions 45-tours des enregistrements RVG), où Hoffman explique pourquoi, entre autres et pour reprendre les termes de Jamie Tate, le piano de Bill Evans est
distorted and usually have a weird, midrange heavy sound to them.
sur l'excellent Everybody Digs Bill Evans.

Voici l'explication de SH:

The piano is always the hardest instrument to record. Back in the day, it always showed the flaws in any recording system. Usually you had a Neumann mic hooked into a mic pre console that wasn't compatible with it. You got overload (listen to BILL EVANS title mentioned above). When everything matched correctly there was no overload distortion but then engineers like Van Gelder wanted the piano to sound "better" or louder or more able to cut through. So they started EQ'ing the keyboards and running it through a separate compressor, putting the mic right inside the piano, etc., still with overload or the sound of cardboard. Never worked for these guys because they didn't understand that in order for a German mic to "do piano", ya needed SPACE between the mic and the instrument. These small studios didn't want leakage, etc. so they couldn't or wouldn't do it. Columbia or RCA in their big ol' rooms in the late 1950's didn't have this problem and they recorded the piano just like they did in the 1920's, from a short distance (sometimes taking the lid of the piano.)

Listen to a Duke Ellington VICTOR from 1932. Nice, natural piano sound, no distortion, no overload.

(....)

Van Gelder was always searching for a way to get the piano "out there". He tried almost everything and was never happy with any of them. Jack Higgins and the Reeves people seemed to just ignore the blatant distortion of the piano on many famous Riverside albums like Kelly Blue, Everybody Digs Bill Evans, etc. Like it didn't matter or didn't exist. Weird.

When Bill Evans recorded at Bell Sound or Nola Penthouse or whatever, the sound improved (piano overload-wise). Of course, this has nothing to do with performance or "feel" or anything of a musical nature, just sound reproduction. Bill hated the actual piano at Reeves and wouldn't record there after PORTRAIT..

Roy DuNann or Howard Holzer in Los Angeles never had a problem recording a good, distortion free piano sound at the Contemporary Records' mailroom studio. Listen to JAZZ IMPRESSIONS OF MY FAIR LADY from 1956 in stereo to hear what could be done by a small (tiny) studio setup..

jeudi 5 février 2009

Le gospel selon Thelenious Monk



Je ne sais pas si c'est authentique, mais les images suivantes seraient en fait des notes prises à la volée par Steve Lacy, alors que Thelenious Monk, le grand prêtre du bop et le plus célèbre compositeurs de thèmes bop, lui prodiguaient ses conseils..

Gospel selon Thelenious Monk, une lecture qui ne peut qu'être lumineuse!

Bonne soirée à vous!





Transcription...

  • Just because you’re not a drummer, doesn’t mean you don’t have to keep time.
  • Pat your foot and sing the melody in your head, when you play.
  • Stop playing all those weird notes (that bullshit), play the melody!
  • Make the drummer sound good.
  • Discrimination is important.
  • You’ve got to dig it to dig it, you dig?
  • ALL REET!
  • Always know….(MONK)
  • It must be always night, otherwise they wouldn’t need the lights.
  • Let’s lift the band stand!!
  • I want to avoid the hecklers.
  • Don’t play the piano part, I’m playing that. Don’t listen to me. I’m supposed to be accompanying you!
  • The inside of the tune (the bridge) is the part that makes the outside sound good.
  • Don’t play everything (or every time); let some things go by. Some music just imagined. What you don’t play can be more important that what you do.
  • A note can be small as a pin or as big as the world, it depends on your imagination.
  • Stay in shape! Sometimes a musician waits for a gig, and when it comes, he’s out of shape and can’t make it.
  • When you’re swinging, swing some more.
  • (What should we wear tonight? Sharp as possible!)
  • Always leave them wanting more.
  • Don’t sound anybody for a gig, just be on the scene. These pieces were written so as to have something to play and get cats interested enough to come to rehearsal.
  • You’ve got it! If you don’t want to play, tell a joke or dance, but in any case, you got it! (To a drummer who didn’t want to solo)
  • Whatever you think can’t be done, somebody will come along and do it. A genius is the one most like himself.
  • They tried to get me to hate white people, but someone would always come along and spoil it.

mercredi 4 février 2009

I Came So Far For Beauty


La beauté est un concept universel je crois.

Chaque fois que j'entends ce mot, je pense à la chanson I Came So Far For Beauty de Leonard Cohen. Surtout chanté par Jennifer Warnes. La beauté s'incarne mieux chez la femme. Je vous l'affirme, que vous soyez d'accord ou non. Leonard, qui a donné sa vie à la chasse à la beauté féminine, et qui l'a exprimé si mélancoliquement dans ses chansons, serait sûrement d'accord.

La beauté est bien sût une émotion esthétique dont l'objet varie selon les individus, selon les cultures. Mais c'est une émotion universelle. Comme la peur.

La beauté peut faire peur.

Les femmes vous font-elles parfois peur? Elles ont une beauté effrayante. Surtout lorsqu'elle est très incarnée.

J'écoutais quelque chose de vraiment très beau ce midi. Mais peut-être aussi d'un peu effrayant. La beauté, comme sortilège.

Une heure en apnée, plongé dans l'univers très singulier de Joanna Newsom, une (belle) harpiste, tendance sirène noire qui aurait frayé avec Björk, par oppositon à musicienne angélique tendance Lorenna McKennit.

L'abum Ys.

J'ai peine à exprimer en mots ma fascination pour cet album.

Harpe, voix très très singulière, presque indescriptible, imaginez un croisement Björk et une sorte de féline nasillarde, orchestrations somptueuses de Van Dyke Parks.

Cinq pièces longues, sinueuses, épiques (comme Bob Dylan savait en faire, vers les 65-66, tendance Sarah of the Lowlands, avec une poésie qui déboule, strophe après strophe).

L'enregistrement de la voix et de la harpe ont été confiés à nul autre que Steve Albini (Pixies, Nirvana): laissez-moi vous dire que le son est très réaliste et prenant.

Mixé par Jim O'Rourke de Sonic Youth!

La jeune femme a des relations.

C'est tout à fait exceptionnel... Si vous n'avez pas peur de fouiller dans les marges.
#2 de l'année 2006 sur le site AcclaimedMusic, qui recense les listes de fins d'années de centaines de critiques.

Ys de Joanna Newsom.


Continuons notre plongée dans la beauté. La beauté sonore de la harpe, remplacée par celle du vibraphone. Avez-vous, comme moi, profité des soldes ECM à 7.99 $ chez Archambault à l'automne dernier? Alors peut-être avec-vous acquis ce disque magnifique, le Dreams So Real du Gary Burton Quintet.

La beauté, c'est celle de ce son cristallin, captée avec tellement d'éclat par Martin Wieland que j'en ai les oreilles qui résonnent encore comme si elles étaient de verre... On dit souvent des systèmes sonores qu'ils font (ou pas) de la basse sérieuse. Personnellement, de plus en plus, c'est les hautes qui m'intéressent. Votre système rend-il tout l'éclat de la trompette de Dave Douglas? Donnez-lui un sérieux test drive avec le vibraphone de Gary Burton. Qui est souverain sur tout cet album, avec ici et là les ponctuations pleines de retenue et de feeling de Pat Metheny, encore tout jeune, et de son mentor Mick Goodrich. Le tout sur les mélodies délicates, au blues subtil et mélanco, des compositions de Carla Bley (une femme, encore!), qui s'accordent merveilleusement à cet instrument. Il y a trois pièces sur cet album qui se qualifient comme des choses de toute beauté: Dreams So Real, Jesus Maria (vibraphone seulement) et Vox Humana.

lundi 2 février 2009

Sur la platine: John Mayall and the Blues Breakers


Pour une raison étrange...

je me repasse en boucle un single avorté de 1965 de John Mayall et les Blues Breakers (avec Eric Clapton à la guitare électrique)

On Top of the World

et ça me rend tout guilleret!

Comme si la crise économique n'existait pas, ou quelque chose du genre...

(avez-vous reconnu Eric The God? 3e en partant de la gauche)...

John Mayall and the Blues Breakers ont animé le mouvement blues-rock anglais au milieu des années '60. Les albums de l'époque sont vraiment des trucs qui ont admirablement vieilli, synthèse du rock anglais et du blues électrique de Chicago. Cream, les différentes formations de John Mayall, Fleetwood Mac (excellent Peter Green's Fleetwood Mac, qui n'a soit dit en passant rien, mais alors rien à voir avec la pop californienne ensoleillée qui devait faire la fortune du groupe beaucoup plus tard), et évidemment, le Jimi Hendrix Experience, les Rolling Stones et, par extension, Led Zeppelin sont tous descendants de la fesse gauche de cette merveilleuse musique...

Mayall, quant à lui, est un peu le Art Blakey du blues-rock anglais, au sens de mentor et leader des talents les plus prometteurs de l'idiome... Les Blues Breakers ont eu comme guitariste soliste, tout à tour, en l'espace de trois ans seulement, Eric Clapton (qui devait quitter former Cream), Peter Green (qui a quitté former Fleetwood Mac avec John McVie, 4e sur la photo; c'est Green, un grand talent perdu à la drogue, qui a écrit Black Magic Woman, le grand hit de Santana) et Mick Taylor (qui est devenu le meilleur guitariste jamais aligné par les Rolling Stones à partir de 1969)... On appelle ça du flair... et de la malchance.

J'ai une pensée pour les Expos de Montréal tout à coup... Fouillez-moi pourquoi...

Vous voulez vous payer trois tranches de blues-rock anglais? Ces trois disques sont inusables:


vendredi 23 janvier 2009

Sur la platine: Duke Ellington & les big bands


Est-ce un plaisir coupable? Lorsque j'ai essayé de faire partager à ma douce moitié mon enthousiasme pour la New Orleans Suite de Duke Ellington, un disque mélanco, puissant et crépusculaire dont l'enregistrement s'est terminé deux jours APRÈS la mort du soliste le plus connu du Duke Ellington Orchestra (Johnny Hodges), j'ai eu droit à un regard de presque pitié, un peu comme si j'écoutais en boucle vingt variations big band et bavaroises du thème de la Soirée du hockey. Peut-être le son big band est-il un peu trop lié au Royal XXIIe régiment et aux parades militaires de nos enfances. Peut-être suis-je après tout pas mal ringard. Mais quand une bande de vieux virtuoses se mettent à swinger avec cette espèce d'énergie folle qui leur est propre, quand ils se renvoient la balle mélodique et rythmique sur les thèmes mélodiques et bluesés dessinés par le Duke et son alter ego Billy Strayhorn, je leur envie leur redoutable santé mentale et physique. J'espère ne pas être un vieux décrépit plus tard. J'espère être un vieux Noir dans un band swing.



C'est probablement par le film de Coppola The Cotton Club que j'ai découvert le swing et les big bands. Et Diana Rigg, future mme Christophe Lambert, mais ça c'est une autre histoire. Justement, la musique de Ellington propulsait les scènes, quand ce n'était pas l'énergie folle de Cab Calloway. Impossible de ne pas être renversé par cette musique joyeuse, bordélique et puissante. Après, vous regardez des shoegazers et des amateurs du Velvet Underground, et vous avez pitié, et vous appelez l'ambulance pour qu'on leur fasse une transfusion.

Longue intro pour arriver à ce disque: The Far East Suite, qui a "fait" ma soirée. C'était quatre ans avant le New Orleans Suite, le band accueillait un dynamique nouveau batteur (Speedy Jones) et le Duke et Strayhorn désiraient composer une suite en souvenir d'une tournée du groupe organisée par le Département d'État, au Moyen-Orient. C'était en 1963. Et on découvre, avec surprise et en soupirant un peu que c'était une époque où le plus célèbre big band américain pouvait se produire en Perse (Iran), en Syrie, en Irak, au Liban. Mais c'était une autre époque, non? Après tout, Kennedy était président. Et n'embellissons pas trop le passé. le groupe dut quitter Bagdad en toute hâte; un coup d'état venait d'éclater.





En tout cas, la musique est somptueuse. La ballade Isfahan (reprise par Joe Henderson sur son magnifique Lush Life) est un écrin parfait pour l'alto de Johnny Hodges; Mount Harissa, en hommage à une montagne du Liban, est pour moi la quintessence de ce que j'aime dans le Duke tardif: le swing incessant, la mélodie salée de blues du piano et les cuivres rutilants. Blues Pepper est une explosion de puissance qui rappelle la New Orleans Suite; c'est peut-être le genre de titres que les femmes trouvent ringards, je sais pas, moi je tape du pied et je me prend pour un trompettiste d'enfer. Quant aux 11 minutes de Ad Lib On Nippon (la tournée reprit au Japon l'année suivante), c'est une splendide compo impressionniste qui laisse le gros de l'espace au piano et à la contrebasse, fermant l'album sur une note méditative.

Malheureusement, la tournée fut interrompue par une tragédie qui nous pousuit toujours: l'assasinat de Kennedy. Il est peut-être de mise de réécouter ce CD, maintenant que Obama vient ranimer les braises froides de l'optimisme et que le Moyen-Orient ne cesse de s'embraser...
Et vous savez quoi: PLAY IT LOUD. C'est pensé pour être joué fort. Très fort.


(En guise de coda, et tant qu'à être big band, j'ai mis un disque qui ramassait la poussière: le Coming About du Maria Schneider Jazz Orchestra. Enregistrement digital de 1995, mixé et masteré par une équipe qui fait de splendides choses au niveau sonique (Masada vol. 5, Bug Music de Don Byron). Il faudra ABSOLUMENT que je revienne sur ce disque. Parce que en deux pièces et vingt minutes, j'étais happé par ce magnifique truc: un orchestre de jazz, aux coloris splendides comme des orchestrations de Ravel, et avec en prime l'excitation de solistes inspirés, le tout capturé parfaitement. Vraiment, un début splendide pour un disque qui, à l'époque, avait toppé les polls de jazz, section big bands. Je comprends mieux pourquoi. Les papys ont laissé des héritiers: à 35 ans, Maria Schneider, ex-assistante de Gil Evans, renouvelle le genre. J'y reviendrai.)

Sur la platine: Cannonball Adderley & Miles Davis - Something Else


Est-ce que musique peut être meilleure que celle qui se trouve sur cette galette? Si vous commencez votre exploration du jazz et que vous venez d'épuiser temporairement les joies de votre copie de Kind of Blue et que vous cherchez des riffs frais, ce disque est INDISPENSABLE et complètement jouissif. En plus, c'est un cousin par la fesse gauche, d'un an son aîné, de l'historique session du Miles Davis Quintet, alors que se retrouvent le temps de six titres Davis et son saxo alto Julian Cannonball Adderley, qui est d'ailleurs crédité de leader sur cette session. Nonobstant du crédit, qui est probablement une question contractuelle, tous les amateurs de Davis, de son phrasé de porcelaine, de ses arrangements cool jazz goûteront chaque minute de ces interprétations, qui sonnent tout à fait comme du vintage Miles Davis.

Bon, peut-être Hank Jones n'a pas, au piano, cette intemporalité poétique de Bill Evans sur Kind of Blue mais la présence de Art Blakey, à la batterie, assure un swing chaud et chaleureux. Quant à Adderley et Davis, ils sont la braise et l'éclair; leur jeu est si complémentaire que Coltrane ne nous manque pas; sa passion presque mystique aurait dépareillé sur ces arrangements qui ont quelque chose d'indéniablement chaud, grâce peut-être au tempérament généreux de Cannonball.



Les grands moments ne manquent pas: l'arrangement des "Feuilles d'automne", le solo de Cannonball sur "Love For Sale", le très expressif solo de Miles Davis sur One For Daddy-O, ou le jeu à l'unisson de Davis et Adderley sur Alison's Uncle (qui m'a rappelé par son côté coulant Gerry Mulligan et Chet Baker dévalant des arpèges). L'enregistrement est de l'omnipérsent Van Gelder.

Tiens, et si vous voulez une expérience audiophile (et connaître les vertus d'un bon mastering): placez-vous en "close field listening" et obtenez une copie de l'édition Mobile Fidelity: après avoir goûté le plaisir d'une prestation "live", à quelques pas de vous, changez pour l'édition "normale" de Blue Note, de Ron McMaster, très facile à trouver, et repassez la dernière piste. On se gratte la tête en constatant que soudainement: la scène des musiciens a rapetissé de quelques pieds de largeur, Davis et Adderley ont reculé de quelques pas, et tout le monde joue derrière une sorte de voile. Pas que ce soit, en soi, une mauvaise version; mais après la version Mofi, impossible de revenir à l'arrière. Trouver un bon mastering demeure le "upgrade" le moins coûteux que l'on puise faire au son (après avoir trouvé le "sweet spot", bien sûr).

samedi 10 janvier 2009

Sur la platine...

Un fil de discussion intéressant à SteveHoffman.tv: nommez vos cinq albums préférés d'artistes féminins.
Le nom qui revient le plus souvent: notre très grande Joni Mitchell.


Plus surprenant peut-être, son album le plus cité: le très raffiné et subtil Hejira, une perle noire aux confluents du jazz et de la chanson folk, animés par la guitare de Larry Carlton et la contrebasse de Jaco Pastorius, sorti en novembre 1976, souvent considéré comme son dernier grand album avant que sa fascination pour des formes plus extrêmes de jazz ne l'éloignent de ses racines (Mingus). À la tombée de la nuit, des titres sophistiqués, d'une grande richesse lyrique, comme Amelia et Black Crow vous amènent dans des paysages sonores et psychologiques fascinants, comme une bonne nouvelle dégustée dans l'intimité d'une nuit bien noire et insomniaque. Goutez le raffinement des arrangements soutenus. Cette femme avait une conception très avancée de la chanson, amorcée avec le superbe Court and Spark qui avait amorcé sa lente transition vers le jazz. Superbe!



Quant à la question posée au départ... voici mes choix bien personnels...

Mes cinq albums préférés d'artistes féminins

Cassandra Wilson - New Moon Daughter
Un disque d'une perfection rare, éclectique, habité, le classique instantané d'une chanteuse jazz qui sait, mieux que personne, réunir sous l'idiome toutes les musiques du monde: jazz, blues, pop, folk, country... Avec des interprétations définitives de Love Is Blindness (U2), Harvest Moon (Neil Young), I'm So Lonesome I Could Cry (Hank Williams) et même The Last Train To Clarksville (The Monkees)


Kate Bush - The Dreaming
À un certain moment, dans les années '80, Kate Bush représentait la quintessence du Art-Rock, un petit cran au-dessus de son acolyte Peter Gabriel, et cet album, son plus aventureux, est une inépuisable aventure sonore.



Björk - Debut
Les années '90 appartiennent à Björk, la chanteuse flyée des Sugarcubes qui, en s'émancipant de son groupe, est devenue le plus bel albatros de la musique électro-pop. Et cet album, son premier véritable album solo, est peut-être son plus rafraîchissant, son plus "simple" (en autant que Björk puisse être simple), celui qui propose les titres les plus immédiatement accrocheurs et sensuels. La finale, The Anchor Song, superbe hymne à son Islande, voix et cuivres, la consacre sirène d'une époque qui en a bien besoin.



Beth Gibbons & Rustin Man - Out of Season
Beth Gibbons, de Portishead, est probablement la plus grande tragédienne du monde électro-pop-rock; et cet album en duo avec l'ex-bassiste de Talk Talk est une succession de moments d'une beauté mélancolique inoubliable.


K.D Lang - Ingenue
K.D. Lang, cette drôle de bibitte de l'ouest canadien, a été gratifié du plus bel organe vocal de la planète, quoi qu'en disent René-Charles et René; et sur cet album tout simplement parfait, elle l'a enrobé d'arrangements folk magnifiques, sur des chansons d'une beauté déchirante. Un grand moment de musique.


Mais je ne peux pas ne pas mentionner quelques autres disques que je trouve tout simplement géants... et j'y reviendrai sûrement un jour...

Fiona Apple - When The Pawn...
Joni Mitchell - Court and Spark
Annette Peacock - X-Dreams
Sarah McLachhlin - Fumblin' Towards Ecstasy
Sade - Promise

dimanche 4 janvier 2009

Sur la platine

C'est fou ce que des micro-ajustements peuvent aider. Ce soir, j'ai repositionné mes enceintes en les écartant quelque peu, je me suis assuré de m'asseoir au tiers de la longueur et j'ai ajusté le niveau de mes stands de hp, et bon sang tous les instruments ont gagné en densité.
Puis je me suis assis pour une bonne session d'écoute.

D'abord, un petit chef d'oeuvre méconnu de jazz progressif (?) du Pierre Moerlen's Gong, Time Is The Key. J'ai écouté, comme d'habitude, la 1ère moitié du disque, une suite magique qui fait près de 20 minutes et qui met surtout en vedette vibraphones, xylophones, tymbales, cloches tubulaires, un tourbillon percussifs très colorés avec une basse bien juteuse et une batterie bien ronde pour soutenir le tout. Pierre Moerlen a été percussionniste avec Mike Oldfield par après, et il y a par moments une parenté d'esprit qui s'entend.



J'ai migré vers un truc très spécial. Les plus vieux se rappelleront le Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin (guitariste de Miles Davis sur Bitches Brew). Mais cet album moins connu présente entre autres une pièce ahurissante de 14 minutes, Vision is A Naked Sword, qui est inoubliable: appelons ça du jazz-rock symphonique apocalyptique. C'est très chargé, dramatique et enlevant, et outre un solo tout en tension retenue de McLaughlin, il y a aussi un solo déchaîné et ma foi assez formidable du virtuose aujourd'hui pas mal oublié Jean-Luc Ponty (violon électrique!). Il y aussi l'excellent batteur Narada Michael Walden, Michael Tilson Thomas à la direction d'orchestre et un certain George Martin à la production. Beaucoup de talent au kilomètre carré et ça s'entend.



Et pour finir, deux morceaux du Lush Life de Coltrane. Si je ne m'abuse, Coltrane avait été chassé du quintette de Miles Davis à cause de ses problèmes d'héroïne, et il s'était mis à travailler son jeu plus de 20 heures par jour, pour chasser ses démons. Il était en train de trouver sa voix, comme en témoigne un blues en trio appelé Trane's Slow Blues. C'est suivi de Lush Life en quintette, avec un magnifique solo de Donald Byrd à la trompette, qui suit un autre solo magnifique de Red Garland au piano. Et évidemment, Coltrane, en ballade, est insurpassable. Jamais sirupeux, toujours intense. Et en plus, c'est un enregistrmeent mono de Rudy van Gelder. Remasteré par Steve Hoffman, c'est la totale!