dimanche 14 juin 2009

1959 Apex Jazz 1ère partie. Brubeck, Miles et Mingus à leurs sommets!


1959, apex du jazz... Ah oui, mais merde j'étais pas né. Heureusement, il y a les rééditions! Heureusement, les disques existent, et cette musique tour à tour mélanco, sombre, euphorique, joyeuse, ludique, et battante peut encore résonner dans notre époque qui en a bien besoin. Écouter du vieux jazz et après écouter, je sais pas moi, n'importe quelle merde boostée aux stéroïdes comme en vomit l'industrie à la pelletée, anxieuse de voir sa merde se changer en or, c'est comme voir une bande de vendeurs du temple envahir le Temple en hurlant JE SUIS À VENDRE! Bon, on se calme.

1959, donc. Le jazz était encore à l'époque une musique populaire. Lire: le free-jazz n'allait pas tout brûler sur son passage, laissant un paysage dévasté, émouvant et beau, mais aussi un peu déprimant et déserté. Cette année-là, 1959, le jazz est à la fois une grande musique savante et une grande musique populaire et trois albums définitifs, tous sous étiquette Columbia, demeurent les fondements de toute discothèque de jazz, aussi rudimentaire soit-elle: Ah Hum de Charles Mingus, Kind of Blue de Miles Davis et bien sûr, le joyeux, ludique, subtil Time Out de Dave Brubeck.

Et, joie ultime, Sony (qui possède le catalogue) lance sur le marché de copieuses rééditions: les 50th Anniversary Legacy Editions.

Bon, Kind of Blue, vous connaissez bien sûr, parce que c'est le premier disque de jazz que vous avez écouté, on en est tous là... Ah Hum, j'y reviendrai, c'est déjà plus viril, les années '60 pointent le bout de leur nez, revendicatrice, et Charles Mingus, contrebassiste qui écrira une autobio intitulée Comme un chien enragé sait marier politique et musique...



Mais le thème inusable, omniprésent de l'année 1959 demeure bien sûr Time Out de Dave Brubeck, entendu dans dix mille compilations et joué dans tous cafés du monde, tellement qu'il est bien possible que vous ayez rangé ça dans le département musique de matante. Il y a dans ce petit morceau tellement de grâce mélodique et de ludisme rythmique qu'on a l'impression d'entendre la bande-son super-futée d'un cartoon. Au milieu de l'époque hard-bop et cool jazz, Take Five fait tache... Radicalement différent du balancement incessant et bluesy du jazz en 4/4, des déclamations viriles des Sonny Rollins et John Coltrane et du blues intense de Miles, il y a ce petit bijou de disque où un pianiste blanc s'amuse à défaire les patterns rythmiques et dialogue sans cesse avec son batteur, ne laissant à l'alto de Paul Desmonds que des apparitions hyper-colorées et caractéristiques, des petits morceaux de bravoure de coyote tombant pour la millième mois de sa falaise, poussé par les accords plaqués du piano de Brubeck.

Que voulez-vous, ce disque est joyeux et ne cache pas sa joie. Blue Rondo a la Turk, Kathy's Waltz, on cache mal son sourire, on a l'impression que Peter Sellers devait écouter ça le matin avant d'aller travailler sur le plateau de la Panthère rose; j'ai l'impression que Brubeck est plus près de Ellington que de Charlie Parker dans son vocabulaire musical, mais ne me citez pas, c'est peut-être une connerie.

Tout à fait surprenant d'entendre ce disque après des doses sévères récentes d'enregistrement de l'omniprésent Rudy van Gelder (qui sévissait partout ailleurs à l'époque, et surtout chez Blue Note): la production de Teo Macero (futur producteur de Miles) , enregistrée par Fred Plaut et Robert Waller, se distingue radicalement des Blue Note, Riverside et autres: enfin un piano qui a du volume et du poids, et ça valait mieux, parce que c'est l'orchestre d'un pianiste quand même, et il ne se contente pas d'être un soutien rythmique. Curieux, quand même, cet écho sur l'alto de Paul Desmonds, et même sur la batterie, qui se disputent le canal gauche. Très très différent de Rudy, qui a le don d'exciter les cuivres, et au son duquel on devient vite accro...

Les remasters de Time Out sont presque innombrables! Un seul serait absolument à éviter: le Columbia Jazz Masterpiece (une série très impopulaire, avec une bordure mauve)...Enregistré sur 3-pistes, Time Out existe en mono (fouillez les bacs usagés de vinyles), en stéréo (recréée à partir du 3-pistes) et en 3-canaux sur un SACD hybride. La version stéréo est contenue dans les bandes originales 3-pistes. Elle fut modifiée (compression & écho) dans un mixdown 2-pistes subséquents. Mais les remasters courants, de l'excellent Mark Wilder, délaissent le 2-pistes d'époque et partent tous du 3-pistes. Alors que le Gold CD SuperBitMap (que j'écoute en ce moment) a été mixé/masteré avec un équipement transistor, Wilder a utilisé de l'équipement à tubes dans les versions plus récentes (Legacy, SACD).

Et qu'en est-il de la 50th Anniversary Legacy Edition? Elle est complétée d'une prestation "live" du Dave Brubeck Quartet au Festival de Newport et d'un DVD docu... manière de plonger dans le genèse d'un des chefs d'oeuvre de cette année pas comme les autres.

Ça vaut le coup? Voici ce qu'en dit le site All About Jazz:

The crown jewel of this edition, however, has to be the bonus disc featuring the same quartet from Time Out in various performances at the Newport Jazz Festival in 1961, '63 and '64. It's hard to describe the thrill of listening to this classic ensemble playing at its very best and to audiences whose enthusiasm equals that of the performers on stage. Highlights include the haunting, noir-ish "Koto Song," as well as Brubeck's magnificent solo work on "Pennies From Heaven."

Bonne écoute!

Excellent résumé
... de la part de Chris, sur le forum Stevehoffman.tv:
Here, here. With all the hype and exposure, it's probably a bit of a victim of its own success as the saying goes, making it easy to overlook what a delightful album it is. Brilliant concept for an album, execution well up to the task. Such melodic work, immesurably important to its success, that belies - to some - the nuts and bolts of the central theme of working with the time. It's also done so much more than its share for winning ears to give jazz a further listen.


Trivia
Teo Macero, futur architecte du très complexe travail d'édition de Bitches Brew a le rasoir agile... On entend nettement un travail d'édition, à 1:51 de Take Five.

mardi 2 juin 2009

Caféine dans le sang, JACKIE McLEAN et GENESIS sur la sono


Parfois, la musique nous met en accord avec le monde et nous apaise. La musique nous met en contact avec la beauté, l'apesanteur, la poésie et même parfois, pourquoi pas, notre âme.
Mais, comme le disait mon ami Didier à mon amie Francine, il y a très longtemps, la musique est aussi tension, énergie, rage, fantasme.

Ce soir, je filais comme si j'avais le sang gonflé de caféine et je voulais de ma musique un état de tension agressive. Pas la violence du hard-rock, du speed metal ou du punk. Mais une sorte d'éclair intellectuel et moral. Je ne voulais pas de douceur; plutôt un coup de cymbale sur la gueule.

Mais je dois penser aux autres membre de la gente humaine dans la pièce. Alors j'ai commencé raisonnablement. Du hard-bop Blue Note, mais du solide. J'ai commencé avec Jackie McLean.

Ah, le hard-bop! Avant le chaos du free jazz, mais solidement sur les rails d'une expressivité tapageuse, le hard-bop est un dernier moment de réunion du jazz avec un large public, avant que Ornette Coleman et John Coltrane poussent le genre dans ses retranchements. En 1959, Jackie McLean, un jeune alto, pousse l'expressivité de son instrument dans des zones qui ne sont pas sans rappeler le jeune Coltrane. Les connaisseurs reconnaissent McLean en deux notes, disent-ils. Il a un son tranchant, perçant presque. Il n'a pas gardé le son sinueux de son illustre prédécesseur Charlie Parker. Les temps changent. La musique devient un cri. McLean cadre bien.


Alors imaginez ça: le trompettiste Donald Byrd (expressionniste, très loin du feutre de Miles Davis ou même du son soul de Freddie Hubbard) sur le canal gauche, et ce jeune alto super-émotif sur la droite. Rudy van Gelder (qui d'autre) à la console, lui qui aime "réveiller" le son des cuivres, les rendre encore plus vifs et durs que dans la nature... la section rythmique est celle de Kind of Blue: Paul Chambers et Philly Joe Jones. Au piano, Sonny Clarke, bon, bof, on sait que le son du piano est immanquablement en retrait, presque éteint, avec Rudy. Tant pis: toute la place aux cuivres. Ça vous gicle la douleur et la force humaines. Vous en avez pour trois pièces dans cette formation, du hard bop d'excellente tenue.

Puis, soudain, changement de session et d'ensemble: pour les trois pièces suivantes s'ajoute un ténor, Tina Brooks, on remplace Byrd par Blue Mitchell et Joe Jones par Art Taylor. Et soudain, ça joue avec encore plus de force, d'originalité, de style. Sérieusement, quand j'ai mis ça en musique de fond la première fois, j'ai littéralement suspendu tout travail pour les écouter. 'Pouvait pas m'empêcher. Surtout Isle of Java. La musique devient puissamment évocatrice, ça m'a fait penser à Chet Baker et Gerry Mulligan qui faisaient des pièces comme ça, qui dévalent à toute vapeur sur des mélodies glissantes, et qui vous donnent envie de pousser à fond une voiture sur des routes perdues au crépuscule. La musique a le don de me faire dire des choses idiotes... Et pourtant, voyez, je viens de le remettre, et mon pied se met à battre et ma tête à imaginer des choses comme la liberté totale et toute la vie devant soi. Oui, c'est vif à ce point.

Maintenant, laissez-moi vous parler un moment du son. Ce disque fait partie des rééditions en 45-tours de Blue Note, masterés par Kevin Gray et Steve Hoffman. Ce que j'écoute est un needledrop du vinyle, autrement dit un transfert digital qui joue dans un Oppo; autrement dit, quelques crans de fidélité en-dessous de l'original. Ça torche tellement que c'en est ridicule. Je sais, je sais, c'est ridiculement cher aussi. 50US$ pour moins de 40 minutes de musique. Mais si vous en avez les moyens... n'attendez pas qu'il n'en reste plus et qu'ils coûtent 125$ sur e-bay.

Et pour les autres, nous aurons notre consolation car bientôt, le même titre sortira en SACD, des mêmes mains expertes, avec en prime trois titres supplémentaires de la seconde session, celle avec Tina Brooke, et paraît que ces trois "bonus" (rassemblés jadis sur un autre LP) vont compléter notre bonheur.

* * *

Vous ne me voudriez pas comme DJ. Parce que rien n'est plus contraire à l'art du DJ que la transition que j'ai faite après vers un album mythique, boursouflé, un peu raté, fascinant et énigmatique: The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis.

Nous sommes en 1974 et le rock commence à gonfler comme une grenouille qui aurait fumé trop de ganja. C'est l'ère des albums-doubles complaisants. Dylan, les Beatles, Jimi Hendrix et les Who avaient prouvé que c'était possible, maintenant plus rien n'arrête la loghorrée: Led Zeppelin, les Rolling Stones, Yes, Elton John, les Who encore; on ne se peut plus. C'est aussi l'ère des opéras-rock, concept vaseux s'il en est un, où les rockers se prennent soudain pour de grands compositeurs, capables de soutenir de larges développements dramatiques... Ouf, tout ça n'a pas nécessairement bien vieilli, mais ça demeure des moments fascinants.

Et voilà que le groupe le plus gracieux du rock progressif britannique va s'y frotter. Mais attention: plus qu'aucun autre de ses confrères, Peter Gabriel sait et sent que le rock progressif fonce vers un mur qui se nomme insignifiance; et Gabriel est tout sauf un artiste insignifiant. Pour continuer à faire évoluer le quintette, il va leur faire prendre un stupéfiant bain de modernité; il réclame (arrache plutôt) le monopole sur les textes du prochain disque et invente l'histoire d'un jeune punk new-yorkais, Rael, sorte d'émule échappé d'Orange mécanique assoiffé de violence et de sexe. Les grandes envolée instrumentales du groupe sont réduites à leur plus simple expression: les pièces sont courtes et ramassées. Le son si poli du groupe devient sec, grinçant; la voix de Gabriel elle-même subit un traitement sonore qui la rend particulièrement agressive et sèche, l'Enossification (Brian Eno, dont l'influence est en train d'immerger l'ensemble du art-rock anglais). À l'image de la pochette, radicalement différente des précédentes, le groupe passe des prairies anglaises et des mythes et légendes colorées au bitume et au noir et blanc. Fascinant.

Le double-disque grince, agresse, crie, fonce à tombeau ouvert; les accalmies (Carpet Crawlers, Anyway, The Lamia) deviennent de vraies bouffées d'oxygène dans ce monde conscrit. La sauce ne prend pas toujours. Certains passages révèlent un véritable inconfort. A-t-on jamais entendu Steve Hackett sonner aussi peu à son aise que dans son solo du par ailleurs excellent The Lamia? Lorsque le groupe se lance dans l'instrumental déconstruit (le fascinant The Waiting Room), on comprend qu'ils ne menaceront pas de sitôt Pink Floyd: on est loin d'Echoes! Tony Banks semble parfois chercher son équilibre et est souvent platement narratif. Gabriel cherche un son qu'il trouvera plus tard avec Fripp dans Peter Gabriel II, comme sur The Chamber of 32 Doors.

Et puis tout à coup, les éléments tombent en place, les colorations de Hackett et de Banks s'accordent au narratif (Fly on a Windshield, In The Cage, Hariless Heart, Carpet Crawlers, The Light Dies Down On Broadway). On tient quelque chose! Sans oublier le chef d'oeuvre de ce disque, un morceau qui le résume parfaitement et qui doit son punch au flair pop de Mike Rutherford qui l'a composé: Back in NYC.

Probable qu'aucun disque de Genesis n'a un son aussi peu plaisant. Mais pour le groupe, et Gabriel en particulier, c'était un statement important. On pourra toujours rêver de ce que Jodorowky aurait fait en film de ce délire urbain, projet malheureusement oublié!

Dans les mois qui suivront, le gouffre entre Gabriel et ses partenaires ne cessera de se creuser. Le groupe ne se couvrira pas d'honneur en reprochant à Gabriel, nouveau père, de se préoccuper trop de sa petite fille gravement malade. Genesis, endetté et à bout de souffle, se scinde. Le divorce permettra à Genesis d'opérer une retraite ordonnée vers ses acquis passés; il permettra aussi à l'archange Gabriel d'explorer des univers infiniment plus féconds que ceux du progressif symphonique qui, déjà, se mord la queue. Fripp et lui auront donné à la fin de la décennie une poussée décisive vers un rock plus moderne. Ils échapperont à l'insignifiance qui les guettait.

Alors, peut-être que The Lamb Lies Down (que personnellement j'abandonne toujours avant la fin) a quelque chose d'un peu croche et raté. Peut-être qu'il a sur les nerfs l'effet d'un café filtre un peu trop bouilli. Mais il a amorcé pour Gabriel un cycle fécond. Et il aura cassé le moule.

mardi 26 mai 2009

Quebecor, l'ADSIQ et l'Internet

N'est-ce pas formidablement ironique?

D'une main, l'empire Québécor, qui possède quelques-une des plus grosses machines commerciales de l'industrie québécoise (Musicor, Sélect et Archambault) fait un majeur à l'ADISQ et claque la porte, arguant entre autres que l'ADISQ ne s'est pas mis au diapason de l'Internet et que ses mesure protectionnistes ne sont pas en phase avec leur époque.

Et de l'autre, l'Empire Québécor vend aux consommateurs québécois de l'Internet haute-vitesse; et quiconque a déjà eu affaire avec eux sait bien que leurs "représentants" n'hésitent jamais à vous vanter la vitesse de téléchargements des fichiers musicaux, auxquels l'ADISQ, bien sûr, s'oppose du mieux qu'elle peut (c'est à dire très peu).

On vit une époque formidable! Les empires ne peuvent plus s'écrouler; vous leur coupez une tête et il en repousse une autre. Sony créant des protections pour ses CD d'un côté; vendeurs des baladeurs MP3 de l'autre.

Ceci dit, reconnaissons à l'inquiétant Pierre Marchand de brasser la cage à un bon moment. Quand on lit que l'ADISQ songe à militer pour imposer des quotas francophones sur Internet, on se dit que ces gens vivent dans une bulle et qu'il faudra bien qu'elle crève à un moment donné. Sinon, c'est toute l'industrie qui va y passer!

À quand la licence globale qui sauvera les créateurs et l'industrie dans son ensemble et qui obligera les Vidéotron et autres Bell de ce monde à partager le butin de l'Internet?

mercredi 20 mai 2009

Le palmarès musical de Cameron Crowe


J'aurais voulu être Cameron Crowe. Sans farces. Je dis pas ce genre de choses à légère (d'un coup que ce genre de miracle peut arriver!)

Cameron Crow, c'est ce jeune homme qui, dans les années '70, a eu l'audace d'envoyer un texte au magazine Rolling Stones (la Bible du rock à l'époque, ça a bien changé) et qui a été contacté pour devenir un de leurs journalistes. Il n'était qu'un teenager! (Cette histoire, il l'a d'ailleurs raconté dans son film Almost Famous).

Devenu un des journalistes les plus en vue du grand magazine, Crowe a fait une transition vers le cinéma, transition magnifiquement réussie qu'il a amorcé avec l'excellent Singles (sis à Seatlle, en pleine période grunge). Devaient suivre Jerry Maguire, Almost Famous, voyez le genre. Le gars est tellement farci de talents que c'en est ridicule.

Il a même marié Nancy Wilson. Oui, oui, la blonde du groupe Heart.

Je dirais pas non à être Cameron Crowe!

Bon, mais la nouvelle, c'est pas mes fantasmes. c'est plutôt que, réunissant ses deux grandes passions (cinéma et musique), Crowe vient de dévoiler les dix moments où les deux se sont mariés de la manière la plus parfaite qui soit.

J'adore les listes, et celle-là, elle est formidable. Voyez plutôt.

10. Where Is My Mind par The Pixies - Fight Club (1999)

9. Cucurrucucu Paloma par Tomas Mendez - Parle avec elle (2002)

8. Edge Of Reality par Elvis Presley - Live A Little, Love A Little (1968)

7. Everybody’s Talking par Harry Nilsson - Midnight Cowboy (1969)

6. Jump Into The Fire par Harry Nilsson - GoodFellas (1990)

5. Tubular Bells par Mike Oldfield - The Exorcist (1973)

4. Going Home : Theme Of The Local Hero par Mark Knopfler / Hoppipola par Sigur Rós - Local Hero (1983) / Heima (2007)

3. Falling Slowly par Glen Hansard et Marketa Irglova - Once (2006)

2. She Smiled Sweetly / Ruby Tuesday par les Rolling Stones - The Royal Tenenbaums (2002)

1. Don’t Be Shy par Cat Stevens - Harold and Maude (1971)


J'ai mis en gras ceux que je connais et que j'aime vraiment beaucoup. Et j'ajouterais: les Poissons de Saint-Saëns, utilisé à satiété dans Days of Heaven (et en ouverture de tous les films à Cannes) et Georgia On My Mind de Ray Charles et la Symphonie du Nouveau Monde, les deux dans l'excellent et méconnu Four Friends de Arthur Penn (l'oncle de Sean).

Quant à Nancy Wilson, pour ceux qui la connaissent pas: la blonde à gauche. Crazy On You!




Street Fighting Man des Rolling Stones: acoustique, lo-fi et fier de l'être!


La culture rock est truffée d'anecdotes. Il y a même des facultés universitaires qui donnent à ce vaste monde ses lettres de noblesses en bâtissant des programmes autour de ce thème. Mais je ne connais rien de plus réjouissant, à ce propos, que de lancer un fil de discussion sur le forum SteveHoffman.tv, une joyeuse et immense tribu de maniaques de musique de partout à travers le monde qui partagent leur "mélomanie" avec un enthousiasme débridé et dangereusement proche de l'autisme.

Anecdote: écoutant Beggar's Banquet des Stones et savourant sa splendeur sonore (comme je vous l'ai asséné sur mon entrée de blogue précédente), je tiquai néanmoins sur Street Fighting Man, en plein mileu de l'album, un des trois grands hits des Stones cette année-là. Street Fighting Man est tellement lo-fi ! En même temps, cette guitare acoustique agressive et distorsionnée à droite, ce son du bass drum plein et rond à gauche, cette double (triple?) piste des voix hyper-compressée, le piano, la sitar et un instrument qui fait comme une corne de brume agressante par-dessus tout le magma en coda, c'est tellement un single rock dans toute sa verve, son côté rageur, son côté coup-de-poing. Street Fighting Man est le premier morceau produit par Jimmy Miller pour les Stones; pourquoi ce son si lo-fi?

Je reviens donc à Stevehoffman.tv. Une fois lancée, le fil de discussion "Street Fighting Man" a généré une trentaine de réponses, toutes intéressantes, et 840 visionnements en un peu plus de 24 heures!! Imaginez ça! Assemblée de cinglés éduquant leur petit dernier... Digression sur le rôle réel de Brian Jones dans ce qui fut son dernier album. Sur le son de batterie dans Parachute Woman. Sur les parties de guitare enlevantes de Keith Richards sur Stray Cat Blues. Et dans le lot, la réponse: pourquoi Street Fighting Man sonne aussi mal... et aussi bien en même temps...
Street Fighting Man was all acoustics. There's no electric guitar parts in it. (Even the high-end lead part was through) a cassette player with no limiter. Just distortion. Just two acoustics, played right into the mike, and hit very hard. There's a sitar in the back, too. That would give the effect of the high notes on the guitar. And Charlie was playing his little 1930s drummer's practice kit. It was all sort of built into a little attaché case, so some drummer who was going to his gig on the train could open it up - with two little things about the size of small tambourines without the bells on them, and the skin was stretched over that. And he set up this little cymbal, and this little hi-hat would unfold. Charlie sat right in front of the microphone with it. I mean, this drum sound is massive. When you're recording, the size of things has got nothing to do with it. It's how you record them. Everything there was totally acoustic. The only electric instrument on there is the bass guitar, which I overdubbed afterwards.
-Keith Richards, 1977
Ah les années '60: formidables! Imaginez les Stones enregistrant sur un petit cassette deck aujourd'hui. Not a chance!

Au fait, pour les amateurs de mono, sachez que Beggar's Banquet en mono est un "fold-down" de la version stéréo, exceptée deux pièces, qui ont leur propre mixage mono, et ce sont évidemment les deux singles: Sympathy for the Devil et Street Fighting Man. Ces deux versions n'existent pas en CD... mais... Mais vous trouverez un mixage mono alternatif de Street Fighting Man, qui fut pour un temps très court la version single US, sur le triple SACD Singles Collection, que j'écoute ne ce moment... et qui donne à la version stéréo des allures de disque de démonstration hifi, c'est tout dire. Presque pas écoutable... Mais quel single!

mardi 19 mai 2009

Un GRAND classique: Beggar's Banquet des Rolling Stones


Début 1968, les Rolling Stones semblaient largués dans le monde en fusion du rock...

1967 avait été une année horrible, à tous points de vue: après le triomphe de Aftermath en 1966, les Stones semblent perdus: ils ont abandonné la scène, mais ça ne leur profite guère; trois de leurs membres font de la prison en 1967 (Jagger, Richards, Brian Jones) et le train psychédélique passe près de les larguer: Between The Buttons et Their Satanic Majesties Request déçoivent leurs fans et leur conversion psychédélique, tardive par rapport aux Beatles, a un petit parfum d'opportunisme. La santé de Brian Jones décline, leur flamboyant manager et producteur Andrew Long Oldham, aux prises lui-même avec des problèmes de drogue et négligeant ses ouailles pour faire le party en Californie, quitte le bateau.

Eux qui étaient les hérauts d'un rock un peu sale patiné de blues et de r&b sont dépassés sur leur gauche et leur droite par les nouveaux dieux du rock bruyant: Cream et Clapton sur leur gauche et leur puissant blues-rock, Jimi Hendrix sur leur droite avec son soul-rock psychédélique; et les Who au centre, les nouveaux mauvais garçons du rock anglais, sauvages, bêtes, méchants, avec leur fou furieux Keith Moon à la batterie.

Non, 1968 s'annonçait mal.


Ils ont répliqué avec le meilleur album de leur illustre carrière. Beggar's Banquet.




C'est peu dire que signaler que Jagger et Richards signent la fin de la récréation et reviennent aux sources. C'était déjà palpable à la sortie du single Jumpin' Jack Flash en mai... Les sources, pour eux, c'est un mélange bordélique et réussi d'un rock blanc crispé assez agressif et de l'animalerie blues et r&b. Avec ici et là des hommages bien sentis au folk et au country. Ça sent Chicago qui prend un bain dans le rock anglais, ça sent le sud américain porté par cet interprète fascinant qu'est Mick Jagger.

Exit la lutherie psychédélique. Guitare sèche de Richards à gauche, guitares électriques à droite, basse, batterie, piano, avec un Brian Jones très inspiré pour ajouter des touches uniques de slide, d'harmonica, de sitar, de mellotron. Et Jagger, un interprète unique, qu'on réduit un peu trop à sa caricature parfois, mais qui ici capte notre attention à chaque syllabe.

Dès les premières notes de la très célèbre Sympathy for the Devil, ça sent le grand cru, cette ronde sauvage qui, face aux Jesus-Freaks, proclame avec cynisme et arrogance sa différence. Les Stones quittent à jamais l'orbite des Beatles et ont trouvé leur son. Pas une pièce faible, une clarté d'exécution et une richesse sonore qui n'est pas coutume: je ne crois pas que les Stones ont jamais mieux sonné que sur Beggar's Banquet et Let It Bleed, merci à leur nouveau producteur Jimmy Miller. Magnifique ballade folk de No Expectations, rock bluesy un peu garage de Parachute Woman et Street Fighting Man (où la qualité sonore fout un peu le camp, voir note plus bas), l'excellent blues-country Jigsaw Puzzle que certains trouvent dylanesque (et où Brian Jones laisse une marque indélibile de sonorités bizarres au mellotron)... sans oublier la sauvage Stray Cat Blues, ma préférée, avec un Jagger plus jouissif que jamais qui chante le sexe sauvage. Sur Prodigal Son, Jagger, méconnaissable, semble émerger d'un champ de coton, avec son folk rugueux...

Parce qu'ils durent depuis si longtemps, parce que Jagger est un jet-setter et Richards un survivant de longues années de drogues, parce qu'on nous les assène année après année, on oublie parfois à quel point les Stones sont (étaient?) des stylistes parfaits du rock. Ils avaient tout: l'attitude rebelle, le talent, la capacité d'assimiler des influences et de les transformer, un grand sens mélodique, un respect des musiques passées en même temps qu'un appétit insatiable pour ce que le rock pouvait leur donner. Beggar's Banquet fut quant à moi leur sommet. Laissez tomber les Best Of, vous devez les entendre dans un véritable album au pacing presque parfait (avec juste Dear Doctor peut-être un peu prématuré).

Si vous voyez l'édition SACD chez les disquaires usagés, ne la loupez pas: non seulement ils se font rares (et leurs prix grimpent), mais au niveau sonore, c'est un triomphe, célébré pour de bonnes raisons. À part les deux titres mentionnés plus haut, les Stones sonnent ici comme jamais: un son puissant, plein, avec des guitares qui vous cisèlent les tympans, sur une base toujours réussie de piano, de basse, de batterie et de guitares acoustiques; un Jagger parfait, un Brian Jones à son crépuscule (il est mort peu après) et un groupe de chansons qui leur va comme un gant.

Un classique, un vrai, dans une des meilleurs années de l'histoire du rock.

Concernant la qualité sonore de Street Fighting Man et Parachute Woman, l'explication serait la suivante: Keith Richards avait pris l'habitude d'enregistrer ses parties de guitare dans une machine à cassettes franchement ordinaire, comme base des chansons. Dans certains cas, les Stones, sûrement pas des puristes audiophiles, couchaient simplement ces riffs de guitare dans le multi-pistes et ajoutaient les overdubs.

Autre anecdote de l'album: la sortie fut retardée pendant plus de trois mois, la compagnie de disques refusant le concept de la pochette: une toilette comme banquet des pauvres. Une pochette très punk, qui rend bien tout le cynisme de Jagger, lui qui chante avec ferveur la beauté des travailleurs paumés de la terre sur Salt of the Earth. Le label gagne, la pochette initiale ressemble à un carton d'invitation pour un banquet d'un hôtel chic et il faudra attendre les rééditions sur CD pour voir la vraie pochette de Beggar's Banquet.

lundi 18 mai 2009

Sur la platine ce soir...

Il a fait chaud dans mon lit au son de Rocco, il a fait froid sur la piste de jogging sur le bord du Canal au son du vent vent qui sifflait dans mes oreilles; on s'est empiffré de hot-dogs et de frites au souper; on a regardé tous ensemble Marley and Me, ma petite a pleuré quand Marley est mort, elle m'a frappé la main, en douceur, en me disant: "Tu vois un chien c'est génial" puis ma douce et moi on a regardé The Curious Case Of Benjamin Button, fascinés une nouvelle fois par le cinéma déjanté, différent, de David Fincher... Cherchant Montréal dans chaque scène, et la trouvant travestie en Paris, en Moscou, en New York. Curieusement, je faisais justement du repérage, exactement aux mêmes endroits, cette semaine.

Et finalement, je me suis réfugié dans mon antre. Recharger les batteries. Il est 2 heures 18, les Glassworks de Philip Glass jouent alors que j'écris ces lignes. Un de mes disques préférés, un disque que je suis venu chercher à Montréal, tout jeune, en bummant mes cours, dans un sous-sol, parce que le disque n'était pas arrivé à Québec. Je n'avais jamais entendu quelque chose de pareille à l'époque. C'était en 1982, et ce disque ne quittera jamais ma collection, quoi qu'il arrive.

Philip Glass est fascinant; d'une matière apparemment réduite à presque rien, quelques notes mille fois répétées (Glass a quelque chose du maître assis à son métier à tisser), il crée un monde cyclique qui nous happe; c'est comme regarder le cours des saisons en accéléré, au ralenti, en vision stroboscopique, c'est comme un cycle naturel dans tous ses états, et nous, les insectes pensants, nous écoutons ce cycle avec l'impression d'être dans notre élément. C'est chaud, c'est remuant, c'est étrange, c'est hypnotisant.



Dans la nuitée bleue, rien de tel que la guitare pour faire vibrer la vie au repos. J'ai mis un truc fascinant comme on n'en trouve que sur Internet. Jimi by Himself, des démos enregistrés dans l'intimité par Jimi Hendrix, en 1968, quelque part dans un hôtel de New York. Magnifiques versions acoustiques de 1983... (A Merman I Should Turn To Be), de Angel, des moments de blues, des impros tranquilles... Émouvant, quand même, d'entendre cette voix quarante ans plus tard (40!!!), cette vie fauchée. Jimi devait savoir quelque chose que tout le monde ignorait, lui qui s'enregistrait constamment, tout le long de sa météorite carrière...

Pour faire bonne mesure, j'ai mis aussi les premiers morceaux de Cry Of Love, l'album posthume, complété sûrement avec beaucoup de mélancolie et, disons-le, d'amour par Mitch Mitchell et Eddie Kramer, peu après la mort accidentelle et stupide de Hendrix. Ils ont plongé dans son travail des six mois précédent, ont complété certains trucs que désirait accomplir Jimi (les délicates percus sur le magnifique Driftin' par exemple). Sans atteindre les sommets des trois albums "officiels" du Jimi Hendrix Experience, Cry Of Love offre un aperçu intéressant de ce qui était en gestation dans l'esprit toujours en mouvement du guitariste. Certains morceaux (EZ Rider, Straight Ahead) sont tout à fait en phase avec la radio FM dont le son se dessinait à l'époque; deux blues dépouillés ponctuent l'album (My Friend, Belly Button Window); deux petits chefs d'oeuvre l'ouvrent (Freedom, Driftin'). Ce n'est pas du tout un pillage opportuniste, si vous ne connaissez pas cet album et que vous aimez Hendrix, vous vous devez de l'entendre. Il est vrai qu'il pourrait être difficile à trouver; il a été officiellement "avalé" par la compil' First Rays of the New Rising Sun maintenant.


Et pour rester dans la note bleue de la six-cordes, dans un registre plus mélanco, comme coda, sorte de chandelle sonore qui vous rend tout cire chaude, j'ai laissé les notes du Soul Lament de Kenny Burrell envahir la pièce dans l'obscurité. Kenny Burrell est un guitariste de jazz de la belle époque de Blue Note, et son disque Midnight Blue est paraît-il un de ses plus connus. La délicatesse du phrasé, la tonalité à la fois opaque et chaude, c'est de toute beauté. Si Soul Lament est mélanco à souhait et se livre en solo, le reste du disque est plus "hot" et hard: un Blue Note typique, de 1963, avec l'omni-présent Rudy van Gelder à la console, et Stanley Turrentine au sax (ténor? alto? Si c'est un ténor, il a le souffle drôlement agile), une section rythmique à trois. Mais c'est d'abord la guitare de Burrell qu'on entend, aussi distinctive qu'une voix humaine. Paraît-il que le remastering de RVG est l'une des réussites de sa série très contestée. En tout cas, la musique est belle, ne vous en privez pas.

Finalement, finissons sur un moment de grâce divine, parce que c'est beau la sueur, la souffrance, le sexe et tout ce qui nourrit le blues et ses variantes; mais de temps en temps, la beauté éthérée d'un grand morceau classique, ça nous rappelle qu'il y a paraît-il des parcelles de Dieu égarées dans notre ventre, et qui remontent jusqu'à notre cerveau. Vous connaissez des morceaux divins? Je voudrais vous en faire partager quelques-uns, mais pour l'heure (il est très tard), un seul...

C'est cet orchestrateur hallucinant au nom peu poétique de Maurice Ravel qui l'a commis: le 2e mouvement de son Concerto pour piano et orchestre. Un Adagio, évidemment. Ça commence par des notes de piano assez tristes, qui avancent doucement, délicatement, avec une sorte de grâce fatiguée,et finalement, on se dit: bon sang, que c'est triste cet air, ah la la, mais voilà que le piano part en vrille et se fond dans un tourbillon de flûtes, et hautbois et clarinettes, dans une spirale de cordes, et on reconnaît les orchestrations magiques de l'ami Ravel, et le piano se met à moduler dans cette espèce de paysage féérique, et avant d'y prendre garde, vous avez décollé, la musique vous a amené très très loin de vous-mêmes... 9 minutes absolument out-of-this-world...

C'est peut-être en la regardant jouer ce Concerto que Charles Dutoit est tombé amoureux de Martha Argerich. Pas moi qui va l'en blâmer!

Mais attention au réveil: le mouvement suivant n'a rien de doux!

dimanche 17 mai 2009

"Audio as a hobby is dying"

Sujet à réflexion, tiré d'une chronique de Stereophile...

J. Gordon Holt, fondateur de Stereophile, interviewé il y a 2 ans...
Do you see any signs of future vitality in high-end audio?
Vitality? Don't make me laugh. Audio as a hobby is dying, largely by its own hand. As far as the real world is concerned, high-end audio lost its credibility during the 1980s, when it flatly refused to submit to the kind of basic honesty controls (double-blind testing, for example) that had legitimized every other serious scientific endeavor since Pascal. [This refusal] is a source of endless derisive amusement among rational people and of perpetual embarrassment for me, because I am associated by so many people with the mess my disciples made of spreading my gospel. For the record: I never, ever claimed that measurements don't matter. What I said (and very often, at that) was, they don't always tell the whole story. Not quite the same thing.

Remember those loudspeaker shoot-outs we used to have during our annual writer gatherings in Santa Fe? The frequent occasions when various reviewers would repeatedly choose the same loudspeaker as their favorite (or least-favorite) model? That was all the proof needed that [blind] testing does work, aside from the fact that it's (still) the only honest kind. It also suggested that simple ear training, with DBT confirmation, could have built the kind of listening confidence among talented reviewers that might have made a world of difference in the outcome of high-end audio.

Outch!

Encore plus intéressant, à mon avis, le même Holt, lors d'une conférence à Chicago en 1992:

"We seem to have come to a tacit agreement that it's no longer necessary, or even desirable, for a home music system to sound like the real thing. We speak in hushed and reverent tones about reproducing the ineffable beauty of music, when in fact much real music is harsh and vulgar and ugly. We design the all-important musical midrange out of our equipment in order to try—vainly, I might add—to recreate the illusion of three-dimensional space through what is essentially a two-dimensional reproducer. And whenever we hear a loudspeaker or a CD player that shows subversive signs of sounding more 'alive' or 'realistic' than most, we dismiss it out of hand as being too 'forward' or 'aggressive.' As if a lot of real music isn't forward and aggressive!

"The idea that all we are trying to do is make equipment that gives the listener some sort of magical emotional response to a mystical experience called 'music' is all well and good, but it isn't what High End is all about. In fact, high fidelity was originally a reaction to the gorgeously rich-sounding console 'boom boxes' that dominated the home-music market during the 1940s!

"We've lost our direction....The High End in 1992 is a multi-million-dollar business. But it's an empty triumph, because we haven't accomplished what we set out to do. The playback still doesn't sound 'just like the real thing.' People, let's start getting back to basics. Let's put the 're' back into 'reproduction.' Let's promote products that dare to sound as 'alive' and 'aggressive' as the music they are trying to reproduce."


En voilà un qui ne mâche pas ses mots.

Et j'ai comme l'impression que Mr Holt n'aime guère le son anglais (Rega?), les magiques mid (mes Rogers, les panneaux?), la "coloration chaleureuse" (tubes?) et la "musicalité" si chère à certains audiophiles.

Et que par contraste, la haute-efficacité et la transparence doivent être prisées chez lui.

En fait, par procuration, j'avais l'impression de revivre certains débats que j'ai avec un ami audiophile.

Mais je me trompe peut-être. Sujet à réflexion.

PLEASURE MUSIC FOUNDATION: aux armes mélomanes!

La guerre à la compression commence comme toutes les guerres modernes: information. Comme ici.

Mais un peu d'activisme ne peut pas faire de tort.

Une fondation est née en janvier dernier; la
PLEASURIZE MUSIC FOUNDATION.

Elle passe au 2e stade de la guérilla auditive. Elle cherche à enrôler des membres de l'industrie (musiciens, ingénieurs, producteurs, membres de l'industrie ainsi que les mélomanes comme nous), à faire signer des lettres d'intention dans lesquelles ces membres de l'industrie garantissent de respecter certains critères de qualité sonore... (ET JE SIGNALE QUE LES DEUX TIERS DE LEURS MEMBRES SONT INSCRITS COMME PROFESSIONNELS DE L'INDUSTRIE MUSICALE) Ils fournissent pour tous un logiciel qui mesure l'écart dynamique des enregistrements.

BREF, TOUS CEUX QUI ICI SE PLAIGNENT DE COMPRESSION DYNAMIQUE,
c'est un moyen de commener à passer AUX ACTES.

PLEASURIZE MUSIC FOUNDATION website

Le logiciel:



PS On pourrait débattre de la méthode de calcul du logiciel, qui n'utilise que les 20% les plus "loud" d'une pièce pour se livrer à son calcul, ignorant ainsi que l'écart dynamique perçu doit tenir compte de lois psycho-acoustiques, ou que l'écart dynamique moyen tient compte de la "moyenne" de RMS d'une pièce, pas simplement de ses passages les plus forts en volume. À suivre.

jeudi 30 avril 2009

Cinq minutes pour faire le tour du monde

Pas de questions. Pesez sur PLAY et ne partez pas. Stand By Me.


Playing For Change | Song Around The World "Stand By Me" from Concord Music Group on Vimeo.

Équipement: des moniteurs de rêve


Pour les amateurs de "hardware":

Steve Hoffman a écrit récemmentr un "post" intitulé I've found the mixing/mastering speaker of my dreams.. les enceintes ATC, SCM-150ASL sont l'objet de sa passion et nul doute qu'à 16 000$ la paire, elles resteront un fantasme dans mon cas. Mais j'aimerais bien les entendre un jour.

Intéressante comparaison de la dynamique entre les versions vinyle et CD du dernier Dylan sur le blogue musical Flowering Toilet... Devinez lequel des deux médiums a droit au mastering le plus dynamique? On va lire ici.

Sur la platine: Les nuits langoureuses (et tranquilles) de Diana Krall... la Passion de Jeff Buckley

Coup dur professionnel, aujourd'hui. Recherché pour ma soirée musicale: apaisement... et pourquoi pas, opulence. Dans le sens monétaire du terme.

C'était mon anniversaire dernièrement, et ma fille, avec qui je partage une passion pour Radiohead et le Robert Charlebois des années boogaloo, m'a offert deux disques, situés aux antipodes dans le spectre sonore: le dernier Malajube (Labyrinthe) sur lequel je reviendrai et le dernier... Diana Krall, appelé judicieusement Quiet Nights.

Ma fille encourage les artistes de chez nous. Elle a toujours eu le coeur à la bonne place!

Et Diane Krall encourage la vente de disques en jazz. L'ex-protégée du label montréalais Justin' Time est aujourd'hui la vedette incontestable de la pléthore des chanteuses regroupées sous le parapluie de plus en plus large et confortable du jazz. Et ce dernier disque, avec grand orchestre, ne risque pas de lui aliéner son vaste public.

Les disques de chanteur avec orchestre ne sont pas toujours des galettes reposantes. Frank Sinatra et Billie Holiday ont offert des albums déchirants (et un peu déprimants) sous cette formule; Diana, elle, nous offre de la langueur, et elle y met tout le considérable goût dont elle a hérité, sans oublier le considérable talent de ses collaborateurs et son joli timbre de voix, avec cette tessiture juste assez rauque pour suggérer qu'on a affaire à une chanteuse qui a goûté à la vie et qui sent les choses.

C'est donc plage langoureuse après plage langoureuse, des standards archi-connus, dans un écrin sonore somptueux, et cette voix qui habite chaque note, sans trop forcer, sans trop de passion, mais avec beauté, avec talent, avec goût... nuit tranquille, on vous l'a dit.

[À comparer, son album de compos avec son Costello de mari, l'excellent The Girl In The Other Room, est presque atonal, tellement on prend soin de nous lécher l'oreille dans celui-ci.]


Un bon mot pour le mixage? Allons-y: je 'suis pas un spécialiste, mais quelqu'un qui réussit à nous faire goûter la somptuosité d'un large orchestre, dans toute sa richesse harmonique, tout en préservant une intimité de chambre à coucher à la voix, sait faire son boulot. Le son est excellent, et c'est pas Doug Sax, au mastering, qui va saboter le boulot!

Un seul reproche à la sensuelle blonde de Colombie-Britannique: était-il nécessaire de nous servir une millionième version (un peu indifférente d'ailleurs) de The Girl Of Ipanema (commodément rebaptisé The Boy... z'auraient dû garder le texte orginal, ç'aurait été plus épicé) et de Quiet Nights de Jobim? On aurait apprécié un répertoire un peu plus surprenant, comme par exemple l'excellente ballade des Bee Gees première époque, How Can You Mend A Broken Heart? servi en bonus ici.




Transition maintenant... on passe à quelque chose de plus substantiel...

C'est entendu. Nous mourons tous un jour. Nous mourons tous, trop tôt. Mais lui est vraiment mort trop tôt. Quel gâchis.

Or, le jour de l'enregistrement de cet album, ce sont les promesses d'un grand avenir qui sont éternisées. Et écouter aujourd'hui Jeff Buckley chanter au Sin-É Café de New York a quelque chose de poignant.

Nous sommes en 1993. Il a 23 ans, et il roule sa bohème depuis déjà sept ou huit ans, ayant quitté le confort de la maison familiale en Californie pour se frotter à la vie de la rue. Maintenant, ayant traversé le continent, il se présente, guitare à la main, avec sa belle gueule de poète, dans tous les bouges new-yorkais, donnant deux, trois spectacles par soir, offrant sa musique, sa voix, sa vie à la bohémienne new-yorkaise, en échange d'une bière, d'un café, d'un repas chaud, d'un divan dans un loft. On croirait lire Chronicles de Bob Dylan, 30 ans plus tard. Et tout comme elle avait signé le jeune Bob Zimmerman contre toute attente en '62, permettant à un grand poète de toucher un vaste public, la compagnie de disques Columbia, ayant eu vent de ce jeune homme qui remplissait les cafés et électrisait les clients le long d'interminables concerts improvisés, signe Jeff Buckley, fils du regretté Tim Buckley, disparu prématurément après un parcours météorique dans les années '70.

Mieux encore: faisant preuve d'une intuition magnifique, désireux d'enregistrer Jeff dans son habitat naturel, Columbia détache une équipe d'enregistrement pour aller l'entendre là où il se sent le mieux: dans le minuscule Café Sin-É.

Ce sont donc deux sets au Sin-É qui sont éternisés sur cette Legacy Edition, deux CD et un court DVD en prime. Où le jeune bohème nous livre des versions "unplugged", déjà magnifiques, de ses compos qui gagneront des tonnes d'électricité dans quelques mois, lors de l'enregistrement de son unique album studio, le magnifique, l'inoubliable Grace. Et où Jeff rend hommage à ses inspirations, en les interprétant de cette voix unique, tout autant Robert Plant que Nina Simone, qui reste gravée dans les mémoires: Van Morrisson, Bob Dylan, Leonard Cohen, Led Zeppelin, Billie Holiday et bien sûr, son idole, Nina Simone...

On a le coeur gros en l'entendant évoquer sa propre mort dans "Grace"... ou monologuer sur la "vie trop courte qu'on ne doit pas laisser empoisonner par les hommes qui vivent à l'abri de leurs bureaux" avant de se lancer dans une interprétation vibrante de "Eternal Life", une de ses plus belles pièces. Et puis il chante "Calling You" de la bande sonore de Bagdad Café, et on voudrait que ça ne s'arrête jamais.

Lisez le très beau témoignage d'une amie dans les notes de pochette, reproduits ici... Vous aurez l'ambiance de l'enregistrement, qu'on a eu le bon goût de ne pas essayer de "nettoyer".



Moins de quatre ans plus tard, entre deux sessions d'enregistrement de son second album, pour faire rire les copains, il plonge dans le Mississipi, qui n'a jamais, à ce jour, rendu son corps.

RIP Jeff.

mardi 28 avril 2009

Le nouveau Dylan arrive aujourd'hui...


... et les critiques du monde entier sortent leurs plus belles plumes, ne serait-ce que pour ne pas trop pâlir face à leur sujet. Le barde de Minneapolis, à l'aube de ses 70 ans, continue d'ajouter des strophes à sa riche chronique de l'Amérique, comme une sorte de passeur de songes, de mythes et de légendes dont la terre noire ne finit plus d'être ensemencée par le passé. Dylan n'innove plus depuis longtemps, mais il est devenu plus indispensable que jamais. Au milieu des vendeurs du Temple du rock, les financiers de l'entertainement et les holding financiers qui pillent depuis longtemps la musique pop, il est le trait d'union entre les shouters de blues, les folk singers, Tin Pan Alley, le rock déluré des années '60, le psychédélisme et les egos boursouflés du classic-rock; il a tout vécu de cette fabuleuse épopée de la musique américaine dont il est le poète absolu, sorte de Faulkner en roue libre dont le steam of consciousness semble dorénavant inépuisable...

Extrait d'une critique, celle du Telegraph anglais:

"Some people they tell me I have the blood of the land in my voice," sings Bob Dylan on I Feel A Change Coming On. If so, it is a land that is almost shattered: hard-lived and careworn, yet stoic and even darkly humorous in the face of the inevitability of struggle. It is, above all, rich with ambiguity, located in the cracks between high idealism and base corruption. Dylan is the greatest poet songwriter of the modern era. In his 68th year (on his 33rd studio album) we continue to pay revenant attention, even though he wheezes and croaks, offers up Tin Pan Alley rhymes and oft-used melodies. Together Through Life is a beautifully played collection of antique blues pop."
I have the blood of the land in my voice... Que voulez-vous ajouter après ça? Espèce de Grand Corbeau va! 4 étoiles dans le Guardian, 4 étoiles dansle All Music Guide, même chose dans Rolling Stone.

lundi 27 avril 2009

Makin Whoopee, sur les Beatles

Le forum de Steve Hoffman, sur lequel doit apparaître une douzaine de fils de discussion sur les Beatles par jour a complètement explosé depuis l'annonce, tellement espérée, de la sortie des remasters, le 9 sept 09. Et en ce moment, un fil particulièrement hilarant demande aux Beatlemaniaques quelles sont les pièces qui ont accompagné leurs ébats amoureux (pour paraphraser le OP: making whoopee)...
Réponse hilarante de "hello people":
Misery
It Won't Be Long
Not A Second Time
I Should Have Known Better
et le poster zebop de répondre à son tour:

I'm a Loser
Fool on the Hill

I was alone at the time...

Ne venez pas vous dire qu'on ne vous tient pas au courant des choses importantes.

Sur la platine: le Keith Jarrett Trio, Sinead O'Connor, la dernière production de Daniel Lanois


Il y a bien longtemps que je ne me suis pas arrêté pour écrire quelques lignes...

Rien à dire, rien à écouter. Même pas envie. Une pause pour livrer quelques guerres de la vie quotidienne, de la vraie vie.

Quand je regarde Obama et ses guerres à lui, je vois un super-héros. Pas de farces. Je pourrais même pas lacer ses chaussures.

Et puis j'avais débranché mes enceintes principales, pour toutes sortes de raisons logistiques. Mon système des dernières semaines, activé en travaillant, consistait en une carte Audigy branché à un ampli Denon 250 des années '80 et mes vénérables Rogers LS 3/5a. Bonjour la compression sonore!

Je vais vous dire: hier, j'ai pris le temps de rebrancher quelques éléments et de replacer mes enceintes à leur position optimale; malgré les tubes affaiblis de mon Atma-Sphere et l'utilisation d'un modeste Oppo 981 comme source, j'ai retrouvé le plaisir sensuel et esthétique de la musique. Mieux: le plaisir spirituel; cet indéniable pouvoir, si élusif à la recherche scientifique, si facile à trahir par nos mots, qu'a la musique.

Vous avez lu l'entrevue avec Olivier Sacks dans la Presse du dimanche? Passionnant. L'être humain et son étrange musicophilie. Son rapport à ce langage sans véritable sens qu'est la musique. Il faut que je lise le dernier livre de ce réjouissant neurologue qui avait écrit le passionnant L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau.

Si l'être humain a vraiment une part de Dieu caché quelque part dans sa masse adipeuse, comme certains le pensent et comme d'autres l'espèrent, faut la chercher dans les zones excitables par la beauté, la musique, la littérature, la poésie.

Bon, et ces albums qui sont venus titiller ma zone musicophage hier?

D'abord, déjà un 4e disque live tiré des concerts 2001 du Keith Jarrett Trio. Peacock, DeJohnette et Jarrett tiennent le flambeau des grands standards visités avec respect, lyrisme, muscle, profondeur, depuis 25 ans. Ici, de nouveau, des standards archi-connus. Pourquoi le grand, l'immense compositeur de Facing You et de l'impro des concerts de Cologne (Köln Concert) fait-il autant de standards en "live"? Parce que, dira-t-il à un journal de LA,
"We know how musical these songs are...Jazz musicians don't have to always break down doors: there's music inside the rooms too."
Et la musique, enfermée dans les portes cloisonnées de ces standards, ils la trouvent, la magnifient, la spiritualisent, nous l'apportent dans des architectures toujours passionnantes, tendues par l'explosif DeJohnette (et qu'est-ce que les ingénieurs ECM savent saisir une batterie!) et emportées au septième ciel par l'inusable Keith Jarrett.

On peut préférer l'esprit plus moderne d'un Brad Mehldau et ses audacieux choix de standards modernes (Radiohead, Nick Drake, Beatles, Paul Simon). Mais ces live du Keith Jarrett Trio sont comme une célébration de liberté musicale, de virtuosité et de respect de l'histoire du genre. Pour ma part, qui ne fait que gratter la surface de l'immense héritage de Jarrett, chaque nouveau disque demeure un grand moment.


La transition suivante paraît brusque? Pas tant que ça... Rien de tel qu'une discussion sur le Steve Hoffman Forum pour vous donner l'envie de renouer avec un disque oublié... l'annonce de la sortie d'une édition double Deluxe de I Do Not Want What I Haven't Got, le disque-phare de la superbe Sinéad O'Connor, a donné lieu aux spéculations habituelles sur la qualité sonore du remastering, qui sera sûrement "compressed with squashed dynamics and disastrous EQ", une sorte de mantra obligatoire chaque fois qu'une annonce similaire est faite. Un membre s'est quand même risqué à dire que, selon lui, l'édition originale "sounded like garbage". Réaction stupéfaite des autres... et pour cause!

Rendons justice au mastering original canadien, pressé entre autres chez nous chez Cinram (VKW-41759): ce disque sonne magnifiquement et Sinéad, alors toute jeune, et seule aux commandes (compos et production) a bâti un grand disque rock, surprenant dans ses arrangements, et d'une sincérité qui fait presque mal dans ses textes et ses interprétations mordantes. Avec en prime une des meilleures compos de Prince (le grand hit "Nothing Compares To U"). Est-ce que le rock peut être vraiment meilleur que ça? Mettez The Last Days of our Acquaintance sur la platine, fermez les lumières et pleurez un peu l'amour qui fait mal. La voix de Sinéad, avec tous ses défauts, des déraillements, des tics, transmet plus de douleur humaine que vingt "torch ballads" de Céline. Voilà, c'est dit. Écoutez-la, plus récemment, sur 100th Window de Massive Attack. Ou sur Harbour de Moby.

Ce disque, le 2e de la jeune femme fut le zénith d'une carrière qui s'est un peu perdue dans la controverse par la suite. La jeune femme a trop de sincérité pour notre époque d'hypocrisies mal assumées. Étrange de rencontrer ces artistes immenses en personne. J'ai eu la chance de rencontrer Sinéad en tournée de presse à l'époque. Précédée de sa réputation sulfureuse, elle intimidait tant et si bien les journalistes et les glaçait de réponses courtes dites d'une voix de souris que la conférence de presse était presque silencieuse. Ce qui a donné la chance à des journalistes moins ferrés (dont votre humble serviteur) de lancer toutes les questions qui leur passaient par la tête. Et elle, de répondre doucement, brièvement, ses grands yeux de vénusiennes bien plantés dans les vôtres, timide volcan qui ne demandait qu'à exploser sur scène, au Spectrum, le soir même.

Le disque se clôt sur une grande mélopée a capella. I do not want what i haven't got, chante-t-elle. Est-ce bien vrai? J'ai malheureusement l'impression qu'une telle âme d'artiste sincère et totale ne trouve jamais totalement le repos.

Comment finir sur un peak émotif après tant de belles violences? Sur un disque tout neuf, complètement inconnu, et qui porte une prestigieuse signature à la production, celle de Daniel Lanois. le disque s'appelle Mercy, l'artiste et son groupe se nomment Rocco DeLuca and the Burden et si ce disque ne fait pas un tabac auprès des amateurs de rock, c'est que le rock est mort ou l'industrie qui le supporte.

Rocco, joueur de dobro, a probablement été nourri au biberon en écoutant le déchirant Grace de Jeff Buckley et lui emprunte ses envolées dans les hautes notes; une manière de nous donner à goûter à la fois à la force sensuelle du rock le plus emporté et la fragilité la plus profonde de l'âme humaine (sa voix falsetto, toujours au bord de la cassure). La production de Lanois, raffiné, riche, cordes et poussières et bohème et nuits longues, est plus raffinée que jamais, mais magnifiquement préservée au mastering (contrairement à tant de ses disques, dont ceux de U2): il y a dans ce disque une poésie qui rappelle Leonard Cohen, un spleen qui creuse son foret dans le ventre comme un disque de Elliott Smith, une sorte d'aveuglement poétique à la Buckley et une beauté sonore comme seul Lanois en fabrique. Que dire de plus? J'aime ce disque, profondément. J'espère que vous l'aimerez aussi. Ce serait comme boire la même auge de sang noir. Mercy.

vendredi 13 mars 2009

Les mots sont de trop

C'est Martin Gore qui avait raison...

Words like violence
Break the silence
Come crashing in
Into my little world
Painful to me
Pierce right through me
Cant you understand
Oh my little girl

All I ever wanted
All I ever needed
Is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm

Vows are spoken
To be broken
Feelings are intense
Words are trivial
Pleasures remain
So does the pain
Words are meaningless
And forgettable

All I ever wanted
All I ever needed
Is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm

Enjoy the silence

lundi 9 mars 2009

La mort des formats et le plaisir sensuel du vinyle

Récemment, j'étais dans une boutique livres et disques usagés de NDG à tuer le temps entre 2 meetinges.
Et je vois qu'ils ont une grosse section vinyle neuf et usagé. Je me mets à fouiller un peu... Deux choses me frappent.

1) le plaisir de fouiller dans une section vinyle n'a jamais été remplacée. Le cover art d'un vinyle, c'est quand même autre chose qu'un CD. Ne parlons même pas des images scannées des téléchargements. Il va falloir qu'ils trouvent aussi un plaisir visuel aux téléchargements. Parfois, pour faire plaisir aux enfants (et à ma blonde, qui est une visuelle), je met le lecteur ordi en mode random et je met des fractales plein écran.

2) le prix des vinyles usagés a monté en flèche. Je ne compte plus le nombre de vinyles (que j'ai moi-même vendu à 50 sous ou 1$ il y a 7 ou 8 ans), qui se vendaient 3 ou 4$ il y a 3 ans et qui sont maintenant 10$ usagés.

Et alors? Et alors, rien. Les temps changent, on n'y peut pas grand chose. Tout se dématérialise à la vitesse de l'éclair, sign of the times. Le plaisir analogue et sensuel se vendra de plus en plus cher. C'était mon 5-minutes philosophico-mocheton.

dimanche 8 mars 2009

Steve Gadd... le bonheur!

Je viens de réaliser, en déambulant dans le merveilleux forum de Steve Hoffman, que deux de mes moments préférés en musique, les deux exécutés à la batterie, sont le fait d'une seule et même personne.

Deux moments si différents, aux énergies si opposées, mais en même temps si liés, dans cette manière de rendre la batterie si expressive... L'homme s'appelle Steve Gadd...

C'est lui qui a créé le petit beat militaire de cette merveilleuse chanson de rupture amoureuse de Paul Simon, 50 Ways To leave Your Lover. Oh, que cette chanson, je me la suis répétée, certaines journées d'automne d'une année épouvantable de ma vie... (quoi? vous ne connaissez pas ce grand "classique" pop? Il vous faut l'entendre. Un jour ou l'autre, on en a besoin!)



À l'autre extrémité du spectre, c'est lui qui exécute ce grand, cet immense solo sur Aja de Steely Dan. Et je vous fait un aveu: je déteste les solos de batterie. Mais celui-là, j'y peux rien, il fait grimper mon rythme cardiaque à tout coup. Encore, encore de la grande pop.



P.S. Et, continuant de lire le fil de discussion sur lui, j'apprends qu'il a fait Chuck E's In Love de Rickie Lee Jones. Décidemment! Un grand bonhomme!

mercredi 4 mars 2009

Animal Collective: on va attendre le vinyle

  

On veut bien nous aussi se tenir à l'affût des formations qui, aujourd'hui, sculptent le son qui deviendra le mainstream de demain. Et en ce moment, dans le buzz critique, aucun groupe ne frétille aussi fort que Animal Collective et leur nouveau Merriweather Post Pavillion, qui fait se pâmer les critiques les plus exigeantes, de Alain Brunet à Pitchfork. En fait, l'éloge est général, et fait sonner la cloche à 89 de score global sur Metacritic.

On veut bien... mais comment y arriver lorsque, pour arriver à la musique, on doit se taper un mastering digital aussi atroce, qui biffe complètement le relief d'une musique qui est une sculpture sonore tridimensionnelle, dense, raffinée, complexe, avec harmonies vocales polyphoniques à la Pet Sounds sur nappes rythmiques surchargées... Si votre système a une vocation de transparence, vous râlerez, couché sur le plancher, bave aux lèvres, les hautes fréquences coulant de vos oreilles après avoir mis en purée votre cerveau...



Pourquoi? Mais pourquoi?

Paraît que le vinyle double à 30 $ , lui, sonne très bien!!! Avec des basses profondes et un son texturé à souhait!

L'industrie du disque est-elle masochiste? (pourquoi je pose la question? ils en ont fait la preuve plusieurs fois déjà, non?) Est-ce que Bowie et Roxy Music auraient passé leurs audacieuses propositions sonores si leurs disques avaient été inécoutables???

Ceci dit, après 3 ou 4 écoutes (avec larges moments de repos), je peux vous confirmer que les comparaisons à Pet Sounds des Beach Boys ne sont pas vaines; un Pet Sounds déconstruit, acidulé plutôt que psychédélique, où les cordes et cuivres cèdent la place à une lutherie électronique parfaitement maîtrisée. Bon, peut-être que les harmonies vocales ne sont pas aussi suaves. Mais quand même!

Vais-je investir pour la version vinyle?