Quel album extraordinaire!
Débarrassé de l'héroïne, secouant le joug bienveillant mais sûrement pesant de Miles, transformé peut-être par son bref, mais fructueux passage avec Thelenious Monk, John Coltrane entre en studio avec l'élégant Tommy Flanagan (qui dut quand même sen sentir un peu bousculé!), l'impeccable Paul Chambers et le dynamique Art Taylor et enregistre l'énorme album Giant Steps; un miroir diffracté, chaotique, sur-vitaminé du célèbre Kind of Blue auquel il participe. Dans sa toute nouvelle confiance, 7 titres ramassés, assez brefs, où se concentre la folle énergie d'un dingue qui peut pratiquer une vingtaine d'heures par jour son ténor. Il sera plus tard, au sein de son quatuor classique, plus généreux, empathique, spirituel, emporté, événementiel; mais a-t-il été déjà plus punché que sur cet audacieux brûlot?
J'écoute en ce moment les 2 minutes 11 de Countdown. 2 minutes 11 où Trane parcourt les gammes à toute vitesse, sur une rythmique ultra-speedée, pour finir, dans les dernières secondes, par énoncer le thème! Nous sommes constamment ainsi, tenus en déséquilibre, par ce grand homme qui vient de trouver sa voie, sa voix, si indissociable chez le saxo de son souffle, et qui nous le fera partager, sans concession, pour les huit années suivantes, jusqu'à sa mort prématurée.
Coltrane, formidable auteur de ballades, formidable souffleur de thèmes poignants, en commet un seul sur cet album: la célèbre Naima, qu'il enregistre d'ailleurs avec la section rythmique de Kind Of Blue: mister PC, Wynton Kelly, Jimmy Cobb.
Poetry and music are for those with straight connections between ears, eyes, heart, and gut. (Diane Dorr-Dorynek)
mardi 24 novembre 2009
dimanche 22 novembre 2009
La musique dépasse la mémoire
When we listen to an old piece of music, we’re inevitably saddened by our inability to fully inhabit the era from which it came; the poetry of its historicity seems to slip through our fingers. The most we can do is seek out the people who lived through it, the surviving relics of times past who, for one reason or another, seem to have remained frozen in a smoky Harlem nightclub or a backwoods Appalachian village, as if they themselves were documents in an archive. These baroque personalities give the illusion of having an entire epoch condensed into their being, and even the lives they led have become sterling works of art. And as problematic as it sounds, we are lucky to have them. Our modern griots sacrificed their own progress for the sake of transmitting to us what were most likely the best years of their lives.
What does that have to do with the music?
Everything – because it makes manifest the fact that all music is a kind of storytelling, and that things as inert as brass can be made to sing the song of history. Music is a direct and vibrant sort of cultural expression, and it requires a hybrid form like the memoir-album to communicate its power with any degree of truthfulness. What we’re dealing with is not even an oral history, but a sonic one...
[tiré des notes de pochettes du disque de Warren “Baby” Dodds - Talking & Drum Solos]
dimanche 15 novembre 2009
Sur la platine: la meilleur pop de 2005, le meilleur disque inédit de 2007, un Luc de larochellière bonifié, un Bashung sanctifié
Je ne vous l'ai peut-être pas dit, mais j'ai un plaisir fou ces jours-ci à vagabonder dans ma discothèque, depuis qu'un très bon ami m'a passé un processeur AV Linn de grande qualité, un 5103. Lequel processeur a l'avantage indéniable de posséder un DAC plus flatteur que celui de mon vénérable Micromega Stage 4.
Mon Micromega s'est toujours distingué par ses hautes fréquences agressives. Le Linn a une approche plus équilibrée: de très belles mid charnues. Et il a, bien sûr, une entrée digitale. Ce qui signifie que je goûte, pour la première fois, de manière temporaire, aux grandes joies du serveur musical. Et croyez-moi, ce sera difficile de revenir en arrière.
Hier, je me suis tapé un grand carrousel de musiques, pour me retaper d'un 40 heures de travail sans sommeil. Cette faculté qu'a la musique à nous extirper de la broyeuse sociale et professionnelle ne lasse pas de me fasciner.
J'ai commencé par me jouer ce grand chef d'oeuvre pop de 2005, le "Come On Feel The Illinoise!" de Sufjan Stevens. 74 minutes fascinantes en compagnie d'un créateur intarissable qui nourrit l'ambitieux projet de composer un album par état américain. Sufjan demeure un obscur personnage pour le grand public, mais la critique l'a repéré depuis longtemps, et son Illinoise a pris le sommet des palmarès combinés de 2005, recensés par le site Acclaimed Music. Et pour cause.
Maintenant, vous le décrire pourrait être une entreprise hasardeuse. Pop raffinée, orchestrée avec art, qui me rappellerait du très très bon Al Stewart (Year of the Cat, vous vous rappelez?), genre folk-rock avec ambitions pédagogiques? Ou peut-être du Alan Parsons (mais avec quelque chose à dire, et la prétention en moins), pour le côté prog raffiné des arrangements. À moins que cette rythmique qui fait un peu band de collège, et ces cuivres chaleureux, et cette absence totale de pose, range Sufjans du côté du théâtre musical ou du jazz mainstream? Et puis il y a ces rythmiques à la Steve Reich, intégrées parfaitement. Ou ces chansons poignantes sur un ami perdu au cancer, ou sur un tueur en série qui a terrorisé l'Illinois, qui m'a rappelé le meilleur Eels. Sufjan est une éponge, et dans son creuset se ramasse les meilleurs saveurs de la pop récente. Un voyage de 74 minutes sans moments faibles.
Le seul, très léger reproche que je pourrais faire à cet orfèvre de la meilleur pop, c'est peut-être que son interprétation manque de nudité. Au sens émotionnel du terme, bien sûr. Stevens a une jolie voix de folk-singer, sans grand caractère, qui prend le siège arrière sur ses arrangements. C'est souvent là que certains créateurs n'arrivent pas à rejoindre un vaste public. L'engagement émotionnel existe sûrement. Mais s'il atteint notre intellect et nos oreilles, il ne nous foudroie pas le coeur. N'est pas Nina Simone ou Jeff Buckely qui veut.
Côté engagement émotionnel, ma galette suivante n'en manque pas. Et ce disque demeure pour moi le meilleur disque de 2007, même s'il n'est jamais sorti!
Thom Yorke a souvent rappelé que c'est Björk qui l'avait poussé vers des interprétations plus viscérales, après leur rencontre pour la bande-son (incroyablement émotionnelle d'ailleurs) de Dancer In The Dark. Ce n'est pas sa voix qui rend Yorke si poignant: c'est cet engagement émotionnel incroyable dans chaque syllabe, chaque chanson. L'impressiond 'être connecté au "guts" d'un artiste d'une sensibilité exacerbée.
Radiohead s'est fait reprocher, à la sortie du trop riche Hail To The Thief, une certaine complaisance. Trop de pièces abstraites, avec des sons électroniques bizarres, d'explorations de rats de studios hyper-actifs n'en finissant plus de pousser des boutons, et oubliant de nous pousser de bonnes pièces rock, comme à l'époque de The Bends. Critique un peu injustifiée à mon avis, mais enfin, pourquoi pas... Ils ne devaient pas être totalement en désaccord car l'album suivant, In Rainbows, s'en tenait à un solide 10 pièces et 42 minutes de musique qui furent salués par la critique et sa belle-mère comme une oeuvre solide, ramassée, des vraies chansons et une courbe émotive plus forte que jamais. En fait, In Rainbows a presque fait l'unanimité.
Sauf que... sauf que plusieurs des meilleures pièces de In Rainbows, on les trouve sur le CD bonus qui venait avec l'édition Deluxe vinyle 45-tours, pas achetable. 27 minutes et 8 pièces supplémentaires, parfaitement séquencées, qui rendent l'édition régulière de In Rainbows presque trop... sentimental... si vous voulez mon avis, et même si vous ne le voulez pas. Soyons francs: Down Is The New Up et Last Flowers To The Hospital écrasent le presque mièvre All I Need et le vraiment mellow House Of Cards. Et il n'y a pas une minute faible sur ce CD bonus, qui me rappelle beaucoup, dans l'humeur et la palette sonore, les meilleurs moments de Amnesiac. Maintenant, quand vous saurez que je préfère presque Amnesiac au sanctifié Kid A, vous saurez que je ne suis pas nécessairement toujours une référence de la gente critique. Mais ce diable de groupe intarissable est unique en son genre. Emo, expérimental, nu, rock, prog, et quoi encore... Chaque tranche de musique en leur compagnie est un sacré voyage dans les tripes d'une époque à la fois troublante et formidable. Essentiel, diraient les Français. Je suis bien d'accord.
Comment continuer après Radiohead? En coupant la fibre EMO et en reculant la montre de trente ans. Je prends un détour par des productions Ken Scott (ce que c'est le fun, un serveur!). D'abord, le sous-estimé Crisis... What Crisis? de Supertramp... lequel avait l'impossible tâche de succéder à Crime of the Century, et ce qu'il passe bien près de faire. Oh, c'est peut-être une infinitésimale coche en-dessous, et la pochette a mal vieilli. Rick Davies et son Ain't Nobody But Me, c'est formidable. C'est juste un peu en-dessous de l'insurpassable Asylum. Et le A Soapbox Opera de Roger Hodgson n'a pas l'attrait universel de Hide In Your Shell, le hit des adolescentes timorées. Mais c'est du bon, du très très bon Supertramp. Et quelle production, quelle prise de son! Ken Scott, qui a débuté avec les Beatles, est un sapré magicien. Vous entendez ce piano incroyablement physique? Après ça, écoutez-moi les pianos de plastique des albums endisqués par Rudy van Gelder... Désespoir. Pourquoi, Rudy, avoir ruiné le son de tant de merveilleux pianistes???
(Au fait, excusez-moi mais sui vous voulez vraiment entendre le vrai son de ces albums, OUBLIEZ LES REMASTERS! Par erreur, c'est ce que j'ai mis en premier, et j'écoutais, médusé, déçu, ce son incroablement agressant dans les aigus, et sans relief dans les basses... jusqu'À ce que je réalise mon erreur, et que je change pour l'édition originale Target... Incroyable, la différence!)
Restons avec Ken Scott... On parle beaucoup, ces jours derniers, du piano flyé et libre sur le dernier Daniel Bélanger (que je n'ai pas encore entendu); et on se réfère au Bowie d'Aladdin Sane et au jeu délicieusement dissonant de Mick Garson. J'ai donc fait un croche sur Aladdin Sane, édition RCA des années '80 (ÉVITEZ les remasters de Peter Mew, des abominations sans nom). Quel son les amis! Quelle pièce de musique riche, complexe, inépuisable... Combien de fois pouvez-vous écouter Aladdin Sane de suite sans en épuiser les explosives propositions?
Tant qu'à se décrasser les oreilles, une obscurité merveilleuse... Connaissez-vous Goldley-Creme? Ces deux mecs formaient le noyau aventureux des excentriques créateurs pop 10CC (vous vous rappelez l'incroyable I'm Not In Love et ses infinis dubs de voix, sacré meilleure pièce pop des années '70 par plusieurs critiques éblouis?). Quittant le carcan pop, le duo se lança dans des albums merveilleusement flyés, mélangeant dans un joyeux bordel du krautrock, du pop, du art-rock à la Roxy Music, du Zappa, le tout dans une mise en sons jamais monotone.
Malheureusement, le timing n'aurait pu être plus mauvais. Prenez ce L dont je me régale en ce moment les oreilles. Sorti dans l'obscurité en 1977, en pleine explosion punk, je l'ai eu pour un ridicule 3$, avec son coin troué, disque usé avant même sa sortie. Et pourtant, This Sporting Life et Business Is Business, qui ouvrent et ferment l'album, sont des opéras pop en miniature délicieusement flyés... Tout l'album est une exploration sonore raffinée sur de belles mélodies pop.
Le succès leur échappant, Kevin Godley et Lol Creme devaient par la suite se recycler dans le cinéma et devenir les créateurs des meilleurs vidéo-clips des années '80 (Rock It de Herbie Hancock et ses robots animés, vous vous rappelez?). Avant de finir par créer la technique du morphing dans un clip qui a fait époque, qui fit d'une de leurs dernières pièces, Cry, un hit tardif bien mérité, en 1985. Je ne connais pas la suite de l'histoire, mais j'adore encore L.
Mais pour finir sur une note entièrement différente... je veux saluer d'un coup de chapeau bien bas deux excellents albums qui rappellent que le rock francophone a franchi des pas de géants dans ses dernières décennies... et que c'est souvent en mixant l'héritage de la grande tradition de la chanson et le sens de l'ambiance et de l'enveloppe sonore du rock anglais qu'on obtient les résultats les plus mirifiques.
D'abord, un petit bijou introspectif, inattendu. Luc de Larochellière a eu un succès précoce qui en a fait en deux albums à peine une grande star, au tournant des années '90. Rock contemporain, textes avec une juste dose de dérision et de cynisme, le jeune homme de Laval, dont on avait fait la rencontre à un showcase en première partie de Marie Philippe, était un délicieux paradoxe: timide et effacé, affecté d'un bégaiement à la ville, il nous terrassait tous lorsqu'il chantait ses textes engagés, d'une voix puissante, assurée, de rock star. L'ironie voulut que plus il devenait audacieux dans sa musique, plus le succès l'a déserté, et qu'on l'avait peu à peu oublié. Jusqu'à ce magnifique Un toi dans ma tête, sorti il y a quelques semaines.
Superbement habillé de cordes opulentes, le fidèle Marc Pérusse à la console, de Larochellière nous ouvre son coeur avec une touchante simplicité et raconte surtout des ruptures, des amours difficiles, des obsessions sentimentales qui témoignent de la maturité de son écriture, de la profondeur de sa plume. C'est beau comme du Jean Ferrat à son meilleur, ça sonne vrai comme du Félix, et il y a un peu de Nick Drake dans la mélancolie de ces nappes de cordes qui soulignent juste ce qu'il faut ces textes poignants. Les musiques de ruptures sont si belles qu'elles font de l'ombre aux autres pièces plus "détachées". Exception faite de la meilleure du lot: la délicieuse Non-amour, Mon amour, que je vous laisse découvrir. Faites-vous un cadeau.
Le temps me manque pour vous parler de l'ultime Bashung, Bleu pétrole. Poète des mots, poète des sons, Bashung a laissé derrière lui des volutes de beauté et son ultime album est émouvant, mais jamais sentimental. Chaque fois que j'entends Résident de la République, j'ai un petit frisson. Qu'il était unique, le Bashung... Comment parler de sa mort d'une manière plus élégante? Alain Brunet, grand fan, a bien résumé ce Bleu pétrole, permettez-moi d'emprunter sa très belle plume...
A-t-on ici au Québec un Bashung? Je n'en vois qu'un possible. Il s'appelle Daniel Bélanger. Nous y reviendrons.
Mon Micromega s'est toujours distingué par ses hautes fréquences agressives. Le Linn a une approche plus équilibrée: de très belles mid charnues. Et il a, bien sûr, une entrée digitale. Ce qui signifie que je goûte, pour la première fois, de manière temporaire, aux grandes joies du serveur musical. Et croyez-moi, ce sera difficile de revenir en arrière.
Hier, je me suis tapé un grand carrousel de musiques, pour me retaper d'un 40 heures de travail sans sommeil. Cette faculté qu'a la musique à nous extirper de la broyeuse sociale et professionnelle ne lasse pas de me fasciner.
J'ai commencé par me jouer ce grand chef d'oeuvre pop de 2005, le "Come On Feel The Illinoise!" de Sufjan Stevens. 74 minutes fascinantes en compagnie d'un créateur intarissable qui nourrit l'ambitieux projet de composer un album par état américain. Sufjan demeure un obscur personnage pour le grand public, mais la critique l'a repéré depuis longtemps, et son Illinoise a pris le sommet des palmarès combinés de 2005, recensés par le site Acclaimed Music. Et pour cause.
Maintenant, vous le décrire pourrait être une entreprise hasardeuse. Pop raffinée, orchestrée avec art, qui me rappellerait du très très bon Al Stewart (Year of the Cat, vous vous rappelez?), genre folk-rock avec ambitions pédagogiques? Ou peut-être du Alan Parsons (mais avec quelque chose à dire, et la prétention en moins), pour le côté prog raffiné des arrangements. À moins que cette rythmique qui fait un peu band de collège, et ces cuivres chaleureux, et cette absence totale de pose, range Sufjans du côté du théâtre musical ou du jazz mainstream? Et puis il y a ces rythmiques à la Steve Reich, intégrées parfaitement. Ou ces chansons poignantes sur un ami perdu au cancer, ou sur un tueur en série qui a terrorisé l'Illinois, qui m'a rappelé le meilleur Eels. Sufjan est une éponge, et dans son creuset se ramasse les meilleurs saveurs de la pop récente. Un voyage de 74 minutes sans moments faibles.
Le seul, très léger reproche que je pourrais faire à cet orfèvre de la meilleur pop, c'est peut-être que son interprétation manque de nudité. Au sens émotionnel du terme, bien sûr. Stevens a une jolie voix de folk-singer, sans grand caractère, qui prend le siège arrière sur ses arrangements. C'est souvent là que certains créateurs n'arrivent pas à rejoindre un vaste public. L'engagement émotionnel existe sûrement. Mais s'il atteint notre intellect et nos oreilles, il ne nous foudroie pas le coeur. N'est pas Nina Simone ou Jeff Buckely qui veut.
Côté engagement émotionnel, ma galette suivante n'en manque pas. Et ce disque demeure pour moi le meilleur disque de 2007, même s'il n'est jamais sorti!
Thom Yorke a souvent rappelé que c'est Björk qui l'avait poussé vers des interprétations plus viscérales, après leur rencontre pour la bande-son (incroyablement émotionnelle d'ailleurs) de Dancer In The Dark. Ce n'est pas sa voix qui rend Yorke si poignant: c'est cet engagement émotionnel incroyable dans chaque syllabe, chaque chanson. L'impressiond 'être connecté au "guts" d'un artiste d'une sensibilité exacerbée.
Radiohead s'est fait reprocher, à la sortie du trop riche Hail To The Thief, une certaine complaisance. Trop de pièces abstraites, avec des sons électroniques bizarres, d'explorations de rats de studios hyper-actifs n'en finissant plus de pousser des boutons, et oubliant de nous pousser de bonnes pièces rock, comme à l'époque de The Bends. Critique un peu injustifiée à mon avis, mais enfin, pourquoi pas... Ils ne devaient pas être totalement en désaccord car l'album suivant, In Rainbows, s'en tenait à un solide 10 pièces et 42 minutes de musique qui furent salués par la critique et sa belle-mère comme une oeuvre solide, ramassée, des vraies chansons et une courbe émotive plus forte que jamais. En fait, In Rainbows a presque fait l'unanimité.
Sauf que... sauf que plusieurs des meilleures pièces de In Rainbows, on les trouve sur le CD bonus qui venait avec l'édition Deluxe vinyle 45-tours, pas achetable. 27 minutes et 8 pièces supplémentaires, parfaitement séquencées, qui rendent l'édition régulière de In Rainbows presque trop... sentimental... si vous voulez mon avis, et même si vous ne le voulez pas. Soyons francs: Down Is The New Up et Last Flowers To The Hospital écrasent le presque mièvre All I Need et le vraiment mellow House Of Cards. Et il n'y a pas une minute faible sur ce CD bonus, qui me rappelle beaucoup, dans l'humeur et la palette sonore, les meilleurs moments de Amnesiac. Maintenant, quand vous saurez que je préfère presque Amnesiac au sanctifié Kid A, vous saurez que je ne suis pas nécessairement toujours une référence de la gente critique. Mais ce diable de groupe intarissable est unique en son genre. Emo, expérimental, nu, rock, prog, et quoi encore... Chaque tranche de musique en leur compagnie est un sacré voyage dans les tripes d'une époque à la fois troublante et formidable. Essentiel, diraient les Français. Je suis bien d'accord.
Comment continuer après Radiohead? En coupant la fibre EMO et en reculant la montre de trente ans. Je prends un détour par des productions Ken Scott (ce que c'est le fun, un serveur!). D'abord, le sous-estimé Crisis... What Crisis? de Supertramp... lequel avait l'impossible tâche de succéder à Crime of the Century, et ce qu'il passe bien près de faire. Oh, c'est peut-être une infinitésimale coche en-dessous, et la pochette a mal vieilli. Rick Davies et son Ain't Nobody But Me, c'est formidable. C'est juste un peu en-dessous de l'insurpassable Asylum. Et le A Soapbox Opera de Roger Hodgson n'a pas l'attrait universel de Hide In Your Shell, le hit des adolescentes timorées. Mais c'est du bon, du très très bon Supertramp. Et quelle production, quelle prise de son! Ken Scott, qui a débuté avec les Beatles, est un sapré magicien. Vous entendez ce piano incroyablement physique? Après ça, écoutez-moi les pianos de plastique des albums endisqués par Rudy van Gelder... Désespoir. Pourquoi, Rudy, avoir ruiné le son de tant de merveilleux pianistes???
(Au fait, excusez-moi mais sui vous voulez vraiment entendre le vrai son de ces albums, OUBLIEZ LES REMASTERS! Par erreur, c'est ce que j'ai mis en premier, et j'écoutais, médusé, déçu, ce son incroablement agressant dans les aigus, et sans relief dans les basses... jusqu'À ce que je réalise mon erreur, et que je change pour l'édition originale Target... Incroyable, la différence!)
Restons avec Ken Scott... On parle beaucoup, ces jours derniers, du piano flyé et libre sur le dernier Daniel Bélanger (que je n'ai pas encore entendu); et on se réfère au Bowie d'Aladdin Sane et au jeu délicieusement dissonant de Mick Garson. J'ai donc fait un croche sur Aladdin Sane, édition RCA des années '80 (ÉVITEZ les remasters de Peter Mew, des abominations sans nom). Quel son les amis! Quelle pièce de musique riche, complexe, inépuisable... Combien de fois pouvez-vous écouter Aladdin Sane de suite sans en épuiser les explosives propositions?
Tant qu'à se décrasser les oreilles, une obscurité merveilleuse... Connaissez-vous Goldley-Creme? Ces deux mecs formaient le noyau aventureux des excentriques créateurs pop 10CC (vous vous rappelez l'incroyable I'm Not In Love et ses infinis dubs de voix, sacré meilleure pièce pop des années '70 par plusieurs critiques éblouis?). Quittant le carcan pop, le duo se lança dans des albums merveilleusement flyés, mélangeant dans un joyeux bordel du krautrock, du pop, du art-rock à la Roxy Music, du Zappa, le tout dans une mise en sons jamais monotone.
Malheureusement, le timing n'aurait pu être plus mauvais. Prenez ce L dont je me régale en ce moment les oreilles. Sorti dans l'obscurité en 1977, en pleine explosion punk, je l'ai eu pour un ridicule 3$, avec son coin troué, disque usé avant même sa sortie. Et pourtant, This Sporting Life et Business Is Business, qui ouvrent et ferment l'album, sont des opéras pop en miniature délicieusement flyés... Tout l'album est une exploration sonore raffinée sur de belles mélodies pop.
Le succès leur échappant, Kevin Godley et Lol Creme devaient par la suite se recycler dans le cinéma et devenir les créateurs des meilleurs vidéo-clips des années '80 (Rock It de Herbie Hancock et ses robots animés, vous vous rappelez?). Avant de finir par créer la technique du morphing dans un clip qui a fait époque, qui fit d'une de leurs dernières pièces, Cry, un hit tardif bien mérité, en 1985. Je ne connais pas la suite de l'histoire, mais j'adore encore L.
Mais pour finir sur une note entièrement différente... je veux saluer d'un coup de chapeau bien bas deux excellents albums qui rappellent que le rock francophone a franchi des pas de géants dans ses dernières décennies... et que c'est souvent en mixant l'héritage de la grande tradition de la chanson et le sens de l'ambiance et de l'enveloppe sonore du rock anglais qu'on obtient les résultats les plus mirifiques.
D'abord, un petit bijou introspectif, inattendu. Luc de Larochellière a eu un succès précoce qui en a fait en deux albums à peine une grande star, au tournant des années '90. Rock contemporain, textes avec une juste dose de dérision et de cynisme, le jeune homme de Laval, dont on avait fait la rencontre à un showcase en première partie de Marie Philippe, était un délicieux paradoxe: timide et effacé, affecté d'un bégaiement à la ville, il nous terrassait tous lorsqu'il chantait ses textes engagés, d'une voix puissante, assurée, de rock star. L'ironie voulut que plus il devenait audacieux dans sa musique, plus le succès l'a déserté, et qu'on l'avait peu à peu oublié. Jusqu'à ce magnifique Un toi dans ma tête, sorti il y a quelques semaines.
Superbement habillé de cordes opulentes, le fidèle Marc Pérusse à la console, de Larochellière nous ouvre son coeur avec une touchante simplicité et raconte surtout des ruptures, des amours difficiles, des obsessions sentimentales qui témoignent de la maturité de son écriture, de la profondeur de sa plume. C'est beau comme du Jean Ferrat à son meilleur, ça sonne vrai comme du Félix, et il y a un peu de Nick Drake dans la mélancolie de ces nappes de cordes qui soulignent juste ce qu'il faut ces textes poignants. Les musiques de ruptures sont si belles qu'elles font de l'ombre aux autres pièces plus "détachées". Exception faite de la meilleure du lot: la délicieuse Non-amour, Mon amour, que je vous laisse découvrir. Faites-vous un cadeau.
Le temps me manque pour vous parler de l'ultime Bashung, Bleu pétrole. Poète des mots, poète des sons, Bashung a laissé derrière lui des volutes de beauté et son ultime album est émouvant, mais jamais sentimental. Chaque fois que j'entends Résident de la République, j'ai un petit frisson. Qu'il était unique, le Bashung... Comment parler de sa mort d'une manière plus élégante? Alain Brunet, grand fan, a bien résumé ce Bleu pétrole, permettez-moi d'emprunter sa très belle plume...
Bleu pétrole, un album de grande épuration, un album où la complexité n’est plus apparente et se dissimule dans l’essentiel. C’était l’aboutissement d’une oeuvre magistrale. Son protagoniste y aura fréquenté autant la légèreté que la densité, dont il a su allier culture pop (avec un fort argument rock, faut-il le rappeler) et recherche fondamentale. Assortie de cette voix ténébreuse dénuée de toute agressivité (et de toute puissance, à l’instar de grands interprètes tel Leonard Cohen), cette quête de substance a parfois produit une impression d’opacité mais bon, n’est-ce pas le lot de tous les artistes en quête de densité ? Dans les sons comme dans les mots, Bashung a toujours haussé la barre.
A-t-on ici au Québec un Bashung? Je n'en vois qu'un possible. Il s'appelle Daniel Bélanger. Nous y reviendrons.
lundi 26 octobre 2009
Like A Complete Unknown...
Sur le très nerdy et intéressant (pour un nerd) site Acclaimed Music, qui écume le maximum de listes du style Top 100 Albums of the 90's ou The Best Albums Of All Times, que retrouve-t-on au sommet du palmarès des singles les plus célébrés de tous les temps, tous critiques confondus?
Like A Rolling Stone de Bob Dylan.
Pendant 6 minutes 23, sur fond d'un blues-rock mordant, avec dans sa voix nasillarde cette espèce de lucidité poétique et terriblement réaliste qui fait de Dylan un des plus grands interprètes vivants (ou morts) du rock, avec des rimes si lucides et cinglantes qu'elles vous laminent l'intestin, Zimmerman narre sur le mode narquois la descente aux enfers d'une "princesse", "Miss Lonely", qui n'a plus qu'à quêter son prochain repas et accepter les "deals" douteux d'un Napoléon en haillons...
Le caniveau vous colle aux semelles, une fois que vous l'avez parcouru.
Like A Rolling Stone de Bob Dylan.
Pendant 6 minutes 23, sur fond d'un blues-rock mordant, avec dans sa voix nasillarde cette espèce de lucidité poétique et terriblement réaliste qui fait de Dylan un des plus grands interprètes vivants (ou morts) du rock, avec des rimes si lucides et cinglantes qu'elles vous laminent l'intestin, Zimmerman narre sur le mode narquois la descente aux enfers d'une "princesse", "Miss Lonely", qui n'a plus qu'à quêter son prochain repas et accepter les "deals" douteux d'un Napoléon en haillons...
You've gone to the finest school all right, Miss Lonely
But you know you only used to get juiced in it
And nobody has ever taught you how to live on the street
And now you find out you're gonna have to get used to it
You said you'd never compromise
With the mystery tramp, but now you realize
He's not selling any alibis
As you stare into the vacuum of his eyes
And ask him do you want to make a deal?
How does it feel
How does it feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like a rolling stone?
(...)
You used to be so amusedLa voix de Corbeau de Dylan ne vous atteint pas? Essayez la version de Jimi Hendrix, sur le live de Monterey. Hendrix, grand artiste, grand homme, grand admirateur de Dylan, pouvait tout comprendre de ce récit pour ceux qui ont connu le sort des chats de gouttière, et qui s'en souviennent.
At Napoleon in rags and the language that he used
Go to him now, he calls you, you can't refuse
When you got nothing, you got nothing to lose
You're invisible now, you got no secrets to conceal.
Le caniveau vous colle aux semelles, une fois que vous l'avez parcouru.
samedi 24 octobre 2009
Sur la platine: le chaleureux Cannonball, le splendide LaFaro, les époustouflants Bad Plus
L'automne, n'est-ce pas, lorsqu'il se fait froid, venteux et pluvieux, nous fait retraiter dans nos tanières. Le ciel gris, le bitume battu par les tombes d'eau... Nos fatigues et nos exaspérations sont comme des nuages gorgés d'hivers en devenir. On se sent partie d'un ciel indifférencié. Le H1N1 s'insinue dans nos bronches. Non, la vie n'est pas toujours une rigolade.
Alors, comme antidote, on recherche une expression généreuse, torride, voire emportée de l'âme humaine. On recherche la vigueur du geste artistique, la puissance expressive. Parce qu'on a beau se culpabiliser comme espèce biologique, on dira ce qu'on voudra, mais l'être humain laisse derrière de saprés belles ruines.
Alors, ce soir, pour une séance tardive de musique dans l'automne frigorifiée, j'ai privilégié le "live" dans sa forme la plus expressive: le jazz...
En commençant par cet océan de hard-bop qu'est Julian Cannonball Adderley, surtout connu pour être l'alto de l'immense Kind Of Blue, et le leader du presque aussi célèbre Something Else. La carrière de Cannonball comme leader d'un quintette est partie sur les chapeaux de roues avec The Cannonball Adderley Quintet in San Francisco, un des gros titres de cette immense année (1959), sans doute la plus chargée de grands titres de l'histoire du jazz. Gros titre qu'il me reste encore à découvrir (et quel plaisir de savoir que tant de disques restent vierges de toute écoute)... mais en attendant, au hasard d'une pérégrination sur E-Bay, j'ai acheté un "live" pratiquement aussi prisé des critiques: le Cannonball Adderley Sextet in New York, de 1961, enregistré au célèbre Village Vanguard, et qui marque l'arrivée dans la formation du multi-instrumentiste et rugueux ténor Yusef Lateef et d'un pianiste autrichien qui allait connaître la gloire en fondant Weather Report: Joe Zawinful.
La personnalité attachante de Cannonball ne s'exprime pas que dans son jeu suave et funk. Dès l'ouverture du set, il fait remarquer qu'on est hip ou on ne l'est pas, que ça ne s'acquiert pas, et que c'est peut-être à cause de cette absence de facteur hip qu'il n'avait jamais enregistré de live à New York... jusqu'à ce soir du 12 janvier 1962. Marrant, mais sérieux: le Cannonball Sextet, éclectique et puissant, fait dans le hard-bop musclé, comme les Jazz Messengers de Art Blakey, mais la présence de Lateef (ténor, flûte, hautbois) ajoute à la formation un supplément d'âme et de folie et permet aux cuivres une puissance à l'unisson qui rendent le concert particulièrement intéressant. Deux compos de Lateef (dans le groupe depuis seulement trois semaines) occupent près de 15 minutes de disque, dont le sensuel et sinueux Syn-anthesia; Zawinful contribue un blues très réussi (Scotch and Water) et le set passe à la vitesse de l'éclair.
Le son de mon édition OJC est assez ordinaire; peut-être que l'édition Keepnews Collection améliore les choses. Ce n'est pas un obstacle au plaisir, mais on aimerait sentir le son puissant de l'orchestre nous traverser un peu plus l'épiderme.
Pour passer à un registre peut-être plus "profond", mais sans quitter l'enceinte du Vanguard, j'ai spinné l'éternel Sunday At The Village Vanguard du Bill Evans Trio. Pour cette écoute, j'ai emprunté l'édition XRCD masteré par Alan Yoshida... et j'ai goûté plus que jamais la magnificence de la contrebasse de Scott LaFaro, à la tonalité riche et chocolatée, textures de bois sombre, et tant pis si mes comparatifs vinicoles n'ont aucune espèce de sens. Tout a été dit sur l'aura dramatique de ce set, le dernier du Trio avant que LaFaro ne se tue en voiture... Evans, inconsolable, qui abandonne la formule du trio pour des mois, non sans compiler cet extraordinaire album, en hommage à son explosif contrebassiste.
Je ne suis pas plus connaisseur qu'un autre; souvent, les contrebassistes m'indiffèrent malgré mes prétentions à la mélomanie mégalomane. Je veux qu'ils me disent quand taper du pied et c'est tout. Mais pas cette fois... pas ce soir en tout cas. L'échange entre le poète Evans et cet esthète flamboyant qu'est LaFaro est télépathique au plus haut point, et tout ça enrobé dans l'écrin des balais de Motian. Par moments, comme juste avant le solo du contrebassiste dans My Man's Gone Now, il remplit notre oreille de lignes si parfaites, qui font un si superbe contrepoint au pianiste, qu'on comprend à quel point celui-ci s'est senti déserté d'une partie de son être musical. Solar, de Miles, est l'occasion d'un échange plus musclé et permet à Motian de se délier les bras: écouter son soli, c'est un tel plaisir d'intelligence, de raffinement, un jeu si réussi de tonalités que n'importe quel batteur prog-rock doit se sentir rustre après. Et quel final que la compo de LaFaro, la brève, délicate, contemplative Jade Vision. Une fin parfaite... une épitaphe troublante.
Comment ajouter autre chose? J'ai mis au final une découverte récente: The Bad Plus et le dernier morceau du disque qui les a fait exploser sur la scène jazz: These Are The Vistas. Ce titre, Silence Is The Question, est un 8 minutes stupéfiant d'un trio jazz que je pensais iconoclaste, mais qui a un coeur immense. Projetant curieusement (et peut-être pas à son avantage) une image stéréo similaire à celle du concert de Evans de 1962 (piano dans un canal, contrebasse dans l'autre, la batterie au centre), Silence est une sorte d'envolée passionnée du pianiste Ethan Iverson, qui, après un début élégiaque, bien supporté par la contrebasse ronde et chaude du compositeur du titre, Reid Anderson, se lance dans une envolée de plus en plus émotive, puissante, emportée; par moment, une sorte de polyphonie fugale à la Jean Sebastien Bach nous emporte dans sa mécanique complexe; au final, la batterie de David King se déchaîne et le pianiste, lui, a quitté les zones équilibrées de la fugue et laisse éclater un lyrisme qu'un critique a judicieusement associé à Rachmaninov. C'est époustouflant, et en cette ère de cynisme, ça fait du bien d'entendre quelque chose qui sort autant des tripes; Brad Mehldau a dû sentir l'hommage en filigrane.
Inutile, après, d'en rajouter. On ferme la sono et on laisse les sédiments nous nourrir l'intérieur en lisant quelque chose de relevé. Du Romain Gary, genre, justement, dont je lis l'Angoisse du Roi Salomon. Excellent jazz, qui plus qu'aucune musique à mon avis, nourrit l'humain chez l'humain.
Alors, comme antidote, on recherche une expression généreuse, torride, voire emportée de l'âme humaine. On recherche la vigueur du geste artistique, la puissance expressive. Parce qu'on a beau se culpabiliser comme espèce biologique, on dira ce qu'on voudra, mais l'être humain laisse derrière de saprés belles ruines.
Alors, ce soir, pour une séance tardive de musique dans l'automne frigorifiée, j'ai privilégié le "live" dans sa forme la plus expressive: le jazz...
En commençant par cet océan de hard-bop qu'est Julian Cannonball Adderley, surtout connu pour être l'alto de l'immense Kind Of Blue, et le leader du presque aussi célèbre Something Else. La carrière de Cannonball comme leader d'un quintette est partie sur les chapeaux de roues avec The Cannonball Adderley Quintet in San Francisco, un des gros titres de cette immense année (1959), sans doute la plus chargée de grands titres de l'histoire du jazz. Gros titre qu'il me reste encore à découvrir (et quel plaisir de savoir que tant de disques restent vierges de toute écoute)... mais en attendant, au hasard d'une pérégrination sur E-Bay, j'ai acheté un "live" pratiquement aussi prisé des critiques: le Cannonball Adderley Sextet in New York, de 1961, enregistré au célèbre Village Vanguard, et qui marque l'arrivée dans la formation du multi-instrumentiste et rugueux ténor Yusef Lateef et d'un pianiste autrichien qui allait connaître la gloire en fondant Weather Report: Joe Zawinful.
La personnalité attachante de Cannonball ne s'exprime pas que dans son jeu suave et funk. Dès l'ouverture du set, il fait remarquer qu'on est hip ou on ne l'est pas, que ça ne s'acquiert pas, et que c'est peut-être à cause de cette absence de facteur hip qu'il n'avait jamais enregistré de live à New York... jusqu'à ce soir du 12 janvier 1962. Marrant, mais sérieux: le Cannonball Sextet, éclectique et puissant, fait dans le hard-bop musclé, comme les Jazz Messengers de Art Blakey, mais la présence de Lateef (ténor, flûte, hautbois) ajoute à la formation un supplément d'âme et de folie et permet aux cuivres une puissance à l'unisson qui rendent le concert particulièrement intéressant. Deux compos de Lateef (dans le groupe depuis seulement trois semaines) occupent près de 15 minutes de disque, dont le sensuel et sinueux Syn-anthesia; Zawinful contribue un blues très réussi (Scotch and Water) et le set passe à la vitesse de l'éclair.
Le son de mon édition OJC est assez ordinaire; peut-être que l'édition Keepnews Collection améliore les choses. Ce n'est pas un obstacle au plaisir, mais on aimerait sentir le son puissant de l'orchestre nous traverser un peu plus l'épiderme.
Pour passer à un registre peut-être plus "profond", mais sans quitter l'enceinte du Vanguard, j'ai spinné l'éternel Sunday At The Village Vanguard du Bill Evans Trio. Pour cette écoute, j'ai emprunté l'édition XRCD masteré par Alan Yoshida... et j'ai goûté plus que jamais la magnificence de la contrebasse de Scott LaFaro, à la tonalité riche et chocolatée, textures de bois sombre, et tant pis si mes comparatifs vinicoles n'ont aucune espèce de sens. Tout a été dit sur l'aura dramatique de ce set, le dernier du Trio avant que LaFaro ne se tue en voiture... Evans, inconsolable, qui abandonne la formule du trio pour des mois, non sans compiler cet extraordinaire album, en hommage à son explosif contrebassiste.
Je ne suis pas plus connaisseur qu'un autre; souvent, les contrebassistes m'indiffèrent malgré mes prétentions à la mélomanie mégalomane. Je veux qu'ils me disent quand taper du pied et c'est tout. Mais pas cette fois... pas ce soir en tout cas. L'échange entre le poète Evans et cet esthète flamboyant qu'est LaFaro est télépathique au plus haut point, et tout ça enrobé dans l'écrin des balais de Motian. Par moments, comme juste avant le solo du contrebassiste dans My Man's Gone Now, il remplit notre oreille de lignes si parfaites, qui font un si superbe contrepoint au pianiste, qu'on comprend à quel point celui-ci s'est senti déserté d'une partie de son être musical. Solar, de Miles, est l'occasion d'un échange plus musclé et permet à Motian de se délier les bras: écouter son soli, c'est un tel plaisir d'intelligence, de raffinement, un jeu si réussi de tonalités que n'importe quel batteur prog-rock doit se sentir rustre après. Et quel final que la compo de LaFaro, la brève, délicate, contemplative Jade Vision. Une fin parfaite... une épitaphe troublante.
Comment ajouter autre chose? J'ai mis au final une découverte récente: The Bad Plus et le dernier morceau du disque qui les a fait exploser sur la scène jazz: These Are The Vistas. Ce titre, Silence Is The Question, est un 8 minutes stupéfiant d'un trio jazz que je pensais iconoclaste, mais qui a un coeur immense. Projetant curieusement (et peut-être pas à son avantage) une image stéréo similaire à celle du concert de Evans de 1962 (piano dans un canal, contrebasse dans l'autre, la batterie au centre), Silence est une sorte d'envolée passionnée du pianiste Ethan Iverson, qui, après un début élégiaque, bien supporté par la contrebasse ronde et chaude du compositeur du titre, Reid Anderson, se lance dans une envolée de plus en plus émotive, puissante, emportée; par moment, une sorte de polyphonie fugale à la Jean Sebastien Bach nous emporte dans sa mécanique complexe; au final, la batterie de David King se déchaîne et le pianiste, lui, a quitté les zones équilibrées de la fugue et laisse éclater un lyrisme qu'un critique a judicieusement associé à Rachmaninov. C'est époustouflant, et en cette ère de cynisme, ça fait du bien d'entendre quelque chose qui sort autant des tripes; Brad Mehldau a dû sentir l'hommage en filigrane.
Inutile, après, d'en rajouter. On ferme la sono et on laisse les sédiments nous nourrir l'intérieur en lisant quelque chose de relevé. Du Romain Gary, genre, justement, dont je lis l'Angoisse du Roi Salomon. Excellent jazz, qui plus qu'aucune musique à mon avis, nourrit l'humain chez l'humain.
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mardi 13 octobre 2009
L'art de la compil'
Par définition, les compilations sur vinyle étaient un peu décevantes côté son. Au moins une génération éloignée des masters d'origine... si on partait des masters d'origine. En fait, on peut supposer que les compilations étaient souvent assemblées à partir de copies de bandes sous-maîtresses compressées pour le vinyle, lesquelles étaient déjà une, deux ou trois générations éloignées des bandes maîtresses d'origine, pour un peu qu'il y ait mixage entre pièces sur l'album original. En plus, la compilation suppose l'abondance; or, s'il est bien un désavantage au vinyle sur le CD, c'est bien de diminuer de qualité sonore à mesure que les minutes s'ajoutent. Vous avez déjà réécouté vos compilations K-Tel d'époque??? Dans le monde digital, ce problème n'existe plus. Si des gens dédiés acceptent de rechercher les bandes maîtresses d'orgine, vous êtes en route pour le nirvana sonore... en autant que l'ingénieur au remastering soit à la hauteur.
Je me méfie un petit peu de l'étiquette audiophile cependant. On a tous entendu de ces compil' de labels audiophiles qui sonnent bien et dont la musique est ennuyante comme la pluie. Comme si l'ingénieur de son avait pris le contrôle du studio et que les musiciens faisaient dans la perfection.
Alors, en vrac, mes compil' préférés, celles dont la musique, le sequencing ET le son ont un petit quelque chose qui nous font voyager et habiter d'autres époques...
Ray Charles, 41 Greatest Hits 1959-1972 (Frémeaux & Associés), masteré par Steve Hoffman, ça sonne ça les amis! Peut-être pas la période la plus "pure" de Brother Ray, mais comment résister à Hit The Road, Jack, les duos avec Betty Carter et Georgia On My Mind, surtout dans un mastering aussi convainquant? Un double, peut-être difficile à trouver.
Nat King Cole, Greatest Hits (attention: étiquette DCC), masteré par le même... comme si NCC était dans le salon et c'est pas une figure de style. Le son est cristallin.
Buddy Holly - From The Original Master Tapes (MCA), masteré par SH, et qui a fait sa réputation. Il avoue aujourd'hui qu'il a simplement roulé les tapes tellement ça sonnait bien... aucun traitement, aucun EQ. C'est dynamique en tab...
Elton John - Greatest Hits (attention encore: étiquette DCC)... idem... et si je me fie à mon Greatest Hits Vol. 2, dont j'ai l'édition "commerciale", la différence sonore est abyssale...
John Coltrane - A John Coltrane Retrospective - The Impulse Years (Impulse)... ce n'est pas un miracle de son, mais si comme moi les versions digipack masterés par Erik Labsen vous irritent quelque peu le tympan, et si vous réussissez à trouver ce CD-triple, le balance tonale me semble plus juste! En attendant mieux, les coffrets récents étant compressés.
Nina Simone - The Best of Nina Simone (Phillips)... facile à trouver, pas cher, un excellent, bien que trop bref, survol de la grande diva noire, masteré par Dennis Drake...
Wilson Pickett - A Man And A Half (Rhino)... un CD-double fantastique d'un shouter de R&B et soul à la Otis Redding... masteré par S. Innocenzi. Un style en puissance.
Bob Marley - Legend (Tuff Gong, 1990)... son fantastique, quelle basse!... attention de rechercher l'édition (discontinuée) masterée par Barry Diament.... tel qu'indiqué à l'endos de la pochette.
Bob Dylan - "The Bootleg Series Vol. 8 : Tell Tale Signs Rare and Unreleased 1989-2006 (Sony). Une compil' de outtakes, mais tellement fantastiques! (masteré par Greg Calbi)
Jimi Hendrix - The Jimi Hendrix Experience (Experience Hendrix). Le CD quadruple au coffret mauve. Comme le Dylan, des outtakes et des live, mais tellement hot! Il y en a qui trouvent ça compressé, mon système n'est pas assez transparent pour que j'en souffre!
David Sylvian - Everything and Nothing (Virgin). Fantastique double-cd masteré par Bob Ludwig. Un survol brillant d'une carrière passionnante, des titres de Japan, de Rain Tree Crow et de ses multiples collaborations (Sakamoto, Fripp). Sylvian a remixé certains titres. Certains seront déçus de cette version moins inquiétante du célèbre hit de Japan, Ghosts. Deux excellents inédits des sessions de Dead Bees On A Cake.
Talking Heads - Sand In The Vaseline. À mon souvenir, ce cd-double sonne très bien. Robert Ludwig encore.Mais honnêtement, une compilation des Talking Heads? Alors que les quatre premiers albums sont indispensables à toute collection? Mais pourquoi je prêche, moi? Puisque je l'ai, c'est que j'ai commencé mon exploration des Heads avec ça, non?
lundi 5 octobre 2009
Kraftwerk - alors le Catalogue???
Oups? Les premières critiques ne sont guère prometteuses. Surtout quand on sait que des magazines comme Uncut ne se posent pas comme des puristes des masterings!
Voyez plutôt:
Un point important à ajouter: il semble établi que The Catalogue circa 2009 n'utilise pas les mêmes remasterings que le coffret promotionnel du même nom de 2004, avorté par les membres de Kraftwerk eux-mêmes.
Vous pouvez les distinguer par la durée de The Telephone Call sur Electric Cafe: 8 minutes dans sa version originale, 3 minutes dans la version 2009, avec en bonus un remix de House Phone qui dure 5 minutes.
PS Le MOJO n'entend pas les mêmes choses...
Voyez plutôt:
"Computer World": Sadly, the remaster is a fiasco. The soft tones of "Computer Love" become sharp, the wide spaces of "Home Computer" contract into tunnels and "Pocket Calculator" bears down on us like a spiked ceiling in a horror film.
"Radioactivity": ...atmospheric crackles and hisses have been removed by noise reduction software. For pity's sake, they're part of the music!
"Autobahn", "Trans-Europe Express" and "The Man-Machine" have less sound quality issues but are all inferior to the original EMI CDs.
Un point important à ajouter: il semble établi que The Catalogue circa 2009 n'utilise pas les mêmes remasterings que le coffret promotionnel du même nom de 2004, avorté par les membres de Kraftwerk eux-mêmes.
Vous pouvez les distinguer par la durée de The Telephone Call sur Electric Cafe: 8 minutes dans sa version originale, 3 minutes dans la version 2009, avec en bonus un remix de House Phone qui dure 5 minutes.
PS Le MOJO n'entend pas les mêmes choses...
"Yes, the remastering is a huge improvement. The sound shines like brand new - a punchier low end, crisper syndrums, even more shimmering neon lights. And warmer human voices"
dimanche 4 octobre 2009
Votre album le plus décevant?
Ben tiens, on parle toujours de nos albums préférés, mais qu'en est-il des albums qui vous ont le plus déçu? Qui vous ont sevré d'un artiste avec lequel vous ressentiez encore, quelques mois avant, une connexion particulière, voire un lien psychotronique?
Les carrières sont de plus en plus météoriques, mais je me rappelle une époque où chaque nouvel album de nos artistes favoris déclenchait une sorte d'obsession. Et je me rappelle très bien mes plus grandes déceptions. Les voici...
Les carrières sont de plus en plus météoriques, mais je me rappelle une époque où chaque nouvel album de nos artistes favoris déclenchait une sorte d'obsession. Et je me rappelle très bien mes plus grandes déceptions. Les voici...
Styx - Cornerstone (1979)
Styx, je l'avoue sans honte, m'a initié au rock anglo-saxon. Ce fut mon premier show d'aréna. Je savourais chaque album (au rythme d'un par année) en me régalant des constructions baroques et un peu prétentieuses de Dennis De Young et du folk-rock électrique de Tommy Shaw, et en tapant du pied sur les rock carrés, prévisibles et virils de James Young. Je n'ai jamais pu digérer le déjeuner que je prenais le jour où Babe, l'ode de De Young à sa femme, a résonné pour la première fois à la radio. Styx, pop? C'était, pour moi, la fin du monde.
Queen - Jazz (1978)
Après News Of The World et son rock anthémique FM parfait, mélodique, puissant, qui nous donnait envie de chanter la nuit (Spread Your Wings, We Are The Champions, We Will Rock You) en courant dans la ville, Jazz et son rock syncopé, hachuré et son humour étrange (Fat Bottomed Girls) manquait singulièrement d'engagement. Et ce n'est pas le fameux poster de cyclistes nues (qu'on m'a piqué d'ailleurs!) qui allait compenser.
Genesis - And Then There Were Three (1978)
Oh, Steve Hackett, où es-tu?
Steve Hackett - Cured (1981)
Oh, je vois...
Kate Bush - The Red Shoes (1993)
Seul faux-pas d'une carrière remarquable. Kate, complètement déboussolée après une rupture, compose quelques pièces d'une vulnérabilité troublante (You're The One), mais pour le reste multiplie les collaborations ratées (Prince???)
Robert Charlebois - Swing Charlebois Swing (1977)
Il nous avait bien averti, dans un spécial télévisé aux Beaux dimanches qui m'avait laissé dévasté: le rock, pour lui, c'était fini. Mais devait-il se transformer en chanteur quétaine fini? Garou, Garou, pourquoi m'as-tu fait ça?
David Bowie - Let's Dance (1983)
Après le très riche Scary Monsters qui, après son escale berlinoise, le sacrait fer de lance du art-rock eighties (et vedette de MTV), le passage de la guitare tranchante de Robert Fripp au funk de Nile Rodgers m'a profondément déprimé. Vu dans le contexte plus large de la popularité trépidante de Duran Duran, de Robert Palmer et de Power Station, on peut reconnaître à Bowie son flair légendaire... mais au niveau compos, cet album un peu trop mince n'est que le premier d'une longue série de chutes d'inspiration.
J'avoue qu'il en faudrait beaucoup aujourd'hui pour qu'un mauvais album vienne troubler mon sommeil... L'époque a changé, moi aussi. Bien que, si Radiohead sortait une merde... peut-être...
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mercredi 30 septembre 2009
L'esprit de Miles: Miles From India
Un petit mot pour vous suggérer un album que je trouve plus indispensable chaque jour que je l'écoute.
Miles From India est un CD double réunissant, sous la houlette de Bob Belden, plusieurs ex-musiciens de Miles Davis, (période fusion surtout), et des musiciens indiens, pour une sorte de Bitches Brew au curry qui laisse pantois.
Ce qui laisse pantois, c'est, bien sûr, la grande virtuosité des musiciens d'exception de l'album (dont vous connaissez plusieurs noms: John McLaughlin, Lenny White, Chick Corea, Jimmy Cobb [eh oui, le batteur de Kind of Blue], Mike Stern, Wallace Roney); mais c'est aussi le mariage enlevant, surprenant, de deux traditions musicales qui se répondent dans le plus pure esprit coopératif du jazz; c'est cette bouffée de liberté musicale qui émane du projet, chacun ayant l'espace pour s'exprimer, mais s'exprimant dans une dynamique de groupe totalement cohérente; c'est de constater qu'au-delà de la tombe, l'esprit de Miles continue de féconder une musique explosive, enlevante, inspirante.
De grands moments? Le thème de All Blues à la sitar, l'énergie manique de la rythmique (Lenny White à la batterie, A. Sivamani aux percus indiennes) sur Miles Runs The Voodoo Down, la cavale et la section rytyhmique (encore) de Great Expectations, la virtuosité hypnotisante de U. Shrinivas à la mandoline, jouée dans des conceptions musicales indiennes, pour un résultat absolument surprenant, sur une compo de McLaughlin, Miles From India...
L'esprit de Miles, pendant deux heures. Un disque absolument thrillant.
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lundi 28 septembre 2009
David Sylvian - art autistique
Si vous êtes un habitué de ce blogue, vous connaissez la grande admiration que je porte pour l'art de David Sylvian. Et si vous connaissez bien David Sylvian, vous savez que son travail peut parfois descendre dans les tréfonds de l'âme humaine... qu'il peut parfois s'approcher d'une forme d'autisme artistique où tous nos repères s'évaporent...
Alors, à quelle catégorie appartient le tout frais Manafon ?
S'agit-il d'une suite aux éblouissants albums de art-rock léché qui ont fait la popularité de l'ex-leader de Japan (Secrets of the Beehive, Nine Horses) et qui doivent rendre jaloux Bryan Ferry?
Ou s'agit-il... d'autre chose?
La réponse est B.
Atonal, élusif, minimaliste. À la limite de l'abstraction totale. Randonnée dans un paysage desséché de sons, où la voix grave et riche de Sylvian nous retient, d'un fil ténu. Très ténu, le fil.
Par petites touches impressionnistes (un solo de saxo ici, quelques notes de piano qui tombent), on suit notre guide dans sa randonnée nocturne. En se disant que ses collaborations des années '80 avec Holger Czukay étaient presque du Top 40, en comparaison.
Inécoutable? Non...
Mais défintivement un challenge...
La pièce "Emily Dickinson" est certainement la plus satisfaisante à l'esprit simple que je suis...
Pour ceux qui ont 'équipement, une version multi-canaux existe...
Lucy In The Sky... for real
Une nouvelle un peu triste en cet automne gris...
Lucy Vodden est décédée aujourd'hui, à l'âge de 46 ans.
Qui est Lucy Vodden?
She's Lucy In The Sky With Diamonds. Réellement. L'inspiration de Julian, en cette journée de 1967, qui allait inspirer une des plus célèbres chansons de son papa.
RIP Lucy
Lucy In The Sky With Diamonds (Julian Lennon)
vendredi 25 septembre 2009
NOUVELLE DÉVASTATRICE: Rhino est mort (enfin, presque...)
Il n'aura pas fallu longtemps pour que l'achat de Rhino par Time/Warner entraîne la mort du fameux label de réédition. Ce que plusieurs présageaient déjà, avec le renvoi du fameux ingénieur de mastering Bill Inglot en mai 2007.
Bien triste nouvelle. C'est 50 personnes qui travaillaient avec un indéniable talent et un grand amour de la culture pop qui viennent de perdre leur emploi.
http://www.variety.com/article/VR1118009163.html?categoryid=16&cs=1&nid=2568
EDIT: La direction de Time/Warner nie la disparition de Rhino, mais plusieurs sources prétendent que nous assistons simplement à un "extreme makeover" corporatif. Comme l'affirme un ex-employé, "Just don't call it Rhino anymore, cause it isn't."
you layoff staff, talented people
and what is left.
office furniture
Rhino was people. No people, no Rhino.
-mike
En tout état de cause, le renvoi de la vice-présidente et A&R Cheryl Pawelski, force vive du label selon les insiders du milieu de la réédition, est lourd de sens.
Hommage de Steve Hoffman à Pawelski sur son forum:
People, face reality. The wonderfully talented Cheryl Pawelski was fired along with the rest a few days ago.
This will be my only post on this thread..
Cheryl pulled my nuts out of the fire so many times at Capitol/EMI, Concord and Rhino it's not funny. In other words without her you would have never heard the many Nat King Cole's, Peggy Lee's, Judy Garland's that I remixed or the DCC Gold Steve Miller's, Badfinger's, McCartney's, etc. Just this year she helped us with Alice Cooper, J. Geils Band, Yes, Deep Purple, etc. and indirectly the Vince Guaraldi Trio Greatest Hits Gold CD.. She is awesome.
Hope she grabs a new gig soon. She is a walking encyclopedia of music and the music world needs her.
King Crimson 5.1 et coffret Kraftwerk retardés
Les rééditions multi-canal de King Crimson ont été retardés... Délais à la manufacture. Ce qui devient de plus en plus la norme dans les rééditions audiophiles...
Red est maintenant prévu pour le 5 octobre...
Quant à la spectaculaire réédition de In The Court of the Crimson King, on parle maintenant du 26 octobre.
Du côté de Kraftwerk, aux dernières nouvelles, les éditions allemandes des disques remasterés sont toujours prévues pour le 5 octobre, le coffret allemand pour le 30 octobre... mais le coffret anglais a été repoussé au 16 novembre.
mardi 22 septembre 2009
Les RÉÉDITIONS les plus attendues, #1 - les Beatles (qui d'autre?) (partie 1)
PARTIE 1 - UN PEU D'HISTOIRE
Je ne suis pas original à ce point-là. Peut-être ne suis-je même pas original du tout. Ma réédition la plus attendue de l'automne 2009, c'était évidemment la réédition qui aura entraîné le plus de spéculations, fausses rumeurs, espoirs et prières des 15 dernières années. Et c'est finalement arrivé, le 9 septembre 2009. L'intégrale de la discographie des Beatles, enfin rééditée sur CD, dans deux coffrets, en stéréo et en mono! Ce qui, franchement, aura finalement déjoué les prévisions pessimistes des cyniques.
Les éditions de 1987
Résumons un peu l'état des choses... C'est en 1987 que les Beatles furent édités pour la première fois en CD (excepté un pressage japonais mythique de Abbey Road, en 1983, rapidement retiré du marché). Utilisant un prototype de convertisseur Sony, le regretté Mike Jarratt et son équipe d'Abbey Road se lancent dans une opération typique de cet âge brun du CD, alors que toute considération sonore et historique est plus ou moins esquivée...
Il faudra que le vénérable George Martin pèse de tout son influence pour que les quatre premiers disques du groupe sortent en mixage mono, plutôt que dans les mixages stéréos primitifs de l'époque (on parle de Please Please Me, With the Beatles, A Hard Day's Night et Beatles for Sale). De plus, Sir George, irrité de réentendre le "wide-panning" de Help! et de Rubber Soul, les remixera en stéréo, resserrant quelque peu l'image stéréo mais utilisant une chambre à écho "digitale" plutôt qu'acoustique, ce qui attirera l'ire des puristes (Seules de très rares éditions canadiennes, pressées au Québec, utiliseront les mixages stéréo de 1965).
Oubliez les critiques audios de l'époque, pas plus clairvoyants qu'aujourd'hui, et qui vantaient la "liquidité cristalline" de leur son ("On the four CD's just issued, the sound is magnificent - solid, crystal clear, beautifully textured and fully detailed. One hears very little in the way of tape hiss or extraneous noise; heard side by side with their equivalent mono Parlophone LP's, the CD's sound, for the most part, as bright or brighter on top, and a good deal richer in the bass." - NY Times); les CDs des Beatles furent immédiatement détestés des audiophiles, qui se sont accrochés à leurs pressages mono anglais, voire aux bizarreries comme ce pressage allemand de Please Please Me (Die Beatles), réputée infiniment plus dynamique que l'édition régulière!
Un catalogue abandonné
Au moins un label pirate, DESS (Dr Ebbett Sound System) s'attire une dévotion maniaque des Beatlesfans par ses transferts numériques des meilleurs vinyles possibles.Sans oublier les éditions Purple Chick, Swinging Pig, Mirror Spock & autres. Le bordel est pris.
Qu'est-ce qui a soudainement changé la donne?
Est-ce le fait que notre Cirque du Soleil a réussi l'impossible deux fois, en mettant tout ce beau monde autour de la même table pour son Love, et en permettant à George Martin et son fils Giles de créer un audacieux mash-up de pièces des Beatles, qui comprenaient entre autres des remix qui prouvèrent une fois pour toutes que les Beatles pouvaient, devaient sonner mieux sur CD? Est-ce un changement de garde obligé chez Apple (R.I.P. Neil Aspinall) qui amena à bord Jeff Jones, le maître d'oeuvre des rééditions Legacy chez Sony, et qui de ce fait est un de ceux qui a permis au catalogue de Miles Davis d'être si bien servi, soniquement et historiquement, dans tous les formats audios?
9.9.09
En tout cas, l'impossible est arrivé. L'alignement des astres, le love-in commercial entre Sir Paul et Yoko the Witch, la débâcle financière de EMI et peut-être un sentiment d'urgence chez les Beatles restants devant la lente disparition du format CD et de leur propre entité biologique... Si ce n'était pas maintenant, ce ne serait jamais.
Et le 9.9.09, la planète rock était de nouveau secouée d'un frisson beatlemaniaque. Tous les CDs des Beatles, réédités en stéréo ET en mono, dans un rematriçage qui, à défaut d'être audiophile, ne pourra jamais être mis dans le même bain que les pitoyables merdes soniques sortis à pleins camions par l'industrie aujourd'hui... Packaging impeccable, éditions soignées, prix stratosphériques, mais on s'en fout. Enfin, enfin, les Beatles, sur CDs dans des versions de si belle qualité que le bon Dr Ebbett annonce sa retraite et que tout le monde et son voisin, soudain, s'intéresse au terme "remastering".
Sur la platine
La perfection? D'accord, non... Le léger écrêtage (2 dB?) sur le coffret stéréo, admis d'emblée dès les premiers communiqués de presse, auront alimenté les appréhensions et empêché d'accoler l'étiquette audiophile à ces remasters. Mais nous ne sommes pas ici dans le monde de la musique audiophile, créée pour mettre en valeur nos chaînes! Nous sommes dans le domaine de la musique pop et rock la plus joyeuse, jubilatoire, imaginative, débordante de vitalité et de jeunesse, qui "sonne" même dans un poste AM avec un petit haut-parleur de quatre pouces. La compression est-elle perceptible? A-t-elle favorisé le volume et retiré de la texture à la basse de McCartney? Si vous le dîtes, je vous crois. Mais eh, dans une ère où la musique rock n'est plus qu'un tsunami de décibels sans texture ni relief, qui s'attendait à retrouver autant de plaisir à remettre sur la platine des albums entendus si souvent?
Il y a dans ces rééditions massives des joyaux inattendus. Il y a des révélations. Il y a des éblouissements prévisibles. Et aussi de légères déceptions, qui ouvrent la voie à venir. Voici nos moments préférés jusqu'à maintenant, alors que nous commençons à peine à gratter la surface de ce joyau inestimable.
LA REDÉCOUVERTE: "BEATLES FOR SALE" (1964)
Non, on ne s'attendait pas à ça. Pour ce titre, excusez-moi, oubliez le mono. Courez acheter le stéréo. C'est carrément spectaculaire, comme une toile qui aurait été voilée par la fumée d'un incendie, et restaurée amoureusement dans ses vraies couleurs. L'équipe d'Abbey Road a dépoussiéré le canevas, fait reluire la patine, ravivé les couleurs, rafraîchi les textures. La finesse instrumentale, enterrée dans la version mono, ne cesse de nous surprendre dans la précision cristalline de la version stéréo; la conviction des voix (John, qu'on trouvait soporifique sur Rock'n'Roll Music, est en fait déchaîné), la subtilité du travail des orfèvres pop, le beat parfait de Ringo, les lignes de guitare si vivantes de George, tout est bon. C'est un plaisir constant, cette interaction entre des musiciens qui semblent avoir décidé de mettre la pédale douce sur la folie des hit-parade et de se faire plaisir en créant une pop perméabilisée par le folk et le rock'n'roll des années '50. Chaque fois que j'écoute Ringo (plus sympa que jamais) et George (décontract' et parfait) se répondre musicalement dans Honey Don't, j'ai l'impression d'être dans le studio, à regarder deux copains surdoués se payer une pinte de bon temps. Du bonbon! Beatles for Sale est la redécouverte de cette série exceptionnelle. Steve Hoffman nous l'avait bien dit: c'est un des disques des Beatles qui sonne le mieux, mais en stéréo seulement!
LA PERFECTION: "RUBBER SOUL" (1965)
À ce moment précis de leur histoire, les Beatles sont à l'apogée de leurs forces collectives. Ils ont dépassé le stade de la Beatlemania et, à l'aide de leurs fidèles complices, le producteur George Martin et l'ingénieur Norman "Normal" Smith , ils sont bien décidés à raffiner leur art déjà immense de la composition et de l'arrangement.
John, responsable de la plupart des hits de la Beatlemania, raffine ses thèmes et fait déjà montre de cette profondeur et de cette acuité qui en feront plus tard cet espèce de supra-conscience de sa génération: jamais son art de la rock song ne sera plus grande que dans ses contributions à cet album: Norwegian Wood (première apparition de la sitar indienne), The Word, Girl ("tit tit tit tit") et, évidemment, In My Life, la perfection faite pop; mais voilà que Paul, conforté par le succès tout frais de Yesterday, eh bien Paul il étend ses ailes et il se met à pondre des pièces formidables, servi par sa culture musicale plus grande que les autres. Son apogée viendra un an plus tard, sur Revolver, mais en attendant il reprend la veine folk-rock de I've Just Seen a Face dans I'm Looking Through You et pond le formidable "opener" de l'album, Drive My Car, un hit total.
14 pièces, 35 minutes de bonheur pop. Les bardes de musique progressive n'arrivent pas à donner autant de bonheur musical en 70 minutes de pompe instrumentale. Vous voulez entendre un superbe mixage mono? Il vous faut cet album. Les timbres instrumentaux sont si frais, si vivants qu'on a envie de mordre le disque. Et, bonheur, à la demande pressante des membres de l'équipe de remastering, Apple a accepté de coller au disque mono le mixage stéréo original de 1965, renié par George Martin, mais qui est l'équivalent d'entendre les Beatles en version pré-mixage. C'est un album formidable et un remastering remarquable!
vendredi 11 septembre 2009
Le problème avec l'approche objectiviste
C'est pas pour se prendre au sérieux, mais les débats sur les forums audio sont souvent assommants et se résument trop souvent en un affrontement sans dialogue entre deux factions bien définies: les objectivistes et les subjectivistes.
Les objectivistes vous disent: si ça ne se mesure pas, ça n'existe pas.
Les subjectivistes disent: j'écoute la musique avec mes oreilles, bordel, qu'est-ce que j'en ai à foutre de tes appareils de mesure?
Les objectivistes: L'effet placébo, tu connais?
Les subjectivistes: C'est pas toi qui disait il y a 30 ans que le CD avait plus de résolution que le vinyle?
Les objectivistes: Mais le CD A plus de résolution que le vinyle.
Les subjectivistes: Vraiment?
Les objectivistes: Oui, regarde, j'ai mesuré.
Les subjectivistes: Sers-toi de tes oreilles merde!
Bref... vous connaissez le topo...
Tout ça pour me permettre de citer Sephiroth, qui hante les forums audio québécois de ses "posts" hallucinés, poétiques et flyés, et que certains prennent à tort pour un illuminé, alors que dans sa prose se cache des éclairs foudroyant de lu-ci-di-di-té comme chantait l'autre...
Parlant des tests à l'aveugle et de la manière d'évaluer les composantes... (et aller directement aux paragraphes en gras si vous êtes pressés à ce point)
Tiens je dois avoir envie de me perdre dans les méandres des discussions et des formes éthérées de pensées.Yep...
Pour expliquer mon point je peux bien décrire ma façon de procéder pour analyser (si on peut employer le terme) les caractéristiques d'une composante audio.
Évidemment à priori la beautée de l'appareil, sa marque et son prix n'ont rien à voir, puisqu'il s'agit d'une entitée destinée à reproduire la musique. De un cela m'éloigne des moulins à vents appelés industrie ou de tout ce vous voudrez bien mettre dans ce sac qui semble produire des symptômes d'un mal intérieur fort désagréable à voir s'exprimer.
Surtout quand il est redondant.
De deux je n'ai écrit de un que parceque ça me semblait de bon aloi.
Je l'écoute un soir. Le lendemain matin je l'écoute au soleil, avec des oreilles fraîches. Je l'écoute ainsi durant une semaine. Parce que c'est comme ça que je vais l'utiliser. Sur du temps. Sur différents moments, différentes ambiances. Différentes émotions, différentes fatigues, différentes attentions.
Nous sommes cinq à passer du temps dans ma salle. Les cinq personnes, selon leurs horaires et vies, viennent écouter l'appareil. Ils l'écoutent aussi selon le rythme humain, tranquillement.
Durant cette période de joie je me fais un plaisir de remettre la composante originelle et de la laisser en place aussi, sur quelques disques. Puis je remets la nouvelle.
Nous écoutons n'importe quoi, nos envies du moment, puisque c'est ce que nous ferons lorsque nous aurons l'appareil, si nous le gardons. Au bout d'une bonne semaine, nous mettons en commun nos impressions de la sonorité pruduite, du lien qu'elle occupe dans la chaîne, puisque l'appareil n'en est qu'une composante, ne jamais oublier qu'elle n'est pas responsable à elle seule du produit final, et donc peu discernable des autres composantes.
Au final on discute. On s'amuse. On vit. Rien ne nous a frustré, nous n'avons rien à combattre, nous n'avons qu'à progresser dans le noir ensemble.
Je sais fort bien que je peux me tromper en test rapide. Encore plus à l'aveugle. Mais ça ne veut rien dire. Le cerveau s'agite trop vite, pense à trop de choses, est trop instable émotivement pour être sur une période courte de temps une référence. Les évolutions de sentiments sont trop fortes, trop dominantes pour permettre vraiment à la vie de se développer sur une courte période.
De plus ça voudrait dire que sur une période de 10 minutes je préfère telle composante, alors que peut-être...sur une période d'une semaine, voire deux j'ai préfréré l'autre? Le test instantané a la valeur de sa durée versus la durée de l'autre test, le temps.
La musique doit réfléter ces aspect changeant de nos vies, perpétuellement en mouvance, n'explorant le fond des choses que pour voir qu'il existe mille autres endroits où poser son attention.
D'identifier la composante part d'un principe qui me semble malheureusement basé sur des trucs qui n'ont à voir avec l'audio: le marketing, le prix, etc. Qu'ont donc à voir ces choses? Vous ne les avez donc pas dépassées? Vous voulez prouver des choses? Vous ne préférez pas vivre vos vies et tenter de saisir au passage les beautées qu'elles recèlent?
Ça peut sembler ridicule et tout philosophique et ça l'est. Mais le principe d'un test à l'aveugle, en plus de partir sur des fondations, me semble dirigé vers un but, ce qui invalide de toute façon son implantation dans l'atteinte de ce qui nous concerne. À moins que ce qui nous concerne ne soit pas du tout la même chose, auquel cas je me fais un plaisir de me retirer poursuivre mes chimères à moi, en tentant de toutes mes forces de ne pas en produire.
lundi 7 septembre 2009
"It won't be long..." (yeah, yeah)
... of course, nous vous parlerons des remasters des BEATLES très très bientôt... puisque Starbuck's nous a fait la surprise de les sortir bien avant la date officielle de sortie...
Mais donnons-nous le plaisir de les écouter un peu, avant de les analyser!
(mais on peut bien vous dire que l'album blanc stéréo sonne exceptionnellement bien!)
Mais donnons-nous le plaisir de les écouter un peu, avant de les analyser!
(mais on peut bien vous dire que l'album blanc stéréo sonne exceptionnellement bien!)
Rééditions Blure Note: si les 45t sont trop chers, voici les XRCD
Si les rééditions Blue Note sur 45-tours de l'équipe Hoffman/Grey sont hors de votre portée (comme de la mienne) à cause de leurs prix stratosphériques, sachez que des éditions sur XRCD commencent à être mises sur le marché, avec les mêmes soins au packaging et la même équipe de direction (Joe Harley). Au mastering, Alan Yoshida, un ingénieur à l'excellente réputation...
Vous pouvez en savoir plus en cliquant ici...
Résilience... avec style...
Une citation admirable du saxo Johnny Griffin
Jazz is music made by and for people who have chosen to feel good in spite of conditions.
jeudi 3 septembre 2009
Dylan, à propos des disques Chess des années '50
Bill Flanagan:
A lot of this album (Together Through Life) feels like a Chess record from the fifties. Did you have that sound in your head going in or did it come up as you played?
Dylan:
Well some of the things do have that feel. It’s mostly in the way the instruments were played.
You like that sound?
Oh yeah, very much so. . . the old Chess records, the Sun records. . . I think that’s my favorite sound for a record.
What do you like about that sound?
I like the mood of those records – the intensity. The sound is uncluttered. There’s power and suspense. The whole vibration feels like it could be coming from inside your mind. It’s alive. It’s right there. Kind of sticks in your head like a toothache.
Surprise! "90125" chez Audio Fidelity?
Surprise! Sur le site de CD Universe est annoncée la sortie, pour le 29 septembre, d'un remastering de 90125, l'album qui a consacré le Yes pop-rock au début des années '80 ("Owner of a Lonely Heart"), par les gens de Audio Fidelity.
Voilà qui m'intrigue beaucoup. J'ai acheté récemment le remastering digital généralement considéré comme le meilleur du titre, par Barry Diament. Et à vrai dire, j'ai été très déçu. À part de rares moments ("Owner..." en faisant partie), je trouve cette soupe new-wave/rock/pop/prog assez indigeste (Trevor Rabin, comme guitariste, est vachement prévisible et nous fait regretter Steve Howe immensément); et je trouve le son absolument intolérable: digital, surchargé, surproduit. Mal de tête total. Est-ce que Steve Hoffman pourra insuffler (ou retrouver) son fameux "breath of life"? On sait que Diament devait souvent travailler à partir de très mauvaises sources à l'époque. On s'en reparle!
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