Poetry and music are for those with straight connections between ears, eyes, heart, and gut. (Diane Dorr-Dorynek)
mercredi 17 janvier 2007
samedi 13 janvier 2007
RIP le Va-et-Vient

L'avenue Mont-Royal ne fut pas toujours le paradis du disque usagé qu'il est devenu.
Il fut une époque où seul le Va-et-Vient avait pignon sur rue, avec l'Échange aussi, qui vendait disques et livres.
Puis l'avenue Mont-Royal s'est transformée, le Va-et-Vient est devenu le Tuyau musical et le Tuyau fut envahi de compétitueurs qui l'ont peu à peu bouffé. La plupart avaient une spécialité, pas le Tuyau. L'un avait le prog (Free-Son), un autre les disques de collections (la boutique de Dennis Pantis), etc.
Maintenant le Tuyau ferme. Tout son stock est soldé. Une page d'histoire est tournée.
J'y ai trouvé quelques perles hier, mais je filais cheap en les payant des prix ridicules. Le Kronos Quartet et leur disque Bollywood, spectaculaire, juste 5 dollars et demi. Les Meditations on Mingus de Hal Willner et de sa bande éclectique. Un Pat Metheny/Roy Haynes/Dave Holland, 5 dollars. Hank Jones en mode fusion africaine, 5 misérables piastres, Dave Murray au Sénégal ou le SF Jazz Collective (Joshua Redman jouant du Coltrane avec des collègues de choc), 3 dollars chacun. Les disquaires ont exprimé leur enthousiasme pour mes trouvailles. Un d'entre eux a griffonné sur un bout de papier un disque que je devrais chercher: The Great Jazz Trio de Hank Jones, Live At Village Vanguard. La classe.
Merci à ceux qui à l'origine avaient eu le flash d'ouvrir une boutique de disques usagés sur Mont-Royal, au moment où personne ne s'y intéressait! Vous avez été mes pushers musicaux préférés pendant des années! Maintenant, une boutique de guenilles quelconque va venir déshumaniser un peu plus l'avenue, vendant des fringues cheaps à des étudiants argentés.
jeudi 21 décembre 2006
Roots et Blues

Hier soir... bluesé et fatigué...
On met quoi lorsqu'on se sent comme un paletot battu par la pluie, tous les orages creusant leur fureur sur notre démarche?
On met la musique de l'âme humaine, on met la musique qui pousse dans le coeur, ce gros muscle fidèle et têtu. On met du blues. Et les autres musiques de l'âme.
John Coltrane. Bob Dylan. Johnny Cash.
C'est bien beau, le progressif et le art-rock. Mais ça nait dans votre tête, et c'est à la tête que ça s'adresse. Construction abstraite, intellectuelle, qui vous cisèle les nerfs et stimule vos neurones. C'est super, le hard-rock, mais c'est une musique qui vient du ventre et du bas-ventre, et ça ne guérit rien, ça vous claque sur la gueule et c'est tout (quoique entre les bonnes mains, Jimmy Page par exemple, ça a du blues dans le nez).
Hier, je lisais Chronicles de Dylan. Et j'écoutais les Bluesville Sessions de Prestige Records. Et ce soir, je me suis tuné sur WWOZ New Orleans, abondamment raconté par Dylan. Hasard: justement, le dernier Dylan joue entre deux blues saignants (Charlie Sexton entre autres, son guitariste sur l'excellent Love and Theft). Tout à fait à sa place.
(Incidemment, j'ai compris ce soir quelque chose de l'imaginaire débridé, mythique, granitique de Dylan, en constatant qu'il a grandi dans la même région de mines et de misère que les énergumènes qui ont inspiré le film North Country. Un spot apparemment oublié des dieux
Hibbing, Minnesota (hibbing%20minnesota%20usa.kmz), tout près de Eveleth(Eveleth%20minnesota%20usa.kmz).
Top 5 des chansons de Dylan qui m'arrachent le coeur...
- You're A Big Girl Now (1974, version acoustique, sur Biograph)
- It's All Over Now Baby Blue (1965, aussi en version acoustique, sur Biograph)
- Lay Lady Lay (1969, Nashville Skyline)
- Trying To Get To Heaven (1997, Time Out Of Mind, Lanois à la production)
- Sugar Baby (2001, Love and Theft)
jeudi 14 décembre 2006
Sur la platine: In the Court of the Crimson King

Sur la platine...
"I Talk To The Wind" et "Epitah", deux merveilleux moments de l'album fondateur du rock progressif par un de mes 5 groupes préférés: King Crimson.
Version du coffret "Frame By Frame", effort héroïque fait en 1993 pour restituer toute la dynamique de l'album orginal.
Paraît-il que Fripp a remasteré l'album il y a deux ou trois ans à partir des bandes maîtresses originales, longtemps disparues, et que cette version est la version définitive.
Jusqu'à ce qu'on entende le pressing japonais de 2006, sur JVC Japan, avec pochette mini-LP et obi strip (paraît aussi que les obi strips sont recherchés par les collectionneurs.... allez savoir!). Et qui dépasserait en reproduction sonore et l'édition "Frame By Frame", et l'édition "30th Anniversary" de Casroline Records, et l'édition du label de Fripp, Discipline Global.
Près de 50$ chez Amazon, mais on verra bien sur E-Bay...
"In The Court" et "Red" sont deux albums-phares indispensables à toute collection.
Les trajectoires de Fripp et de Gabriel allaient se rencontrer
Libellés :
_Sur la platine (critiques),
Genesis,
King Crimson,
Peter Gabriel,
Robert Fripp
mercredi 13 décembre 2006
Premier vinyle en 15 ans!
Imaginez, je n'ai même pas de pré-amplificateur phono pour mon ampli Cambridge 540A ! Et mon fils a détruit la cartouche de mon Dual C5000 hier.
Mais ce n'est peut-être que le début de mon voyage dans le temps: un retour dans l'univers analogique, né du désir d'entendre le son analogue dans toute sa splendeur.
C'est probablement à force de lire Michael Fremer décrire avec tant d'éloquence les sensations sonores que lui procurent ses vinyles originaux. C'est peut-être en écoutant un CD redbook de trop, une horreur digitale sans âme ni relief, comme la version redbook originale de "So" de Peter Gabriel, ou "The Joshua Tree" de U2, ou "Remain In Light" des Talking Heads: de grands albums dont la version digitale clippe tout le groove. J'ai eu envie de ressentir le son analogique de la basse. J'ai eu envie d'entendre la version mono de Sgt Pepper's, mixé par les Beatles, George Martin et Geoff Emerick pendant 3 semaines, plutôt que la version stéréo mixé en trois jours et sans aucune implication des boys.
J'ai écumé les sites WEB des vendeurs de disques analogiques. Je me suis mis à traquer les ventes sur e-bay et les articles parlant de "pressing" vinyle. L'idée de me procurer un "pressing" original des Beatles s'est mis à me trotter dans la tête. J'ai appris que les seuls vrais mixages, ceux qui comptent, de Sgt Pepper's, Penny Lane, All You Need Is Love étaient tous mono.
Michael Fremer: Would it surprise you if I told you that, sitting down in my listening room, comparing my thirty-year old Parlophone LPs with the CDs that came out a few years ago, that everybody thinks the original 30-year-old records sound better?
George Martin: I expect that.
J'ai raté de peu un original mono de Sgt Peppers neuf, qui s'est envolé pour 65$. Puis mon heure est venue. Le meilleur d'entre eux, Revolver, affublé dans sa version redbook d'un horrible mixage stéréo, une merde totale. Un disque qui traverse le temps depuis 1966, qui préfigurait l'acide house (Tomorrow Never Knows), qui s'ouvrait sur un rock bien saignant et ironique d'un George Harrison en grande forme (Taxman, super solo de guitare de... McCartney); et surtout un album où le talent de compositeur de Paul McCartney s'épanouissait dans toutes les directions: Got To Get You Into My Life, Good Day Sunshine, For No One... Les Beatles à leur peak créatif, dans le mixage mono, le seul vrai mixage de l'album. Celui auquel les Beatles ont participé, avec George Martin.
Voilà. Je devrais recevoir mon "cadeau" quelque part pendant le temps des Fêtes. J'ai hâte d'entendre le craquement du stylet s'enfoncer dans le sillon de vinyle (à condition d'avoir fait mes petits achats d'ici là). Et si l'expérience est concluante, d'autres viendront.
Top 5 des albums vinyle les plus désirés:
- Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, version mono, pressage '67
- The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis, LP 200 grammes, Classic Records
- IV de Led Zeppelin, LP 200 grammes, Classic Records
- Blonde On Blonde de Bob Dylan, mixage mono original, Lp 180g, Sundazed
- un Hendrix de Classic Records, 'sais pas lequel
vendredi 8 décembre 2006
Le fuel de la création
Je déteste la page blanche. Et comme je n'accepte pas les pannes créatives, il m'arrive de forcer l'inspiration. De doper mon cerveau en quelque sorte. J'ai deux armes fatales: le café. La musique.
Le café, pour sortir le cerveau de l'ennui qu'il ressent lorsqu'il regarde l'écran blafard, et qu'il envisage une autre journée en ma navrante compagnie. Et la musique, pour induire un état d'esprit, un climat, un rythme, absent de ma vie mais qui doit insuffler le texte.
La musique est soigneusement choisie, non seulement en fonction du texte à pondre, du personnage à accompagner, mais aussi en fonction de l'électro-chocs nécessaire. Si je dois rationaliser/corriger/structurer un texte, il est fort possible que du Bach s'immisce dans mes hauts-parleurs. Si je dois trouver des idées narratives, "réveiller" une scène trop convenue psychologiquement parlant, peut-être vais-je simplement aller écouter du Dylan, en relisant, émerveillé et envieux, "Visions of Joanna".
Ces jours-ci, c'est un climat de cauchemar psychologique qui habite mes personnages. Un monde de paranoïa et de méfiance. Pour bien faire, je viens de trouver la version remasterée d'Exposure de Robert Fripp. Post-punk, prog serré, Frippertronics et textes décapants de Joanna Walton. 1979, New York. Fripp est électrisé par ses collaborations avec Bowie à Berlin. Rien de saurait plus l'ennuyer que le prog symphonique. Il y a chez Fripp et dans sa musique un état de tension permanent, une violence intellectuelle qui imprime dans sa musique une réaction opposée d'harmonie, mais d'harmonie, comment dire, décapante. La guitare cisèle les nerfs, Daryl Hall hurle une détresse psychologique innattendue, les soeurs Roche et Peter Hamill ont une sorte de grâce glacée qui font de cet album un inusable.

Playlist de Nu sur velours, hier:
Le café, pour sortir le cerveau de l'ennui qu'il ressent lorsqu'il regarde l'écran blafard, et qu'il envisage une autre journée en ma navrante compagnie. Et la musique, pour induire un état d'esprit, un climat, un rythme, absent de ma vie mais qui doit insuffler le texte.
La musique est soigneusement choisie, non seulement en fonction du texte à pondre, du personnage à accompagner, mais aussi en fonction de l'électro-chocs nécessaire. Si je dois rationaliser/corriger/structurer un texte, il est fort possible que du Bach s'immisce dans mes hauts-parleurs. Si je dois trouver des idées narratives, "réveiller" une scène trop convenue psychologiquement parlant, peut-être vais-je simplement aller écouter du Dylan, en relisant, émerveillé et envieux, "Visions of Joanna".
Ces jours-ci, c'est un climat de cauchemar psychologique qui habite mes personnages. Un monde de paranoïa et de méfiance. Pour bien faire, je viens de trouver la version remasterée d'Exposure de Robert Fripp. Post-punk, prog serré, Frippertronics et textes décapants de Joanna Walton. 1979, New York. Fripp est électrisé par ses collaborations avec Bowie à Berlin. Rien de saurait plus l'ennuyer que le prog symphonique. Il y a chez Fripp et dans sa musique un état de tension permanent, une violence intellectuelle qui imprime dans sa musique une réaction opposée d'harmonie, mais d'harmonie, comment dire, décapante. La guitare cisèle les nerfs, Daryl Hall hurle une détresse psychologique innattendue, les soeurs Roche et Peter Hamill ont une sorte de grâce glacée qui font de cet album un inusable.
Playlist de Nu sur velours, hier:
- L'album "Velvet Underground and Nico" du Velvet Underground, pour la violence de "Heroin"
- L'abum "Gentlemen Take Polaroid" de Japan, pour le climat urbain et oblique (et l'influence à la fois Bowie-Berlin et Velvet)
- Le trio "Hands Of The Prestess/A Tower Struck Down" de Steve Hackett, la beauté pastorale enserrant le choas rythmique
- "Sutrix" de Talvin Singh, urbain, poly-mental (???), poly-rythmique
- "Breathless" de Robert Fripp, violence post-prog, guitares tranchantes
- "Disengage" 1ère édition, du même Fripp, post-punk, tension urbaine, Hamill déjanté, excellent texte
- "New York 3", 3e édition, Hall à la voix, même ambiance que précédent
- "Sailor's Tale" de King Crimson, de "Islands", douceur psychédélique qui vire en cauchemar
- "She's My Baby" de Mazzy Starr, la belle hippie Hope Sandoval à son plus psychédélique sur fond de guitares fuzzy
- "Starless" de King Crimson, pour l'incroyable tension accumulée par une seule note de guitare avant la libération et le crash;
- l'album "Beggar's Banquet" des Rolling Stones, pour retomber sur terre, les Stones à leur plus bluesy, beautiful sound
- des extraits des remix de Faust, "Freispel", krautrock revisité par l'électronique contemporaine, retour au cauchemar urbain
- quelques morceaux de "Foxtrot" de Genesis, le chef-d'oeuvre méconnu "Can-Utility and the Coastliners" et "Watcher of the Skies" pour redescendre sans perdre l'ambiance.
vendredi 17 novembre 2006
Steve Hackett: voyage d'un acolyte
Je viens tous juste de me racheter un "remaster". Et ce disque, que j'avais délaissé à cause de la désespérante version CD ultra-compressé et sans relief, a soudainement retrouvé toute sa verve, sa beauté tonale, sa dynamique sonore. C'est le premier disque solo de Steve Hackett, un petit bijou oublié de musique progressive, "Voyage of the Acolyte".
À mes oreilles profanes, deux moments musicaux constituent les climax de la musique progressive des années soixante-dix; et ces deux moments appartiennent au même protagoniste: un barbu à grosses lunettes qui jouait assis, presque dans l'obscurité. Steve Hackett ne sera plus, un jour, qu'une note de bas de page de l'encyclopédie de la musique pop. Il n'était, au sein de Genesis, que le 5e larron, l'acolyte embarqué tardivement dans le voyage, en remplacement du regretté Anthony Phillips, le peintre impressionniste qui venait colorer de la touche inimitable de sa Gibson le paysage sonore des pièces portées par Gabriel, Banks et les autres. sa carrière solo est intéressante, mais anecdotique.

Et l'autre moment mémorable?
Évidemment, c'est "Shadow of the Hierophant", qui clôt son 1er solo, Voyage of the Acolyte. Onze minutes d'un voyage sonore délirant dans une carte de tarot, à commencer par un élégiaque six-minutes en compagnie de la voix angélique de Sally Oldfield; puis, un long fade-in, quatre minutes introduites par un petit vibraphone fragile et craquant, relayé bientôt par nappes par dessus nappes de guitares électriques, propulsées par les roulements percussifs déchaînés de Phil Collins (qui nous rappelle qu'avant de devenir un chanteur pop, il était un batteur prog de feu), avec en pulsations sous-jacentes des notes prolongées de la basse de Rutherford, un long fade-in qui culmine dans trois notes de cloches tubulaires auxquels répond un lancinant cri de guitare... avant un fade-out d'une pleine minute. Un truc vraiment unique, une peinture abstraite en sons, parfaitement mixé (Hackett déclarait avoir pour la 1ère fois découvert la table de mixage pour cet album) et que, semble-t-il, Genesis avait refusé d'inclure dans un de ses albums. Leur perte, le gain de Hackett, qui lança sa carrière solo peu après, pour ne plus revenir en arrière.
Et c'est ce truc incroyable que la version CD originale sabotait allègrement: sans dynamique, ni détails et avec une utilisation très limitée de la stéréophonie, un vrai désastre qui nous laissait froid, vaguement ennuyé.
Jusqu'à la version remasterée. Et on retrouve ce frisson unique de 1976, le crescendo est presque insoutenable, le climax laisse pantois. Tout l'album, d'ailleurs bénéficie du traitement: les vents ont retrouvé toute leur verdeur, le violoncelle n'est plus synthétique, et les dynamiques sonores, si importantes dans cet album, sont enfin rendues avec justice.
Le reste de l'album est d'ailleurs fort intéressant, particulièrement le trio Hands of the Priestess (part 1)/A Tower Struck Down/Hands of the Priestess (part 2): deux interludes élégiaques encadrant une sorte de voyage au don d'un abîme rythmique. Dur à décrire, mais très très intéressant à écouter. Passons sur le premier solo vocal vraiment sérieux de Phil Collins, qui devait prendre la relève de Peter Gabriel chez Genesis quelques mois plus tard. Le remaster Voyage of the Acolyte vaut son pesant d'or. En plus, deux bonus intéressants: une version live de Ace of Wands, moins froide et mécanique que la version studio, et une version de travail de Shadow of the Hierophant, beaucoup plus longue (17 minutes!), et où le crescendo est amené non pas par un jeu de volume à la console de mixage mais par les furieuses accélérations de Phil Collins avec la batterie, qui porte le morceau. Des différences dans le mixage rendent cette version moins réussie, et portant moins d'impact, que l'original, mais ça demeure un très beau moment musical.
Garrochez votre vieille version redbook dans les vidanges (ou échangez-la, encore mieux). Le CD a beaucoup à donner lorsque bien utilisé, comme le prouve ce remaster. En attendant que je me procure les sauvetages du même acabit des albums des Talking heads et de Talk Talk, et en espérant que les Smiths auront droit à un traitement similaire!
Libellés :
_Sur la platine (critiques),
Steve Hackett
jeudi 2 novembre 2006
Premières notes.

Nous vivons une époque formidable.
Jamais la musique n'aura-t-elle autant voyagé qu'aujourd'hui. Jamais il n'a été aussi facile d'explorer cette planète foissonnante, ce témoignage sans langage ni barrière de l'expérience humaine. La musique est partout; parfois détournée de ses intentions premières et partie prenante de l'orgie commerciale; mais malgré tout toujours plus riche de ceux qui la font, de ceux qui l'écoutent, de ceux qui dansent à son appel (un instinct si fort qu'il saisit les enfants avant même leurs premiers pas).
La musique se décline dans une infinité de langages sonores; elle peut se glisser autour de vous comme un vêtement léger qui ne sert qu'à rythmer vos pas et votre quotidien; elle peut servir de toiles de fond aux grands moments de la vie; elle peut être une expérience d'altération des sens ou d'approfondissement de notre compréhension des règles du monde; elle peut nous élever spirituellement ou simplement apporter un peu de chaleur un soir de froidure.
Mais c'est surtout par son témoignage infiniment fragile et émouvant de notre vie qu'elle est indispensable. Trois minutes de musique peuvent devenir entre les mains d'un grand artisan un témoignage impérissable; le souvenir magnifié d'un amour; le parfum sonore d'un voyage; l'inspiration d'un élan.

Un "blog" musical, pourquoi? Simplement pour le plaisir de partager une passion, de la mettre en mots et de remercier ceux qui la font.
Assez philosophé. Place à la musique. Quelles sont les musiques les plus susceptibles de faire tripper le scribe de ces lignes? Quels artistes?
Comme tant d'autres mélomanes qui ont grandi dans les années '70, j'aime la chaleur des sons analogiques de cette époque. Et comme tant d'autres ados de Québec, Genesis, le Genesis des années Gabriel, a ouvert mon imagination comme aucun autre.
Mais la planète musicale est vaste et les années '80 ont donné un coup de pied salutaire aux mélomanes plongés dans les méandres philosophico-mochetons des groupes prog vieillissants. Après l'explosion neutronique du punk, le champ était libre et les oreilles débouchées. Sono mondiale, new-wave et musique électronique se sont immiscés dans ma discothèque. J'ai trippé sur le rock raffiné de Joe Jackson, sur le désespoir existentialiste des Cure (et leur exubérance passagère), sur la renaissance artistique de Peter Gabriel, sur le rock raffiné et oblique de David Sylvian, sur la palette sonore inouïe de Kate Bush, la force des compos de Depeche Mode, sur le minimalisme de la série Ambiant de Brian Eno, et même sur les motifs obsédents de Philip Glass.

Et lorsqu'on commence à s'intéresser aux musiques du monde, à toutes les musiques du monde, c'est un monde inépuisable qui s'ouvre à soi.
Depuis, zappant sans arrêt du passé au présent, je ne cesse de découvrir l'étendue de mon ignorance. La poésie inépuisable de Bob Dylan est une découverte récente; le lyrisme passionné de Van Morrison aussi. La grâce musicale de Joni Mitchell, la science dansante des Talking Heads, le spiritualisme embrasé de John Coltrane ou le jazz élégiaque et passionné du Brad Meldhau Trio. Sans oublier, surtout, le rock complexe, parano, lyrique, psychédélique de Radiohead, le meilleur band que je connaisse. Je m'arrête, la liste va devenir indigeste!
Le meilleur moyen de savoir à qui vous avez affaire, c'est de consulter ma liste des 100 albums à amener sur une île déserte!
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