vendredi 23 janvier 2009

Sur la platine: Duke Ellington & les big bands


Est-ce un plaisir coupable? Lorsque j'ai essayé de faire partager à ma douce moitié mon enthousiasme pour la New Orleans Suite de Duke Ellington, un disque mélanco, puissant et crépusculaire dont l'enregistrement s'est terminé deux jours APRÈS la mort du soliste le plus connu du Duke Ellington Orchestra (Johnny Hodges), j'ai eu droit à un regard de presque pitié, un peu comme si j'écoutais en boucle vingt variations big band et bavaroises du thème de la Soirée du hockey. Peut-être le son big band est-il un peu trop lié au Royal XXIIe régiment et aux parades militaires de nos enfances. Peut-être suis-je après tout pas mal ringard. Mais quand une bande de vieux virtuoses se mettent à swinger avec cette espèce d'énergie folle qui leur est propre, quand ils se renvoient la balle mélodique et rythmique sur les thèmes mélodiques et bluesés dessinés par le Duke et son alter ego Billy Strayhorn, je leur envie leur redoutable santé mentale et physique. J'espère ne pas être un vieux décrépit plus tard. J'espère être un vieux Noir dans un band swing.



C'est probablement par le film de Coppola The Cotton Club que j'ai découvert le swing et les big bands. Et Diana Rigg, future mme Christophe Lambert, mais ça c'est une autre histoire. Justement, la musique de Ellington propulsait les scènes, quand ce n'était pas l'énergie folle de Cab Calloway. Impossible de ne pas être renversé par cette musique joyeuse, bordélique et puissante. Après, vous regardez des shoegazers et des amateurs du Velvet Underground, et vous avez pitié, et vous appelez l'ambulance pour qu'on leur fasse une transfusion.

Longue intro pour arriver à ce disque: The Far East Suite, qui a "fait" ma soirée. C'était quatre ans avant le New Orleans Suite, le band accueillait un dynamique nouveau batteur (Speedy Jones) et le Duke et Strayhorn désiraient composer une suite en souvenir d'une tournée du groupe organisée par le Département d'État, au Moyen-Orient. C'était en 1963. Et on découvre, avec surprise et en soupirant un peu que c'était une époque où le plus célèbre big band américain pouvait se produire en Perse (Iran), en Syrie, en Irak, au Liban. Mais c'était une autre époque, non? Après tout, Kennedy était président. Et n'embellissons pas trop le passé. le groupe dut quitter Bagdad en toute hâte; un coup d'état venait d'éclater.





En tout cas, la musique est somptueuse. La ballade Isfahan (reprise par Joe Henderson sur son magnifique Lush Life) est un écrin parfait pour l'alto de Johnny Hodges; Mount Harissa, en hommage à une montagne du Liban, est pour moi la quintessence de ce que j'aime dans le Duke tardif: le swing incessant, la mélodie salée de blues du piano et les cuivres rutilants. Blues Pepper est une explosion de puissance qui rappelle la New Orleans Suite; c'est peut-être le genre de titres que les femmes trouvent ringards, je sais pas, moi je tape du pied et je me prend pour un trompettiste d'enfer. Quant aux 11 minutes de Ad Lib On Nippon (la tournée reprit au Japon l'année suivante), c'est une splendide compo impressionniste qui laisse le gros de l'espace au piano et à la contrebasse, fermant l'album sur une note méditative.

Malheureusement, la tournée fut interrompue par une tragédie qui nous pousuit toujours: l'assasinat de Kennedy. Il est peut-être de mise de réécouter ce CD, maintenant que Obama vient ranimer les braises froides de l'optimisme et que le Moyen-Orient ne cesse de s'embraser...
Et vous savez quoi: PLAY IT LOUD. C'est pensé pour être joué fort. Très fort.


(En guise de coda, et tant qu'à être big band, j'ai mis un disque qui ramassait la poussière: le Coming About du Maria Schneider Jazz Orchestra. Enregistrement digital de 1995, mixé et masteré par une équipe qui fait de splendides choses au niveau sonique (Masada vol. 5, Bug Music de Don Byron). Il faudra ABSOLUMENT que je revienne sur ce disque. Parce que en deux pièces et vingt minutes, j'étais happé par ce magnifique truc: un orchestre de jazz, aux coloris splendides comme des orchestrations de Ravel, et avec en prime l'excitation de solistes inspirés, le tout capturé parfaitement. Vraiment, un début splendide pour un disque qui, à l'époque, avait toppé les polls de jazz, section big bands. Je comprends mieux pourquoi. Les papys ont laissé des héritiers: à 35 ans, Maria Schneider, ex-assistante de Gil Evans, renouvelle le genre. J'y reviendrai.)

Sur la platine: Cannonball Adderley & Miles Davis - Something Else


Est-ce que musique peut être meilleure que celle qui se trouve sur cette galette? Si vous commencez votre exploration du jazz et que vous venez d'épuiser temporairement les joies de votre copie de Kind of Blue et que vous cherchez des riffs frais, ce disque est INDISPENSABLE et complètement jouissif. En plus, c'est un cousin par la fesse gauche, d'un an son aîné, de l'historique session du Miles Davis Quintet, alors que se retrouvent le temps de six titres Davis et son saxo alto Julian Cannonball Adderley, qui est d'ailleurs crédité de leader sur cette session. Nonobstant du crédit, qui est probablement une question contractuelle, tous les amateurs de Davis, de son phrasé de porcelaine, de ses arrangements cool jazz goûteront chaque minute de ces interprétations, qui sonnent tout à fait comme du vintage Miles Davis.

Bon, peut-être Hank Jones n'a pas, au piano, cette intemporalité poétique de Bill Evans sur Kind of Blue mais la présence de Art Blakey, à la batterie, assure un swing chaud et chaleureux. Quant à Adderley et Davis, ils sont la braise et l'éclair; leur jeu est si complémentaire que Coltrane ne nous manque pas; sa passion presque mystique aurait dépareillé sur ces arrangements qui ont quelque chose d'indéniablement chaud, grâce peut-être au tempérament généreux de Cannonball.



Les grands moments ne manquent pas: l'arrangement des "Feuilles d'automne", le solo de Cannonball sur "Love For Sale", le très expressif solo de Miles Davis sur One For Daddy-O, ou le jeu à l'unisson de Davis et Adderley sur Alison's Uncle (qui m'a rappelé par son côté coulant Gerry Mulligan et Chet Baker dévalant des arpèges). L'enregistrement est de l'omnipérsent Van Gelder.

Tiens, et si vous voulez une expérience audiophile (et connaître les vertus d'un bon mastering): placez-vous en "close field listening" et obtenez une copie de l'édition Mobile Fidelity: après avoir goûté le plaisir d'une prestation "live", à quelques pas de vous, changez pour l'édition "normale" de Blue Note, de Ron McMaster, très facile à trouver, et repassez la dernière piste. On se gratte la tête en constatant que soudainement: la scène des musiciens a rapetissé de quelques pieds de largeur, Davis et Adderley ont reculé de quelques pas, et tout le monde joue derrière une sorte de voile. Pas que ce soit, en soi, une mauvaise version; mais après la version Mofi, impossible de revenir à l'arrière. Trouver un bon mastering demeure le "upgrade" le moins coûteux que l'on puise faire au son (après avoir trouvé le "sweet spot", bien sûr).

samedi 10 janvier 2009

Sur la platine...

Un fil de discussion intéressant à SteveHoffman.tv: nommez vos cinq albums préférés d'artistes féminins.
Le nom qui revient le plus souvent: notre très grande Joni Mitchell.


Plus surprenant peut-être, son album le plus cité: le très raffiné et subtil Hejira, une perle noire aux confluents du jazz et de la chanson folk, animés par la guitare de Larry Carlton et la contrebasse de Jaco Pastorius, sorti en novembre 1976, souvent considéré comme son dernier grand album avant que sa fascination pour des formes plus extrêmes de jazz ne l'éloignent de ses racines (Mingus). À la tombée de la nuit, des titres sophistiqués, d'une grande richesse lyrique, comme Amelia et Black Crow vous amènent dans des paysages sonores et psychologiques fascinants, comme une bonne nouvelle dégustée dans l'intimité d'une nuit bien noire et insomniaque. Goutez le raffinement des arrangements soutenus. Cette femme avait une conception très avancée de la chanson, amorcée avec le superbe Court and Spark qui avait amorcé sa lente transition vers le jazz. Superbe!



Quant à la question posée au départ... voici mes choix bien personnels...

Mes cinq albums préférés d'artistes féminins

Cassandra Wilson - New Moon Daughter
Un disque d'une perfection rare, éclectique, habité, le classique instantané d'une chanteuse jazz qui sait, mieux que personne, réunir sous l'idiome toutes les musiques du monde: jazz, blues, pop, folk, country... Avec des interprétations définitives de Love Is Blindness (U2), Harvest Moon (Neil Young), I'm So Lonesome I Could Cry (Hank Williams) et même The Last Train To Clarksville (The Monkees)


Kate Bush - The Dreaming
À un certain moment, dans les années '80, Kate Bush représentait la quintessence du Art-Rock, un petit cran au-dessus de son acolyte Peter Gabriel, et cet album, son plus aventureux, est une inépuisable aventure sonore.



Björk - Debut
Les années '90 appartiennent à Björk, la chanteuse flyée des Sugarcubes qui, en s'émancipant de son groupe, est devenue le plus bel albatros de la musique électro-pop. Et cet album, son premier véritable album solo, est peut-être son plus rafraîchissant, son plus "simple" (en autant que Björk puisse être simple), celui qui propose les titres les plus immédiatement accrocheurs et sensuels. La finale, The Anchor Song, superbe hymne à son Islande, voix et cuivres, la consacre sirène d'une époque qui en a bien besoin.



Beth Gibbons & Rustin Man - Out of Season
Beth Gibbons, de Portishead, est probablement la plus grande tragédienne du monde électro-pop-rock; et cet album en duo avec l'ex-bassiste de Talk Talk est une succession de moments d'une beauté mélancolique inoubliable.


K.D Lang - Ingenue
K.D. Lang, cette drôle de bibitte de l'ouest canadien, a été gratifié du plus bel organe vocal de la planète, quoi qu'en disent René-Charles et René; et sur cet album tout simplement parfait, elle l'a enrobé d'arrangements folk magnifiques, sur des chansons d'une beauté déchirante. Un grand moment de musique.


Mais je ne peux pas ne pas mentionner quelques autres disques que je trouve tout simplement géants... et j'y reviendrai sûrement un jour...

Fiona Apple - When The Pawn...
Joni Mitchell - Court and Spark
Annette Peacock - X-Dreams
Sarah McLachhlin - Fumblin' Towards Ecstasy
Sade - Promise

dimanche 4 janvier 2009

Sur la platine

C'est fou ce que des micro-ajustements peuvent aider. Ce soir, j'ai repositionné mes enceintes en les écartant quelque peu, je me suis assuré de m'asseoir au tiers de la longueur et j'ai ajusté le niveau de mes stands de hp, et bon sang tous les instruments ont gagné en densité.
Puis je me suis assis pour une bonne session d'écoute.

D'abord, un petit chef d'oeuvre méconnu de jazz progressif (?) du Pierre Moerlen's Gong, Time Is The Key. J'ai écouté, comme d'habitude, la 1ère moitié du disque, une suite magique qui fait près de 20 minutes et qui met surtout en vedette vibraphones, xylophones, tymbales, cloches tubulaires, un tourbillon percussifs très colorés avec une basse bien juteuse et une batterie bien ronde pour soutenir le tout. Pierre Moerlen a été percussionniste avec Mike Oldfield par après, et il y a par moments une parenté d'esprit qui s'entend.



J'ai migré vers un truc très spécial. Les plus vieux se rappelleront le Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin (guitariste de Miles Davis sur Bitches Brew). Mais cet album moins connu présente entre autres une pièce ahurissante de 14 minutes, Vision is A Naked Sword, qui est inoubliable: appelons ça du jazz-rock symphonique apocalyptique. C'est très chargé, dramatique et enlevant, et outre un solo tout en tension retenue de McLaughlin, il y a aussi un solo déchaîné et ma foi assez formidable du virtuose aujourd'hui pas mal oublié Jean-Luc Ponty (violon électrique!). Il y aussi l'excellent batteur Narada Michael Walden, Michael Tilson Thomas à la direction d'orchestre et un certain George Martin à la production. Beaucoup de talent au kilomètre carré et ça s'entend.



Et pour finir, deux morceaux du Lush Life de Coltrane. Si je ne m'abuse, Coltrane avait été chassé du quintette de Miles Davis à cause de ses problèmes d'héroïne, et il s'était mis à travailler son jeu plus de 20 heures par jour, pour chasser ses démons. Il était en train de trouver sa voix, comme en témoigne un blues en trio appelé Trane's Slow Blues. C'est suivi de Lush Life en quintette, avec un magnifique solo de Donald Byrd à la trompette, qui suit un autre solo magnifique de Red Garland au piano. Et évidemment, Coltrane, en ballade, est insurpassable. Jamais sirupeux, toujours intense. Et en plus, c'est un enregistrmeent mono de Rudy van Gelder. Remasteré par Steve Hoffman, c'est la totale!

dimanche 28 décembre 2008

Mitch Mitchell, pas assez bon pour Wings??? Allons donc...


Cet après-midi, je regardais, machoîre pendante, l'édition Criterion de "Jimi Plays Monterey", un docu-captation réalisé par D.A. Pennebaker, le même qui a réalisé le fascinant documentaire Don't Look Back sur Bob Dylan... (évidemment, je ne résiste jamais à l'envie de glisser le nom de Bob Zimmerman partout sur ce blogue)

Ça se passait en juin 67 et ce fut une date marquante, non seulement de la carrière de Jimmy James mais aussi de l'histoire du rock. Le Monterey Pop Festival (organisé entre autres par John Phillips, le Papa des Mamas and Papas, California Dreamin', vous vous rappelez?) a révélé au public américain non seulement le Jimi Hendrix Experience, mais aussi Janis Joplin et les Who.

Dans le cas de Jimi, c'était un concert important: notre métis (il aurait du sang cherokee) virtuose qui fut guitare rythmique pour Little Richard entre autres, avait dû s'exiler en Angleterre pour permettre à son art de se développer; c'est là qu'il recrute Noel Redding (un autre guitariste rythmique qui dut migrer vers la basse pour parfaire le trio) et surtout Mitch Mitchell, un batteur à la fois puissant et subtil, et qui était le moteur parfait pour la rutilante carosserie Hendrix... Le concert de Monterey, c'est le retour en terre d'Amérique, et Jimi était drôlement pompé avant de monter sur scène...

Décidé d'en mettre plein la vue à ses compatriotes, Jimi a tout fait pour passer avant les Who... car il avait déjà décidé de sacrifier sa guitare pour célébrer son retour américain... et Pete Townshend avait le même plan: détruire sa guitare dans un océan de feed-backs rageurs... Ils durent tirer au sort, et les Who ont gagné...

Mais 40 ans plus tard, tout cela semble peu de choses... La performance d'Hendrix est passée à l'histoire, et l'image de notre halluciné de la six-cordes accroupi comme un amant sur sa guitare en feu est demeurée l'image emblématique du festival...

Logorrhée de mots... déclenché par une anecdote un peu triste que je viens de lire. Mitch Mitchell, le batteur magnifique qui propulse Jimi dans chaque solo à Monterey, ne s'est jamais remis de la mort de son leader... et je lisais l'anecdote selon laquelle, cherchant désespérément une gig, il avait auditionné pour Paul McCartney et les Wings au début des années '70... Dur de croire qu'il n'a pas été retenu. Probable que Paul anticipait une batterie trop présente et mal accordée aux ambitions de pop star qu'il nourrissait.

Trop bon pour les années '70 et le format pop corporate, Mitch Mitchell était né pour jouer au sein d'un power trio. Et aucun d'eux n'égala jamais Jimi Hendrix Experience.

vendredi 26 décembre 2008

Magnifique tricot de Noël


Noël peut vraiment être un chemin de croix musical; elle est partout la musique, avec les petits grelots, les arrangements cheap, le travestissement de la moindre ritournelle hivernale et la tornade de beaux sentiments dégoulinants comme une meringue.

Aussi, quand on trouve un beau disque de Noël, un vrai, on est soulagé, on le range en lieu sûr, juste à côté du Charlie Brown Christmas du Vince Guaraldi Trio et de Happy X-Mas de Lennon...

À ma très grande surprise, ma douce a ramené à la maison le mini disque de Noël du plus ludique des ensembles québécois de l'heure. Elle a craqué après l'avoir entendu à la radio. Nous n'avions pas vraiment d'atomes crochus pour l'approche CPE Passe-Partout de Tricot Machine aussi je craignais le pire, mais j'ai ravalé mes préjugés assez vite.

C'est beau dans ses mots, c'est d'une belle richesse orchestrale, ça m'a même rappelé par moments Illinoise de Sufjan Stevens, qui, j'en suis sûr, fait partie du playlist maison du sympathique duo et de leur producteur.

Un très beau 19 minutes que je vous recommande.


dimanche 14 décembre 2008

Systèmes neutres ou systèmes colorés?

Test à l'aveugle, objectivité, aller plus loin, trouver le Saint Graal sonore.
Je suppose qu'on cherche le système le plus neutre possible.
Pourtant, il y a entre la musique et nous toute une chaîne humaine et technique et cette chaîne est tout sauf objective.

On veut entendre le disque tel que l'artiste voulait nous le donner?
Problème...


The artist/producer's intent was determined on the playback system they used to listen to the recording. If you want *that* sound you would have to use their system and room. No guarantee that greater neutrality gets you closer to the artist's intent with any given recording. (Scott Wheeler)


Absolute neutrality in playback sounds good in THEORY but will really get you nothing unless you plan to play back only stuff that you have personally recorded and mixed on the system or something. Find gear that sounds good to you on as many recordings down through the years that you can find. Or else, you will be one of those people who have 2,500 records and only 5 sound good on the system. You keep playing those 5 to show off the sound, etc. and the rest gather dust. The most common mistake that newbie Audiophiles make (myself included). They read charts, specs, etc. and want razor flat response in all gear and this and that and don't LISTEN. It's the colorations in gear (and in recorded music) that make it involving and lifelike sounding. Don't get trapped into that neutral scene, it will make you unhappy. (Steve Hoffman)

mercredi 10 décembre 2008

Sur la platine: Jon Hassell

Musique des possibles? Ethno-beat d'un territoire imaginaire? Enregistrements à la fois primitifs et futuristes d'un peuple mythique? Comment décrire une musique absolument unique? C'est compliqué. Peindre des sons avec des mots. Fatalement, il faut y aller par analogie.



De tous les disques nés de la mouvance "ambiant" dont Brian Eno est bien sûr le fer de lance, aucun disque ne me transporte autant que ce disque étrange à la pochette rose, crédité à Jon Hassell et Brian Eno: Fourth World Vol. 1: Possible Musics. Dans l'écrin d'une mise en sons qu'on associe peut-être à tort aux manipulations électroniques de Eno plane un étrange instrument manipulé par un être à l'imagination fertile mais singulière: Jon Hassell, trompettiste, aux commandes d'un instrument dont le son est extrêmement difficile à décrire, mais inoubliable après quelques mesures: une trompette électronique, détimbrée, à l'éclat flou, aux mélopées circulaires, qui évoque à la fois l'eau d'une chute et la brume d'un crépuscule, ou alors le chant nocturne d'un oiseau inquiétant, à peine physique.

Plus prosaïquement, un interviewer plus allumé que moi (Jason Gross, Perfect Sound Forever) a mis le doigt dessus, en demandant à Jon Hassell si son style de jeu à la trompette n'était pas en fait très proche du chant indien. Réponse de l'Américain:

Just about everything I have, I owe to Pran Nath. For the first few months with him, I learned by singing. A phrase would be sung to you, you'd sing it back and if it was correct, you'd move on to something more complex. If not, you work on it again or do something simpler. It was aural/oral transmission.

Then I started to try to do that on trumpet. I had to completely forget everything that I'd ever been taught I'm still trying to forget it. It was a matter of trying to make the mouthpiece sound like a voice merged with a conch shell.

Charm, une longue mélopée de 21 minutes qui clôt l'album, demeure un de ces morceaux singuliers qui vous hantent, comme une image troublante dans un film peut vous hanter, vous habiter faire partie de votre imaginaire. Batteur africain, percus brésiliennes (Vasconcelos si ma mémoire est bonne) et la voix hantée de la trompette de Hassell qui passe comme un spectre... pas étonnnat qu'après l'avoir entendu, Brian Eno, qui, à l'époque, éclatait dans toutes les directions en compagnie des Talking Heads, ait voulu associer son nom à une si séduisante proposition, si proche de ses propres recherches: musique ambiante, rythmes ehtniques, recherche sonore... Une amitié était née, une collaboration artistique, mais des egos allaient souffrir...

Brian and I went into the studio to do Possible Musics. At that time, Brian was known to me as a guy who did big washes, big watercolor sweeps. I imagined that he would be filling in that tambura part that I was talking about before.

This record could have easily been 'by Jon Hassell, produced by Brian Eno.' That would have been correct billing. But at the time, I was trying to pay the rent and I decided that I wanted it to say 'Jon Hassell/Brian Eno.' This later became a problem for me because he had such a high profile in the pop musical world, it often became 'his record', so to speak. That was painful.

The next thing was Bush of Ghosts, which came to me as a project that we all (Brian, David and I) were going to do together. We were starting from the premise of what the Residents had done with Eskimo, that idea of fake ethnic music. They were going to go out to the desert somewhere in California, get an 8-track and send for me. At the time, I was a 'downtown Soho composer' struggling to make the rent every month so I couldn't even get the plane fare to fly there. I got a tape back a month or so later and it was some North African vocal over a bass and drum loop.

I was outraged. This was clearly a not-too-subtle appropriation of what I was doing over rock drum and bass I thought it was a very unethical thing to do and the fact that I was never credited--even for being an inspiration--is a testament to the testosterone in the room at that time. Psychologically I imagine it went something like, 'We're rich and famous...we can get away with it, so we'll do it.' Maybe there was a self-hypnosis that permitted them to ignore the origin of the whole situation. That created a rift for awhile. This made the struggle for my own musical identity in the marketplace all that more difficult and I still run into the consequences of this arrogance.
[L'album en question, qui a si choqué Hassell, est évidemment le fameux My Life In The Bush Of Ghosts.]


Peut-être son ego meurtri (il se crédite aussi d'avoir entrainé Peter Gabriel sur la voie des rythmes africains; je le créditerais plutôt d'avoir précédé Gabriel, Eno, Byrne et les autres sur un chemin qu'ils empruntaient déjà) explique-t-il que la série des Fourth World disparut après un second album (Dream Theory in Malaya) que je n'ai jamais eu le plaisir d'entendre. Mais pourtant, un 3e tome existe presque. Il s'agit de Power Spot, une co-production du fameux duo Brian Eno/Daniel Lanois, avec entre autres Michael Brook à la guitare. Un disque ECM de 1986, qui semble le sequel de Possible Musics, tant les textures sonores et le jeu sinueux du musicien sont en continuité avec son fameux prédécesseur.



Hassell a aussi prêté sa trompette à un nombre considérable de disques, dont Brilliant Trees (le 1er et excellent disque solo de David Sylvian) et la bande sonore de The Last Temptation of Christ de Peter Gabriel. On ne s'étonne pas de savoir que dans ses années de formation (entre autres avec Stockhausen!), Hassell aura cotoyé d'autres figures marquantes des musiques contemporaines: le bassiste de Can, Holger Czukay (qui a lui-même cheminé sur les sentiers ethniques et les collages inusités, tant avec son groupe que dans ses albums solos), Terry Riley, etc.

Voici quelques mots tirés de l'excellente entrevue mentionnée plus haut, quelques mots par lesquels Hassell décrit avec poésie son Quatrième Monde...

I wanted the mental and geographical landscapes to be more indeterminate- not Indonesia, not Africa, not this or that. I thought I was more successful in trying to create something that COULD HAVE existed if things were in an imaginary culture, growing up in an imaginary place with this imaginary music. [...] 'If something really feels good, then why don't you do it all the time instead of only doing it on Saturdays?' Fourth World is an entire week of Saturdays. It's about heart and head as the same thing. It's about being transported to some place which is made up of both real and virtual geography. It's about a beautiful girl and a beautiful situation at the same time.

samedi 29 novembre 2008


http://farm4.static.flickr.com/3239/3067766873_3640ce2aac_m.jpg

jeudi 27 novembre 2008

66 ans aujourd'hui... si...

Si...
Jimi Hendrix aurait eu 66 ans aujourd'hui.
RIP

vendredi 21 novembre 2008

Apres le Jimi Hendreix Experience, il y eut le Band of Gypsies

... et un témoignage sonore DÉVASTATEUR de leur première répétition.
C'est sur le coffret mauve The Jimi Hendrix Experience
Disque 3, plage 4. Room Full Of Mirrors.
Dès les premières secondes, le jeu funky du batteur Buddy Miles, en remplacement de l'imaginatif et jazzy Mitch Mitchell, propulse Hendrix dans un nouveau monde sonore, dans laquelle sa guitare brille plus que jamais.

Il faut absolument que je me tape le live Band of Gypsies, seul live autorisé par Jimi de son vivant, témoignage de ce "band" qui ne devait pas vivre assez longtemps.

Quel performer!

jeudi 20 novembre 2008

La voix de Dylan

Bob Dylan et son croâssement poétique, voté 7e meilleur voix du monde du rock par un panel de spécialistes réunis par le Rolling Stone Magazine?

Je ne l'aurais jamais cru.

Et pourtant, quel interprète. Écouter Tell Tale Signs, la 8e édition des Bootleg Series, c'est juste réaliser que la justesse de la voix ou le velouté du timbre, on s'en tape parfois. Zimmerman est un grand poète du rock et un interprète habité.

Bono a dit: “Dylan did with singing what Brando did with acting. He busted through the artifice to get to the art.”

Ouais. On peut pas mieux dire.

mardi 18 novembre 2008

Jimi Hendrix: guitar-hero? Bien plus...


Je ne suis pas tellement "guitar hero" dans la vie. Pour moi, le summum sonique de la six-cordes se trouve dans le solo de Steve Hackett sur "Firth of Fifth" (Genesis, "Selling England by the Pound"), mon moment musical anthologique par excellence. Envol mélodique, choix des tonalités, un artiste qui met tout ce que peut s'exprimer par la six-cordes. La vitesse et la technique? Who cares? Pas moi.

Aussi ais-mis beaucoup de temps à m'asseoir et à écouter Jimi Hendrix, le guitar-hero fauché prématurément et stupidement par un mauvais mélange pilules-alcool, après tout juste trois ans d'une éclosion artistique incandescente. Jimi était, pour moi, un des trois grands "J" fauchés dans la fleur de l'âge par les drogues en 1970 (avec Jim Morrisson et Janis Joplin, bien sûr). Je le rangeais dans une longue suite de virtuoses dont les prouesses pyrotechniques allaient m'ébahir et m'ennuyer. Quelle ignorance!

Alors que Jimi Hendrix peut, en quatre minutes bien tassées, vous assommer et vous élever en même temps, non seulement par sa technique époustouflante à la guitare et par l'imagination délurée qu'il met dans ses effets stéréo (psychédélisme, quand tu nous tiens), mais aussi par son lyrisme mélodique, comme dans le magnifique Little Wing (où il ne cède en rien à David Gilmour), l'arc-en-ciel de tonalités qui se succèdent, souvent à l'intérieur d'une seule pièce, toujours dictés par un feeling incroyablement sûr (écoutez-moi Bold As Love, qui peut même s'en approcher à ce niveau?), par les puissantes racines blues qui assoient son style (Voodoo Chile. Jimmy Page fait une révérence), par le groove puissant qui le propulse (Voodoo Child - Slight Return)... et une fois qu'on s'est remis de l'expressivité de sa guitare, on entend quel joyau est derrière: des mélodies débordantes d'un généreux soul, une voix magnifique, qui a gardé le grain black mais sans l'aspirité rauque des Otis Redding et James Brown ou même Prince; et que dire de l'imagination débordante de ses arrangements, bien servis entre autres par ce batteur cool et musclé à la fois qu'était Mitch Mitchell.

Oubliez les compilations, toujours décevantes parce qu'impossible à réaliser au niveau du pacing et à unifier au niveau du mastering (qualité d'enregistrement beaucoup trop variable). De toute façon, à peine trois albums en quatre éditions constituent le coeur du patrimoine artistique de Jimi Hendrix. Et c'est un patrimoine indispensable à quiconque aime le rock.

D'abord, l'incroyable floraison de 1967: après un 1er 45-tours canon en décembre 1966 (Hey Joe, trois mois seulement après la formation du Jimi Hendrix Experience!) et un 2e encore tout aussi hallucinant (Purple Haze, mars 1967), sortaient le très beau single The Wind Cries Mary et la version britannique de Are You Experienced (le 12 mai 1967), album qui ne comprenait aucun des singles, conformément aux usages de l'époque. Seul Sgt Pepper's empêcha le disque d'atteindre la 1ère place des palmarès de l'époque.



Puis, après le show marquant de Monterey, la compagnie Reprise prépare une sortie nord-américaine de Are You Experienced, avec plusieurs changements: remixages stéréo, nouvelle pochette, inclusion des singles déjà sortis et choix du "pacing" par Jimi, qu'on force cependant à abandonner le blues Red House (on lui dit, incroyablement, que le blues n'est pas apprécié en Amérique du Nord!). En tout, les deux éditions comprennent 17 pièces et 60 minutes de musique, mais ce n'était pas fini.




Dès décembre (nous sommes toujours en 1967!), nouvel album du Jimi Hendrix Experience, le magnifique Axis: Bold As Love. Lequel va encore plus loin dans le délire psychédélique, le raffinement sonore et la cohésion de groupe. Il offre à mon avis les deux titres les plus immortels de Hendrix: Little Wing et Bold As Love.




On est loin de s'en douter, mais le 16 octobre 1968 paraîtra le dernier album studio complété par Jimi dans sa vie. C'est un double, il s'appelle Electric Ladyland, et il trône au panthéon des grands albums-double de l'histoire, avec The Beatles (album blanc), paru la même année et Blonde on Blonde de Dylan. Augmenté par plusieurs musiciens, dont Al Kooper et Steve Winwood, le Jimi Hendrix Experience approche la désintégration en tant que groupe. Un album riche, bordélique, dominé par le formidable jam bluesy Voodoo Child, l'épique 1983...(A Merman I Should Turn To Be), la magnifique reprise du All Along The Watchtower de Dylan et l'incroyablement groovy Voodoo Chile (Slight Return).



Maintenant, le catalogue de Hendrix est un bordel total de rééditions, de remasterings (bons et mauvais), repackaging, out-takes, inédits et bootlegs officiels et non-officiels sur lesquels nous pourrons revenir...

Mais si, après avoir digéré la matière des trois albums principaux, vous voulez vous payer la "traite" en matière de prises alternatives et d'inédits, et vous perdre dans l'incroyable foissonnement Hendrix, il vous faut le coffret quadruple The Jimi Hendrix Experience (2000). J'ai à peine effleuré la surface, mais je me repasse déjà en boucle les versions instrumentales inédites de Little Wing et Bold As Love, où la guitare de Jimi est poignante d'expression. c'est un exemple de ce qui peut être fait à partir du catalogue inédit d'un artiste. Et le son est excellent.



Masterings de référence:
Are You Experienced (UK): Polydor West German, No. 825 416-2
Are You Experienced (USA): Reprise original (sans RE-1 dans la matrice) 6261-2
Axis: Bold As Love: Reprise 6281-2
Electric Ladyland: Polydor West Germany 823359-2, le "Naked Ladies Cover", avec le "cover art" non approuvé par Hendrix et avec un mauvais pacing (les faces défilant ainsi: face 1, face 4, face 2, face 3), mais avec un excellent son.

lundi 17 novembre 2008

Morley - une voix et de la poésie

Allez, laissons-nous aller.
Soulful, poétique, simplement un beau moment à passer...
Un autre pied de nez au cynisme.



Extrait de l'excellent blogue JazzWax...

"What I realized after studying voice is that poets sing. Images So I combined the two things I knew best. For example, Sade is a great poet. Prince, too. That’s how I grew up. Listening to those guys. And Nina Simone. It’s all survival music. Truth telling. When you feel the truth resonating inside of you, you've survived. Seen is a real document of a time I was going through.

jeudi 13 novembre 2008

Jimi Hendrix Experience réunis

... mais malheureusement en un lieu innaccessible.
Mitch Mitchell est parti rejoindre ses deux acolytes...

















Récemment, écoutant Are You Experienced?, le premier disque du trio, j'ai décollé mon attention de Jimi pour de longs moments. Pourquoi? Parce que je découvrais le groove insensé du batteur. Écoutez "Manic Depression". Wow!

Mitchell est mort de causes naturelles, à 61 ans, en pleine tournée du Experience Hendrix show.

At 5-foot-5, the wild-haired Mitchell was a small guy who played "lead drums," combining meat-and-potatoes beats with rapid-fire jazz in the three-person group.













Sur sa page MySpace, on peut lire:

Mitch plays in the Elvin Jones explosive style with fast snare and cymbal riding coupled with more basic rock triplet bass patterns and big bombs. In line with jazz drumming he played within the snare/hi-hat/ride cymbal/bass drum arc with the toms as variations. His hi-hat and cymbal work is of the highest order and he used brushes on occasions. He is criticised as a busy drummer which is grossly overstating the case. More restrained drumming may have been more appropriate on a few tracks (that’s Mitch’s opinion). I really can’t describe them as flawed, just that it could have been done differently and that doesn’t mean better! The thing that Mitch had was incredible stamina especially in the studio as Hendrix endlessly worked though songs. He always responded to Hendrix’s variations and worked from his arrangement. Mitch never defined his arrangement within the song. Live was the same, as it was need to follow Hendrix’s improvisations and also fill in those gaps, especially when Hendrix did his stage act. It was behind these that Mitch took his solo over a droning bass line, usually at an exciting high tempo. He was a fast drummer - lightning at times and surprisingly loud for his diminutive stature.

jeudi 23 octobre 2008

Analogue vs digital

Réponse de Barry Diament à un partisan du digital qui essaie de le mettre en boîte depuis toujours...




Citation:
Numeric representations have a place for sure. It is important to remember however, that they are abstract constructs and as such, will necessarily miss some of the reality. If this is not recognized from the start and kept in mind throughout, it is easy to get fooled into confusing the map and the territory (to borrow from Korzybski).

It would be like analyzing MRIs and CAT scans and pulse rates and pupil dialation and confusing the results with the experience of making love. ("Was it good for you dear?" "Hold on, let me check my EEG and I'll let you know.")

Best regards,
Barry
www.soundkeeperrecordings.com
www.barrydiamentaudio.com


Pas mal non?


vendredi 17 octobre 2008

Soirée d'écoute

Sur la platine hier...

Deux ensembles similaires hier soir (tous deux sur ECM), mais deux musiques fort différentes.
Deux duos trompette/guitare électrique, appuyés par des sections rythmiques basse-batterie.

D'abord, le guitariste "frippien" David Torn et le trompettiste Mark Isham, appuyés par la section rythmique de King Crimson circa 1980, Tony Levin et Bill Bruford. Ce disque échappe à l'esthétique ECM, tant dans sa pochette que dans son "son" (d'ailleurs, l'enregistrement n'est pas de Jan Erik Kongshaug, l'ingénieur de ECM, qui n'a fait que le mixage): la musique est dense, l'esthétisme incorpore des touches d'ambiant et de world beat à des échanges virtuoses des deux instruments solo. Ce n'est jamais inintéressant, mais c'est un peu trop jazz fusion à mon goût, dans le sens de compos qui manquent de centre de gravité; trop de solos, manque d'ambiance. Je ne suis pas un fan de Bill Bruford sur des percus électroniques, ça manque de ventre. Bon, c'est des virtuoses. et vers la fin, il y a un double-titre (The Network of Sparks) où les dosages semblent enfin "prendre": le beat, l'ambiant et les solos nous font finalement voyager sans discontinuité. Faudra que j'y retourne, peut-être que c'est plus intello que ce que je suis capable d'assimiler à froid. Un mot sur le son: on réalise toute la qualité des ECM de Kongshaug en entendant un disque qu'il n'a pas endisquer: le son est touffu, presque confus, et la prise de son manque d'air. Il manque la physicalité et le sens de l'espace qu'on en est venu à associer à ECM avec les années.

Après, sans m'en rendre compte, j'ai repris la même formation: trompette, guitare électrique et section rythmique sans piano. Mais nous sommes ici en présence d'un quatuor parfaitement intégré et à l'esthétisme très fort: le coeur rythmique de Arild Anderson (le contrebassiste des premiers ECM) et Patrick Héral donne à ces compos abstraites le centre de gravité qui semble tant manquer au Torn. Anderson a un son magnifique et une inventivité mélodique qui ne se dément jamais. Markus Stockhausen, leader du quatuor et trompettiste, injecte des solos qui sont comme de brusques éclats de lumière blanche. Plus en retrait, le vieux Terje Rypdal, à la guitare électrique, est le complément parfait du trio: quand il ne donne pas une couche d'ambiant music, il se lance dans des solos tranchants et énergiques. Surtout, ces 4 musiciens, évoluant sans mélodie , semblent en parfaite synchronicité. C'est abstrait, mais c'est beau, beau, beau. Plannant par moments, très énergique par d'autres, c'est 60+ minutes d'un trip dans un paysage scandinave très ECM, mais avec des dosages parfaits. Et l'enregistrement de Kongshaug : wow! J'adore! Ce Karta est un bien beau trip! Et aux deux bookends du disque, deux magnifiques compos ambiant de Andersen, Sezopon et Lighthouse. Tout est bon, y'a rien à jeter.


Pour finir, j'ai mis Here Comes The Flood de Peter Gabriel, version Robert Fripp (album Exposure): la voix de Gabriel sur fond de Frippertronics, ça me semblait une belle fin. Belle compo, belle interprétation. Mais après la magie sonore de Karta, bon sang, on aurait dit le son d'un vieux phonographe!


samedi 11 octobre 2008

Le chef d'orchestre: le CERVEAU derrière l'exécution

Excellent post sur le forum de Steve Hoffman. La question étant:
jusqu'à quel point le chef d'orchestre marque une interprétation de son empreinte. Voici une réponse éclairante:

In classical music, everything is a matter of interpretation.
From the dynamics to the tempo to the orchestral balance everything needs interpretation. For instance, let's take a hypothetical piece where the tempo is marked as allegro meaning "quick" or "cheerful".
How do we understand quick? It is quick enough for you and me?
Then the same piece is marked piano meaning softly. But again, what is the definition of soft?
So the conductor will offer his own PERSONAL interpretation on the above but not only those.
His performance needs to reflect the spirit and the intentions of the composer, something that takes years of studying but also a great level of intuition.
In a nutshell, the conductor is everything.
The orchestra of course needs to be able to materialize the conductor's vision, but without him, the orchestra is a body without a head or a brain.
http://www.stevehoffman.tv/forums/showpost.php?p=3856042&postcount=16

mardi 19 août 2008

Dynamique et musique: le rock, champion du low-fi

Vous aimez la musique dynamique?

Je ne parle pas de musique bruyante. Je parle de musique dynamique!

Comme dans: contraste entre les sons les plus forts et les plus faibles. Attaque soudaine. Accalmies subtiles.

Les contrastes sonores font partie de la vie. C'est une arme redoutable entre les mains des musiciens pour sculpter leurs paysages auditifs.

Et c'est une qualité en voie de disparition.

Au moment où les systèmes sonores deviennent chaque jour plus performants, plus dynamiques et rapides, où les enceintes deviennent plus efficaces et, conséquemment, plus aptes à réagir rapidement à un contraste de décibels, voilà qu'une nouvelle génération d'ingénieurs de son et au mastering biffent la dynamique, l'annihilent, mettent en place des peak limiters et des compresseurs et ramènent la plage dynamique à un minuscule 10 dB... ce qui permet à ceux qui écoutent la musique dans leur voiture et leur i-pod de percevoir, au-delà du bruit de fond, les détails les plus subtils du mixage, mais ça aux dépens de la plage dynamique, et donc, de la réalité du son.

Mais cette descente vers le lo-fi (basse-fidélité du son) n'est pas uniforme. La musique classique y échappe, le jazz aussi. Et quand aux vieux succès rock et pop qui remontent à une quarantaine d'années, tout dépend qui en signe le remastering.

Pour vous en convaincre, regardez le tableau qui suit! D'abord le classique.

La superbe prise de son d'ECM de Keith Jarett et Gidon Kremer interprétant Arvo Pärt est d'un réalisme saisissant et réalise des pointes de plus de 60 dB de dynamique sur une attaque fortissimo du violon et du piano, avant la 6e minute. Avec une dynamique moyenne de 30 dB, cette prise de son est "head and shoulders" au-dessus des autres!

Mais avec des dynamiques au-dessus de 20 dB, on voit que la culture musicale classique favorise la restitution des volumes sonores.

Qu'en est-il des jazz, blues et musiques du monde acoustiques?

Ce que je trouve formidablement révélateur, c'est de voir que des enregistrements mono de 1956 (Fitzgerald, en big band, et Rollins en quatuor) ont une plage dynamique tout à fait comparable à des enregistrements récents et que même le disque-phare du jazz west coast (Kind of Blue), smooth et velouté, offre une dynamique de plus de 20 dB. Et dans le cas de Rollins et Davis, on ne parle même pas des masterings de référence!

Et voilà qu'on arrive au chapitre triste de l'histoire; chapitre chronologiquement de plus en plus triste...

J'ai placé ces albums par ordre décroissant de dynamisme. Or, de manière aberrante, ça m'a donné aussi des albums placés par ordre chronologique. C'est à dire qu'à mesure que la technologie s'améliore, le produit présenté est de moins en moins de qualité!

On fait une exception avec David Sylvian, dont les albums sont des sculptures sonores magnifiques et qui, évidemment, ne se prive pas de dynamisme (à noter que ses enregistrements sont digitaux, pas analogues, ce qui prouve que ça n'a rien à voir!). Par la suite, les albums les plus dynamiques sont de vieux enregistrements de 68 et 69 (remasterées par des mains expertes cependant) avant la descente aux enfers dans le rock contemporain et ses ridicules 10 dB de dynamique. Plus nous avançons dans le temps, moins la plage dynamique est étendue, et même un album résolument lo-fi comme le formidable Funeral de Arcade Fire d'il y a 3 ans utilise plus de plage dynamique que le tout récent In Rainbows de Radiohead (sur une pièce tout en montée dramatique avec climax en plus!).

Maintenant, que Portishead compresse ses pièces, on pourrait croire que c'est un choix esthétique conscient et même participant de l'impact. Mais quand un album de art-rock complexe et riche comme celui de Radiohead est moins dynamique que du Arcade Fire, c'estquelque chose de carrément aberrant. Je me demande comment Robert Ludwig, l'ingénieur au mastering et dont la signature était recherché dans les vinyles il y a 30 ans, considère son propre travail!

Le divorce entre haute-fidélité et rock est-il irréversible???

dimanche 10 août 2008

Heaven just got a little funkier


RIP
ISAAC HAYES
1942-2008

aux dernières nouvelles,
Barry White aurait été aperçu dans un coin de Paradis avec son copain Isaac
ils jammaient ensemble sur le groove de Last Time I Went to Phoenix
Otis Redding les a rejoints en compagnie d'une section de cuivres
Ike Turner hochait la tête dans un coin
Max Roach et Art Blakey caressaient les peaux de leurs tambours

Heaven Just Got A Little Funkier...