Poetry and music are for those with straight connections between ears, eyes, heart, and gut. (Diane Dorr-Dorynek)
mardi 26 mai 2009
Quebecor, l'ADSIQ et l'Internet
D'une main, l'empire Québécor, qui possède quelques-une des plus grosses machines commerciales de l'industrie québécoise (Musicor, Sélect et Archambault) fait un majeur à l'ADISQ et claque la porte, arguant entre autres que l'ADISQ ne s'est pas mis au diapason de l'Internet et que ses mesure protectionnistes ne sont pas en phase avec leur époque.
Et de l'autre, l'Empire Québécor vend aux consommateurs québécois de l'Internet haute-vitesse; et quiconque a déjà eu affaire avec eux sait bien que leurs "représentants" n'hésitent jamais à vous vanter la vitesse de téléchargements des fichiers musicaux, auxquels l'ADISQ, bien sûr, s'oppose du mieux qu'elle peut (c'est à dire très peu).
On vit une époque formidable! Les empires ne peuvent plus s'écrouler; vous leur coupez une tête et il en repousse une autre. Sony créant des protections pour ses CD d'un côté; vendeurs des baladeurs MP3 de l'autre.
Ceci dit, reconnaissons à l'inquiétant Pierre Marchand de brasser la cage à un bon moment. Quand on lit que l'ADISQ songe à militer pour imposer des quotas francophones sur Internet, on se dit que ces gens vivent dans une bulle et qu'il faudra bien qu'elle crève à un moment donné. Sinon, c'est toute l'industrie qui va y passer!
À quand la licence globale qui sauvera les créateurs et l'industrie dans son ensemble et qui obligera les Vidéotron et autres Bell de ce monde à partager le butin de l'Internet?
mercredi 20 mai 2009
Le palmarès musical de Cameron Crowe

J'aurais voulu être Cameron Crowe. Sans farces. Je dis pas ce genre de choses à légère (d'un coup que ce genre de miracle peut arriver!)
Cameron Crow, c'est ce jeune homme qui, dans les années '70, a eu l'audace d'envoyer un texte au magazine Rolling Stones (la Bible du rock à l'époque, ça a bien changé) et qui a été contacté pour devenir un de leurs journalistes. Il n'était qu'un teenager! (Cette histoire, il l'a d'ailleurs raconté dans son film Almost Famous).
Devenu un des journalistes les plus en vue du grand magazine, Crowe a fait une transition vers le cinéma, transition magnifiquement réussie qu'il a amorcé avec l'excellent Singles (sis à Seatlle, en pleine période grunge). Devaient suivre Jerry Maguire, Almost Famous, voyez le genre. Le gars est tellement farci de talents que c'en est ridicule.
Il a même marié Nancy Wilson. Oui, oui, la blonde du groupe Heart.
Je dirais pas non à être Cameron Crowe!
Bon, mais la nouvelle, c'est pas mes fantasmes. c'est plutôt que, réunissant ses deux grandes passions (cinéma et musique), Crowe vient de dévoiler les dix moments où les deux se sont mariés de la manière la plus parfaite qui soit.
J'adore les listes, et celle-là, elle est formidable. Voyez plutôt.
10. Where Is My Mind par The Pixies - Fight Club (1999)
9. Cucurrucucu Paloma par Tomas Mendez - Parle avec elle (2002)
8. Edge Of Reality par Elvis Presley - Live A Little, Love A Little (1968)
7. Everybody’s Talking par Harry Nilsson - Midnight Cowboy (1969)
6. Jump Into The Fire par Harry Nilsson - GoodFellas (1990)
5. Tubular Bells par Mike Oldfield - The Exorcist (1973)
4. Going Home : Theme Of The Local Hero par Mark Knopfler / Hoppipola par Sigur Rós - Local Hero (1983) / Heima (2007)
3. Falling Slowly par Glen Hansard et Marketa Irglova - Once (2006)
2. She Smiled Sweetly / Ruby Tuesday par les Rolling Stones - The Royal Tenenbaums (2002)
J'ai mis en gras ceux que je connais et que j'aime vraiment beaucoup. Et j'ajouterais: les Poissons de Saint-Saëns, utilisé à satiété dans Days of Heaven (et en ouverture de tous les films à Cannes) et Georgia On My Mind de Ray Charles et la Symphonie du Nouveau Monde, les deux dans l'excellent et méconnu Four Friends de Arthur Penn (l'oncle de Sean).
Quant à Nancy Wilson, pour ceux qui la connaissent pas: la blonde à gauche. Crazy On You!
Street Fighting Man des Rolling Stones: acoustique, lo-fi et fier de l'être!

La culture rock est truffée d'anecdotes. Il y a même des facultés universitaires qui donnent à ce vaste monde ses lettres de noblesses en bâtissant des programmes autour de ce thème. Mais je ne connais rien de plus réjouissant, à ce propos, que de lancer un fil de discussion sur le forum SteveHoffman.tv, une joyeuse et immense tribu de maniaques de musique de partout à travers le monde qui partagent leur "mélomanie" avec un enthousiasme débridé et dangereusement proche de l'autisme.
Anecdote: écoutant Beggar's Banquet des Stones et savourant sa splendeur sonore (comme je vous l'ai asséné sur mon entrée de blogue précédente), je tiquai néanmoins sur Street Fighting Man, en plein mileu de l'album, un des trois grands hits des Stones cette année-là. Street Fighting Man est tellement lo-fi ! En même temps, cette guitare acoustique agressive et distorsionnée à droite, ce son du bass drum plein et rond à gauche, cette double (triple?) piste des voix hyper-compressée, le piano, la sitar et un instrument qui fait comme une corne de brume agressante par-dessus tout le magma en coda, c'est tellement un single rock dans toute sa verve, son côté rageur, son côté coup-de-poing. Street Fighting Man est le premier morceau produit par Jimmy Miller pour les Stones; pourquoi ce son si lo-fi?
Je reviens donc à Stevehoffman.tv. Une fois lancée, le fil de discussion "Street Fighting Man" a généré une trentaine de réponses, toutes intéressantes, et 840 visionnements en un peu plus de 24 heures!! Imaginez ça! Assemblée de cinglés éduquant leur petit dernier... Digression sur le rôle réel de Brian Jones dans ce qui fut son dernier album. Sur le son de batterie dans Parachute Woman. Sur les parties de guitare enlevantes de Keith Richards sur Stray Cat Blues. Et dans le lot, la réponse: pourquoi Street Fighting Man sonne aussi mal... et aussi bien en même temps...
Street Fighting Man was all acoustics. There's no electric guitar parts in it. (Even the high-end lead part was through) a cassette player with no limiter. Just distortion. Just two acoustics, played right into the mike, and hit very hard. There's a sitar in the back, too. That would give the effect of the high notes on the guitar. And Charlie was playing his little 1930s drummer's practice kit. It was all sort of built into a little attaché case, so some drummer who was going to his gig on the train could open it up - with two little things about the size of small tambourines without the bells on them, and the skin was stretched over that. And he set up this little cymbal, and this little hi-hat would unfold. Charlie sat right in front of the microphone with it. I mean, this drum sound is massive. When you're recording, the size of things has got nothing to do with it. It's how you record them. Everything there was totally acoustic. The only electric instrument on there is the bass guitar, which I overdubbed afterwards.Ah les années '60: formidables! Imaginez les Stones enregistrant sur un petit cassette deck aujourd'hui. Not a chance!-Keith Richards, 1977
Au fait, pour les amateurs de mono, sachez que Beggar's Banquet en mono est un "fold-down" de la version stéréo, exceptée deux pièces, qui ont leur propre mixage mono, et ce sont évidemment les deux singles: Sympathy for the Devil et Street Fighting Man. Ces deux versions n'existent pas en CD... mais... Mais vous trouverez un mixage mono alternatif de Street Fighting Man, qui fut pour un temps très court la version single US, sur le triple SACD Singles Collection, que j'écoute ne ce moment... et qui donne à la version stéréo des allures de disque de démonstration hifi, c'est tout dire. Presque pas écoutable... Mais quel single!
mardi 19 mai 2009
Un GRAND classique: Beggar's Banquet des Rolling Stones

Début 1968, les Rolling Stones semblaient largués dans le monde en fusion du rock...
1967 avait été une année horrible, à tous points de vue: après le triomphe de Aftermath en 1966, les Stones semblent perdus: ils ont abandonné la scène, mais ça ne leur profite guère; trois de leurs membres font de la prison en 1967 (Jagger, Richards, Brian Jones) et le train psychédélique passe près de les larguer: Between The Buttons et Their Satanic Majesties Request déçoivent leurs fans et leur conversion psychédélique, tardive par rapport aux Beatles, a un petit parfum d'opportunisme. La santé de Brian Jones décline, leur flamboyant manager et producteur Andrew Long Oldham, aux prises lui-même avec des problèmes de drogue et négligeant ses ouailles pour faire le party en Californie, quitte le bateau.
Eux qui étaient les hérauts d'un rock un peu sale patiné de blues et de r&b sont dépassés sur leur gauche et leur droite par les nouveaux dieux du rock bruyant: Cream et Clapton sur leur gauche et leur puissant blues-rock, Jimi Hendrix sur leur droite avec son soul-rock psychédélique; et les Who au centre, les nouveaux mauvais garçons du rock anglais, sauvages, bêtes, méchants, avec leur fou furieux Keith Moon à la batterie.
Non, 1968 s'annonçait mal.
Ils ont répliqué avec le meilleur album de leur illustre carrière. Beggar's Banquet.

C'est peu dire que signaler que Jagger et Richards signent la fin de la récréation et reviennent aux sources. C'était déjà palpable à la sortie du single Jumpin' Jack Flash en mai... Les sources, pour eux, c'est un mélange bordélique et réussi d'un rock blanc crispé assez agressif et de l'animalerie blues et r&b. Avec ici et là des hommages bien sentis au folk et au country. Ça sent Chicago qui prend un bain dans le rock anglais, ça sent le sud américain porté par cet interprète fascinant qu'est Mick Jagger.
Exit la lutherie psychédélique. Guitare sèche de Richards à gauche, guitares électriques à droite, basse, batterie, piano, avec un Brian Jones très inspiré pour ajouter des touches uniques de slide, d'harmonica, de sitar, de mellotron. Et Jagger, un interprète unique, qu'on réduit un peu trop à sa caricature parfois, mais qui ici capte notre attention à chaque syllabe.
Dès les premières notes de la très célèbre Sympathy for the Devil, ça sent le grand cru, cette ronde sauvage qui, face aux Jesus-Freaks, proclame avec cynisme et arrogance sa différence. Les Stones quittent à jamais l'orbite des Beatles et ont trouvé leur son. Pas une pièce faible, une clarté d'exécution et une richesse sonore qui n'est pas coutume: je ne crois pas que les Stones ont jamais mieux sonné que sur Beggar's Banquet et Let It Bleed, merci à leur nouveau producteur Jimmy Miller. Magnifique ballade folk de No Expectations, rock bluesy un peu garage de Parachute Woman et Street Fighting Man (où la qualité sonore fout un peu le camp, voir note plus bas), l'excellent blues-country Jigsaw Puzzle que certains trouvent dylanesque (et où Brian Jones laisse une marque indélibile de sonorités bizarres au mellotron)... sans oublier la sauvage Stray Cat Blues, ma préférée, avec un Jagger plus jouissif que jamais qui chante le sexe sauvage. Sur Prodigal Son, Jagger, méconnaissable, semble émerger d'un champ de coton, avec son folk rugueux...
Parce qu'ils durent depuis si longtemps, parce que Jagger est un jet-setter et Richards un survivant de longues années de drogues, parce qu'on nous les assène année après année, on oublie parfois à quel point les Stones sont (étaient?) des stylistes parfaits du rock. Ils avaient tout: l'attitude rebelle, le talent, la capacité d'assimiler des influences et de les transformer, un grand sens mélodique, un respect des musiques passées en même temps qu'un appétit insatiable pour ce que le rock pouvait leur donner. Beggar's Banquet fut quant à moi leur sommet. Laissez tomber les Best Of, vous devez les entendre dans un véritable album au pacing presque parfait (avec juste Dear Doctor peut-être un peu prématuré).
Si vous voyez l'édition SACD chez les disquaires usagés, ne la loupez pas: non seulement ils se font rares (et leurs prix grimpent), mais au niveau sonore, c'est un triomphe, célébré pour de bonnes raisons. À part les deux titres mentionnés plus haut, les Stones sonnent ici comme jamais: un son puissant, plein, avec des guitares qui vous cisèlent les tympans, sur une base toujours réussie de piano, de basse, de batterie et de guitares acoustiques; un Jagger parfait, un Brian Jones à son crépuscule (il est mort peu après) et un groupe de chansons qui leur va comme un gant.
Un classique, un vrai, dans une des meilleurs années de l'histoire du rock.
Concernant la qualité sonore de Street Fighting Man et Parachute Woman, l'explication serait la suivante: Keith Richards avait pris l'habitude d'enregistrer ses parties de guitare dans une machine à cassettes franchement ordinaire, comme base des chansons. Dans certains cas, les Stones, sûrement pas des puristes audiophiles, couchaient simplement ces riffs de guitare dans le multi-pistes et ajoutaient les overdubs.
Autre anecdote de l'album: la sortie fut retardée pendant plus de trois mois, la compagnie de disques refusant le concept de la pochette: une toilette comme banquet des pauvres. Une pochette très punk, qui rend bien tout le cynisme de Jagger, lui qui chante avec ferveur la beauté des travailleurs paumés de la terre sur Salt of the Earth. Le label gagne, la pochette initiale ressemble à un carton d'invitation pour un banquet d'un hôtel chic et il faudra attendre les rééditions sur CD pour voir la vraie pochette de Beggar's Banquet.
lundi 18 mai 2009
Sur la platine ce soir...
Et finalement, je me suis réfugié dans mon antre. Recharger les batteries. Il est 2 heures 18, les Glassworks de Philip Glass jouent alors que j'écris ces lignes. Un de mes disques préférés, un disque que je suis venu chercher à Montréal, tout jeune, en bummant mes cours, dans un sous-sol, parce que le disque n'était pas arrivé à Québec. Je n'avais jamais entendu quelque chose de pareille à l'époque. C'était en 1982, et ce disque ne quittera jamais ma collection, quoi qu'il arrive.
Philip Glass est fascinant; d'une matière apparemment réduite à presque rien, quelques notes mille fois répétées (Glass a quelque chose du maître assis à son métier à tisser), il crée un monde cyclique qui nous happe; c'est comme regarder le cours des saisons en accéléré, au ralenti, en vision stroboscopique, c'est comme un cycle naturel dans tous ses états, et nous, les insectes pensants, nous écoutons ce cycle avec l'impression d'être dans notre élément. C'est chaud, c'est remuant, c'est étrange, c'est hypnotisant.

Dans la nuitée bleue, rien de tel que la guitare pour faire vibrer la vie au repos. J'ai mis un truc fascinant comme on n'en trouve que sur Internet. Jimi by Himself, des démos enregistrés dans l'intimité par Jimi Hendrix, en 1968, quelque part dans un hôtel de New York. Magnifiques versions acoustiques de 1983... (A Merman I Should Turn To Be), de Angel, des moments de blues, des impros tranquilles... Émouvant, quand même, d'entendre cette voix quarante ans plus tard (40!!!), cette vie fauchée. Jimi devait savoir quelque chose que tout le monde ignorait, lui qui s'enregistrait constamment, tout le long de sa météorite carrière...
Pour faire bonne mesure, j'ai mis aussi les premiers morceaux de Cry Of Love, l'album posthume, complété sûrement avec beaucoup de mélancolie et, disons-le, d'amour par Mitch Mitchell et Eddie Kramer, peu après la mort accidentelle et stupide de Hendrix. Ils ont plongé dans son travail des six mois précédent, ont complété certains trucs que désirait accomplir Jimi (les délicates percus sur le magnifique Driftin' par exemple). Sans atteindre les sommets des trois albums "officiels" du Jimi Hendrix Experience, Cry Of Love offre un aperçu intéressant de ce qui était en gestation dans l'esprit toujours en mouvement du guitariste. Certains morceaux (EZ Rider, Straight Ahead) sont tout à fait en phase avec la radio FM dont le son se dessinait à l'époque; deux blues dépouillés ponctuent l'album (My Friend, Belly Button Window); deux petits chefs d'oeuvre l'ouvrent (Freedom, Driftin'). Ce n'est pas du tout un pillage opportuniste, si vous ne connaissez pas cet album et que vous aimez Hendrix, vous vous devez de l'entendre. Il est vrai qu'il pourrait être difficile à trouver; il a été officiellement "avalé" par la compil' First Rays of the New Rising Sun maintenant.

Et pour rester dans la note bleue de la six-cordes, dans un registre plus mélanco, comme coda, sorte de chandelle sonore qui vous rend tout cire chaude, j'ai laissé les notes du Soul Lament de Kenny Burrell envahir la pièce dans l'obscurité. Kenny Burrell est un guitariste de jazz de la belle époque de Blue Note, et son disque Midnight Blue est paraît-il un de ses plus connus. La délicatesse du phrasé, la tonalité à la fois opaque et chaude, c'est de toute beauté. Si Soul Lament est mélanco à souhait et se livre en solo, le reste du disque est plus "hot" et hard: un Blue Note typique, de 1963, avec l'omni-présent Rudy van Gelder à la console, et Stanley Turrentine au sax (ténor? alto? Si c'est un ténor, il a le souffle drôlement agile), une section rythmique à trois. Mais c'est d'abord la guitare de Burrell qu'on entend, aussi distinctive qu'une voix humaine. Paraît-il que le remastering de RVG est l'une des réussites de sa série très contestée. En tout cas, la musique est belle, ne vous en privez pas.
Finalement, finissons sur un moment de grâce divine, parce que c'est beau la sueur, la souffrance, le sexe et tout ce qui nourrit le blues et ses variantes; mais de temps en temps, la beauté éthérée d'un grand morceau classique, ça nous rappelle qu'il y a paraît-il des parcelles de Dieu égarées dans notre ventre, et qui remontent jusqu'à notre cerveau. Vous connaissez des morceaux divins? Je voudrais vous en faire partager quelques-uns, mais pour l'heure (il est très tard), un seul...C'est cet orchestrateur hallucinant au nom peu poétique de Maurice Ravel qui l'a commis: le 2e mouvement de son Concerto pour piano et orchestre. Un Adagio, évidemment. Ça commence par des notes de piano assez tristes, qui avancent doucement, délicatement, avec une sorte de grâce fatiguée,et finalement, on se dit: bon sang, que c'est triste cet air, ah la la, mais voilà que le piano part en vrille et se fond dans un tourbillon de flûtes, et hautbois et clarinettes, dans une spirale de cordes, et on reconnaît les orchestrations magiques de l'ami Ravel, et le piano se met à moduler dans cette espèce de paysage féérique, et avant d'y prendre garde, vous avez décollé, la musique vous a amené très très loin de vous-mêmes... 9 minutes absolument out-of-this-world...
C'est peut-être en la regardant jouer ce Concerto que Charles Dutoit est tombé amoureux de Martha Argerich. Pas moi qui va l'en blâmer!
Mais attention au réveil: le mouvement suivant n'a rien de doux!
dimanche 17 mai 2009
"Audio as a hobby is dying"
J. Gordon Holt, fondateur de Stereophile, interviewé il y a 2 ans...
Do you see any signs of future vitality in high-end audio?
Vitality? Don't make me laugh. Audio as a hobby is dying, largely by its own hand. As far as the real world is concerned, high-end audio lost its credibility during the 1980s, when it flatly refused to submit to the kind of basic honesty controls (double-blind testing, for example) that had legitimized every other serious scientific endeavor since Pascal. [This refusal] is a source of endless derisive amusement among rational people and of perpetual embarrassment for me, because I am associated by so many people with the mess my disciples made of spreading my gospel. For the record: I never, ever claimed that measurements don't matter. What I said (and very often, at that) was, they don't always tell the whole story. Not quite the same thing.
Remember those loudspeaker shoot-outs we used to have during our annual writer gatherings in Santa Fe? The frequent occasions when various reviewers would repeatedly choose the same loudspeaker as their favorite (or least-favorite) model? That was all the proof needed that [blind] testing does work, aside from the fact that it's (still) the only honest kind. It also suggested that simple ear training, with DBT confirmation, could have built the kind of listening confidence among talented reviewers that might have made a world of difference in the outcome of high-end audio.
Outch!
Encore plus intéressant, à mon avis, le même Holt, lors d'une conférence à Chicago en 1992:
"We seem to have come to a tacit agreement that it's no longer necessary, or even desirable, for a home music system to sound like the real thing. We speak in hushed and reverent tones about reproducing the ineffable beauty of music, when in fact much real music is harsh and vulgar and ugly. We design the all-important musical midrange out of our equipment in order to try—vainly, I might add—to recreate the illusion of three-dimensional space through what is essentially a two-dimensional reproducer. And whenever we hear a loudspeaker or a CD player that shows subversive signs of sounding more 'alive' or 'realistic' than most, we dismiss it out of hand as being too 'forward' or 'aggressive.' As if a lot of real music isn't forward and aggressive!
"The idea that all we are trying to do is make equipment that gives the listener some sort of magical emotional response to a mystical experience called 'music' is all well and good, but it isn't what High End is all about. In fact, high fidelity was originally a reaction to the gorgeously rich-sounding console 'boom boxes' that dominated the home-music market during the 1940s!
"We've lost our direction....The High End in 1992 is a multi-million-dollar business. But it's an empty triumph, because we haven't accomplished what we set out to do. The playback still doesn't sound 'just like the real thing.' People, let's start getting back to basics. Let's put the 're' back into 'reproduction.' Let's promote products that dare to sound as 'alive' and 'aggressive' as the music they are trying to reproduce."
En voilà un qui ne mâche pas ses mots.
Et j'ai comme l'impression que Mr Holt n'aime guère le son anglais (Rega?), les magiques mid (mes Rogers, les panneaux?), la "coloration chaleureuse" (tubes?) et la "musicalité" si chère à certains audiophiles.
Et que par contraste, la haute-efficacité et la transparence doivent être prisées chez lui.
En fait, par procuration, j'avais l'impression de revivre certains débats que j'ai avec un ami audiophile.
Mais je me trompe peut-être. Sujet à réflexion.
PLEASURE MUSIC FOUNDATION: aux armes mélomanes!
Mais un peu d'activisme ne peut pas faire de tort.
Une fondation est née en janvier dernier; la
Elle passe au 2e stade de la guérilla auditive. Elle cherche à enrôler des membres de l'industrie (musiciens, ingénieurs, producteurs, membres de l'industrie ainsi que les mélomanes comme nous), à faire signer des lettres d'intention dans lesquelles ces membres de l'industrie garantissent de respecter certains critères de qualité sonore... (ET JE SIGNALE QUE LES DEUX TIERS DE LEURS MEMBRES SONT INSCRITS COMME PROFESSIONNELS DE L'INDUSTRIE MUSICALE) Ils fournissent pour tous un logiciel qui mesure l'écart dynamique des enregistrements.
BREF, TOUS CEUX QUI ICI SE PLAIGNENT DE COMPRESSION DYNAMIQUE,
c'est un moyen de commener à passer AUX ACTES.
PLEASURIZE MUSIC FOUNDATION website
Le logiciel:
PS On pourrait débattre de la méthode de calcul du logiciel, qui n'utilise que les 20% les plus "loud" d'une pièce pour se livrer à son calcul, ignorant ainsi que l'écart dynamique perçu doit tenir compte de lois psycho-acoustiques, ou que l'écart dynamique moyen tient compte de la "moyenne" de RMS d'une pièce, pas simplement de ses passages les plus forts en volume. À suivre.
jeudi 30 avril 2009
Cinq minutes pour faire le tour du monde
Playing For Change | Song Around The World "Stand By Me" from Concord Music Group on Vimeo.
Équipement: des moniteurs de rêve
Pour les amateurs de "hardware":
Steve Hoffman a écrit récemmentr un "post" intitulé I've found the mixing/mastering speaker of my dreams.. les enceintes ATC, SCM-150ASL sont l'objet de sa passion et nul doute qu'à 16 000$ la paire, elles resteront un fantasme dans mon cas. Mais j'aimerais bien les entendre un jour.
Intéressante comparaison de la dynamique entre les versions vinyle et CD du dernier Dylan sur le blogue musical Flowering Toilet... Devinez lequel des deux médiums a droit au mastering le plus dynamique? On va lire ici.
Sur la platine: Les nuits langoureuses (et tranquilles) de Diana Krall... la Passion de Jeff Buckley
C'était mon anniversaire dernièrement, et ma fille, avec qui je partage une passion pour Radiohead et le Robert Charlebois des années boogaloo, m'a offert deux disques, situés aux antipodes dans le spectre sonore: le dernier Malajube (Labyrinthe) sur lequel je reviendrai et le dernier... Diana Krall, appelé judicieusement Quiet Nights.
Ma fille encourage les artistes de chez nous. Elle a toujours eu le coeur à la bonne place!
Et Diane Krall encourage la vente de disques en jazz. L'ex-protégée du label montréalais Justin' Time est aujourd'hui la vedette incontestable de la pléthore des chanteuses regroupées sous le parapluie de plus en plus large et confortable du jazz. Et ce dernier disque, avec grand orchestre, ne risque pas de lui aliéner son vaste public.
Les disques de chanteur avec orchestre ne sont pas toujours des galettes reposantes. Frank Sinatra et Billie Holiday ont offert des albums déchirants (et un peu déprimants) sous cette formule; Diana, elle, nous offre de la langueur, et elle y met tout le considérable goût dont elle a hérité, sans oublier le considérable talent de ses collaborateurs et son joli timbre de voix, avec cette tessiture juste assez rauque pour suggérer qu'on a affaire à une chanteuse qui a goûté à la vie et qui sent les choses.C'est donc plage langoureuse après plage langoureuse, des standards archi-connus, dans un écrin sonore somptueux, et cette voix qui habite chaque note, sans trop forcer, sans trop de passion, mais avec beauté, avec talent, avec goût... nuit tranquille, on vous l'a dit.
[À comparer, son album de compos avec son Costello de mari, l'excellent The Girl In The Other Room, est presque atonal, tellement on prend soin de nous lécher l'oreille dans celui-ci.]
Un bon mot pour le mixage? Allons-y: je 'suis pas un spécialiste, mais quelqu'un qui réussit à nous faire goûter la somptuosité d'un large orchestre, dans toute sa richesse harmonique, tout en préservant une intimité de chambre à coucher à la voix, sait faire son boulot. Le son est excellent, et c'est pas Doug Sax, au mastering, qui va saboter le boulot!
Un seul reproche à la sensuelle blonde de Colombie-Britannique: était-il nécessaire de nous servir une millionième version (un peu indifférente d'ailleurs) de The Girl Of Ipanema (commodément rebaptisé The Boy... z'auraient dû garder le texte orginal, ç'aurait été plus épicé) et de Quiet Nights de Jobim? On aurait apprécié un répertoire un peu plus surprenant, comme par exemple l'excellente ballade des Bee Gees première époque, How Can You Mend A Broken Heart? servi en bonus ici.
Transition maintenant... on passe à quelque chose de plus substantiel...
C'est entendu. Nous mourons tous un jour. Nous mourons tous, trop tôt. Mais lui est vraiment mort trop tôt. Quel gâchis.
Or, le jour de l'enregistrement de cet album, ce sont les promesses d'un grand avenir qui sont éternisées. Et écouter aujourd'hui Jeff Buckley chanter au Sin-É Café de New York a quelque chose de poignant.
Nous sommes en 1993. Il a 23 ans, et il roule sa bohème depuis déjà sept ou huit ans, ayant quitté le confort de la maison familiale en Californie pour se frotter à la vie de la rue. Maintenant, ayant traversé le continent, il se présente, guitare à la main, avec sa belle gueule de poète, dans tous les bouges new-yorkais, donnant deux, trois spectacles par soir, offrant sa musique, sa voix, sa vie à la bohémienne new-yorkaise, en échange d'une bière, d'un café, d'un repas chaud, d'un divan dans un loft. On croirait lire Chronicles de Bob Dylan, 30 ans plus tard. Et tout comme elle avait signé le jeune Bob Zimmerman contre toute attente en '62, permettant à un grand poète de toucher un vaste public, la compagnie de disques Columbia, ayant eu vent de ce jeune homme qui remplissait les cafés et électrisait les clients le long d'interminables concerts improvisés, signe Jeff Buckley, fils du regretté Tim Buckley, disparu prématurément après un parcours météorique dans les années '70.
Mieux encore: faisant preuve d'une intuition magnifique, désireux d'enregistrer Jeff dans son habitat naturel, Columbia détache une équipe d'enregistrement pour aller l'entendre là où il se sent le mieux: dans le minuscule Café Sin-É.Ce sont donc deux sets au Sin-É qui sont éternisés sur cette Legacy Edition, deux CD et un court DVD en prime. Où le jeune bohème nous livre des versions "unplugged", déjà magnifiques, de ses compos qui gagneront des tonnes d'électricité dans quelques mois, lors de l'enregistrement de son unique album studio, le magnifique, l'inoubliable Grace. Et où Jeff rend hommage à ses inspirations, en les interprétant de cette voix unique, tout autant Robert Plant que Nina Simone, qui reste gravée dans les mémoires: Van Morrisson, Bob Dylan, Leonard Cohen, Led Zeppelin, Billie Holiday et bien sûr, son idole, Nina Simone...
On a le coeur gros en l'entendant évoquer sa propre mort dans "Grace"... ou monologuer sur la "vie trop courte qu'on ne doit pas laisser empoisonner par les hommes qui vivent à l'abri de leurs bureaux" avant de se lancer dans une interprétation vibrante de "Eternal Life", une de ses plus belles pièces. Et puis il chante "Calling You" de la bande sonore de Bagdad Café, et on voudrait que ça ne s'arrête jamais.
Lisez le très beau témoignage d'une amie dans les notes de pochette, reproduits ici... Vous aurez l'ambiance de l'enregistrement, qu'on a eu le bon goût de ne pas essayer de "nettoyer".

Moins de quatre ans plus tard, entre deux sessions d'enregistrement de son second album, pour faire rire les copains, il plonge dans le Mississipi, qui n'a jamais, à ce jour, rendu son corps.
RIP Jeff.
mardi 28 avril 2009
Le nouveau Dylan arrive aujourd'hui...

... et les critiques du monde entier sortent leurs plus belles plumes, ne serait-ce que pour ne pas trop pâlir face à leur sujet. Le barde de Minneapolis, à l'aube de ses 70 ans, continue d'ajouter des strophes à sa riche chronique de l'Amérique, comme une sorte de passeur de songes, de mythes et de légendes dont la terre noire ne finit plus d'être ensemencée par le passé. Dylan n'innove plus depuis longtemps, mais il est devenu plus indispensable que jamais. Au milieu des vendeurs du Temple du rock, les financiers de l'entertainement et les holding financiers qui pillent depuis longtemps la musique pop, il est le trait d'union entre les shouters de blues, les folk singers, Tin Pan Alley, le rock déluré des années '60, le psychédélisme et les egos boursouflés du classic-rock; il a tout vécu de cette fabuleuse épopée de la musique américaine dont il est le poète absolu, sorte de Faulkner en roue libre dont le steam of consciousness semble dorénavant inépuisable...
Extrait d'une critique, celle du Telegraph anglais:
"Some people they tell me I have the blood of the land in my voice," sings Bob Dylan on I Feel A Change Coming On. If so, it is a land that is almost shattered: hard-lived and careworn, yet stoic and even darkly humorous in the face of the inevitability of struggle. It is, above all, rich with ambiguity, located in the cracks between high idealism and base corruption. Dylan is the greatest poet songwriter of the modern era. In his 68th year (on his 33rd studio album) we continue to pay revenant attention, even though he wheezes and croaks, offers up Tin Pan Alley rhymes and oft-used melodies. Together Through Life is a beautifully played collection of antique blues pop."I have the blood of the land in my voice... Que voulez-vous ajouter après ça? Espèce de Grand Corbeau va! 4 étoiles dans le Guardian, 4 étoiles dansle All Music Guide, même chose dans Rolling Stone.
lundi 27 avril 2009
Makin Whoopee, sur les Beatles
Réponse hilarante de "hello people":
Miseryet le poster zebop de répondre à son tour:
It Won't Be Long
Not A Second Time
I Should Have Known Better
I'm a Loser
Fool on the Hill
I was alone at the time...
Ne venez pas vous dire qu'on ne vous tient pas au courant des choses importantes.
Sur la platine: le Keith Jarrett Trio, Sinead O'Connor, la dernière production de Daniel Lanois

Il y a bien longtemps que je ne me suis pas arrêté pour écrire quelques lignes...
Rien à dire, rien à écouter. Même pas envie. Une pause pour livrer quelques guerres de la vie quotidienne, de la vraie vie.
Quand je regarde Obama et ses guerres à lui, je vois un super-héros. Pas de farces. Je pourrais même pas lacer ses chaussures.
Et puis j'avais débranché mes enceintes principales, pour toutes sortes de raisons logistiques. Mon système des dernières semaines, activé en travaillant, consistait en une carte Audigy branché à un ampli Denon 250 des années '80 et mes vénérables Rogers LS 3/5a. Bonjour la compression sonore!
Je vais vous dire: hier, j'ai pris le temps de rebrancher quelques éléments et de replacer mes enceintes à leur position optimale; malgré les tubes affaiblis de mon Atma-Sphere et l'utilisation d'un modeste Oppo 981 comme source, j'ai retrouvé le plaisir sensuel et esthétique de la musique. Mieux: le plaisir spirituel; cet indéniable pouvoir, si élusif à la recherche scientifique, si facile à trahir par nos mots, qu'a la musique.
Vous avez lu l'entrevue avec Olivier Sacks dans la Presse du dimanche? Passionnant. L'être humain et son étrange musicophilie. Son rapport à ce langage sans véritable sens qu'est la musique. Il faut que je lise le dernier livre de ce réjouissant neurologue qui avait écrit le passionnant L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau.
Si l'être humain a vraiment une part de Dieu caché quelque part dans sa masse adipeuse, comme certains le pensent et comme d'autres l'espèrent, faut la chercher dans les zones excitables par la beauté, la musique, la littérature, la poésie.
Bon, et ces albums qui sont venus titiller ma zone musicophage hier?
D'abord, déjà un 4e disque live tiré des concerts 2001 du Keith Jarrett Trio. Peacock, DeJohnette et Jarrett tiennent le flambeau des grands standards visités avec respect, lyrisme, muscle, profondeur, depuis 25 ans. Ici, de nouveau, des standards archi-connus. Pourquoi le grand, l'immense compositeur de Facing You et de l'impro des concerts de Cologne (Köln Concert) fait-il autant de standards en "live"? Parce que, dira-t-il à un journal de LA, "We know how musical these songs are...Jazz musicians don't have to always break down doors: there's music inside the rooms too."Et la musique, enfermée dans les portes cloisonnées de ces standards, ils la trouvent, la magnifient, la spiritualisent, nous l'apportent dans des architectures toujours passionnantes, tendues par l'explosif DeJohnette (et qu'est-ce que les ingénieurs ECM savent saisir une batterie!) et emportées au septième ciel par l'inusable Keith Jarrett.
On peut préférer l'esprit plus moderne d'un Brad Mehldau et ses audacieux choix de standards modernes (Radiohead, Nick Drake, Beatles, Paul Simon). Mais ces live du Keith Jarrett Trio sont comme une célébration de liberté musicale, de virtuosité et de respect de l'histoire du genre. Pour ma part, qui ne fait que gratter la surface de l'immense héritage de Jarrett, chaque nouveau disque demeure un grand moment.

La transition suivante paraît brusque? Pas tant que ça... Rien de tel qu'une discussion sur le Steve Hoffman Forum pour vous donner l'envie de renouer avec un disque oublié... l'annonce de la sortie d'une édition double Deluxe de I Do Not Want What I Haven't Got, le disque-phare de la superbe Sinéad O'Connor, a donné lieu aux spéculations habituelles sur la qualité sonore du remastering, qui sera sûrement "compressed with squashed dynamics and disastrous EQ", une sorte de mantra obligatoire chaque fois qu'une annonce similaire est faite. Un membre s'est quand même risqué à dire que, selon lui, l'édition originale "sounded like garbage". Réaction stupéfaite des autres... et pour cause!
Rendons justice au mastering original canadien, pressé entre autres chez nous chez Cinram (VKW-41759): ce disque sonne magnifiquement et Sinéad, alors toute jeune, et seule aux commandes (compos et production) a bâti un grand disque rock, surprenant dans ses arrangements, et d'une sincérité qui fait presque mal dans ses textes et ses interprétations mordantes. Avec en prime une des meilleures compos de Prince (le grand hit "Nothing Compares To U"). Est-ce que le rock peut être vraiment meilleur que ça? Mettez The Last Days of our Acquaintance sur la platine, fermez les lumières et pleurez un peu l'amour qui fait mal. La voix de Sinéad, avec tous ses défauts, des déraillements, des tics, transmet plus de douleur humaine que vingt "torch ballads" de Céline. Voilà, c'est dit. Écoutez-la, plus récemment, sur 100th Window de Massive Attack. Ou sur Harbour de Moby.
Ce disque, le 2e de la jeune femme fut le zénith d'une carrière qui s'est un peu perdue dans la controverse par la suite. La jeune femme a trop de sincérité pour notre époque d'hypocrisies mal assumées. Étrange de rencontrer ces artistes immenses en personne. J'ai eu la chance de rencontrer Sinéad en tournée de presse à l'époque. Précédée de sa réputation sulfureuse, elle intimidait tant et si bien les journalistes et les glaçait de réponses courtes dites d'une voix de souris que la conférence de presse était presque silencieuse. Ce qui a donné la chance à des journalistes moins ferrés (dont votre humble serviteur) de lancer toutes les questions qui leur passaient par la tête. Et elle, de répondre doucement, brièvement, ses grands yeux de vénusiennes bien plantés dans les vôtres, timide volcan qui ne demandait qu'à exploser sur scène, au Spectrum, le soir même.
Le disque se clôt sur une grande mélopée a capella. I do not want what i haven't got, chante-t-elle. Est-ce bien vrai? J'ai malheureusement l'impression qu'une telle âme d'artiste sincère et totale ne trouve jamais totalement le repos.
Comment finir sur un peak émotif après tant de belles violences? Sur un disque tout neuf, complètement inconnu, et qui porte une prestigieuse signature à la production, celle de Daniel Lanois. le disque s'appelle Mercy, l'artiste et son groupe se nomment Rocco DeLuca and the Burden et si ce disque ne fait pas un tabac auprès des amateurs de rock, c'est que le rock est mort ou l'industrie qui le supporte.
Rocco, joueur de dobro, a probablement été nourri au biberon en écoutant le déchirant Grace de Jeff Buckley et lui emprunte ses envolées dans les hautes notes; une manière de nous donner à goûter à la fois à la force sensuelle du rock le plus emporté et la fragilité la plus profonde de l'âme humaine (sa voix falsetto, toujours au bord de la cassure). La production de Lanois, raffiné, riche, cordes et poussières et bohème et nuits longues, est plus raffinée que jamais, mais magnifiquement préservée au mastering (contrairement à tant de ses disques, dont ceux de U2): il y a dans ce disque une poésie qui rappelle Leonard Cohen, un spleen qui creuse son foret dans le ventre comme un disque de Elliott Smith, une sorte d'aveuglement poétique à la Buckley et une beauté sonore comme seul Lanois en fabrique. Que dire de plus? J'aime ce disque, profondément. J'espère que vous l'aimerez aussi. Ce serait comme boire la même auge de sang noir. Mercy.vendredi 13 mars 2009
Les mots sont de trop
Words like violence
Break the silence
Come crashing in
Into my little world
Painful to me
Pierce right through me
Cant you understand
Oh my little girl
All I ever wanted
All I ever needed
Is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm
Vows are spoken
To be broken
Feelings are intense
Words are trivial
Pleasures remain
So does the pain
Words are meaningless
And forgettable
All I ever wanted
All I ever needed
Is here in my arms
Words are very unnecessary
They can only do harm
Enjoy the silence
lundi 9 mars 2009
La mort des formats et le plaisir sensuel du vinyle
Et je vois qu'ils ont une grosse section vinyle neuf et usagé. Je me mets à fouiller un peu... Deux choses me frappent.
1) le plaisir de fouiller dans une section vinyle n'a jamais été remplacée. Le cover art d'un vinyle, c'est quand même autre chose qu'un CD. Ne parlons même pas des images scannées des téléchargements. Il va falloir qu'ils trouvent aussi un plaisir visuel aux téléchargements. Parfois, pour faire plaisir aux enfants (et à ma blonde, qui est une visuelle), je met le lecteur ordi en mode random et je met des fractales plein écran.
2) le prix des vinyles usagés a monté en flèche. Je ne compte plus le nombre de vinyles (que j'ai moi-même vendu à 50 sous ou 1$ il y a 7 ou 8 ans), qui se vendaient 3 ou 4$ il y a 3 ans et qui sont maintenant 10$ usagés.
Et alors? Et alors, rien. Les temps changent, on n'y peut pas grand chose. Tout se dématérialise à la vitesse de l'éclair, sign of the times. Le plaisir analogue et sensuel se vendra de plus en plus cher. C'était mon 5-minutes philosophico-mocheton.
dimanche 8 mars 2009
Steve Gadd... le bonheur!
Deux moments si différents, aux énergies si opposées, mais en même temps si liés, dans cette manière de rendre la batterie si expressive... L'homme s'appelle Steve Gadd...
C'est lui qui a créé le petit beat militaire de cette merveilleuse chanson de rupture amoureuse de Paul Simon, 50 Ways To leave Your Lover. Oh, que cette chanson, je me la suis répétée, certaines journées d'automne d'une année épouvantable de ma vie... (quoi? vous ne connaissez pas ce grand "classique" pop? Il vous faut l'entendre. Un jour ou l'autre, on en a besoin!)
À l'autre extrémité du spectre, c'est lui qui exécute ce grand, cet immense solo sur Aja de Steely Dan. Et je vous fait un aveu: je déteste les solos de batterie. Mais celui-là, j'y peux rien, il fait grimper mon rythme cardiaque à tout coup. Encore, encore de la grande pop.

P.S. Et, continuant de lire le fil de discussion sur lui, j'apprends qu'il a fait Chuck E's In Love de Rickie Lee Jones. Décidemment! Un grand bonhomme!
mercredi 4 mars 2009
Animal Collective: on va attendre le vinyle

On veut bien nous aussi se tenir à l'affût des formations qui, aujourd'hui, sculptent le son qui deviendra le mainstream de demain. Et en ce moment, dans le buzz critique, aucun groupe ne frétille aussi fort que Animal Collective et leur nouveau Merriweather Post Pavillion, qui fait se pâmer les critiques les plus exigeantes, de Alain Brunet à Pitchfork. En fait, l'éloge est général, et fait sonner la cloche à 89 de score global sur Metacritic.
On veut bien... mais comment y arriver lorsque, pour arriver à la musique, on doit se taper un mastering digital aussi atroce, qui biffe complètement le relief d'une musique qui est une sculpture sonore tridimensionnelle, dense, raffinée, complexe, avec harmonies vocales polyphoniques à la Pet Sounds sur nappes rythmiques surchargées... Si votre système a une vocation de transparence, vous râlerez, couché sur le plancher, bave aux lèvres, les hautes fréquences coulant de vos oreilles après avoir mis en purée votre cerveau...

Pourquoi? Mais pourquoi?
Paraît que le vinyle double à 30 $ , lui, sonne très bien!!! Avec des basses profondes et un son texturé à souhait!
L'industrie du disque est-elle masochiste? (pourquoi je pose la question? ils en ont fait la preuve plusieurs fois déjà, non?) Est-ce que Bowie et Roxy Music auraient passé leurs audacieuses propositions sonores si leurs disques avaient été inécoutables???
Ceci dit, après 3 ou 4 écoutes (avec larges moments de repos), je peux vous confirmer que les comparaisons à Pet Sounds des Beach Boys ne sont pas vaines; un Pet Sounds déconstruit, acidulé plutôt que psychédélique, où les cordes et cuivres cèdent la place à une lutherie électronique parfaitement maîtrisée. Bon, peut-être que les harmonies vocales ne sont pas aussi suaves. Mais quand même!
Vais-je investir pour la version vinyle?
vendredi 20 février 2009
La critique la plus assassine de tous les temps
"If you decide to buy this CD, wait patiently by the mail box till it arrives. Upon arrival, quickly open the box, then pull the security tape from the jewel case. Open the jewel case and place the CD in one hand. Break the CD in half, then slit your wrists with the remaining shards. As you begin to die look at your reflection in the mirror-like surface of the broken CD, and ask your self what you were thinking when you ordered this CD!"
jeudi 19 février 2009
The Way We Were
Ah, le charme de ces coompilations tout croche qui compressaient une quantité effarente de pièces sur chaque face. J'ai commencé à fréquenter les Rolling Stones sur une compil' de ce genre, et jamais 2000 Light Years From Home ne m'a semblé sonner aussi bien que sur ma compil' double "tel qu'annoncé a la télé", sur ma table tournante JVC, dans mon système anonyme...
Le responsable de cet élan de nostalgie débile et sincère? Un blogue, que je vous reproduis ici... en attendant de retrouver des traces de mes premiers frissons musicaux sur le site K-Tel Classics, bientôt sur la toile.
In Praise of K-Tel Albums
Written by Kit O'Toole
Published February 18, 2009
Part of The Cutout Bin
The album covers featured primitive graphics. The titles were often cheesy. The songs lacked great sound quality and sometimes were sloppily edited. Yet K-Tel albums introduced me to a number of great artists and ultimately helped form my musical tastes.
K-Tel albums compiled the hits of the day into one album, offering convenience for the consumer who lacked time or money to purchase individual singles. These compilations were organized by theme—rock, R&B, new wave, country, or dance—and ranged from well-known artists to one-hit wonders. Today, Now That’s What I Call Music CDs fill this role, but in the 70s and 80s K-Tel dominated the American market.
Founded by Canadian entrepreneur Philip Kives, the company sold items such as nonstick fry pans, the Veg-O-Matic, and the Feather-Touch Knife (similar to Ron Propeil’s Ronco). In early 1966 Kives decided to branch out into the music business, releasing his first compilation album, Twenty-Five Country Hits, that same year. He named his company K-Tel in the late sixties, and went on to sell half a billion albums worldwide by the eighties, according to K-Tel’s website. Like his products, Kives also created splashy TV ads to announce the latest record releases (such as the below example).
http://www.youtube.com/watch?v=QQPPKH6roS8
As a child, I loved receiving the latest K-Tel collections for Christmas or birthday gifts, and would play the LPs until the grooves wore down. Many years later I realized that my first introductions to rap and various seminal rock artists came from K-Tel.
The first two albums I remember receiving were Wings of Sound (1980) and Dancer (1981). The former’s cover featured, appropriately enough, multicolored wings and offered a selection of top 40 hits. Most notably, this album introduced me to Nick Lowe and Bob Dylan, along with the still-catchy one-hit wonder “Driver’s Seat” by Sniff ‘n The Tears. Lowe’s “Cruel to be Kind” remains one of the most clever rock songs of the early 80s, and Dylan’s “Gotta Serve Somebody” marks his overtly religious phase. As a kid I couldn’t quite grasp Dylan’s sound, but of course later learned of his tremendous influence on rock and folk.
Dancer focused, not surprisingly, on what turned out to be the dying days of disco. While it may have marked disco’s last gasp, it also signaled the gradual rise of hip hop. Frankie Smith’s “Double Dutch Bus” and Lakeside’s “Fantastic Voyage” have since become old-school (and heavily sampled) classics, but back then I heard nothing like them on the radio. In addition, the album introduced me to the gritty funk of the Gap Band, with “Burn Rubber (Why You Wanna Hurt Me)” remaining one of my favorite funk hits.
A year later, The Beat exposed me to then-alternative or “new wave” music. While the terms seem laughable now, the artists on the album existed on college radio or MTV, if you were lucky enough to have cable.
Sure, some of the selections hardly seemed edgy—The Go-Go’s perky “We Got the Beat” being the prime example—but there were a few gems as well. Graham Parker’s “You Hit the Spot” introduced me to the quirky singer-songwriter (do track down his serious reading of the Jackson Five’s “I Want You Back”), and The Waitresses’ sneering “I Know What Boys Like” still sounds unusual today. Depeche Mode also made an appearance here with “Dreaming of Me,” and Bow Wow Wow’s enthusiastic cover of “I Want Candy” combined punk with just a hint of ska.
Christmas 1982 also brought me Blast Off, a collection of pure pop.
While the cover art portrayed—yes, you guessed it—a spaceship taking off, the music ranged from classic rock to R&B. Then-John Cougar’s “Hurts So Good” opened my eyes to his brand of roots rock, while I continued my R&B education with Ray Parker Jr.’s “The Other Woman.” Blast Off also brought me my first taste of Van Halen with their cover of “Dancing in the Streets,” with David Lee Roth’s screaming vocals front and center. It remains one of my favorite Van Halen tracks.
My next purchase, Get Dancin', proved to be crucial in my rap education. Amazingly I first heard the masterpiece “The Message” by Grandmaster Flash and the Furious Five courtesy of K-Tel! At 11 years old, I couldn't quite grasp the song's grim message about inner-city life, but I could still chant “Don't push me/'Cause I'm close to the edge/I'm tryin'/Not to lose my head.” As an example of K-Tel's editing practices, Get Dancin's version of “The Message” featured a long beeping noise during the lyric “People pissing on the stairs/You know they just don't care.” Imagine my shock when I heard the unedited version for the first time! To this day, I cannot listen to that song without hearing “people [beeeeep] on the stairs.” Nevertheless, I can thank this 1983 album for showing me how rap lyrics can effectively shed light on serious issues.
Get Dancin' is where I first heard Luther Vandross's velvety voice on “Never Too Much,” converting me into an instant fan. Countless old-school classics abounded on this compilation: “Forget Me Nots” by Patrice Rushen; “I'm So Excited” by the Pointer Sisters; “I Really Don't Need No Light” by Jeffrey Osbourne; and “Love Come Down” by Evelyn “Champagne” King. I think I can trace my passion for R&B to this album. Strangely, Get Dancin' also included Laura Branigan's “Gloria” and Toni Basil's “Mickey.” Perhaps this apparent hodgepodge represents the variety of music on the charts at the time; after all, Dexy's Midnight Runners, Musical Youth, and Eddy Grant scored unlikely hits around that time.
In contrast to Get Dancin's more urban feel, Hit Explosion (also 1983) contained general top 40 fare. Interestingly this compilation contained more classic rock figures that were relatively unknown to me at the time, such as Rod Stewart (“Young Turks”), Steve Miller (“Abracadabra”), Santana (“Hold On”), and Rush (“New World Man”). Soon-to-be classic rock staples included Survivor with their massive hit “Eye of the Tiger” and REO Speedwagon's “Keep the Fire Burnin'.”
At that time I had little idea of the significance of Stewart, Miller, or Santana, but this album gave me an initial taste of their work. Among these songs was the still outstanding single “Steppin' Out” by Joe Jackson, which inspired me to investigate more of Jackson's work. His Night and Day album still exemplifies some of the more creative work of the 80s.
Hit Explosion also contained some girl power, as Pat Benatar (“Shadows of the Night”) and Joan Jett and the Blackhearts (“Do You Wanna Touch Me [Oh Yeah]”) proved that women could rock just as hard as the men. At a time when the Go-Gos were once introduced on TV's Solid Gold as “an all-girl band...and they all play their own instruments!” hard-rocking female artists were a bit of a revelation.
1984 marked the final year I would purchase K-Tel albums. Sound System represented another top 40 sampling, combining established artists with up-and-coming British acts such as the Fixx (“One Thing Leads to Another”) and Spandau Ballet (“Gold). While one-hit wonder Frank Stallone made an appearance with the kitschy “Far from Over,” the album also noted the emerging careers of Bryan Adams (“Cuts Like A Knife”) and Huey Lewis and the News (“Heart and Soul”).
Most interesting is the Kinks, whose “Don't Forget to Dance” was included. At the time I had no clue of the long history (and superlative writing skills) of the band, merely knowing their single “Come Dancing.” Since then I have become an admirer of Ray Davies, and love the band's work from the 60s and 70s. If K-Tel can be credited for further exposing me to the Kinks, I cannot blame them too much for putting Stallone on the same album.
My last K-Tel album, Street Beat, defined itself as presenting “new music, hot sounds” on its cover. It turned out that this album provided the best balance of pop, rock, and R&B, along with a few curiosities. Old-school music was in evidence with “Stay with Me Tonight,” the very danceable Osbourne classic, and the fantastic “Ain't Nobody” by Rufus and Chaka Khan. I thank K-Tel for introducing me to Khan, who possesses one of the best voices in soul. Of course she went on to even greater success with “I Feel for You” a short time later. However, “Ain't Nobody's” funk recalled her earlier work with Rufus, and is representative of her best work. As for Osbourne,”Stay with Me Tonight” perfectly exemplified K-Tel's tendency to edit music down to cram as much as possible onto a record. I later learned that the song contained extra verses that provided better transitions to the chorus; now, when I listen to the Street Beat version, the song seems awkwardly edited.
The token one-hit wonder made an appearance, this time “Just Got Lucky” by the JoBoxers. Huge hits also dominated: Irene Cara's “Flashdance;” Men Without Hats's “Safety Dance;” and Madness's “Our House” were just a few examples. But Elton John's defiant “I'm Still Standing” further educated me in John's work, and Eurythmics's haunting “Love Is A Stranger” showed me that all pop music need not be conventional.
After that, I drifted away from K-Tel collections, instead purchasing individual artists' albums and 45 RPM singles. But I look back on those compilations fondly, as they served as overviews or Cliff's Notes for current music. Having no access to MTV and listening to top-40 radio stations aimed at teens, I would never have heard definitive rap tracks like “The Message” if not for these albums. I also gained an education in classic artists that later inspired me to investigate their back catalogs.
K-Tel also exposed me to creative artists that buck the mainstream, such as Joe Jackson, Nick Lowe, and Graham Parker, later converting me into fans of these musicians. At a time when female rockers were seen as an anomaly, these collections proved that they could rock just as convincingly.
Today K-Tel exists as a music licensing company, customizing compilations for companies. They also sell products such as the Clever Cutter, marketed by the same kinds of late night TV commercials that helped establish their reputation. Sadly, many K-Tel albums are unavailable, although the K-Tel website promises a chronicle of their albums and commercials on a separate page, K-Tel Classics. Hopefully the company will follow through on this promise.
While some music fans may scoff at compilation albums such as today's Now That's What I Call Music series, these collections serve a purpose: in addition to saving the consumer time and money, they provide listeners an introduction to established and upcoming artists, and expose people to new sounds. Through these overviews, fans can develop their own music tastes. Despite corny cover art, silly album titles, and dubious song edits, K-Tel will always have my gratitude for furthering my music education.

