mercredi 28 juillet 2010

Meilleur que OK COMPUTER???


Dans le genre hyperbolique, on peut difficilement faire mieux aujourd'hui...
La BBC vient de faire une critique dithyrambique du nouvel opus de nos Arcade Fire...
Lisez la conclusion:
it’s important to remember that Arcade Fire’s journey from underground obscurity to chart-topping acclaim has been at a trajectory decidedly different to many a music industry heavyweight, more happy accident than orchestrated intent. Emerging from a previously unexplored beyond, their story has always been theirs alone to tell. And The Suburbs is their most thrillingly engrossing chapter yet; a complex, captivating work that, several cycles down the line, retains the magic and mystery of that first tentative encounter.
You could call it their OK Computer.
But it’s arguably better than that.
Si cette conclusion s'avère justifiée, il sera permis de parler de Arcade Fire comme du groupe rock anglo-saxon le plus important des années 2000.

mardi 27 juillet 2010

Dylan mono... WOW!

Par contre, pour faire contre-poids au billet aigre-doux précédent, reconnaissons à Sony leur travail pratiquement impeccable concernant l'héritage de Bob Dylan. On parle de la magnifique série Bootleg Series, bien sûr. On parle des rééditions exemplaires sur SACD. Et maintenant, un an après les Beatles, on parle d'un coffret mono pour l'automne.





Each album in “The 8-CD set of Dylan’s earliest albums in mono” will have a paper sleeve and the set will be in a slipcase, with a booklet, including liner notes by Greil Marcus. The albums will be from “Bob Dylan” to “John Wesley Harding” and it is believed that all are being freshly mastered for this release, using first issue copies of the mono LPs for reference, in order to ensure that they get the sound to match that on the albums when they were first released. Back at that time, albums were principally mixed for mono release, with less care and attention being paid to the stereo mixes, and many collectors prefer the mono versions. None have been issued officially on CD in mono before, although mono bootleg CDs are not unknown.

Ah, si seulement, maintenant qu'il en assurent la garde, l'héritage de Hendrix pouvait hériter du même respect...

Hires or not hires: ou comment l'industrie du disque se tire dans le pied 123e partie

Ah je les adore...
Aux premières lignes des geignards anti-Internet.
L'industrie du disque.
Oui, oui, cette industrie incapable de gérer son hallucinant patrimoine culture avec ne serait-ce qu'un peu de discernement;
cette industrie qui n'a jamais hésité à tromper sa force vive, les musiciens, et son sang, les mélomanes.

C'est sur un fil de discussion de l'excellent site Computer Audiophile
et il y est question de la version haute résolution de Love Supreme, le chef d'oeuvre de John Coltrane, apparemment restaurée à partir des élusives bandes maîtresses originales, sûrement un des items les plus mythiques de l'histoire du jazz.

Toujours est-il qu'on y apprend que le site de fichiers digitaux haute-résolution HDTracks a dû faire tout un ménage dans sa discothèque, après que l'ingénieur de son Bruce Brown, qui prépare les conversions  SACD => FLAC, ait découvert qu'une partie non négligeable du catalogue SACD était de faux fichiers haute-résolution.

Bruce at Puget Sounds, who does the transfer for HD Tracks from SACD, has said that they have recently realized that many SACDs are derived from 24/44.1 masters that are simply upsampled to 88.2 for SACD production. Apparently this is very common in the SACD catalogue.

Le clou de la nouvelle, c'est la ratio. Car après vérification systématique d'un grand nombre de SACD, quel ratio de faux l'ami Bruce aurait-il découvert?


  1.   10%
  2.   25%
  3.   33%
  4.   50%
Dîtes un nombre, allez!
Et si ce n'est pas le chiffre le plus élevé, vous vous trompez!!!

Incroyable!

dimanche 11 juillet 2010

Vélo dans la canicule, Arthur H et Jonsi en sono



C'était une ride délicieuse au couchant. Point de départ: le magnifique petit village de Mystic, niché dans un coin retiré près de Bedford. Sur la sono, une drôle de bibite: le premier disque solo de Jonsi, chanteur de Sigur Ros.

Je ne connais pas beaucoup les Islandais Sigur Ros. Je les assimile au courant post-rock, genre Godspeed U Black Emperor, en version plus légère, plus lumineuse. À cause, entre autres, de cette voix elfique étrange de Jonsi.

Les Islandais sont des drôles de moineaux paraît-il, vivant des journées de plusieurs mois, férus d'art la nuit, de plein air le jour. Ça ne peut créer que des esprits libres, à la Björk, pour moi l'artiste majeure des 20 dernières années en musique pop. Eh bien, à l'écoute de son disque, on ne peut que conclure que JONSI est aussi un esprit libre, vivant carrément sur une autre planète.


Son premier disque est un curieux mélange de batterie à l'avant, martelant les rythmes, de cette voix falsetto forte et d'arrangements tantôt flyés, tantôt grandioses. On croirait par moments un Hobbit monté sur ressorts, avec un côté sucré halluciné, et par moments un volcan en lente éruption, comme dans le sublime Tornado.



Je vous dis pas l'effet de cette musique sur une petite route de campagne vallonnée, avec le soleil couchant qui vous aveugle et un héron perché là-haut sur son arbre, qui regarde pensivement St-Armand et qui se demande à quoi peut bien penser Foglia à cette heure-là.

Une fois l'effet de surprise des deux premières pièces passées, on se laisse gagner par cet univers singulier, qui ne semble référer à rien d'autre qu'à ses propres lois. Jonsi n'est pas facile à prendre au premier abord. Et il est inutile de l'écouter sur une chaîne haute-résolution, le mastering ayant opéré un petit massacre sonore. Mais c'est un créateur pop en train de jeter les bases d'un son si singulier que vous pourriez bien le mettre en boucles pour les moments ultra-lumineux.  

Et il vous faudra que je vous parle de Mystic Rhumba, le bien-nommé disque solo piano-voix de Arthur H, dédié à Llhasa, que j'écoute en quittant Mystic (ce qui n'était pas du tout planifié) et qui, dans ses 4 premières pièces, touche trois fois au sublime... Ce diable d'homme, ce saltimbanque de l'émotion, ce Tom Waits dégingandé et si français, peut parfois trop en mettre, parfois trop nous la jouer bizarre. Mais quand il nous fait un Nancy et Tarzan, un Bo Derek, quand il chante les femmes, la beauté, de sa voix rauque un peu tout croche, seul au piano, dans un château plein de chandelles et pensant à notre dolorosa disparue (conditions réelles d'enregistrement du disque paraît-il), ben que voulez-vous, c'est si beau que j'en ai le coeur qui se serre et que je chante (très faux et très fort) par-dessus. Je suis ton Tarzan, ton Zorro, ton cow-boy, ton zéro, ton grigi, ton bad boy, ton Spider-man, oui, Nancy...


Et dans ce cas-ci, le son est fantastique Audiophile.

jeudi 8 juillet 2010

Original Master Tapes... Or Not? (The Sequel)

Eh bien l'expression "From The Original Master Tapes" est appelée à devenir obsolète. Car si Audio Fidelity eux-mêmes ne l'emploient plus, qui le fera?




J'ai employé une expression un peu forte pour décrire le récent imbroglio de AF, pris, disais-je, "la main dans le sac" pour emploi de "dubs" pour la création d'une édition audiophile de Simon & Garfunkel. Eh bien, la controverse qui a fait rage par la suite a amené l'étiquette à retirer la mention de ses célèbres rééditions. Et c'est celui par qui l'expression a été consacrée, l'ingénieur de son Steve Hoffman (célèbre pour avoir retrouvé, au milieu d'un fatras de rubans oubliés, la véritable bande maîtresse de Highway 61) qui nous recommande de ne pas en faire trop de cas. Dans une véritable partie de ping-pong avec les visiteurs de son forum, il explique la décision de Audio Fidelity ainsi:




The artwork is done in advance, way, way, way before mastering. That is why AF took off all disclaimers in the first place. It's just not possible to look into the future while typesetting, sorry. (...) 
How many times can I tell you guys that the art is printed long in advance? Then, it needs to BE APPROVED by the major record label. That usually takes MONTHS as well. They have the last word on what is to be printed. Do I gotta spell THAT out for you? (...)
Keith, the vault search is the last thing that is done before mastering. Months have gone by since the art was typeset and printed.
Is this not understandable?
10 years ago it was different. All those people have retired and the pencil pushers are in charge now. Do you think Sony Music will put on one of their discs: "Oh, we threw out this tape 25 years ago and are using a dub copy, dig it".
No, they won't and they won't and won't. (...)
George, 80 to 90 percent of the music in your record or CD collection is mastered from a dub. I doubt you could tell the difference. Heck, going from a 24 track tape to a 2 track tape is dubbing it. Or, what do you think two songs that run together are? They blend them by dubbing (Sgt. Pepper, Santana, Band On The Run, etc.)
You want to eliminate almost all of your collection because you are worried about pedigree? Better sit down first and take a breath...
You are not making any sense. (...)
The only pure recordings I have ever worked with are live to mono (like a Bill Haley) or live to two-track (like Art Pepper Meets The Rhythm Section). Everything else is NOT first generation. Heck, anything recorded after 1963 is not. So, we get the closest we can and go with it, it's usually tons better than what the majors use. Still, a master tape is not the Holy Grail (just listen to HOTEL CALIFORNIA raw if you want to be shocked). Everything is a copy, either from a multi or from a work part or whatever. 
The words MASTER TAPE simply mean that THIS IS APPROVED FOR DISK CUTTING (OR DISK "MASTERING").
Doesn't mean it's going to sound wonderful. Usually it doesn't. The master tape is itself a work part. Played back "raw" is usually a disappointment, like watching "straight" footage from a movie shoot. The thing comes alive in the tweaking (mastering) which is what I do.
I haven't heard the new Stevie Wonder but it was cut from the MASTER which is a dub. (Say "master" like Dr. Evil sez "Laser", use your fingers and everything.)
This MASTER is a master not because I'm calling it that but because it was the only tape EVER USED IN CUTTING THIS ALBUM. Nothing else was used ('cept maybe a dub of this). So in essence it's the real deal. Doesn't matter if Stevie has the work parts, nothing was ever cut from his tape. Do you see? A master is only a master if it was ever used to MASTER ANYTHING. Stevie's tape wasn't. Stevie probably has 50 different mixes of YOU ARE THE SUNSHINE OF MY LIFE and 200 other songs sitting around. So what? None of them was ever used to master anything. (...)
You guys are way too puritanical in your approach.
Take Paul McCartey's RAM or VENUS & MARS. Those "final masters" are dubs. Heck, VENUS & MARS was redubbed just to add a layer of compression. That third generation tape was then labeled MASTER. Should we never listen to it again? No. Do we dig that album? Sure. Do we care that it is technically a dub? We shouldn't.
OK OK. We get the point.
Still... 
Lui qui s'est fait  l'avocat No 1 de l'utilisation des bandes maîtresses d'origine, pourquoi soudainement tourner le dos à cette conception simple?



Once again, the master tape is the original approved version. You go further back and it's only work parts that need to be massaged. Don't like that except in certain cases. The master tape is the real deal. You probably forget that for every master tape there are many dubs of THAT master that have been used over the years to "master" stuff. What we do is go back as far as we can and eliminate those EQ Dubs and copies. We want the real deal. Hopefully it still exists. In a few cases, it's worn out, lost or dumped. If the album is an important one it can still be worked on with alternate cutting material. It's either that or settle for some really bad sounding older CD's.
Audiophile labels try and make the best sounding versions of favorite and beloved albums. Sometimes the process isn't all fun and games. The end result is worth it though. If I can improve the sound compared to what is already out there, if I can crank it without my ears bleeding, restore lost dynamic range or remove old grating EQ moves, I'm a happy camper.

Les propos de Steve Hoffman ont par la suite été censurés... sur son propre forum!!!
Ainsi est donc révélé le secret honteux: Audio Fidelity ne peut plus utiliser l'expression From The Original Master Tapes parce que ça se trouve à faire ombrage aux rééditions des majors! Vous l'avez lu ici!

samedi 3 juillet 2010

COLLISION FRONTALE ENTRE LOU REED ET MONTRÉAL CE SOIR!

C'était certainement un des spectacles les plus intrigants du Festival de Jazz cette année. Mais en m'installant dans la salle remplie de la salle Wilfrid-Pelletier à 19h30, j'étais loin de me douter que le concert serait terminé, sous les huées, 75 minutes plus tard, laissant un Lou Reed ravagé quitter la salle d'un pas incertain, quelques pas derrière une Laurie Anderson visiblement furax et un John Zorn écartelé entre les deux conjoints.

Quelle étrange réunion entre trois des fers de lance de la scène musicale new-yorkaise, dans sa diversité infinie de mouvances. Un rocker-songwriter increvable qui aura traversé les années de débauche et d'errances pour arriver intact dans la soixantaine, la performer la plus célèbre de l'histoire et le saxo le plus azimuté du jazz actuel, réunis pour un concert de musique improvisée qui aurait certainement eu plus de chance de rencontrer son public au Festival de Musique Actuelle de Victo.
Pourtant, quant à moi, la soirée avait assez bien commencé. C'est Lou Reed qui part le bal, et il installe d'emblée une ambiance de noise-rock assez lourde, qui a dû rappeler à ses vieux fans de durs souvenirs: ses Metal Machine Music..  Et c'est sur ce drone plus près de Fripp ou d'un Michael Brooke atteint d'accès de violence que le saxo de Zorn peut commencer à souffler, couiner, crier, hurler et le violon de Laurie Anderson de construire ses architectures sonores...

Ce qu'il y a de magnifique en musique improvisée, c'est de voir à quel point les personnalités peuvent s'exprimer et se compléter, sans censure. Reed s'impose par sa violence, la rage intérieure des ambiances qu'il crée: son barrage sonore est une armure ou une toile de fond, un sfumato dense, lourd, plombé... de l'autre côté de la scène, Laurie Anderson (que j'avais vue en 1984 au Spectrum, et dont j'avais complètement oublié le jeu de violon) semble constamment trouver, au coeur de la tempête, une architecture naissante, une cohérence, un rythme, que son violon vient souligmer; quant à John Zorn, au centre, pied sur une chaise, alto en bouche, c'est le lyrique, le volubile, l'emporté, l'animé. Les trois semblent se compléter parfaitement, et je peux dire que, sincèrement, je goûte chaque seconde.

Mais c'est loin d'être le cas de tous. Et je soupçonne le public de Lou Reed, en premier lieu, d'assez peu goûter ces architectures sonores décousues. Dès la fin d'une première impro, peut-être 12 minutes, les huées fusent (et moi qui croit naïvement que ce sont des Lou, pas des Bouh!) et les rangs s'éclaircissent. Et ça repart: piqué dans son orgueil, peut-être blessé, le vieux Lou, qui a survécu à l'héroïne, à Andy Warhol et à quatre décennies new-yorkaises, ce qui n'est pas rien, en remet une couche, pendant que Zorn couine comme jamais. Plus agressif, strident, dissonant, le trio remet ça avec une sorte de ferveur noire, et cette fois, une partie du public devient nettement plus sonore. Une bagarre passe à un cheveu d'éclater derrière moi. Un spectateur crie: It's A Disgrace! Un autre: Play Some Music. Zorn répond: If you don't think this is music, then get the f*** out of here.. Les gens se lèvent par dizaines et quittent. La soirée prend une mauvaise tournure.

La suite est à l'avenant. Reed, qui tourne de plus en plus le dos au public, essaie de diriger du geste sa douce, et semble lui inspirer un solo  tout à fait poétique (voir clip plus bas), mais il a dû se passer quelque chose entre eux, car après un morceau ma fois assez réussi, Reed se lève, visiblement harassé, fait mine de griffer Laurie, Zorn embrasse l'un, embrasse l'autre, mais n'arrive visiblement pas à les ramener sur la même longueur d'onde et le trio quitte en désordre, devant un public de plus en plus clairsemé et clairement abasourdi.

Ils viendront le temps d'un rappel; mais visiblement, le coeur de Lou Reed n'y est plus; il tombe dans la redite, le trio se rend difficilement au bout de ses idées, la soirée finit d'avorter et mes voisins me regardent, alors que les lumières se rallument: Is it over? Already???

La scène a quelque chose de cruelle. Au début du show, je ne pouvais manquer de m'émerveiller de la durabilité de Lou Reed: qui, à l'écoute de Heroin, en 1967, aurait pu se douter que ce junkie se rendrait à 68 ans, et continuerait de faire de la musique, et de la musique signifiante, 40 ans plus tard? Mais ce soir, ce "survivor", ce dur à cuire n'a pu vaincre une minorité bruyante et mal renseignée et est tombé dans le ring.



[AJOUT] Ouf... Patrick Gauthier ne les a pas ratés sur le site ruefrontenac. Mais il avoue être un fan du Lou Reed de Transformer. Peut-être ceci explique cela. Multipliez par peut-être 300 ou 400 spectateurs qui ont réagi de la même manière.

Parmi les fils de discussions les plus intéressants sur le sujet: http://www.stevehoffman.tv/forums/showthread.php?t=221093

jeudi 1 juillet 2010

Songs In The Key Of Life sur Audio Fidelity? [AJOUT]

Courte nouvelle...

après l'excellent Talking Book, voici que le chef d'oeuvre reconnu et absolu de Stevie Wonder, le double Songs In The Key Of Like, sera également réédité par Audio Fidelity, à une date à déterminer.



Pour ceux qui ne le connaissent pas, Songs In The Key Of Life est un album-double de 1976 pratiquement inépuisable, #1 du Billboard dès sa sortie, mélangeant des hits radios mémorables de funk-soul-pop (Sir Duke, pour Duke Ellington, le magique Isn't She Lovely? pour sa fille nouvellement née, I Wish, etc) et des pièces d'album tout aussi mémorables (comme ma préférée Pastime Paradise, reprise par un groupe de rap il y a une dizaine d'années).

Voilà une excellente nouvelle. Avec le Innervisions de Mobile Fidelity d'il y a quelques années et le tout nouveau Talking Book sur Audio Fidelity, on peut dire qu'une partie du corpus le plus important du grand Stevie aura été couvert par les étiquettes audiophiles.

Trois notes:

  • après avoir refusé de laisser sortir les vraies bandes maîtresses de Talking Book, Wonder laissera-t-il Kevin Gray accéder à celles de Songs In The Key Of Life? Probablement pas...
  • après avoir semblé figer sur le rock le moins actuel des années '70 pendant quelques mois (Alice Cooper, Deep Purple, Styx, Asia (!), Joe Walsh et autres Grand Funk Railroad, on dirait que la catalogue AF prend du mieux: Simon & Garfunkel, Stevie Wonder, Laura Nyro et même une réédition vinyle du chef d'oeuvre de Kate Bush, Hounds Of Love.
  • Pour ceux qui aiment fouiller les disquaires usagés, notez que les CDs originaux de Motown des années 1980 ont une excellente réputation au niveau sonore. Éviter cependant les remasterings du début des années 2000, qui ont tous les défauts des remasters contemporains (maximisés, compressés, EQ pour malentendants).
P.S. Au fait, parmi les autres titres AF annoncés ou en route, le "remastering" de Rebel Yell de Billy Idol (un des grands hits des années '80) sera effectué la semaine prochaine (date de sortie inconnue); aussi annoncés, deux titres de Billy Joel: 52nd Street et Glass Houses

lundi 28 juin 2010

Original Master Tapes... Or Not?

Depuis la sortie en 1985 de la mirifique compilation de Buddy Holly, From The Original Master Tapes (célèbre pour leur non-remastering de Steve Hoffman), l'appellation Master Tapes est entrée dans le langage audiophile comme un ingrédient indispensable à toute réédition qui se respecte. Certaines compagnies de disques s'en sont fait un Credo, et certains ingénieurs de mastering une garantie.


Mais voilà que la très audiophile Audio Fidelity vient de faire prendre la main dans le sac, lors de la réédition très attendue  du mixage original de Parsley Sage Rosemary & Thyme, chef d'oeuvre de folk bleuté de Simon & Garfunkel, par nul autre que Jamie Tate, un ingénieur de son de Nashville. Lequel se montre diplomate, mais extrêmement convaincant dans ce post qu'on peut trouver sur E-Bay et sur le forum de Steve Hoffman...


Hey everyone, 

When I first got this CD I thought it sounded really similar to the old CD I bought 20 years ago so I loaded a couple songs into Pro Tools to do some comparison listening. That's when I saw they were essentially the same thing. They sync'd up perfectly, the bits all lined up without drift and I could get a significant amount of null between them. The AF CD has been EQ'd slightly to reduce the upper midrange and give more emphasis on the bottom and top end. 
I'm not saying this CD is poorly mastered nor am I suggesting you shouldn't buy it, but... it should be known that this rather expensive CD was not sourced from the Original Master Tapes as advertised. It's not even sourced from analog tapes. They were given the old Columbia CD from the 1980s to use as their source. I made a discovery about its origins and thought it was important to share. 
And not only is it from a 20+ year old digital transfer they didn't even use the master tapes back then. It's a dub of some sort. Sounds like it's an EQ'd and limited LP tape. The song 'Homeward Bound' fades in on this CD unlike the recent Sundazed LP made using the true original analog masters. The AF came out after the Sundazed LP reissue so why didn't AF use them instead of an old digital dub that's at the very minimum three generations removed? 
There's nothing necessarily wrong with issuing CDs from older digital tapes. Every label has done it. But when you market to a specific audience like audiophiles there's going to be higher expectations. Add to that the statements found on Audio Fidelity's own website and the writing directly on the CD's slipcase that the $30 disc you just bought is "From The Original Master Tapes" and then discover it's untrue you can't help but feel deceived. 
I suggest Audio Fidelity would do a lot better if they were more open about these things. I have plenty of amazing sounding CDs that were sourced from tape copies. Nothing shameful in using safety dubs as long as you're not trying to pass it off as something it isn't. I'm sure everyone here agrees with that.

Le label a été plus prudent pour la réédition, très attendue, de Talking Book, le premier d'une série de chefs d'oeuvre de Stevie Wonder. Little Stevie n'autorisant jamais l'utilisation des bandes maîtresses originales qu'il garde scellées, le label a admis d'emblée utiliser une copie 30 ips préparée par Wonder à leur intention.


Tiens t'on là l'explication derrière l'absence de Steve Hoffman de plusieurs rééditions récentes chez AF?

Biolay, Gainsbarre pour une époque sans humour


On aimerait bien prendre Benjamin Biolay en grippe...  sa petite gueule de jeune David Gilmour atteint de womanizing aigu, accumulant les histoires d'Amour qui finissent mal, traînant sa gueule tourmentée et inexpressive sur tous les plateaux, jusqu'à nous l'imposer dans un film franchouillard insupportablement poseur (Sang froid, 2007)... et puis cette prétention à sauver la chanson française de la médiocrité...

Mais Biolay, après avoir particpé à la résurrention de Henri Salvador au début de la décennie, avec l'excellente Karen Ann (c'était Chambre avec vue), est maintenant un songwriter et un interprète substantiel... si substantiel qu'il lui a fallu coucher sa créativité sur un CD double l'an dernier, un double abondant, sans  temps mort ni déchet... Ça s'appelle La Superbe, et ça fait un peu mal, parce que ça parle abondamment d'amour, mais d'amour qui s'épuise, qui se fixe mélancoliquement vers son auto-destruction... comme si la mélancolique et gainsbourienne Je suis venu te dire que je m'en vais avait trouvé sa voix contemporaine; ou comme si l'élégiaque Manon finissait de se noyer dans les eaux délétères du 21e siècle. C'est un Gainsbarre lourd et ma fois assez triste, sans le fun orgiaque des années soixante, avec juste cette pointe d'hédonisme contemporain, qui  fait dire à Biolay qu'il a beau compatir avec la peine de sa belle (celle qu'il inflige bien sur), à partir de vingt et une heures, il n'a plus que sa queue.

Bref... mélodies sinueuses et qui s'inscrivent en vous, arrangements riches, somptueux, fouillés, variés, influences multiples mais parfaitement digérées (Bashung pour La Superbe, Gainsbarre pour tellement d'autres)... même lorsqu'il frôle le kitsch musical (Miss Catastrophe, Brandt Rhapsodie), son art du texte vient prendre la relève et vous mettre un une-deux dans le ventre..

S'il avait seulement une pointe d'humour, ou même d'ironie... bon, on peut pas tout avoir!

On aimerait l'haïr, ou au moins le jalouser en paix... mais on aime trop la chanson pour ça...

mardi 22 juin 2010

food time... play time... monk time...

Ah, comment résister à la musique de Sphere? Je me le demande. Je suis là, avachi dans un sofa, plus mort que vif, à laisser du cool-jazz m'achever dans la nuit tombante … je pousse la curiosité à démarrer Monk's Music, un opus Riverside de 1957 que je n'ai jamais écouté (j'ai rassemblé sur un DVD-A plusieurs disques à écouter)… et, tout en regardant la réjouissante pochette de Monk dans un traîneau rouge d'enfant,  voilà que soudain, au détour d'une syncope, d'un heurt mélodique, d'un jeu harmonique, d'une réfraction inattendue, mes synapses s'éveillent, commencent à investiguer, à en redemander… food time... play time... monk time...

Monk, c'est un peu le Stravinsky du jazz… une sorte de savant dingue tout en allusions cubiques, en jeux rythmiques, en détours surprenants. Comme Stravinsky, il pouvait écrire des thèmes inoubliables sans même forcer son talent (Round Midnight, ça vous dit quelque chose?). Mais comme Stravinsky, il n'aimait rien autant que de tordre les géniales mélodies qu'il avait dans la tête, de les swinger, leur donner une vie inattendue. Stravinsky est sauvage, Monk est naïf… Il s'amuse et crée des tableaux modernes, piquants qui, pour les musiciens, doivent être un terrain de jeu hilarant.

Faut écouter cet album exceptionnel, qui s'ouvre sur un hymne à quatre cuivres (2 ténors, 1 alto, 1 trompette) avant que l'on plonge dans une de ces mélodies inoubliables dont il a le secret: Well You Needn't. Et là, c'est 11 minutes de pur régal, avec un Art Blakey toujours aussi tribalement trippatif à la batterie (écouter le solo!), et un John Coltrane en pleine désyntox de Miles, et dont les solis denses  semblent si bien s'accorder avec la légèreté de Monk. Un régal!

Et puis, dès la pièce suivante, l'étendue débile du talent de Monk nous est donnée: il offre à Papy Coleman Hawkins, le père du swing au ténor, un beau thème langoureux où la tendresse virile du Hawk s'exprime (Ruby My Dear)… C'est pas beau à entendre ça?  Le grand prêtre de la révolution bop qui offre à un des vétérans de l'âge classique du jazz l'occasion d'exprimer tout son talent parmi ces jeunes morveux. Et dès la suivante, on retourne en syncope Monkienne, avec un Off Minor passionnant, avec une trompette (celle de Ray Copeland) qui joue avec le rythme et ne cesse de triturer le thème pour le rendre plus irradiant…

Epistrophy, qui suit et qui a droit au même développement complet que Well You Needn't, permet de nouveau de se rendre compte à quel point le très intense Coltrane, le très tribal Blakey et le très cérébral Monk se complétaient bien. Pas que les autres soient des bûcheux, mais ces trois-là ont entre eux une sorte de complémentarité émotionnelle jubilatoire. Normalement, j'aime pas beaucoup les solos de batterie. mais Blakey est tout simplement irrésistible.

Crépuscule with Nellie, qui clôt l'album, est une autre de ces ballades magiques de Monk, selon un art mélodique étrange et séducteur qui est disparu avec lui.

Ah, Monk… on ne te fréquente jamais assez! 30 minutes qui ne cessent de nous surprendre, et qui n'ont pas vieilli.
(et pour notre grand bonheur, ce n'est pas un enregistrement de Rudy van Gelder, plutôt de Jack Higgins… ce qui signifie que le piano de Monk sonne comme un piano! La batterie aussi semble particulièrement bien enregistrée...)

vendredi 26 mars 2010

JAZZ à défoncer les NEURONES

Guys! Stop The Press!
Peut-être connaissez-vous le site Metacritics.com, un site qui fait le recension des critiques pop et rock du monde entier?
OK, maintenant, dîtes-vous une chose: le jazz est une denrée absente du menu de Metacritics. Pourquoi? Bof... Jazz=pas cool. Jazz=intellectuels. Jazz=barbichettes, jazz égale nobody cares.
Or, qu'est-ce qu'on voit poindre à la position #7 du Top 1000 de Metacritics pour l'année 2009?
Un disque de jazz.
PAS UNE RÉÉDITION HISTORIQUE ET INCONTOURNABLE.
Juste un nouveau disque absolument indispensable à votre collection,
si vous êtes un tant soit peu sérieux comme mélomane.
Rien d'autre à dire, allez chez un disquaire raisonnable, achetez-le, ouvrez vos neurones, décrassez vos synapses et écoutez.
On s'en reparle.

jeudi 11 février 2010

Quelque part loin de la foule [Björk]

... parfois, il suffit de se rendre compte que ce qu'on chérit et écoute des trucs parfaitement étranges, voire inécoutables, pour les autres, pour prendre la juste distance qui nous sépare de la foule. C'est un peu inquiétant, c'est comme lorsque gamin, on sent le ressac qui vient de nous faire perdre pied, et tranquillement, on glisse sur  des courants contraires et on n'est pas du tout sûr de revenir.

Tenez, une question comme une autre sur un forum hifi... quelles sont les tounes que vous associez au sexe. Attention, on ne parle pas d'amour. On parle un peu plus crûment, un peu plus la langue dans l'oreille, un peu plus je ne veux plus savoir le pourquoi du comment, juste défoncer l'ennui, tuer ma pensée, déflorer l'obscurité. Annihiler la distance physique qui me sépare de l'autre, celle qui a la faculté de me faire perdre envie d'avoir une peau qui me sépare d'elle.

Suspects habituels, dans mon camp, et je constate ne pas être le seul... Closer de Nine Inch Nails... Hymne de la défonce érotique... Et puis comment oublier Tricky, l'ange noir du trip hop, et ses inoubliables et légèrement malsains Pumpkin' (avec Goldfrapp) et surtout Abbaon Fat Track.

À quelques pas de Tricky, et pour tomber dans la dimension féminine, celle qui nous inspire, il y a bien sûr Björk. La Murène de l'Islande, qui, incidemment, a dédié quelques trucs pas très élogieux à ce même Tricky après leur rupture... Lorsqu'on parle de féminité, complexe, puissante, troublante, s'exprimant musicalement avec une force qui nous renverse, on ne peut passer à côté de Björk.

Le nombre de pièces de Björk qui me renversent sur leur passage est très grand. J'ai vécu de grands moments d'intimité musicale avec Björk; vous savez, ces moments où, pour des histoires de coeur compliqués, ciel et terre s'écroulent. J'ai souvent écouté "Come To me" dans ce contexte. J'ai souvent écouté tout le premier album, Debut, dans ce contexte!

Mais lorsque je veux me connecter à la féminité primitive, incantatoire et ma foi violemment érotique, c'est Ancestors sur Médulla que j'écoute.

Je vous vois froncer les sourcils. Quoi? Ce truc à base de voix humaines, de chants de gorge, de human beat box, ce truc absolument, résolument pas écoutable?

Ouais. Ce truc de fou. Ce délire humain, ce disque fragile, plein de chants de sirènes, qui est le point culminant de la constante évolution-régression de la diva des Sugarcubes vers l'émotion brute. Quelle passionnante, quelle belle artiste, capable de tenir tête artistiquement par sa voix et ses yeux inquiétants à Lars von Trier, capable de nous faire danser, ou alors de nous river à notre siège par sa passion éruptive (Bachelorette). Et qui, au faîte de sa gloire populaire et critique, décide de bâtir une symphonie de voix humaines, pondant au passage le thème des Jeux d'Athènes avec, entre tous les illuminés, Robert Wyatt...

Mais, l'écoutant, et vous laissant gagner, vous sentirez peu à peu que le ressac vous a isolé de la gente humaine. Mais n'est-ce pas le plus grand pouvoir de la musique de délivrer parfois le reptile en nous?

vendredi 5 février 2010

Le vinyle: "Just simmer and serve"







Je viens de lire une citation de Steve Hoffman qui m'a fait sourire...
À la question:
Discussion:what vinyl adds to Audio
voici sa réponse, désarmante de franchise:

What we get from records that we don't get from CD's: Pleasant coloration. Like what good spices add to spaghetti sauce.
Just simmer and serve.
Once you hear that sound it's hard to be without the lifelike cues that fool our ears into thinking they are hearing live music. Colorations do that.
Vinyl/Turntable colorations are our friend. Without them, life and music get a lot less interesting.
Je suis sûr que certains n'aimeront pas cette réponse.

Mais la musique est une affaire de plaisir sensuel après tout.

mardi 19 janvier 2010

RIP Kate


Sadly our sweet Kate had to leave us last night. She departed in a haze of song and love surrounded by family and good friends. She is irreplaceable and we are broken-hearted. Til we meet again dear sister. 
Anna McGarrigle




When inevitably I read today in the papers that my mother lost her battle with cancer last night, I am filled with an immense desire to add that this battle, though lost, was tremendously fruitful during these last three and a half years of her life. She witnessed her daughter's marriage, the creation of my first opera, the birth of her first grandchild Arcangelo, and gave the greatest performance of her life to a packed crowd at the Royal Albert Hall in London. Not to mention traveling to some of the world's most incredible places with both my sister, her husband Brad, my boyfriend Jorn and myself. Yes, it was all too brief, but as I was saying to her sister Anna last night while sitting by her body after the struggle had ceased, there is never enough time and she, my amazing mother with whom everyone fell in love, went out there and bloody did it. I will miss you mother, my sweet and valiant explorer, lebwohl and adio. X
Rufus Wainwright

Dur début d'année pour la musique québécoise.
Après le départ combien prématuré de Llhasa, voici maintenant le duo des soeurs McGarrigle séparé.
Un bon moment pour "spinner" le magnifique The McGarrigle Hour, en attendant de re/découvrir les premiers albums du duo de Morin Heights.
RIP Kate
Nos sympathies au clan McGarrigle.


We are meat, we are spirit
We have blood and we have grace
We have will and we have muscle
A soul and a face
Why must we die?
 - Kate & Anna McGarrigle, Joel Zifkin

samedi 16 janvier 2010

King Crimson: autres remix en route!


Finalement, l'année 2009 aura été une excellente année pour les rééditions, et parmi les grandes réussites artistiques de l'année, nul doute que les remix de deux albums de King Crimson par Steve Wilson, en son surround et en stéréo haute résolution figurant en bonne place. D'entendre Lizard remixé à partir des bandes avant "bouncing" aura permis de dépoussiérer une oeuvre plutôt négligée dans la discographie des parrains du prog.

La bonne nouvelle, c'est que l'élan donné à la série semble se poursuivre et Steve Wilson et Robert Fripp sont déjà à pied d'oeuvre pour la suite des choses. Extrait du Robert Fripp's Diary, en date du 5 janvier 2010.


Our intended work this week is to mix / re-mix Poseidon in 5.1 & stereo, and re-mix Islands & Larks’ in stereo; both of the latter have already been mixed in 5.1. Poseidon has the disadvantage that we have not been able to find the original pre-bounce tracks. So, we can’t access the original individual mellotron parts. The main mellotron parts on Poseidon – the song is mixed together with acoustic guitar on a stereo pair; drums & bass are also on a stereo pair. Devil’s Triangle is missing lots of its constituent parts. Nevertheless, we have been able to significantly improve Peace, Pictures of a City,Cadence, Cat Food & Groon I…
Dommage pour Devil's Triangle, une variation déjanté des Planètes de Holst. Néanmoins, une excellente nouvelle pour les amateurs de rock contemporain...

Audio Fidelity: nouvelles



Il est maintenant acquis que le Parsley, Sage, Rosemary And Thyme de Simon & Garfunkel sera l'édition stéréo, Paul Simon manifestant une forte opposition à la sortie du mixage mono, qui restera donc un titre de bootleg recherché.

Et pour ceux qui attendaient (comme moi) le remastering du premier B-52's, qui fit tant pour popualriser le new-wave et ramener le fun dans la musique rock, ne retenez plus votre souffle. Les bandes maîtresses analogues étant introuvable, Audio Fidelity a renoncé à son projet de réédition. Cosmic Thing prendra sa place.

Chef d'oeuvre mineur: Wise After The Event de Anthony Phillips


On peut se demander commnent s'est senti Anthony Phillips pendant les années '70, alors que ses amis de Genesis passaient de l'anonymat au statut de fers de lance de la musique progressive britannique. Après tout, il avait largement contribué à forger l'identitié du groupe sur Tresspass. Son influence se fait encore nettement sentir sur Nursery Cryme même si Steve Hackett a déjà pris le relais. Il y a dans le son du Genesis d'alors une douceur pastorale, presque une aquarelle couchée sur 6-cordes, qui doit beaucoup à Phillips.

Mais enfin, il y a sûrement des tonnes de raisons pour ne pas entreprendre une carrière dans le cirque rock pour un individu raisonnable. Néanmoins, la parution en 1977 de l'album The Geese and the Ghost , fruit du travail de nombreuses années de Phillips, avec l'aide de Mike Rutherford, fut l'occasion de se rappeler que Genesis était tout un terreau de talents rares. La réception fut excellente; c'était comme un aperçu de la voie qu'aurait pu prendre Genesis avec un Peter Gabriel moins ambitieux et avec un guitariste moins expressionniste. Et c'est un  Anthony Phillips plein de confiance qui s'enferme dans un studio pendant un mois, en 1978, pour pondre un joli petit chef d'oeuvre, en mode mineur.


Cet album, Wise After The Event, il y a facilement 30 ans que je ne l'ai pas entendu. Parce qu'enfin, ce disque, il n'est plus qu'un petit astérisque dans l'encyclopédie du rock britannique, une note en bas de page du chapitre Genesis; ce n'est pas le disque que l'on sort lorsqu'on file "prog". Et pourtant, je me suis rendu compte que je n'avais rien oublié, 30 ans plus tard: rien oublié de ces mélodies sinueuses, pleines de la jolie complexité d'un orfèvre à l'ouvrage. Rien oublié du climat pastoral, terriblement vivant, de cet album qui, je ne sais pas pourquoi, peut-être pour son côté bricolé, bordélique, me rappelle le Ram de Paul et Linda McCartney. Et puis, il y a ce son si particulier, forgé par Phillips avec l'excellent producteur Rupert Hine (qui a le don d'aller chercher le meilleur des artistes: Howard Jones et son Human's Lib, le Private Dancer de Tina Turner, The Getaway de Chris De Burgh), spirales de guitares mixées serrés dans une sorte de vapeur métallique au milieu de laquelle émerge la voix de Anthony Phillips: une voix fragile, pas toujours très juste, toujours au moins doublée, sans grande texture, et pourtant, je ne sais par quel moyen, terriblement expressive, des centuples de fois plus expressives que la voix de Steve Hackett, pour donner un exemple.

C'est un petit voyage que je vous recommande, peut-être une fois l'an, lorsque la nature semble cruelle (comme cette semaine bon sang), et le rock pesant et sentencieux. C'est un disque qui respire l'optimisme, la naïveté, l'amour de la guitare et des mélodies un peu fouillées. Un disque très éloigné de Genesis, un disque qui ne ressemble à rien d'autre, même pas à The Geese and the Ghost. Un prog gentil, pas prétentieux pour deux sous.

[Côté son, rien pour écrire à sa mère: mixage presque mono, et l'édition double avec démos et mix alternatifs sent le EQ-dub à plein nez: presque pas de basse... si vous avez le vinyle, écoutez-le plutôt, il doit être meilleur]

lundi 11 janvier 2010

Roger Ebert, nil by mouth


C'est pour moi un authentique héros littéraire.

Oh je sais bien qu'un critique de cinéma n'est pas un vrai héros littéraire. Ce n'est même pas un vrai créateur.

Mais dans un monde de critiques chiants qui cherchent désespérément à se faire du capital intellectuel sur le dos des créateurs, Roger Ebert est un modèle de perspicacité, de lucidité, de générosité aussi.

Il en faut, de la générosité, après plus de 40 ans de visionnements professionnels, pour toujours garder son ouverture d'esprit, chercher à comprendre la démarche créatrice qui balbutie devant nos yeux, souvent de manière totalement anarchique, pour offrir à celui qui lit un éclairage nouveau sur un film qu'il eut été si facile de trasher, comme trop de critiques le font constamment, amoureux de leurs propres mots d'esprit.

Lorsque je sens qu'un film m'échappe, que la démarche de son auteur m'est hermétique, je me tourne toujours vers Roger Ebert.

Tout ça pour vois dire que le grand esprit de Ebert fait face à un obstacle incroyable, une adversité que je ne souhaite pas à mon pire ennemi. Des opérations multiples pour un cancer de la gorge ont laissé des séquelles épouvantables: il ne peut plus ni boire, ni manger, ni parler. Et il vient de refuser ce qui eut été une quatrième chirurgie réparatrice.

Croyez-vous ce diable d'homme allongé sur son lit d'hôpital, plein de rancoeur et de dégoût pour ce coup du sort, attendant la mort dans l'amertume? Que non...

Il nous fait partager sa condition dans une entrée de son  fameux blogue.  Que ceux qui se demandent à quoi servent les blogues fassent un détour par ce condensé de dignité humaine.

J'ai jamais lu un si bel hommage croisé à la nourriture et la mémoire.

http://blogs.suntimes.com/ebert/2010/01/nil_by_mouth.html

samedi 9 janvier 2010

To FLAC or not to FLAC

Avec la prolifération des serveurs musicaux ces jours-ci, et les myriades de configurations possibles, il devient de plus en plus intéressant d'obtenir l'opinion de gens ayant une acuité sonore et une expérience professionnelle du son avant de créer notre station. Surtout avec l'investissement considérable de temps requis pour le ripping, le tagging et la compression...

Pas de doute, le FLAC s'est imposé depuis quelques mois comme étant la solution de compression la plus prometteuse: application ouverte, gratuite, largement supportée, théoriquement sans aucune perte sonore. Mais est-ce que le FLAC est réellement transparent?

Citation de Barry Diament, un des ingénieurs au mastering les plus connus et respectés, et un collaborateur régulier et apprécié au forum SteveHoffman.tv.

In another thread, I mentioned recent listening tests to some FLAC files I made (using different applications and different settings). I listened with other ears I trust and in a blind comparison, it took only seconds to note the hardening and brightening of the sound that results when a so-called "lossless" compressed file, like a FLAC, is expanded in real-time.

The differences were relatively subtle but quite easily heard by all. With hard disks dropping in price every day, I see no reason to use any form of data compression. Besides, I want to hear things as good as I possibly can and for me, that means raw, uncompressed AIF (or WAV).

All that said, I did confirm that the FLAC can be expanded to AIF or WAV in an off-line process (i.e. NOT while listening) without any loss. But as I understand it, most folks who use FLAC listen directly to the FLAC (i.e. have the software expand it in real time, while they're listening). Under these circumstances, I don't like what happens to the sound.

This is consistent with my experience with other real-time processes, like sample rate conversion. I can take my favorite src algorithm and use it off-line to create transparent results. And I can use it in real time and hear the subtle hardening and brightening creep in.

So, for my own listening, it is always raw (uncompressed) AIF or WAV, played at its native sample rate.

(...) The tests used many different files, including recordings I made myself and the results were consistent, regardless of the recording, the software used or the settings.(...)

Again, not a night and day difference but an easily audible one, sufficient to deter me from using it for my own listening or from anything Soundkeeper does.



Just my perspective.

Best regards,
Barry
www.soundkeeperrecordings.com
www.barrydiamentaudio.com

mardi 5 janvier 2010

The Road au son de Lizard


C'est peut-être la mort prématurée de Lhasa de Sela, la Lhorona, notre Pleureuse, au tout premier jour de l'année, fauchée par une saloperie de maladie qui a le bras long et les doigts crochus;

C'est peut-être ce mélange d'érotisme, d'amour désespéré des femmes et de la mauvaise conscience masculine qui émanent du dernier opus du très particulier cinéaste espagnol Julio Medem, Chaotic Ana (et dans lequel une jeune femme, très belle, élevée par son père dans une caverne aux mystérieuses portes, porte en elle deux mille ans de femmes mortes tragiquement dans un monde machiste violent);

C'est peut-être la dissonance cauchemardesque de Cirkus qui ouvre l'excellent remix de Lizard, un autre cauchemar éveillé du très sombre Robert Fripp et de son véhicule privilégié, King Crimson (lequel enterrait de belle façon sa courte mais productive période prog symphonique en 1970), musique masculine âpre, violente et sombre (bravo à Steve Wilson pour un remix stéréo très réussi);

C'est sans aucun doute la vision post-apocalyptique de Corman McCarthy dont le The Road hante mes nuits ces jours-ci; un monde désert, stérile, sombre, plein de cendres, un monde dont la féminité a été aspirée dans une catastrophe dont nous ne savons que les effets.

En tout les cas, 'peut pas dormir... rude début d'année 2010...