mardi 24 mai 2011

Kate Bush REDUX - fascinant...

Drôle de manière de lancer son propre label... Mais évidemment, de la magnifique Kate Bush, on en peut attendre que du singulier!



Director's Cut, c'est une artiste qui décide de revisiter une partie ingrate de son répertoire et d'en tirer la sève musicale. Pour une artiste au parcours aussi relevé que Kate Bush, il est facile de trouver à quel moment se situe l'unique faux-pas de sa magnifique carrière: le très inégal Red Shoes, album de rupture au demeurant assez déchirant, et qui allait être suivi d'un silence assourdissant de... 12 ans! Non seulement un album où, pour une rare fois chez elle le médiocre côtoie le sublime, mais aussi un des albums les plus désagréables au niveau sonore que j'ai eu l'occasion d'entendre. Digital, strident et dénué de toute chaleur.



Après le parcours absolument inégalable de Kate Bush dans les années '80, la chute qualitative fut si brutale que toutes sortes de rumeurs ont circulé, certaines pas très jolies: personnage romantique par excellence, la rupture amoureuse aurait plongé Kate Bush dans la folie: You're The One, qui clôt The Red Shoes de manière dramatique, serait le testament amoureux d'une passionnée condamnée à s'arracher les ongles dans une cellule capitonnée!

Eh bien non. Kate Bush a pansé ses plaies, a eu un enfant, a rencontré un guitariste et a probablement eu le retour en grâce artistique le plus réussi qu'on pouvait espérer avec le magnifique double Aerial, en 2005, un album d'une grande beauté sonore et émotive.

Et alors qu'on annonce déjà (!) que la composition du prochain album est pratiquement achevé, voilà que sort cet étrange Director's Cut.


Revisiter son propre répertoire n’est rien de très nouveau. Les résultats sont parfois catastrophiques (vous vous rappelez les versions sur CD des vieux hits de Robert Charlebois, enregistrés pour résoudre un vieux problème de droits d'auteur?), parfois intéressants (Joni Mitchell et son somptueux "Travelogue"). Mais "corriger" un album passé sous le radar? Voilà qui est déjà plus intéressant.



Director's Cut reprend donc sept pièces de Red Shoes (1993), mais aussi quatre pièces de The Sensual World (1989), l'album précédent de Kate Bush, album riche et audacieux, dont les arrangements très chargés avaient dérouté plusieurs des amateurs de Hounds Of Love (1985) (considéré par plusieurs comme le pinacle artistique de sa carrière). Toutes les voix ont été ré-enregistrées (à part les voix bulgares). Disparus, les batteries synthétiques typiques des années '80, remplacées par de nouvelles pistes rythmiques "analogues". Parfois, la relecture va beaucoup plus loin. Mais commençons par le début.

Le point de départ c'est la relecture de la pièce-titre de The Sensual World. Rebaptisée "Flower of the Mountain", la pièce a permis à Kate Bush de réaliser un fantasme: celle d'apposer à sa musique les mots de James Joyce, permission qui lui avait été refusée à l'époque pour lui être accordée récemment par les héritiers. Parions que ce fut même le point de départ de l'aventure. Et, avouons-le, la chose démarre plutôt mal.

Car la voix de Kate Bush a changé; et pour parvenir à réenregistrer les pistes vocales, elle a dû chanter dans une clé différente. La voix aérienne se pose sur les magnifiques arrangements quelques tons plus bas; probablement pour permettre à la voix de ne pas disparaître dans l'opulence des arrangements d'époque, on a dépouillé ceux-ci et considérablement augmenté la présence de la voix au mixage. Résultat: une voix qui semble presque étrangère à la pièce, et dont la sensualité semble évacuée. Mixage raté, impact presque nul. Misère... L'aventure tournera-t-elle au désastre?

Que non... Car dès The Song Of Solomon, une des très belles pièces de Red Shoes, on perçoit un peu mieux où l'aventure nous mènera. Kate Bush n'a pas caché avoir commis une erreur lorsqu'elle a transformé son studio à la fin des années '80 et passé de l'analogue au numérique, une méthode d'enregistrement qu'elle maîtrisait fort mal. The Sensual World en souffrait; pour Red Shoes, ce fut encore bien pire. Director's Cut vient corriger en partie l'erreur historique. Le son et la voix, autrefois stridents, ont repris des couleurs, de la rondeur, de la chaleur, de la physicalité. La pièce suivante, l'ésotérique Lily, le démontre encore bien plus clairement: inécoutable par sa stridence aiguë sur The Red Shoes, la pièce gagne une rythmique bien pesante, une nouvelle partie de guitare et une interprétation passionnée plutôt qu'hystérique. Soudainement, la plongée psychanalytique et mystique de la jeune femme qui perd pied ("Lily, Oh Lily I don't feel safe, I feel that life has blown a great big hole through me") nous prend au ventre plutôt que nous prendre la tête. Émotion.

Et ça continue de mieux en mieux. Deeper Understanding, de Sensual World, est débarrassée de ses batteries synthétiques au profit de véritables peaux. L'interprétation de la voix de 1989 est inégalable (et inégalée), mais Kate Bush, en exploratrice passionnée du son, nous réserve une surprise: rappelant Sufjan Stevens et Bon Iver sur leurs récents albums, elle utilise l'autotune de magnifique façon pour créer une nouvelle partition vocale qui  vous surprendra. Vous comprendrez que l'autotune n'est vraiment pas utilisé ici dans son but habituel. Un coda basse, voix, harmonica et synthé clôt la pièce de très belle manière.

Le reste est à l'avenant: des versions neuves, surprenantes, nous montrant que ces titres du passé avaient un potentiel plus grand que ce qu'on aurait imaginé.

Certains fanatiques ont frémi en voyant This Woman's Work dans les titres. On parle ici d'une pièce que les amateurs tiennent pour sacré, peut-être la plus belle interprétation de Kate Bush dans sa carrière, qui n'en manque pourtant pas. Ici, la refonte est poussée très loin: synthé délicat rappelant un Fender Rhodes, choeurs angéliques noyés dans un écho glacé. Désolé pour les puristes mais cette version est une des plus belles réussites de Director's Cut; un voyage sonore inattendu, et sans doute la plus belle interprétation vocale de l'album. Comme si Kate Bush avait fait un overdose de Tomita avant d'entrer en studio. Beautiful... J'achète, j'adore, j'adhère.

Kate Bush n'est évidemment plus l'ingénue qui a fait une entrée fracassante dans la musique pop à 19 ans à la fin des années '70; elle n'est plus cette artiste "cutting edge" qui faisait jeu égal dans l'audace avec Peter Gabriel dans les années '80 et dont chaque album était un évènement artistique; elle est entrée dans une sorte de maturité tranquille, sereine. Ainsi, le "pacing" de Director's Cut rappelle Aerial: éloge d'une certaine lenteur, d'une délicatesse d'émotion et d'un travail sonore d’orfèvre. On est loin de la frénésie contemporaine, du bombardement sonore, du patchwork d'influences.

Grande réussite? Non, peut-être pas. Mais refonte fort intéressante qui vient remettre en lumière quelques titres mal aimés d'un répertoire presque sans taches.

À noter qu'une version Deluxe de Director's Cut comprend aussi l'album The Sensual World (un "must" à mon avis) ainsi qu'un remastering (drôlement nécessaire) de "The Red Shoes", dont j'ai pu entendre (et apprécié) un très court clip sonore. Peut-être après tout cet album mérite-t-il aussi une ré-audition dans ses arrangements originaux.

En attendant donc le prochain album, un prologue surprenant...

vendredi 20 mai 2011

MIX TAPE 65: 80s - White Punks On Dope Vol. 1

Mix Tape 65 - White Punks On Dope Vol. 1


Je n'aurais pas cru si difficile de faire un mix-tape des années '80, années honnies des puristes du classic-rock pour avoir amené plusieurs calamités dans le monde du rock. Je veux dire: faire un mix-tape raisonnablement court. Je croyais détester les années '80.
C'est la décennie où les consoles digitales et le CD ont détruit le son analogue . La décennie où, emportés par la pompe de plus en plus insupportable de leurs propositions et leurs egos boursouflés, les grands groupes de rock progressif et de hard-rock ont sombré dans l'insignifiance et l'oubli. La décennie où même Dieu, nommé Bill Bruford sur son baptistère, a transité vers la batterie électronique.  Autre Dieu qui a failli sombrer: Bob Dylan, qui, n'eut été d'une rencontre brève et foudroyante avec le Franco-Canadien Daniel Lanois, aurait disparu de la carte. C'est aussi la décennie où des non-musiciens se vantent de faire des albums sans savoir jouer, munis de leurs synthés et de modes d'emploi japonais.
Et pourtant...
Quel incroyablement déferlement créatif.
Après avoir bastonné le rock avec hargne, le punk laisse dans son sillage une terre brûlée, ouverte à toutes les possibilités. La compétence technique, qui semblait une condition sine qua non au rock des années '70, disparaît dans un déferlement d'idées artistiques audacieuses. Le terreau est vierge, mais riche de cadavres musicaux qui seront récupérés dans un bordélique foisonnement. Tout est possible, les règles servent à se torcher.
Deux super-groupes se partagent les stades, The Police et U2. Mais pour le reste...
On ne peut pas résumer les années '80. L'idée de faire un mix-tape de l'époque sans Police, sans U2, sans Peter Gabriel, sans Kate Bush, sans Bryan Ferry, semble risible. Mais à 3h20, j'ai arrêté les frais! J'aurais pu continuer des heures et des heures.
J'aurai beau dire: les années '80 furent formidables.







#
Titre
Artiste
Album
Durée
1
Tv-Glotzer (White Punks On Dope)
Hagen, Nina
Nunsexmonkrock / Nina Hagen Band
5:31
2
Mothers Talk
Tears For Fears
Songs from The Big Chair
5:08
3
Caribou
Pixies
Come on Pilgrim
3:14
4
How Soon Is Now
Smiths, The
Hatful of Hollow [Rough Trade]
6:44
5
It's no Game (Part 1)
Bowie, David
Scary Monsters [Ryko]
4:16
6
Slow
My Bloody Valentine
You Made Me Realise [EP]
3:10
7
Kansas
Wolfgang Press
Bird Wood Cage
3:54
8
Born Under Punches (The Heat Goes On)
Talking Heads
Remain In Light
5:49
9
Hot Hot Hot!!!
Cure, The
Kiss Me Kiss Me Kiss Me
3:34
10
The Art of Parties (Single Version)
Japan
Tin Drum
6:47
11
Running Up That Hill (A Deal With God)
Bush, Kate
Hounds Of Love
5:02
12
Living In Another World
Talk Talk
The Colour Of Spring
6:58
13
This Is The Day
The The
Soul Mining
5:00
14
Need A Man Blues
Bronski Beat
The Age Of Consent
4:19
15
Vanishing Point
New Order
Technique
5:17
16
Nummern
Kraftwerk
Computerwelt
3:20
17
Oh Yeah
Yello
The New Mix In One Go (1980-1985)
3:04
18
Pump Up The Volume
M.A.R.R.S.
The Pitchfork 500
7:08
19
Fight The Power
Public Enemy
The Pitchfork 500
4:42
20
Moral
Numan, Gary
Dance
4:31
21
Disintegration
The Cure
Disintegration (Deluxe Edition) (Disc 1)
8:21
22
The Killing Moon
Echo And The Bunnymen
The Pitchfork 500
5:47
23
There Is a Light That Never Goes Out
Smiths, The
The Queen Is Dead [Rough Trade]
4:03
24
Sister Europe
Psychedelic Furs, The
All Of This And Nothing
5:41

lundi 9 mai 2011

Mix Tape 64: En Mineur Vol. 3



 Seq Titre Artiste Album
1 Oppenheimer Pook, Jocelyn O Vertigo - Deluge
2 Spider Monkey Gibbons, Beth;Rustin Man Out Of Season
3 Black McLachlan, Sarah Solace
4 Down is the New Up Radiohead In Rainbows (CD bonus)
5 touch me I'm going to scream, pt. 2 / Good Intentions My Morning Jacket Evil Urges
6 No One Just Is Miranda, Holly The Magician's Private Library
7 I'm New Here Scott-Heron, Gil I'm New Here
8 Un commencement de rage Minière, Jérôme La nuit... éclaire le jour qui suit
9 Le Chat du Café des Artistes Gainsbourg, Charlotte IRM
10 Things Behind The Sun Drake, Nick Pink Moon
11 John Wayne Gacy, Jr. Stevens, Sufjan Come On Feel The Illinoise!
12 They Won't Go When I Go Wonder, Stevie Fulfillingness' First Finale [Audio Fidelity HDCD] [20 bits]
13 Here Comes The Flood Fripp, Robert Exposure [First Edition]
14 Peaceful Valley Boulevard Young, Neil Le Noise
15 Drive By Duran Duran Thank You
16 New World Björk Selmasongs

dimanche 8 mai 2011

Brad Mehldau - sommets de virtosité pianistique


Parlant de Bill Evans récemment...

Il a été longtemps présenté comme l'héritier naturel de Bill Evans, particulièrement pour son travail au sein de son trio. Et sans doute pour le très émouvant album solo, Elegiac Cycle, qui a beaucoup fait pour sa popularité. On a aussi beaucoup parlé d'une parenté artistique avec Keith Jarrett, sans doute pour la fougue de son lyrisme. Mais aujourd'hui, nous ne pouvons plus parler ni de l'un ni de l'autre pour parler de son travail: Brad Mehldau est, dans sa jeune quarantaine, au sommet de son art, et le tout récent Live In Marciac en est, de nouveau, l’éclatante démonstration.

Deux CDs denses, mais surtout un DVD qui nous permettent une plongée visuelle sur l'incroyable virtuosité technique d'un pianiste qu'on a d'abord appris à aimer pour son lyrisme.

Live At Marciac - 2 CD + 1 DVD
Mehldau a beaucoup changé physiquement avec les années. Sa carcasse, que je me rappelais rachitique au temps de son travail avec Joshua Redman, comme en déséquilibre, s'est "plantée" pourrait-on dire. Il a épaissi et son jeu est devenu très physique. Ses improvisations se déroulent dans une architecture complexe et riche, sa main gauche construisant un monde contrapuntique qui ne fait pas que soutenir le mélodisme de la main droite: au contraire, les deux se livrent à un double-discours étourdissant: les idées se forment à toute vitesse, mais toujours au sein d'une assise solide qui ne nie jamais le thème qui leur a donné leur élan initial.

Au contraire d'un Keith Jarrett, qui démarre souvent d'une page complètement vierge et semble emporté par un mysticisme musical absolument magique, Mehldau évolue dans un monde architectural très solide.
Ce live est particulièrement intéressant, car Mehldau y revisite plusieurs des thèmes de son Elegiac Cycle, justement, sans aucune doute son disque le plus élégiaque (évidemment) et accessible; or, la relecture qu'il en fait est riche, complexe, puissante; le blueprint est devenu une architecture . Peu de ballades: une relecture de Secret Love (qui était à mon humble avis plus émouvante sur Progression, en trio) et un My Favorite Things, en rappel, très beau thème auquel il donne un traitement qui nous rappelle son Art Of The Trio 3, quand on découvrait encore ce jeune pianiste différent.

Elegiac Cycle (1999)


Keith Jarrett aime railler le goût de Mehldau pour son utilisation de thèmes rock, lui qui a choisi depuis longtemps de se cantonner aux stardards de jazz. Encore une fois sur ce disque, Mehldau fait la belle part à des classiques "modernes": Radiohead, bien sûr (Exit Music), son groupe de prédilection, Nick Drake (Things Behind The Sun), Nirvana (Lithium) et les Beatles (Martha My Dear) ainsi qu'une relecture de Lilac Wine, qu'a fait connaître tour à tour Nina Simone et Jeff Buckley. La sensibilité de Drake, ce poète folk existentialiste si fragile, se marie toujours aussi bien à la sienne, mais on sent chez Mehldau une énergie rythmique nouvelle. Things Behind The Sun ouvrait son Live In Tokyo avec lyrisme; mais cette fois, il a trouvé dans la plage harmonique du morceau une sauvagerie insoupçonné; le martèlement de la main gauche évoque un Glenn Gould au swing agressif; et pourtant, plus loin, c'est la main droite qui amène le même thème vers de dimensions presque liquides. Lorsque sans s'arrêter il transite de Drake à Cobain et son Lithium, il crée entre deux des grands suicidés du rock une parenté musicale qu'on n'aurait jamais soupçonné.

Remarquable? Oui, plus que jamais. Agréable? Peut-être moins que par le passé. Une maturité nouvelle est entrée dans son jeu. Son travail en solo est le témoignage d'un pianiste qui, loin de tabler sur son succès passé, repousse toujours plus loin les limites de son expressionnisme. Moins élégiaque, plus viril; comme si sa sensibilité s'était imprégnée d'angoisses métaphysiques plus graves. Plus Beethoven que Chopin. Plus Hammerklavier que Clair de lune.

Disque qui, je le soupçonne, sera inépuisable.

samedi 7 mai 2011

Genesis: les commentaires continuent...

Je n'ai jamais trouvé sur Blogger la manière d'indexer les commentaires de manière à ce qu'ils soient faciles à retrouver...
Mais bref les remix/remasterings du Genesis de la belle époque continuent de provoquer des commentaires... Genesis continue, plus de 35 ans après la sortie de leurs grands albums, à provoquer des réactions passionnées...

Allez-y voir...

vendredi 6 mai 2011

La Laurie de Bill Evans se souvient


With Bill, it wasn’t as though he was divided between two different personalities. He showed me that it was all one thing: creativity and destruction. You couldn’t separate out the beauty of his art and the ugliness of his addiction and physical state. They were one in the same, feeding off each other. [...] It’s like New York City. What has always attracted me about New York is the enormous amount of high culture set in a filthy grimy tension-producing place. But that’s what makes it special. The contrasts. The puzzle.
Entrevue avec la Canadienne qui aura inspiré à Bill Evans une de ses dernières compositions, Laurie. Laurie Verchomin fut l'amante de Bill Evans dans les 18 derniers mois de la vie du grand pianiste. Une lecture à la fois émouvante et très troublante sur l'extase artistique et la déchéance physique de l'immortel compositeur de Blue In GreenSur l'excellent site JazzWax. 

dimanche 13 mars 2011

Sean Lennon est une île (et il n'est pas seul)...

Well, dudes, tous les blogueurs ont besoin d'un break de temps en temps. J'ai eu l'excellente idée de me déconnecter du Net, complètement, pour un bon mois, et laissez-moi vous dire que cette rupture "cold turkey" remet les idées en place. Homicide sur le hamster mental plogué sur la Toile, avec juste une incartade de temps en temps à la bibliothèque locale, histoire de vérifier que  la terre n'avait pas implosé.

Et puis, histoire de bien marquer le coup, j'ai aussi écouté, en boucle, un disque insulaire, un disque qui aurait pu exister dans les années '60, ou '70, mais qu'on ne s'attend pas à trouver sur MySpace (où il étend ses belles mélodies pourtant). Un disque qui surprend par sa beauté mélancolique, par son travail d’orfèvre mélodique, par ses suaves harmonies vocales qu'on croirait échappé d'entre deux couplets de If I Fell des Beatles, certainement un de mes morceaux préférés sur la planète quand je file smooth et familial et affectueux. 

Le groupe, en fait le duo, porte le nom énigmatique, poétique et asiatique de The Ghost Of A Saber Tooth Tiger, et si vous commencez à tisser la toile entre la beauté mélodique, les harmonies vocales et un certain côté contemplatif asiatique, et que vous recoupez avec un timbre un brin nasillard, vous comprendrez peut-être que je parle de Sean Lennon et de la musique qu'il écrit et joue avec sa magnifique copine, Charlotte Kemp Muhl.

Imaginez la vie de ce jeune homme, éminemment doué, sensible... Son père, assassiné alors qu'il a 5 ans, devant la résidence familiale; sa mère, honnie et détestée par des gens qui ne la connaissent ni d'Eve ni d'Adam; un nom qui porte l'héritage le plus lourd de tous les artistes de la pop; une vie scrutée, à la fois à l'abri du besoin et privée de choses aussi élémentaires qu'un certain anonymat, un père et une mère qu'on peut aimer juste parce qu'ils sont nos père et mère, des dons qu'on peut développer tranquillos, à l'abri des milliers de critiques qui ont dévoré Julian, il y a une vingtaine d'années... Me semble que j'aurais soif de tranquillité, et que je marcherais dans un brouillard, bien à l'abri, si possible en tenant la main d'une copine belle à regarder, qui partage ma sensibilité. La vie simple, belle, comme le pas lourd du 
tigre à dents de sabre dans le matin.


Ben The Ghost of a Saber Tooth Tiger, c'est tout à fait ça. Une promenade dans la brume matinale avec deux êtres au final pas mal beaux, même si énigmatiques, qui harmonisent magnifiquement, dans une sérénité qui étonne venant du fils de John. Une muse leur souffle à l'oreille un monde d'où toute agressivité, revendication, tension semblent absentes. Dans notre monde débile, je trouve ça plus que louable. Je trouve ça carrément audacieux!

Dans le spectre des couples musiciens, vous avez, à une extrémité, Trent Reznor et sa copine (How to Destroy Angels). À l'autre extrémité complètement, ce projet-ci, qui me tient complètement sous son charme.

Un petit dix dollars qui vaut bien des séances de méditation.


mercredi 9 février 2011

Aucun créateur n'est une île...

Je le dis immédiatement: j'adore Karkwa. Dès les premières notes de "La fuite" sur le premier album, je suis devenu un "fan". Je l'ai dit à ma blonde en revenant de chez Archambault: je viens d'entendre un grand groupe. "La fuite" est même la bande sonore d'un film que je veux faire depuis longtemps.

Mais lorsque aujourd'hui j'ai (finalement) reçu et entendu le mini-classique-culte de Bon Iver, "For Emma, Forever Ago", enregistré dans sa cabine de chasse au Wisconsin, à l'hiver 2006-2007, j'ai eu un petit choc.

OK, aucun créateur n'est une île. Ça arrive. À tout le monde. Même les meilleurs.

Mais je pourrai jamais plus entendre "Marie tu pleures" sans avoir une pensée pour l'ermite barbu du Wisconsin.

Excellent album d'ailleurs. Ceux qui ont apprécié The Flume sur le dernier Peter Gabriel, portez l'oreille: c'est du Bon Iver! Imaginez un Ray Lamontagne (très) dépouillé, ou un Bonnie Prince Billy dans un shack de chasse.



mardi 1 février 2011

Les joies du vinyle enfin sur digital!!!

... grâce au formidable plug-in gratuit VST ou DirectShow de iZotope, iZotope Vinyl.

A mettre dans la chaîne DSP de votre lecteur media préféré. Imaginez: vous pouvez même choisir le niveau de "gondolage" de votre vinyle, la quantité de poussière ou l'année d'origine. Qui a dit que le digital n'était pas le fun???



lundi 31 janvier 2011

Midnight Cowboy perd son père... RIP John Barry

C'est le compositeur d'un de mes thèmes préférés, l'inoubliables mélodie de Midnight Cowboy (grand film, grand thème), joué à l'époque par Toots Thielemans. Il a aussi mis en sons les James Bond de la grande époque. Bref, parmi les grands compositeurs du XXe siècle.

RIP John Barry.

dimanche 30 janvier 2011

Mix tape No 63 - Electro-Crush Vol. 1

... And now, for something completely different...







001 Flying Lotus - ...And The World Laughs With You ft. Thom Yorke.
Thom Yorke (Radiohead) semble ajouter un surcroît d'âme à tout ce qu'il touche. La meilleure pièce d'un disque électro (Cosmogramma) qui a pas mal fait parler de lui l'année dernière.
002 How to Destroy Angels - The Space in Between
Le véhicule musical de Trent Reznor (Nine Inch Nails) et de sa jolie petite copine. Surprenant! 
003 Nine Inch Nails - The Four of Us are Dying
Trent Reznor encore...
004 Faust - Four Plus Seven Means Eleven remixed by Dax & Pieper
Freispiel: formidable collection de remix de titres récents du célèbre groupe krautrock Faust
005 Steven Wilson - Abandoner
L'inépuisable Steven Wilson (Porcupine Tree) a besoin en plus de sortir des albums solos!
006 Steven Wilson - Abandoner [Engineers Mix]
... et de sortir une très belle compilations de remix du même album (NSRGNTS RMX)
007 Björk - Come To Me (Black Dog Mix)
L'indispensable Bjôrk, dans un album de remix de son tout premier album solo (The Best Mixes From The Album-Debut)
008 Faust - Wir Brauchen Dich #6 remixed by Gel- Dave Ball (Soft Cell) & Ingo Vauk
De nouveau, Freispiel
009 Faust - T-Électronique remixed by Mathias Schaffhäuser
.. et de nouveau
010 Infected Mushroom - Smashing the Opponent (feat. Jonathan Davis)
Pas nécessairement mon truc, mais ce titre est assez irreésistible
011 Portishead - Plastic
Un des nombreux formidables extraits du plus récent Portishead.
012 Nine Inch Nails - 4 Ghosts I
Un des nombreux projets récents de Trent Reznor.
013 Hans Zimmer - Dream Is Collapsing
Formidable bande-son du formidable Inception avec le formidable Johnny Marr (The Smiths) à la guitare
014 Air - Brakes On
Un des premiers titres du duo français. Sur Premiers symptômes.
015 Radiohead - Packt Like Sardines In A Crushd Tin Box
Le plus difficile, c’est de choisir! Le titre qui ouvre le sous-estimé Amnesiac.
017 How to Destroy Angels - A Drowning
Retour à Reznor et la sémillante Mariqueen Maadig
016 Hans Zimmer - Old Souls
L'hommage de Zimmer à la bande-son de Blade Runner de Vangelis.

jeudi 27 janvier 2011

Y'a quelque chose qui cloche là-dedans...


"We were great," he [Paul Motian] said that weekend, at a Hungarian strudel-and-coffee spot on Amsterdam Avenue. "But look at this - I got one hundred and thirty-six dollars for the famous legendary record, one hundred and ten for the gig, and one hundred and seven for the second record."
- tiré du New Yorker, 13 août 2001 

mercredi 26 janvier 2011

Jeff Buckley Live - Icare noyé


Pour certains, pour la plupart des amateurs de rock, la musique est un peu morte le 5 avril 1994, lorsque Kurt Cobain, défoncé à l'héroîne et au désespoir le plus noir, a écrit une lettre à son ami imaginaire Boddahn avant de mettre fin à ses souffrances de la manière la plus violente, chez lui, à Seattle.

Mais pour moi, cette mort, prévisible, annoncée, aussi triste fut-elle, ne fut rien à comparer au gâchis de talent qu'a constitué la noyade, 3 ans plus tard, de Jeff Buckley, le 29 mai 1997.

En fait, est-il arrivé pareille tragédie dans le rock depuis la mort de Jimi Hendrix

Je pose la question, comme ça, en écoutant, abasourdi, le live Mystery White Boy (Live 1995-96)... Un des multiples disques posthumes qui cherchent à combler le trou dans notre coeur depuis que Buckley a piqué une tête dans le Mississipi en chantant Whole Lotta Love, pour ne plus reparaître. 

Ricanement de la Grande Faucheuse

Buckley était à Memphis, préparant le successeur à son unique album, l'extraordinaire Grace, paru en 1994, et un des albums les plus parfaits de l'histoire du rock. Comme si la passion d'un Van Morrison, la muse poétique d'un Jim Morrison et l'énergie d'un Robert Plant avaient migré dans un seul corps, celui de cet espèce de Rimbaud californien, chanteur de coffee-shop new-yorkais transfiguré en rock-star dans un scénario qui aurait pu être parfait, s'il n'y avait eu ce stupide accident.

Serez-vous surpris d'apprendre que Buckley brûlait les planches? Son Live At Siné est un témoignage magnifique de son travail solo, intime, celui d'avant Grace. Mais ce Mystery White Boy, malgré ses immenses défauts, c'est la preuve qu'on tenait là une véritable bête de scène rock.

Immenses défauts parce que ce n'était pas des enregistrements destinés à une circulation publique. Le son, préservé sur des DAT, est au mieux correct; mais on reste soufflé par le feu qui habite non seulement Buckley mais son groupe, soudé à son leader. Et si la plupart des pièces de Grace ne sont guères différentes des originaux en studio que nous avons appris à aimer, il y a sur ce live quatre pièces que tout fan de Buckley doit entendre. Deux nouveautés magnifiques, très rock, I Woke Up In A Strange Place (référence à ses années d'errance sur les routes à "dépendre du hasard et des rencontres"?) et la très émouvante What Will You Say, (qui rappelle vaguement le Kasmir led zeppelien, cri du coeur à l'endroit d'un père qu'il n'a vu qu'une fois dans sa vie?)... mais aussi une version presque punk et absolument saoulante  de Eternal Life... 

Et au final, un Buckley soudain fragile, à la voix peu sûre, presque maniéré, reprend le hit qui lui survivra à jamais, sa reprise du Hallelujah de Leonard Cohen. Et, idée magnifique, il intercale quelques lignes d'une des plus belles pièces des Smiths, I Know It's Over...

Eternal Life, Hallelujah, I Know It's Over...

Les Muses avaient-elles chuchoté à Jeff que son destin serait forcément tragique et sa vie brève?

Icare s'est noyé dans le Mississipi.

P.S. Peut-on interdire gentiment mais fermement les reprises futures de Hallelujah? Elles sont si nombreuses que ça en devient ridicule. J'en ai deux qui se sont ajoutés dans ma collection depuis une semaine (Ariane Moffat, Renée Fleming) et honnêtement que peuvent-elles ajouter? La version définitive existe.

vendredi 21 janvier 2011

Mix Tape 62 - En Mineur Vol. 2


80 minutes bien serrées.
Et on pourrait faire un volume 3 sans problèmes.

01 Mercy Rocco DeLuca And The Burden. Superbe disque produit par Daniel Lanois, honteusement méconnu
02 Résident de la République Bashung. L'ultime Bashung
03 Miss catastrophe Biolay, Benjamin. Le play-boy Biolay à son plus acide
04 Tel que tu es Gainsbourg, Charlotte avec le duo Air et Nigel Godrick (Radiohead) à la production
05 Les Invectives Moffatt, Ariane
06 Invente une langue pour me nommer Perreau, Yann
07 Pour Retrouver Le Monde et l'Amour Séguin, Richard: la poésie de Miron, de l'album 12 hommes rapaillés Vol. 1
08 Bo Derek Arthur H: du magnifique Mystic Rumba, dédié à Llhasa. Je tiens à dire, pusique ma blonde me l'a demandé, que je n'ai jamais vu le film-culte Ten. Ni d'ailleurs Bolero. mais il n’est jamais trop tard!
09 Nightingale Rocco DeLuca And The Burden
10 28 jours Karkwa
11 Mad World Michael Andrews Feat. Gary Jules: reprise impressionniste de Tears For Fears
12 Somewhere In Between Kate Bush
13 I Believe In You Black Dub: le groupe de Daniel Lanois, et la formidable Trixie Whitley à la voix
14 Cursed Sleep Billy, Bonnie 'Prince': enregistré en Islande par l'énigmatique Will Oldham
15 Lord Of The Reedy River Bush, Kate: une rareté de Kate Bush, compo de Tim Buckley (oui, le père de Jeff Buckley)
16 Junky Valentine Rocco DeLuca And The Burden
17 Love Is Blindness Wilson, Cassandra: peut-être la meilleure reprise de U2 que j'ai jamais entendue
18 Calling You Buckley, Jeff: enregistrement live de Jeff Buckley, dans un café, avant la célébrité. Reprise du thème de "Bagdad Café".
19 Harvest Moon Wilson, Cassandra: reprise de Neil Young.