mercredi 30 septembre 2009

L'esprit de Miles: Miles From India

  


Un petit mot pour vous suggérer un album que je trouve plus indispensable chaque jour que je l'écoute.
Miles From India est un CD double réunissant, sous la houlette de Bob Belden, plusieurs ex-musiciens de Miles Davis, (période fusion surtout), et des musiciens indiens, pour une sorte de Bitches Brew au curry qui laisse pantois.

Ce qui laisse pantois, c'est, bien sûr, la grande virtuosité des musiciens d'exception de l'album (dont vous connaissez plusieurs noms: John McLaughlin, Lenny White, Chick Corea, Jimmy Cobb [eh oui, le batteur de Kind of Blue], Mike Stern, Wallace Roney); mais c'est aussi le mariage enlevant, surprenant, de deux traditions musicales qui se répondent dans le plus pure esprit coopératif du jazz; c'est cette bouffée de liberté musicale qui émane du projet, chacun ayant l'espace pour s'exprimer, mais s'exprimant dans une dynamique de groupe totalement cohérente; c'est de constater qu'au-delà de la tombe, l'esprit de Miles continue de féconder une musique explosive, enlevante, inspirante.

De grands moments? Le thème de All Blues à la sitar, l'énergie manique de la rythmique (Lenny White à la batterie, A. Sivamani aux percus indiennes) sur Miles Runs The Voodoo Down, la cavale et la section rytyhmique (encore) de Great Expectations, la virtuosité hypnotisante de U. Shrinivas à la mandoline, jouée dans des conceptions musicales indiennes, pour un résultat absolument surprenant, sur une compo de McLaughlin, Miles From India...

L'esprit de Miles, pendant deux heures. Un disque absolument thrillant.

lundi 28 septembre 2009

David Sylvian - art autistique

 


Si vous êtes un habitué de ce blogue, vous connaissez la grande admiration que je porte pour l'art de David Sylvian. Et si vous connaissez bien David Sylvian, vous savez que son travail peut parfois descendre dans les tréfonds de l'âme humaine... qu'il peut parfois s'approcher d'une forme d'autisme artistique où tous nos repères s'évaporent...
Alors, à quelle catégorie appartient le tout frais Manafon ?
S'agit-il d'une suite aux éblouissants albums de art-rock léché qui ont fait la popularité de l'ex-leader de Japan (Secrets of the Beehive, Nine Horses) et qui doivent rendre jaloux Bryan Ferry?
Ou s'agit-il... d'autre chose?
La réponse est B.
Atonal, élusif, minimaliste. À la limite de l'abstraction totale. Randonnée dans un paysage desséché de sons, où la voix grave et riche de Sylvian nous retient, d'un fil ténu. Très ténu, le fil.
Par petites touches impressionnistes (un solo de saxo ici, quelques notes de piano qui tombent), on suit notre guide dans sa randonnée nocturne. En se disant que ses collaborations des années '80 avec Holger Czukay étaient presque du Top 40, en comparaison.
Inécoutable? Non...
Mais défintivement un challenge...
La pièce "Emily Dickinson" est certainement la plus satisfaisante à l'esprit simple que je suis...
Pour ceux qui ont 'équipement, une version multi-canaux existe...

Lucy In The Sky... for real

  


Une nouvelle un peu triste en cet automne gris...
Lucy Vodden est décédée aujourd'hui, à l'âge de 46 ans.
Qui est Lucy Vodden?
She's Lucy In The Sky With Diamonds. Réellement. L'inspiration de Julian, en cette journée de 1967, qui allait inspirer une des plus célèbres chansons de son papa.

RIP Lucy


Lucy In The Sky With Diamonds (Julian Lennon)

vendredi 25 septembre 2009

NOUVELLE DÉVASTATRICE: Rhino est mort (enfin, presque...)




Il n'aura pas fallu longtemps pour que l'achat de Rhino par Time/Warner entraîne la mort du fameux label de réédition. Ce que plusieurs présageaient déjà, avec le renvoi du fameux ingénieur de mastering Bill Inglot en mai 2007.

Bien triste nouvelle. C'est 50 personnes qui travaillaient avec un indéniable talent et un grand amour de la culture pop qui viennent de perdre leur emploi.

http://www.variety.com/article/VR1118009163.html?categoryid=16&cs=1&nid=2568

EDIT: La direction de Time/Warner nie la disparition de Rhino, mais plusieurs sources prétendent que nous assistons simplement à un "extreme makeover" corporatif. Comme l'affirme un ex-employé, "Just don't call it Rhino anymore, cause it isn't."

you layoff staff, talented people
and what is left.
office furniture
Rhino was people. No people, no Rhino.
 -mike

En tout état de cause, le renvoi de la vice-présidente et A&R Cheryl Pawelski, force vive du label selon les insiders du milieu de la réédition, est lourd de sens.

Hommage de Steve Hoffman à Pawelski sur son forum:

People, face reality. The wonderfully talented Cheryl Pawelski was fired along with the rest a few days ago.

This will be my only post on this thread..

Cheryl pulled my nuts out of the fire so many times at Capitol/EMI, Concord and Rhino it's not funny. In other words without her you would have never heard the many Nat King Cole's, Peggy Lee's, Judy Garland's that I remixed or the DCC Gold Steve Miller's, Badfinger's, McCartney's, etc. Just this year she helped us with Alice Cooper, J. Geils Band, Yes, Deep Purple, etc. and indirectly the Vince Guaraldi Trio Greatest Hits Gold CD.. She is awesome.

Hope she grabs a new gig soon. She is a walking encyclopedia of music and the music world needs her.

King Crimson 5.1 et coffret Kraftwerk retardés

   
Les rééditions multi-canal de King Crimson ont été retardés... Délais à la manufacture. Ce qui devient de plus en plus la norme dans les rééditions audiophiles...
Red est maintenant prévu pour le 5 octobre...
Quant à la spectaculaire réédition de In The Court of the Crimson King, on parle maintenant du 26 octobre.

Du côté de Kraftwerk, aux dernières nouvelles,  les éditions allemandes des disques remasterés sont toujours prévues pour le 5 octobre, le coffret allemand pour le 30 octobre... mais le coffret anglais a été repoussé au 16 novembre.

mardi 22 septembre 2009

Les RÉÉDITIONS les plus attendues, #1 - les Beatles (qui d'autre?) (partie 1)

   

PARTIE 1 - UN PEU D'HISTOIRE

Je ne suis pas original à ce point-là. Peut-être ne suis-je même pas original du tout. Ma réédition la plus attendue de l'automne 2009, c'était évidemment la réédition qui aura entraîné le plus de spéculations, fausses rumeurs, espoirs et prières des 15 dernières années. Et c'est finalement arrivé, le 9 septembre 2009. L'intégrale de la discographie des Beatles, enfin rééditée sur CD, dans deux coffrets, en stéréo et en mono! Ce qui, franchement, aura finalement déjoué les prévisions pessimistes des cyniques.

Les éditions de 1987 


Résumons un peu l'état des choses... C'est en 1987 que les Beatles furent édités pour la première fois en CD (excepté un pressage japonais mythique de Abbey Road, en 1983, rapidement retiré du marché). Utilisant un prototype de convertisseur Sony, le regretté Mike Jarratt et son équipe d'Abbey Road se lancent dans une opération typique de cet âge brun du CD, alors que toute considération sonore et historique est plus ou moins esquivée...

Il faudra que le vénérable George Martin pèse de tout son influence pour que les quatre premiers disques du groupe sortent en mixage mono, plutôt que dans les mixages stéréos primitifs de l'époque (on parle de Please Please Me, With the Beatles, A Hard Day's Night et Beatles for Sale). De plus, Sir George, irrité de réentendre le "wide-panning" de Help! et de Rubber Soul, les remixera en stéréo, resserrant quelque peu l'image stéréo mais utilisant une chambre à écho "digitale" plutôt qu'acoustique, ce qui attirera l'ire des puristes (Seules de très rares éditions canadiennes, pressées au Québec, utiliseront les mixages stéréo de 1965).


Oubliez les critiques audios de l'époque, pas plus clairvoyants qu'aujourd'hui, et qui vantaient la "liquidité cristalline" de leur son ("On the four CD's just issued, the sound is magnificent - solid, crystal clear, beautifully textured and fully detailed. One hears very little in the way of tape hiss or extraneous noise; heard side by side with their equivalent mono Parlophone LP's, the CD's sound, for the most part, as bright or brighter on top, and a good deal richer in the bass." - NY Times); les CDs des Beatles furent immédiatement détestés des audiophiles, qui se sont accrochés à leurs pressages mono anglais, voire aux bizarreries comme ce pressage allemand de Please Please Me (Die Beatles), réputée infiniment plus dynamique que l'édition régulière!


Un catalogue abandonné


Et dès ce jour, le catalogue des Beatles devint cet OVNI étrange dans le paysage industriel de la musique: le catalogue le plus prisé de l'histoire, abandonné en jachère aux pirates, sujet de rumeurs, de spéculations, de tractations infructueuses, et soumise à cette impossible règle de l'unanimité entre les actionnaires d'Apple et EMI, i.e. qu'il fallait entre autres que Yoko Ono et Paul McCartney soient en accord sur quelque chose! Les 30 ans, puis les 40 ans de Sgt Pepper's qui passent sans rééditions; une collection de hits ("1") qui fait date dans l'art de commercialiser un catalogue mais qui, de nouveau, s'attire une haine tenace des puristes audios pour son utilisation massive de Noise Reduction et ses choix EQ typiques de l'ingénieur d'Abbey Road, Peter Mew. Il est notoire que le plus grand regret professionnel de Steve Hoffman fut l'échec de DCC dans une tentative ultime d'en acquérir les droits pour une édition audiophile, qui échoue de justesse dans des circonstances nébuleuses.

Au moins un label pirate, DESS (Dr Ebbett Sound System) s'attire une dévotion maniaque des Beatlesfans par ses transferts numériques des meilleurs vinyles possibles.Sans oublier les éditions Purple Chick, Swinging Pig, Mirror Spock & autres. Le bordel est pris.

Qu'est-ce qui a soudainement changé la donne?

Est-ce le fait que notre Cirque du Soleil a réussi l'impossible deux fois, en mettant tout ce beau monde autour de la même table pour son Love, et en permettant à George Martin et son fils Giles de créer un audacieux mash-up de pièces des Beatles, qui comprenaient entre autres des remix qui prouvèrent une fois pour toutes que les Beatles pouvaient, devaient sonner mieux sur CD? Est-ce un changement de garde obligé chez Apple (R.I.P. Neil Aspinall) qui amena à bord Jeff Jones, le maître d'oeuvre des rééditions Legacy chez Sony, et qui de ce fait est un de ceux qui a permis au catalogue de Miles Davis d'être si bien servi, soniquement et historiquement, dans tous les formats audios?

9.9.09


En tout cas, l'impossible est arrivé. L'alignement des astres, le love-in commercial entre Sir Paul et Yoko the Witch, la débâcle financière de EMI et peut-être un sentiment d'urgence chez les Beatles restants devant la lente disparition du format CD et de leur propre entité biologique... Si ce n'était pas maintenant, ce ne serait jamais.


Et le 9.9.09, la planète rock était de nouveau secouée d'un frisson beatlemaniaque. Tous les CDs des Beatles, réédités en stéréo ET en mono, dans un rematriçage qui, à défaut d'être audiophile, ne pourra jamais être mis dans le même bain que les pitoyables merdes soniques sortis à pleins camions par l'industrie aujourd'hui... Packaging impeccable, éditions soignées, prix stratosphériques, mais on s'en fout. Enfin, enfin, les Beatles, sur CDs dans des versions de si belle qualité que le bon Dr Ebbett annonce sa retraite et que tout le monde et son voisin, soudain, s'intéresse au terme "remastering".

 Sur la platine

Ils ont déjoué toutes les prédictions les plus pessimistes. L'équipe, réunie autour du responsable de projet d'Abbey Road Allan Rouse, a fait traire tous les esprits chagrins qui annonçaient depuis des mois que les remasters seraient sûrement noyés dans la Noise Reduction, compressés à mort et avec un EQ pensé pour malentendants. Réunis en comité (pour éviter la dictature d'une seule paire d'oreilles), les Steve Rooke, Guy Massey... ont réussi au-delà de toutes espérances.

La perfection? D'accord, non... Le léger écrêtage (2 dB?) sur le coffret stéréo, admis d'emblée dès les premiers communiqués de presse, auront alimenté les appréhensions et empêché d'accoler l'étiquette audiophile à ces remasters. Mais nous ne sommes pas ici dans le monde de la musique audiophile, créée pour mettre en valeur nos chaînes! Nous sommes dans le domaine de la musique pop et rock la plus joyeuse, jubilatoire, imaginative, débordante de vitalité et de jeunesse, qui "sonne" même dans un poste AM avec un petit haut-parleur de quatre pouces. La compression est-elle perceptible? A-t-elle favorisé le volume et retiré de la texture à la basse de McCartney? Si vous le dîtes, je vous crois. Mais eh, dans une ère où la musique rock n'est plus qu'un tsunami de décibels sans texture ni relief, qui s'attendait à retrouver autant de plaisir à remettre sur la platine des albums entendus si souvent?

Il y a dans ces rééditions massives des joyaux inattendus. Il y a des révélations. Il y a des éblouissements prévisibles. Et aussi de légères déceptions, qui ouvrent la voie à venir. Voici nos moments préférés jusqu'à maintenant, alors que nous commençons à peine à gratter la surface de ce joyau inestimable.

LA REDÉCOUVERTE: "BEATLES FOR SALE" (1964)



Personne ne l'avait vu venir. L'album mal-aimé des Beatles était supposé être l'album de l'épuisement, du presque burn-out après que la Beatlemania ait tout emporté en 1964 dans la foulée de la sortie triomphale de l'album et du film Hard Day's Night. Impressionné par sa rencontre avec Bob Dylan, John Lennon tombe dans l'introspection et les trois premiers titres de l'album (No Reply, I'm A Loser, Baby's In Black) forment un bloc de folk-songs apparemment moroses. Et puis c'est l'album de la pire pièce des Beatles, une interprétation ringarde de John d'un vieux hit country, Mr Moonlight. La sortie en 1987, sur CD, du mixage mono, compressé à mort, n'allait pas raviver l'intérêt envers le 4e disque des Beatles.

Non, on ne s'attendait pas à ça. Pour ce titre, excusez-moi, oubliez le mono. Courez acheter le stéréo. C'est carrément spectaculaire, comme une toile qui aurait été voilée par la fumée d'un incendie, et restaurée amoureusement dans ses vraies couleurs. L'équipe d'Abbey Road a dépoussiéré le canevas, fait reluire la patine, ravivé les couleurs, rafraîchi les textures. La finesse instrumentale, enterrée dans la version mono, ne cesse de nous surprendre dans la précision cristalline de la version stéréo; la conviction des voix (John, qu'on trouvait soporifique sur Rock'n'Roll Music, est en fait déchaîné), la subtilité du travail des orfèvres pop, le beat parfait de Ringo, les lignes de guitare si vivantes de George, tout est bon. C'est un plaisir constant, cette interaction entre des musiciens qui semblent avoir décidé de mettre la pédale douce sur la folie des hit-parade et de se faire plaisir en créant une pop perméabilisée par le folk et le rock'n'roll des années '50. Chaque fois que j'écoute Ringo (plus sympa que jamais) et George (décontract' et parfait) se répondre musicalement dans Honey Don't, j'ai l'impression d'être dans le studio, à regarder deux copains surdoués se payer une pinte de bon temps. Du bonbon! Beatles for Sale est la redécouverte de cette série exceptionnelle. Steve Hoffman nous l'avait bien dit: c'est un des disques des Beatles qui sonne le mieux, mais en stéréo seulement!

LA PERFECTION: "RUBBER SOUL" (1965)




J'ai découvert ce que plusieurs plus clairvoyants savaient déjà. Que Rubber Soul était un immense disque pop, peut-être le meilleur disque pop de tous les temps.

À ce moment précis de leur histoire, les Beatles sont à l'apogée de leurs forces collectives. Ils ont dépassé le stade de la Beatlemania et, à l'aide de leurs fidèles complices, le producteur George Martin et l'ingénieur Norman "Normal" Smith , ils sont bien décidés à raffiner leur art déjà immense de la composition et de l'arrangement.

John, responsable de la plupart des hits de la Beatlemania, raffine ses thèmes et fait déjà montre de cette profondeur et de cette acuité qui en feront plus tard cet espèce de supra-conscience de sa génération: jamais son art de la rock song ne sera plus grande que dans ses contributions à cet album: Norwegian Wood (première apparition de la sitar indienne), The Word, Girl ("tit tit tit tit") et, évidemment, In My Life, la perfection faite pop; mais voilà que Paul, conforté par le succès tout frais de Yesterday, eh bien Paul il étend ses ailes et il se met à pondre des pièces formidables, servi par sa culture musicale plus grande que les autres. Son apogée viendra un an plus tard, sur Revolver, mais en attendant il reprend la veine folk-rock de I've Just Seen a Face dans I'm Looking Through You et pond le formidable "opener" de l'album, Drive My Car, un hit total.

14 pièces, 35 minutes de bonheur pop. Les bardes de musique progressive n'arrivent pas à donner autant de bonheur musical en 70 minutes de pompe instrumentale. Vous voulez entendre un superbe mixage mono?  Il vous faut cet album. Les timbres instrumentaux sont si frais, si vivants qu'on a envie de mordre le disque. Et, bonheur, à la demande pressante des membres de l'équipe de remastering, Apple a accepté de coller au disque mono le mixage stéréo original de 1965, renié par George Martin, mais qui est l'équivalent d'entendre les Beatles en version pré-mixage. C'est un album formidable et un remastering remarquable!


vendredi 11 septembre 2009

Le problème avec l'approche objectiviste

  
C'est pas pour se prendre au sérieux, mais les débats sur les forums audio sont souvent assommants et se résument trop souvent en un affrontement sans dialogue entre deux factions bien définies: les objectivistes et les subjectivistes.

Les objectivistes vous disent: si ça ne se mesure pas, ça n'existe pas.
Les subjectivistes disent: j'écoute la musique avec mes oreilles, bordel, qu'est-ce que j'en ai à foutre de tes appareils de mesure?
Les objectivistes: L'effet placébo, tu connais?
Les subjectivistes: C'est pas toi qui disait il y a 30 ans que le CD avait plus de résolution que le vinyle?
Les objectivistes: Mais le CD A plus de résolution que le vinyle.
Les subjectivistes: Vraiment?
Les objectivistes:  Oui, regarde, j'ai mesuré.
Les subjectivistes: Sers-toi de tes oreilles merde!

Bref... vous connaissez le topo...

Tout ça pour me permettre de citer Sephiroth, qui hante les forums audio québécois de ses "posts" hallucinés, poétiques et flyés, et que certains prennent à tort pour un illuminé, alors que dans sa prose se cache des éclairs foudroyant de lu-ci-di-di-té comme chantait l'autre...

Parlant des tests à l'aveugle et de la manière d'évaluer les composantes... (et aller directement aux paragraphes en gras si vous êtes pressés à ce point)

Tiens je dois avoir envie de me perdre dans les méandres des discussions et des formes éthérées de pensées.

Pour expliquer mon point je peux bien décrire ma façon de procéder pour analyser (si on peut employer le terme) les caractéristiques d'une composante audio.

Évidemment à priori la beautée de l'appareil, sa marque et son prix n'ont rien à voir, puisqu'il s'agit d'une entitée destinée à reproduire la musique. De un cela m'éloigne des moulins à vents appelés industrie ou de tout ce vous voudrez bien mettre dans ce sac qui semble produire des symptômes d'un mal intérieur fort désagréable à voir s'exprimer.

Surtout quand il est redondant.

De deux je n'ai écrit de un que parceque ça me semblait de bon aloi.

Je l'écoute un soir. Le lendemain matin je l'écoute au soleil, avec des oreilles fraîches. Je l'écoute ainsi durant une semaine. Parce que c'est comme ça que je vais l'utiliser. Sur du temps. Sur différents moments, différentes ambiances. Différentes émotions, différentes fatigues, différentes attentions.

Nous sommes cinq à passer du temps dans ma salle. Les cinq personnes, selon leurs horaires et vies, viennent écouter l'appareil. Ils l'écoutent aussi selon le rythme humain, tranquillement.

Durant cette période de joie je me fais un plaisir de remettre la composante originelle et de la laisser en place aussi, sur quelques disques. Puis je remets la nouvelle.

Nous écoutons n'importe quoi, nos envies du moment, puisque c'est ce que nous ferons lorsque nous aurons l'appareil, si nous le gardons. Au bout d'une bonne semaine, nous mettons en commun nos impressions de la sonorité pruduite, du lien qu'elle occupe dans la chaîne, puisque l'appareil n'en est qu'une composante, ne jamais oublier qu'elle n'est pas responsable à elle seule du produit final, et donc peu discernable des autres composantes.

Au final on discute. On s'amuse. On vit. Rien ne nous a frustré, nous n'avons rien à combattre, nous n'avons qu'à progresser dans le noir ensemble.

Je sais fort bien que je peux me tromper en test rapide. Encore plus à l'aveugle. Mais ça ne veut rien dire. Le cerveau s'agite trop vite, pense à trop de choses, est trop instable émotivement pour être sur une période courte de temps une référence. Les évolutions de sentiments sont trop fortes, trop dominantes pour permettre vraiment à la vie de se développer sur une courte période.

De plus ça voudrait dire que sur une période de 10 minutes je préfère telle composante, alors que peut-être...sur une période d'une semaine, voire deux j'ai préfréré l'autre? Le test instantané a la valeur de sa durée versus la durée de l'autre test, le temps.

La musique doit réfléter ces aspect changeant de nos vies, perpétuellement en mouvance, n'explorant le fond des choses que pour voir qu'il existe mille autres endroits où poser son attention.


D'identifier la composante part d'un principe qui me semble malheureusement basé sur des trucs qui n'ont à voir avec l'audio: le marketing, le prix, etc. Qu'ont donc à voir ces choses? Vous ne les avez donc pas dépassées? Vous voulez prouver des choses? Vous ne préférez pas vivre vos vies et tenter de saisir au passage les beautées qu'elles recèlent?

Ça peut sembler ridicule et tout philosophique et ça l'est. Mais le principe d'un test à l'aveugle, en plus de partir sur des fondations, me semble dirigé vers un but, ce qui invalide de toute façon son implantation dans l'atteinte de ce qui nous concerne. À moins que ce qui nous concerne ne soit pas du tout la même chose, auquel cas je me fais un plaisir de me retirer poursuivre mes chimères à moi, en tentant de toutes mes forces de ne pas en produire.
 Yep...

lundi 7 septembre 2009

"It won't be long..." (yeah, yeah)

... of course, nous vous parlerons des remasters des BEATLES très très bientôt... puisque Starbuck's nous a fait la surprise de les sortir bien avant la date officielle de sortie...

Mais donnons-nous le plaisir de les écouter un peu, avant de les analyser!

(mais on peut bien vous dire que l'album blanc stéréo sonne exceptionnellement bien!)

Rééditions Blure Note: si les 45t sont trop chers, voici les XRCD

  

Si les rééditions Blue Note sur 45-tours de l'équipe Hoffman/Grey sont hors de votre portée (comme de la mienne) à cause de leurs prix stratosphériques, sachez que des éditions sur XRCD commencent à être mises sur le marché, avec les mêmes soins au packaging et la même équipe de direction (Joe Harley). Au mastering, Alan Yoshida, un ingénieur à l'excellente réputation...

Vous pouvez en savoir plus en cliquant ici...

Résilience... avec style...

   
Une citation admirable du saxo Johnny Griffin
Jazz is music made by and for people who have chosen to feel good in spite of conditions.

jeudi 3 septembre 2009

Dylan, à propos des disques Chess des années '50


Bill Flanagan:
A lot of this album (Together Through Life) feels like a Chess record from the fifties. Did you have that sound in your head going in or did it come up as you played?

Dylan:
Well some of the things do have that feel. It’s mostly in the way the instruments were played.

You like that sound?

Oh yeah, very much so. . . the old Chess records, the Sun records. . . I think that’s my favorite sound for a record.

What do you like about that sound?

I like the mood of those records – the intensity. The sound is uncluttered. There’s power and suspense. The whole vibration feels like it could be coming from inside your mind. It’s alive. It’s right there. Kind of sticks in your head like a toothache.

Surprise! "90125" chez Audio Fidelity?

  
Surprise! Sur le site de CD Universe est annoncée la sortie, pour le 29 septembre, d'un remastering de 90125, l'album qui a consacré le Yes pop-rock au début des années '80 ("Owner of a Lonely Heart"), par les gens de Audio Fidelity.



Voilà qui m'intrigue beaucoup. J'ai acheté récemment le remastering digital généralement considéré comme le meilleur du titre, par Barry Diament. Et à vrai dire, j'ai été très déçu. À part de rares moments ("Owner..." en faisant partie), je trouve cette soupe new-wave/rock/pop/prog assez indigeste (Trevor Rabin, comme guitariste, est vachement prévisible et nous fait regretter Steve Howe immensément); et je trouve le son absolument intolérable: digital, surchargé, surproduit. Mal de tête total. Est-ce que Steve Hoffman pourra insuffler (ou retrouver) son fameux "breath of life"? On sait que Diament devait souvent travailler à partir de très mauvaises sources à l'époque. On s'en reparle!

samedi 29 août 2009

REMASTERINGS LES PLUS EXCITANTS À VENIR - #3 KING CRIMSON

   
KING CRIMSON en multi-canal? Excitant! Surtout avec un mixeur aussi habile, crédible et artistiquement engagé que Steve Wilson, la tête pensante de Porcupine Tree. Mais ces rééditions (déjà une 5e série de rééditions pour King Crimson!) ont d'autres raisons d'exciter les fans du groupe progressif le plus important de l'histoire du rock.

Pour ce qui est d'exploiter à fond son catalogue, peu de personnages sont aussi habiles que Robert Fripp! Mais contrairement à Genesis par exemple, ses pensées artistiques et commerciales savent se marier et nous offrir des produits excitants, à prix compétitifs, et sans nous donner l'impression de nous arnaquer!

Il y a longtemps que Fripp a compris l'opportunité que représentait l'Internet pour une intelligence comme la sienne. Le site DGM Live (Discipline Global Mobile) est extrêmement vivant et permet au créateur en lui de contrôler la distribution de son matériel, de le repackager, voire de nous permettre d'en suivre la conception (excellent blogue). Et cette fois, DGM frappe fort.


Le 21 septembre, ce sera donc la 4e réédition digitale de Red, mon Crimson préféré et disque-testament du "power-trio" Fripp-Wetton-Bruford, qui fut rejoint par l'occasion de quelques-uns des membres les plus éminents de la première période de King Crimson, dont le grand saxo Mel Collins et monsieur Mellotron lui-même, Ian McDonald. Et outre des versions 5.1 DVD-A mixées par Steve Wilson (pièces bonus comprises!), et une couche 2.0 Hi-Res (24/96) du mixage originale, on aura droit à des suppléments: une version complète de Providence (qui, il est vrai, était coupé en plein élan sur le Red original), des versions "power trio" (sans overdubs) de Red et Fallen Angel ainsi qu'un titre supplémentaire: Journey to the Center of the Cosmos. Et à quoi bon le DVD-A s'il n'y a pas du vidéo: nous pourrons voir une performance de 1974 pour la télé française de Larks’ Tongues in Aspic II, The Night Watch, Lament & Starless. Ça promet!


12 octobre. C'est ici que les choses deviennent, à mon sens, encore plus intéressantes. Avec la sortie des multiples nouvelles éditions de In The Court Of The Crimson King, le premier King Crimson, qui allait faire un tel impact sur l'histoire du rock progressif.

Pourtant, il y a à peine 4 ans, Robert Fripp annonçait la sortie de la Master Edition, suite à la redécouverte des bandes maîtresses originales, et on semblait avoir étiré la sauce au maximum du péché original sous forme de Mellotron. Mais la présente édition s'annonce beaucoup plus excitante. En effet, outre un mixage 5.1 DVD-A et un remastering Hi-Res stéréo de la Master Edition, outre de copieux bonus (sur lequel nous reviendrons) et un peu de vidéo, on annonce un nouveau mixage stéréo exécuté par Steve Wilson et Robert Fripp.

Et pourquoi s'exciter pour un nouveau mixage stéréo, après avoir grandi en écoutant le mix original, qui fait maintenant partie de notre ADN musical? Pourquoi trouver l'idée excitante après avoir exécré la décision de Genesis de faire des nouveaux mixages stéréo pour ses SACD?

Parce que on a beaucoup plus confiance en Steve Wilson et sa déférence à King Crimson qu'en Nick Davies qui a voulu "moderniser" le son Genesis.

Parce que le mixage original demeure disponible, ce quie st une preuve de respect envers les fans.

Et surtout parce qu'il y avait une sacrée bonne raison de le faire.

En 1969, en enregistrant In The Court, les membres de KC ont surexploité leur console 8 pistes et ont eu un recours régulier au "bouncing"... c'est à dire qu'après avoir rempli une première bande 8 pistes, celle-ci était pré-mixée et couchée sur une ou deux pistes d'un nouveau 8-pistes, puis les pistes restantes étaient à leur tour utilisées. Et comme on est en 1969 dans un monde analogue, à chaque "bouncing", on perd une génération. Répétez le procédé 3 ou 4 fois et vous vous retrouvez avec le son de KC à l'époque: excitation, mais aussi distorsion et bruit de fond assez important au final.

Ces limites n'ont plus de raisons d'autres. Et même si ça a dû représenter un travail de moine incroyable, Fripp & Wilson sont retournés dans les 8-pistes originaux pour recréer ces mixages, qui seront donc entendus pour la toute première fois avec des sources de première génération.

Voilà de quoi exciter l'audiophile en nous!

Bon, et les bonus? Déjà une controverse. Robert Fripp, qui aime bien les éditions abrégées de ses pièces (affreuse et impardonnable édition de Starless dans le coffret Frame by Frame!), a abrégé Moonchild, qui a perdu un peu plus de 2 de ses 12 minutes originales dans le nouveau mixage stéréo. La version originale de 12 minutes demeure en bonus cependant. Autre bonus: une version flûte (Ian McDonald) et guitare (Fripp) de I Talk To The Wind, une autre version du même titre avec des solos inédits, les "backing tracks" de Epitaph ainsi que des extraits de la session d'enregistrement de la curieuse intro (les vents) de 21st Century Schixzoid man.

Et côté vidéo? Une performance de 21st Century à Hyde Park, à Londres en 1969.

Bon, mais attention: il y a tellement de configurations et d'éditions qui seront mis en vente ce jour-là que je renonce à toutes les décrire! Pour le fanatique fini, il y a une édition de 5 CD et 1 DVD-A (!!!) comprenant entre autres un mixage mono promotionnel du disque et le bootleg d'un spectacle new-yorkais!

Vous voulez saliver et vous perdre dans le dédale de ces rééditions spectaculaires? Cliquer ici, et remarquez les prix plus que raisonnables! Robert Fripp, you da man!

Finalement, la réédition de Lizard est annoncée pour le 26 octobre, et là encore, il y aura un remix stéréo... Mais nous aurons bien le temps d'en reparler!

Beatles remastered: autre critique dythirambique

  

Extrait du magazine Uncut, sous la plume de David Cavanagh

The key word is clarity. Not loudness. Clarity. The voices and instruments are crystal clear, pure, human, natural (except, of course, when filtered through psychedelic effects) and stripped of several decades’ worth of detritus and dust. It’s as if we’ve been visiting an art gallery to gaze in wonder at a masterpiece all these years, and then suddenly an attendant comes along with a sponge and wipes the painting from top to bottom. The techniques of mastering have been controversial in recent years, with accusations (and proof, indeed) that music is being ‘brickwalled’: compressed to headache-inducing levels in order to give albums an ersatz loudness. Had these CDs come out in 1999 or 2000, as many of us were hollering for them to do, it’s likely they would now need remastering again.

It’s a weird thing to say, but Apple’s frustrating procrastination has turned out to be a lifesaver for these albums. Remastered by a small team of Abbey Road engineers over a four-year period, the CDs have not been brickwalled or over-compressed (unlike the 2000 compilation 1, which sounds unpleasantly ‘glassy’ in comparison), and nor do they even sound particularly loud (unless you turn them up). The two that have been restored to the point of miraculousness and beyond, The White Album and Abbey Road, are the ones I’d recommend first to people on limited budgets. Abbey Road’s Long Medley is simply a breathtaking musical tapestry. When it has to rock, it rocks. When it needs to be subtle (there is much more to the transition between “You Never Give Your Money” and “Sun King” than we previously thought), it has a warm, heavenly glow.

Of course, one could argue that any old rubbish would sound impressive on Abbey Road’s state-of-the-art, quintessentially expensive speakers. Perhaps we should all calm down a bit, chum. Will your so-called ‘clarity’ be detectable on a normal, high-street CD player, or on an iPod? It should, and it will. It’s not a question of surreptitious noise removal, or peak elimination, or making Magical Mystery Tour sound like MetallicaThe Beatles’ voices to the microphone: all of these are evident and undeniable. As a result, almost every album comes as a shock. They haven’t had plastic surgery. They’ve taken their masks off, and we didn’t even know they were wearing one.

History rewritten? No – history written honestly, truthfully, transparently, exhilaratingly, with no omissions or obfuscations. The Beatles up-close and personal. With blisters on their fingers.
La rumeur (non vérifiée) veut que le coffret mono soit presque épuisé. On verra bien!

HENDRIX chez SONY/LEGACY: excellente nouvelle!


 
Une nouvelle qui pourrait nous valoir de très beaux moments de mélomane et d'audiophiles: Experience Hendrix et Sony Legacy vinnent d'annoncer leur partenariat pour de futures rééditions des trois albums studio de Jimi Hendrix ainsi que du "live" Band of Gypsies.

Pourquoi est-ce une bonne nouvelle?
  • Parce que Sony/Legacy a un historique impeccable en termes de rééditions, tant du point de vue packaging que qualité sonore.
  • Parce que Vic Anesini et Mark Wilder, les ingénieurs de mastering chez Sony/Legacy, font vraiment dans la qualité.
  • Parce que le catalogue de Jimi Hendrix sur CD est un sacré foutoir, et qu'il est grand temps que des éditions définitives viennent remplacer les meilleures éditions digitales, qui datent déjà des années '80 (ça vous rappelle pas les Beatles?).
  • Parce que les mixages mono des deux premiers albums n'ont jamais été disponibles sur CD, et qu'il est temps d'y rémédier (ça vous rappelle pas les Beatles ça aussi?)
  • Parce que les remasterings récents de Experience Hendrix, opéré par (le très sympahique) Eddie Kramer (qui était déjà l'ingénieur de son de Hendrix à l'époque) cèdent à tous les maux des mastering modernes: EQ dur et compression (ça vous rappelle pas... à peu près tout le monde?).
Les sorties des Deluxe Editions de Are You Experienced?, Axis: Bold As Love et Electric Ladyland sont annoncées pour quelque part en 2010.

jeudi 27 août 2009

BEATLES - les 1ères critiques apparaissent!

Ça y est! 
Certains chanceux ont déjà les coffrets des remasterings des Beatles entre les mains.

Et une première critique, de ToneAudio, s'avère fortement positive. Un extrait:
For the majority of listeners, however, any temptation to spend hundreds of dollars on rare vinyl pressings should erode as they become acclimated to what often resembles hearing familiar records for the very first time. Such are the near-miraculous improvements in the key areas of information retrieval, hidden details, palpable physicality, expanded midrange, transient presence, and frequency response. (...)
What does matter, of course, is the sound. And it’s largely excellent, improving in accordance with time, parallel to advances in recording technology and the band’s groundbreaking studio techniques. As previously mentioned, every Beatles album through The White Album was mixed with the purpose of being heard in mono. (...)
Without diminishing the value and impact of the stereo editions, which blow away their 1987 digital predecessors in every imaginable facet, the mono discs are where it’s at for experiencing the Beatles in the most “authentic” manner. (Officially, no compression or de-noising was used on the mono mixes; a sum total of less than five minutes of de-noising graces the stereo editions.) Specifically, the group’s early records tend to sound unnatural in stereo, as the hard panning seems forced and artificial—which, in actuality, it is. In mono, the Beatles’ music thrives from ultra-dynamic front-to-back layering that, intentionally or not, often gives the impression of a stereo mix. The changes wrought by the remasters are dramatic.(...)
it sounds so good, it’s almost difficult to believe this is the Beatles, which, unless one had unlimited funds for collectable LPs, have never sounded great. Depending on one’s perspective, such a conclusion is the ultimate sign that the folks at Capitol and Abbey Road Studios not only succeeded but surpassed most expectations. For if the Beatles remasters signify the last great hurrah of the compact disc, at least the format is going out in style.
Bob Gendron, ToneAudio
 For if the Beatles remasters signify the last great hurrah of the compact disc, at least the format is going out in style. J'adore!


Un post particulièrement intéressant d'un membre de l'équipe des ingénieurs qui ont eu la périlleuse tâche de préparer les éditions définitives des Beatles sur CD: cliquer ici.

Remasterings - la liste des rééditions les plus attendues... revisitée #5

  
Bon, pour la 5e réédition la plus attendue, vraiment, il y avait mieux à trouver au calendrier que la réédition des trois albums de UK.. De toute façon, en tant qu'ancêtre génétique de Asia, UK ne devrait jamais être mentionné dans cette chronique. Laissons Claude Rajotte expédier John Wetton au cimetière des CDs et tournons-nous vers une réédition autrement plus attendue, excitante et indispensable: les grands-papas du techno, les parrains de la période berline de Bowie, j'ai nommé le vénérable ensemble KRAFTWERK.

Vous ne connaissez pas Kratwerk? Mais oui, vous les connaissez, parce que vous les entendez dans leur héritage immense. Leur ADN musical est littéralement partout dans le monde électro. Et on ne saurait mieux les résumer que leur propre communiqué de presse, alors citons-le:

Electro Pioneers, living legends and globally revered masters of electronic sound, celebrate the 35th anniversary of their landmark 1974 hit ‘Autobahn’ by releasing digitally remastered versions of eight astounding albums on 5th October 2009. Rolling back musical barriers with every forward-thinking phase of their career, Dusseldorf's Zen masters of electronic minimalism laid the foundations for four decades of computerised pop and dance music. By chain reaction and mutation, they have influenced generations of artists in all genres, mapping musical futures yet to come. From Bowie to Daft Punk, Aphex Twin to Portishead, Dr Dre to LCD Soundsystem, and almost everyone in between, the mark of Kraftwerk is endless, endless.

In 2009 Kraftwerk have upgraded their Kling Klang masters with the latest studio technology and these eight magnificent recordings still sound like nothing else in the history of music. Kraftwerk are unique, pristine, profound and beautiful. Decades may pass, but their streamlined synthetic symphonies stand outside time, as fresh as tomorrow, transcendent and sublime.

Le 5 octobre, après des années d'attente (et après l'avortement forcé d'un boxset en 2004 pour cause de qualité de remastering exécrable, selon les membres du groupe), les créateurs de la pop music électronique sortiront donc un coffret intitulé joliment: 12345678 The Catalogue, comprenant, vous l'aurez deviné, 8 disques:
  • 1974 Autobahn, 
  • 1975 Radio-Activity
  • 1977 Trans-Europe Express
  • 1978 The Man Machine 
  • 1981 Computer World
  • 1986 Techno Pop
  • 1991 The Mix (coompilation de remix)
  • 2003 Tour De France
Des versions individuelles sur CD, des versions vinyles ou des versions téléchargeables seront aussi mis en vente à cette date.

Mais soyez avertis: des problèmes de licence américaines empêcheront les sorties individuelles de trois de ces albums: Computer World, Techno Pop, et The Mix, qui ne seront donc disponibles en versions remasterées que dans ce coffret!


Et finalement, pour ceux qui aiment leur Kraftwerk vraiment robotique, les versions allemandes des albums seront également disponibles! En Allemagne, bien sûr!


Restera à rééditer les trois premiers albums du groupe, très prisés de ceux qui sont "deep" dans leur groove électronique.

Remasterings - la liste des rééditions les plus attendues... revisitée #6

  
La grande saison des rééditions approche à grands pas et avant même d'avoir eu le temps d'écrire la deuxième partie de cette chronique, voilà qu'on veut déjà la revisiter... Faut dire qu'on vit une époque exigeante et excitante, côté rééditions, alors qu'apparaissent côte à côte des rééditions affreusement compressées de grands albums du catalogue (les Rolling Stones post-Let It Bleed, Genesis), victimes de la "loudness war", et des rééditions "mono", ce mot qui, il n'y a pas si longtemps, était banni du lexique audiophile. Comme quoi il ne faut jamais désespérer, l'être humain est plein de surprises.

RÉÉDITION LES PLUS ATTENDUES - 
#6 les titres de AUDIO FIDELITY (revisitée)

L'étiquette dans laquelle officie Steve Hoffman, le plus médiatisé des ingénieurs en remastering, ne cesse de nous surprendre, par son choix éclectique et très inégal de titres. La bonne nouvelle, c'est l'annonce (comme les lecteurs de ce blogue le savent) de la réédition du mix mono du fameux disque de John Mayall, Eric Clapton and the Blues Breakers... nous prouvant hors de tout doute que AF est à l'écoute des audiophiles, ou à tout le moins des audiophiles sur le forum de Steve Hoffman. Des mixages mono inédits en CD, il en pleut et si le monde audiophile s'ouvre à la possibilité mono, tout un pan de la culture pop mondiale pourrait vivre de belles heures: Rolling Stones, Hendrix, Otis Redding, les Doors, Frank Sinatra (dont le Only The Lonely sur Mobile Fidelity fut un franc succès artistique), Buffalo Springfield, Motown, les 45-tours des années '60, etc...


Mais les sorties du mois d'août du label furent pas mal moins ragoûtantes. Pourquoi encore nous asséner des rééditions des Doors, le catalogue le plus sur-exploité du rock? Tout simplement parce que les deux titres réédités, The Soft Parade et Morrison Hotel, étaient les deux seuls titres du catalogue original à n'avoir jamais été remasterés par Steve Hoffman, du temps du label DCC. Un trou historique donc, qui fut comblé. Et puis, ce sont les mix originaux, disparus du catalogue aujourd'hui. 
La spectaculaire fusion orchrestrale-blues-psychédélisme sonne bien, y'a pas à redire, mais Bernie Grundman avait aussi fait un bon boulot en 1999!  The Soft Parade est-il en rétrospective un meilleur album? Touch Me, Wild Child, Shaman's Blues nous montrent un Morrisson toujours aussi dangereusement talentueux, avec tout son venin de gosse riche pourri par les drogues et ses propres ambitions littéraires, mais à l'inverse Do It et Easy Ride nous montrent un groupe qui se laisse tranquillement aller... Que penser de The Runnin' Blue, rencontre improbable d'un groupe de drogués californiens et d'un western ringuard? Quant à The Soft Parade, les 9 minutes de la mini-suite poétique aux accents discoïdes sont aussi fascinantes qu'inquiétantes. Bien étrange album. Au moins, Morrisson Hotel, par son repli sur un blues-rock graveleux, a pavé la voie à l'ultime chef d'oeuvre du groupe, L.A. Hotel.



Bref... on aimerait voir Audio Fidelity et Hoffman s'attaquer à autre chose parfois... Déjà, la sortie début septembre du premier Prentenders fera du bien à un catalogue un peu trop fixé sur le classic rock, façon FM. Les années '78-'85  ne manquent pas de grands classiques oubliés: Television (Marquee Moon, quel album!), P.I.L., Iggy Pop, Buzzcocks, Wire, Joe Jackson.  Et si on doit à tout prix contenter les fanas de CHOM-FM, pourquoi ne pas s'attaquer à des albums historiquement mal servis par le CD: le premier Boston, Bat Out of Hell de Meat Loaf, voire même Styx!

Quant aux Doors, après les remasters audiophiles, les remix stéréo, les remix DVD-A stéréo, les remix multicanaux et le mono du 1er album, que reste-t-il à soutirer au catalogue? Ah oui, les mix et "edit" 45-tours. Ils y penseront sûrement. En attendant, après une bagarre de plusieurs années dont nous avons vécu les derniers soubresauts "live" sur le forum de Steve Hoffman, on peut annoncer que les bandes originales des Matrix Tapes ont finalement été acquis par le groupe et ses gérants; ceux qui ont acheté l'affreuse édition récente du spectacle "live" (Live at the Matrix '67) ne vont pas en revenir lorsqu'ils vont entendre la "vraie affaire". Dire qu'on les a roulés dans la farine, c'est peu dire. La différence entre les vrais Matrix Tapes et la version officielle est abyssale. On vous tient au courant.

 
Live At The Matrix

mercredi 26 août 2009

The Blood Of The Land [Dylan]

"Some people say I got the blood of the land in my voice"
"I Feel A Change Comin' On"

"Together Through Life", sorti en avril dernier, reprend exactement là où "Modern Times" a laissé, lui-même succédant à "Love & Theft" sans le renier. Jack Frost / Robert Zimmerman / Bob Dylan est dorénavant aussi éternel, immuable, qu'un paysage minéral, qu'une route abandonnée qui s'érode tranquillement. Une Route 66 musicale, traversée par les coyotes et les tatous et les herbes à serpent, avec un vautour ou deux qui se repaissent d'un chevreuil crevé sur le bord de la route, et ce Corbeau Noir qui croasse sur le bord de la route, regardant le spectacle avec la distance et la lucidité tranquille de celui qui vit ses derniers automnes. Étranger à l'écoulement du temps, à l'influence des modes, aux critiques, à ceux qui circulent tout près et qui restent à distance, étrangers, aliénés par ce morceau de civilisation qui tranquillement coule vers la déliquescence.

Troisième album depuis le début du millénaire, même formule, plombée cette fois par un son plus blues, la guitare de Mike Campbell des Heartbreakers et la présence remarquée de l'accordéon de David Hidalgo (Los Lobos) en filigrane.
Si vous voulez plonger dans les multiples références et citations littéraires qui traversent les textes de Zimmerman et Frost dans cet album, voici un lien vers une série de petites chroniques fascinantes...
Partie 1,
Partie 2,
Partie 3,
Partie 4,
Partie 5,
Partie 6,
Partie 7,
Partie 8,
Partie 9.

Remastering: le diable est dans les détails (Bill Nelson)


Bill Nelson
, guitariste de Be Bop Deluxe, peut-être mieux connu au lecteur de ces pages pour sa magnifique contribution aux plages instrumentales de Gone To Earth de David Sylvian, a écrit ce texte fascinant sur le remastering et ses dangers:

"It's a strange thing, this remastering malarky. I remember, a while back, some Beatles remastered material coming out...and yes, it was 'brighter,'clearer and there was more separation between the instruments, etc. But you know what? I didn't like it. It lost something that the originals had. I much preferred the way the original releases sounded.

Clarity and prescence can make recordings that originally gelled and hung together perfectly sound clinical and artificial. Sometimes, it's the actual LACK of digital clarity that gives recordings made by analogue methods their magic and warmth.

There's much more to the process of mixing music than just cleaness and clarity. Some of the most wonderful and iconic recordings have deliberately used murkiness and mystery to achieve their effect. Often, it's the subtle blend of instruments, the blurring of lines, the foginess, that creates the magic sound, not their separation. Anything that alters that relationship will destroy it.

I know that, when I used to record at Abbey Road with Be Bop Deluxe, we spent a great deal of time and care getting the recordings to sound the way we wanted them to sound. That same care was applied to the original mastering, to preserve the sound we had achieved in the recording and mixing process. Any remastering aimed at 'improving' the sound picture, or 'clarifying' it will change the delicate balance of tonalities and instrumentation to some degree or other, and in many cases, I think, to the detriment of the music and often to the artist's original intention.

Cleaning up an analogue recording via digital means can be a negative step, rather than a positive one. Plus, as we all know, the myth of remastering has long been used by the industry to sell albums over and over again to fans who already bought the thing first time 'round. Remastering and 'alternative takes' are both useful marketing devices for record companies.
Vous pouvez suivre la discussion sur son site Web.