mardi 19 janvier 2010

RIP Kate


Sadly our sweet Kate had to leave us last night. She departed in a haze of song and love surrounded by family and good friends. She is irreplaceable and we are broken-hearted. Til we meet again dear sister. 
Anna McGarrigle




When inevitably I read today in the papers that my mother lost her battle with cancer last night, I am filled with an immense desire to add that this battle, though lost, was tremendously fruitful during these last three and a half years of her life. She witnessed her daughter's marriage, the creation of my first opera, the birth of her first grandchild Arcangelo, and gave the greatest performance of her life to a packed crowd at the Royal Albert Hall in London. Not to mention traveling to some of the world's most incredible places with both my sister, her husband Brad, my boyfriend Jorn and myself. Yes, it was all too brief, but as I was saying to her sister Anna last night while sitting by her body after the struggle had ceased, there is never enough time and she, my amazing mother with whom everyone fell in love, went out there and bloody did it. I will miss you mother, my sweet and valiant explorer, lebwohl and adio. X
Rufus Wainwright

Dur début d'année pour la musique québécoise.
Après le départ combien prématuré de Llhasa, voici maintenant le duo des soeurs McGarrigle séparé.
Un bon moment pour "spinner" le magnifique The McGarrigle Hour, en attendant de re/découvrir les premiers albums du duo de Morin Heights.
RIP Kate
Nos sympathies au clan McGarrigle.


We are meat, we are spirit
We have blood and we have grace
We have will and we have muscle
A soul and a face
Why must we die?
 - Kate & Anna McGarrigle, Joel Zifkin

samedi 16 janvier 2010

King Crimson: autres remix en route!


Finalement, l'année 2009 aura été une excellente année pour les rééditions, et parmi les grandes réussites artistiques de l'année, nul doute que les remix de deux albums de King Crimson par Steve Wilson, en son surround et en stéréo haute résolution figurant en bonne place. D'entendre Lizard remixé à partir des bandes avant "bouncing" aura permis de dépoussiérer une oeuvre plutôt négligée dans la discographie des parrains du prog.

La bonne nouvelle, c'est que l'élan donné à la série semble se poursuivre et Steve Wilson et Robert Fripp sont déjà à pied d'oeuvre pour la suite des choses. Extrait du Robert Fripp's Diary, en date du 5 janvier 2010.


Our intended work this week is to mix / re-mix Poseidon in 5.1 & stereo, and re-mix Islands & Larks’ in stereo; both of the latter have already been mixed in 5.1. Poseidon has the disadvantage that we have not been able to find the original pre-bounce tracks. So, we can’t access the original individual mellotron parts. The main mellotron parts on Poseidon – the song is mixed together with acoustic guitar on a stereo pair; drums & bass are also on a stereo pair. Devil’s Triangle is missing lots of its constituent parts. Nevertheless, we have been able to significantly improve Peace, Pictures of a City,Cadence, Cat Food & Groon I…
Dommage pour Devil's Triangle, une variation déjanté des Planètes de Holst. Néanmoins, une excellente nouvelle pour les amateurs de rock contemporain...

Audio Fidelity: nouvelles



Il est maintenant acquis que le Parsley, Sage, Rosemary And Thyme de Simon & Garfunkel sera l'édition stéréo, Paul Simon manifestant une forte opposition à la sortie du mixage mono, qui restera donc un titre de bootleg recherché.

Et pour ceux qui attendaient (comme moi) le remastering du premier B-52's, qui fit tant pour popualriser le new-wave et ramener le fun dans la musique rock, ne retenez plus votre souffle. Les bandes maîtresses analogues étant introuvable, Audio Fidelity a renoncé à son projet de réédition. Cosmic Thing prendra sa place.

Chef d'oeuvre mineur: Wise After The Event de Anthony Phillips


On peut se demander commnent s'est senti Anthony Phillips pendant les années '70, alors que ses amis de Genesis passaient de l'anonymat au statut de fers de lance de la musique progressive britannique. Après tout, il avait largement contribué à forger l'identitié du groupe sur Tresspass. Son influence se fait encore nettement sentir sur Nursery Cryme même si Steve Hackett a déjà pris le relais. Il y a dans le son du Genesis d'alors une douceur pastorale, presque une aquarelle couchée sur 6-cordes, qui doit beaucoup à Phillips.

Mais enfin, il y a sûrement des tonnes de raisons pour ne pas entreprendre une carrière dans le cirque rock pour un individu raisonnable. Néanmoins, la parution en 1977 de l'album The Geese and the Ghost , fruit du travail de nombreuses années de Phillips, avec l'aide de Mike Rutherford, fut l'occasion de se rappeler que Genesis était tout un terreau de talents rares. La réception fut excellente; c'était comme un aperçu de la voie qu'aurait pu prendre Genesis avec un Peter Gabriel moins ambitieux et avec un guitariste moins expressionniste. Et c'est un  Anthony Phillips plein de confiance qui s'enferme dans un studio pendant un mois, en 1978, pour pondre un joli petit chef d'oeuvre, en mode mineur.


Cet album, Wise After The Event, il y a facilement 30 ans que je ne l'ai pas entendu. Parce qu'enfin, ce disque, il n'est plus qu'un petit astérisque dans l'encyclopédie du rock britannique, une note en bas de page du chapitre Genesis; ce n'est pas le disque que l'on sort lorsqu'on file "prog". Et pourtant, je me suis rendu compte que je n'avais rien oublié, 30 ans plus tard: rien oublié de ces mélodies sinueuses, pleines de la jolie complexité d'un orfèvre à l'ouvrage. Rien oublié du climat pastoral, terriblement vivant, de cet album qui, je ne sais pas pourquoi, peut-être pour son côté bricolé, bordélique, me rappelle le Ram de Paul et Linda McCartney. Et puis, il y a ce son si particulier, forgé par Phillips avec l'excellent producteur Rupert Hine (qui a le don d'aller chercher le meilleur des artistes: Howard Jones et son Human's Lib, le Private Dancer de Tina Turner, The Getaway de Chris De Burgh), spirales de guitares mixées serrés dans une sorte de vapeur métallique au milieu de laquelle émerge la voix de Anthony Phillips: une voix fragile, pas toujours très juste, toujours au moins doublée, sans grande texture, et pourtant, je ne sais par quel moyen, terriblement expressive, des centuples de fois plus expressives que la voix de Steve Hackett, pour donner un exemple.

C'est un petit voyage que je vous recommande, peut-être une fois l'an, lorsque la nature semble cruelle (comme cette semaine bon sang), et le rock pesant et sentencieux. C'est un disque qui respire l'optimisme, la naïveté, l'amour de la guitare et des mélodies un peu fouillées. Un disque très éloigné de Genesis, un disque qui ne ressemble à rien d'autre, même pas à The Geese and the Ghost. Un prog gentil, pas prétentieux pour deux sous.

[Côté son, rien pour écrire à sa mère: mixage presque mono, et l'édition double avec démos et mix alternatifs sent le EQ-dub à plein nez: presque pas de basse... si vous avez le vinyle, écoutez-le plutôt, il doit être meilleur]

lundi 11 janvier 2010

Roger Ebert, nil by mouth


C'est pour moi un authentique héros littéraire.

Oh je sais bien qu'un critique de cinéma n'est pas un vrai héros littéraire. Ce n'est même pas un vrai créateur.

Mais dans un monde de critiques chiants qui cherchent désespérément à se faire du capital intellectuel sur le dos des créateurs, Roger Ebert est un modèle de perspicacité, de lucidité, de générosité aussi.

Il en faut, de la générosité, après plus de 40 ans de visionnements professionnels, pour toujours garder son ouverture d'esprit, chercher à comprendre la démarche créatrice qui balbutie devant nos yeux, souvent de manière totalement anarchique, pour offrir à celui qui lit un éclairage nouveau sur un film qu'il eut été si facile de trasher, comme trop de critiques le font constamment, amoureux de leurs propres mots d'esprit.

Lorsque je sens qu'un film m'échappe, que la démarche de son auteur m'est hermétique, je me tourne toujours vers Roger Ebert.

Tout ça pour vois dire que le grand esprit de Ebert fait face à un obstacle incroyable, une adversité que je ne souhaite pas à mon pire ennemi. Des opérations multiples pour un cancer de la gorge ont laissé des séquelles épouvantables: il ne peut plus ni boire, ni manger, ni parler. Et il vient de refuser ce qui eut été une quatrième chirurgie réparatrice.

Croyez-vous ce diable d'homme allongé sur son lit d'hôpital, plein de rancoeur et de dégoût pour ce coup du sort, attendant la mort dans l'amertume? Que non...

Il nous fait partager sa condition dans une entrée de son  fameux blogue.  Que ceux qui se demandent à quoi servent les blogues fassent un détour par ce condensé de dignité humaine.

J'ai jamais lu un si bel hommage croisé à la nourriture et la mémoire.

http://blogs.suntimes.com/ebert/2010/01/nil_by_mouth.html

samedi 9 janvier 2010

To FLAC or not to FLAC

Avec la prolifération des serveurs musicaux ces jours-ci, et les myriades de configurations possibles, il devient de plus en plus intéressant d'obtenir l'opinion de gens ayant une acuité sonore et une expérience professionnelle du son avant de créer notre station. Surtout avec l'investissement considérable de temps requis pour le ripping, le tagging et la compression...

Pas de doute, le FLAC s'est imposé depuis quelques mois comme étant la solution de compression la plus prometteuse: application ouverte, gratuite, largement supportée, théoriquement sans aucune perte sonore. Mais est-ce que le FLAC est réellement transparent?

Citation de Barry Diament, un des ingénieurs au mastering les plus connus et respectés, et un collaborateur régulier et apprécié au forum SteveHoffman.tv.

In another thread, I mentioned recent listening tests to some FLAC files I made (using different applications and different settings). I listened with other ears I trust and in a blind comparison, it took only seconds to note the hardening and brightening of the sound that results when a so-called "lossless" compressed file, like a FLAC, is expanded in real-time.

The differences were relatively subtle but quite easily heard by all. With hard disks dropping in price every day, I see no reason to use any form of data compression. Besides, I want to hear things as good as I possibly can and for me, that means raw, uncompressed AIF (or WAV).

All that said, I did confirm that the FLAC can be expanded to AIF or WAV in an off-line process (i.e. NOT while listening) without any loss. But as I understand it, most folks who use FLAC listen directly to the FLAC (i.e. have the software expand it in real time, while they're listening). Under these circumstances, I don't like what happens to the sound.

This is consistent with my experience with other real-time processes, like sample rate conversion. I can take my favorite src algorithm and use it off-line to create transparent results. And I can use it in real time and hear the subtle hardening and brightening creep in.

So, for my own listening, it is always raw (uncompressed) AIF or WAV, played at its native sample rate.

(...) The tests used many different files, including recordings I made myself and the results were consistent, regardless of the recording, the software used or the settings.(...)

Again, not a night and day difference but an easily audible one, sufficient to deter me from using it for my own listening or from anything Soundkeeper does.



Just my perspective.

Best regards,
Barry
www.soundkeeperrecordings.com
www.barrydiamentaudio.com

mardi 5 janvier 2010

The Road au son de Lizard


C'est peut-être la mort prématurée de Lhasa de Sela, la Lhorona, notre Pleureuse, au tout premier jour de l'année, fauchée par une saloperie de maladie qui a le bras long et les doigts crochus;

C'est peut-être ce mélange d'érotisme, d'amour désespéré des femmes et de la mauvaise conscience masculine qui émanent du dernier opus du très particulier cinéaste espagnol Julio Medem, Chaotic Ana (et dans lequel une jeune femme, très belle, élevée par son père dans une caverne aux mystérieuses portes, porte en elle deux mille ans de femmes mortes tragiquement dans un monde machiste violent);

C'est peut-être la dissonance cauchemardesque de Cirkus qui ouvre l'excellent remix de Lizard, un autre cauchemar éveillé du très sombre Robert Fripp et de son véhicule privilégié, King Crimson (lequel enterrait de belle façon sa courte mais productive période prog symphonique en 1970), musique masculine âpre, violente et sombre (bravo à Steve Wilson pour un remix stéréo très réussi);

C'est sans aucun doute la vision post-apocalyptique de Corman McCarthy dont le The Road hante mes nuits ces jours-ci; un monde désert, stérile, sombre, plein de cendres, un monde dont la féminité a été aspirée dans une catastrophe dont nous ne savons que les effets.

En tout les cas, 'peut pas dormir... rude début d'année 2010...

dimanche 3 janvier 2010

Blue In Green... les joies du serveur musical...

Le serveur musical a probablement déjà tué le "mix tape", et bientôt on comptera probablement le lecteur CD parmi ses victimes... Mais difficile de nier le plaisir d'avoir toute sa collection (et même plus chez les moins scrupuleux!) accessible en tout temps, et de créer entre ses disques des ponts musicaux, des transitions, des alliances, des jeux de force, des progressions, des apothéoses, des épilogues. Malgré la destruction presque totale de l'art de la programmation musicale radiophonique par les forces virales du commerce, nous pouvons faire survivre encore le plaisir musical du mélomane, sous sa forme la plus libre... Et je me permet de vous faire partager mon "mix tape" virtuel de la soirée, en cette nuit froide du début d'une décade qui devrait apporter des bouleversements immenses dans le monde musical. Et dans chacune de nos vies, parce que dix ans, c'est une éternité!


1- D'emblée, une pièce qui vous ouvre l'âme ou qui est, comme le chante Dylan, like a corkscrew to my heart ... le Soul Lament de Kenny Burrell, sur son populaire Midnight Blue... juste une guitare, 160 secondes d'une mélopée de l'âme, fragiles arpèges, bleu pétrole dirait bashung..

2- Pour rester avec Burrell et sa sonorité magnifique, mais ajouter une autre voix qui dit le blues avec une force généreuse, un duo John Coltrane et Kenny Burrell de 1958, Why I Was Born... Un morceau surprenant de délicatesse, une conversation intime entre deux géants qui ne le sont pas encore, et une rare (sinon unique?) occasion d'entendre Coltrane accompagné seulement par une guitare.

3- On monte le tempo et la chaleur, et on avance de quelques mois... c'est le fameux groupe de Miles Davis, mais sans son charismatique leader, qui est réuni à Chicago pour des spectacles, et si la session est créditée à l'alto Julian Cannonball Adderley, pas de doute que Trane y a mis tout son coeur. Cannonball Adderley Quintet In Chicago comprend d'ailleurs deux compos de Coltrane, et j'écoute ma préférée, Grand Central, un titre parfait, assis entre hard-bop et blues, qui permet à Adderley et Trane d'échanger des solis caractéristiques. Wynton Kelly tient le piano, pour ceux qui se le demandent.

4- Cette fois, les méninges roulent à plein, je veux de l'énergie et je spinne pour la première fois l'incandescente performance live du fameux So What en Hollande en avril 1960... Miles, bien sûr, et Kelly, Chambers et Cobb à la rythmique, mais ce qui retient d'abord l'attention, c'est le solo déjanté de Coltrane, visiblement prêt à quitter le groupe et qui a déjà Giant Steps derrière la cravate, et la batterie propulsive de Cobb qui pousse le groupe de ses brusques ruades... Enregistrement mono de qualité quelconque, mais quelle performance! 17 minutes à haut niveau d'octane!

5- On revient peu à peu vers le but de l'exercice: Blue In Green, le titre-pivot sur l'historique Kind Of Blue, la compo de Bill Evans qui sépare l'oeuvre en deux et ferme la face A (pour ceux qui se rappellent leurs éditions vinyle) avant la splendeur de la face B. Mais d'abord, une interprétation éclatée, vibrante et passionnante, qu'on retrouve sur cet étrange OVNI faisant se rencontrer la fusion la plus rock et les instruments indiens, Miles In India... Guitares électriques (Mike Stern), trompette (Wallace Roney), piano bien sûr, sanragi et voix indiennes, et Jimmy Cobb, toujours vaillant, à la batterie... 13 minutes d'un voyage à travers des notes bien connues dans un enrobage complètement inédit...



6 - Maintenant, la version classique, archi-connue, avec en prélude des fragments de studios (prises 1 et 2) ajoutés sur l'édition 50e anniversaire de Kind of Blue... la fameuse intro de Bill Evans, exactement la même que celle utilisée par le pianiste en ouverture de l'excellent Chet de Chet Baker, sur Alone Together, et qui maintenant sera développée dans sa version finale par Davis et Evans (Davis qui, d'ailleurs, s'arrogera tous les crédits de compo sur la pièce, avec l'assentiment du pacifique Evans, plus sur cela plus tard!)... Combien de fois peut-on réécouter cette pièce sans s'en lasser? Est-ce Cannonball ou Trane qui a le privilège de souffler un solo entre Evans et Davis? Je ne le sais même pas, et je m'en fous... Tellement beau...

7- Mais on ne s'arrêtera pas sur une conclusion si prévisible... Cassandra Wilson, cette prêtresse vaudou des notes, s'est prêtée au jeu de mettre en mots la fameuse compo sur son inégal Travelling Miles... et elle en a tiré un joyau d'une beauté lumineuse... Et le son, les amis! La mandoline de Kevin Bret qui caresse la progression d 'accords, et un solo typiquement beau à brailler de Pat Metheny, et la basse acoustique de Dave Holland qui fait battre le coeur subtil de la mélodie, volant la vedette au piano... Miss Wilson a toujours eu le don de faire vivre des classiques dans de nouvelles couleurs, ocres, terreuses... Mon coup de coeur, mon interprétation préférée...

8- Et on finit avec l'interprétation de Bill Evans lui-même, sur un des deux disques studio de son fameux trio avec La Faro et Motian. Portrait In Jazz présente deux versions, du moins sur mon SACD: une version bonus mono où Evans mène une cavale un peu trop rapide dans son solo, ce qui nous laisse un peu en déséquilibre; et finalement la version retenue, qui clôt le disque, et où LaFaro et lui entrent en télépathie et réussissent à transfuser la mélodie avec une énergie surprenante... avant de clore avec une douceur interrogative, sans résoudre la mélodie...

Maintenant, quant à savoir pourquoi Miles Davis s'est arrogé seul le crédit d'une pièce que tous attribuent a posteriori à Bill Evans, de même que de Flamenco Sketches, qui s'ouvre sur une citation facilement reconnaissable du Peace Piece du même Bill Evans, que dire sinon que le charismatique leader était le chef d'orchestre incontestable d'un disque dont l'unité et la beauté esthétiques en font un joyau de la culture pop... et que les Evans, Cannoball et Trane étaient à son service comme les apprentis prêtaient, sans attendre de reconnaissance, leurs talents aux maîtres peintres de la Renaissance! Ou alors on peut croire les mots de George Early cités dans le livret de l'édition 50e anniversaire de Kind Of Blue:
Davis had the three instincts necessary for genius; he was an opportunist; he was not afraid of talented people, even if, in some particular area, they were more talented than he; and he had supreme confidence in his ability to make anything he'd try work..."
Quoi qu'il en soit... Blue In Green... chef d'oeuvre minimaliste du jazz... merci Bill Evans... et merci Miles...

lundi 28 décembre 2009

STYX audiophile?



On a bien le droit de garder dans notre coeur une place spéciale pour nos tout premiers albums rock, ceux qu'on a usé à la corde avec l'aiguille d'une table tournante mal balancée qu'on alourdissait avec des sous noirs scotchés à la cellule, non?
Mon premier album rock et mon premier show, ce furent The Grand Illusion de Styx. Et il fait partie des projets annoncés par AudioFidelity pour 2010 pour le traitement audiophile.

Définitivement pas un grand album, et probablement pas le meilleur Styx, ce groupe de Chicago assis en équilibre précaire entre le classic rock et le prog le plus commercial  (Equinox ou Pieces Of Eight méritent le titre quant à moi). Mais Castle Walls continue de me faire tripper et demeure un des meilleurs titres spacey de Dennis DeYounget Fooling Yourself de Tommy Shaw demeure bien écoutable. Sans oublier le traditionnel titre de James Young (un par album), dans ce cas-ci Miss America, sans doute son meilleur rock FM. Et le CD domestique est un transfert assez médiocre.

Évidemment, comme en témoignage ce lapidaire post, certains ne partagent pas cette nostalgie...


dimanche 27 décembre 2009

Audio Fidelity rééditera un grand Simon & Garfunkel




Parsley, Sage, Rosemary & Thyme est un chef d'oeuvre intemporel qui, au milieu des années soixante, semblait tout ignorer de la fureur ambiante pour s'attacher à décrire une intimité de sentiments délicats, magnifiquement incarnée dans la voix angélique de Art Garfunkel et les compos extraordinaires d'un Paul Simon au sommet. Un disque pour revivre ses 20 ans.

Scarborough Fair-Canticle, 

The 59th Street Bridge Song (Feelin' Groovy)
The Dangling Conversation...

Au milieu des excès de Hendrix, des Beatles, des Stones, des Who, des Doors, Simon & Garfunkel font l'effet d'étudiants préservés d'un monde à feu et sang, obsédé par la guerre, les drogues et l'amour libre. Ce disque n'est pas cool. Sa simplicité est trompeuse.


... et la grande question est: quel mixage sera utilisé?


Car trois mixages existent. Croyez-le ou non, le CD stéréo que vous trouvez en ce moment chez les disquaires, remasteré par Vic Anesesi  est en fait un remix; on a longtemps cru les bandes maîtresses stéréo disparues et Anesesi s'est attaqué à les récréer à partir des multi-pistes originales.  De manière satisfaisante, dit-on, mais les puristes lèvent le nez.

Jusqu'à la réédition récente sur vinyle Sundazed, utilisant des bandes maîtresses mal identifiées, prêtes aux rebuts, qui se sont avérées être les vraies bandes maîtresses. Ce qui rappelle l'histoire des bandes originales des albums de Bob Dylan, mal identifiées elles aussi... même étiquette (Columbia), même histoire.

Si je ne m'abuse, ma copie personnelle, tirée du vieux coffret Collected Works, serait le mixage original, mais tiré de copies de bandes maîtresses, et d'assez mauvaise qualité avec ça. Je ne peux confirmer ou infirmer, n'ayant pas de points de comparaison.

Reste le mono. Le format des puristes absolus, toujours inédit en CD. Et soumis au veto de Paul Simon, qui n'aime pas ce mixage.

Infos ici. Et on vous tient au courant pour les dates de sortie!

SACD vs XRCD: le surprenant choix de Joe Harley


Lorsque vient le temps de servir le monde audiophile, les étiquettes spécialisées (Analogue Productions, Mobile Fidelity, Audio Wave, Sundazed, etc.) ont le choix des formats: vinyle 45-tours 180g et 200g, SACD, DVD-A, DAD, HDCD, FLAC et WAVES 24/96, etc.

Moins mentionné est le format XRCD, qui n'est pas en soi un format mais un procédé de mastérisation, lequel finit dans le format habituel du CD redbook (16/44.1) tant décrié par la gente audiophile.

Sauf que... sauf que dans ses nouvelles rééditions digitales de classiques de jazz Blue Note, AudioWave, qui vend par le biais du détaillant Elusive Disc a rejeté le format SACD, au profit de la magie de l'ingénieur au mastering Alan Yoshida sur le format XRCD. Choix d'autant plus surprenant que le format XRCD est plus coûteux que le SACD à la production... tout en offrant moins de résolution et en ne permettant pas le multi-couches.


Explication de Joe Harley, le maître d'oeuvre de ces rééditions?
You know....I've kind of avoided talking about SACD but what the hell. I've produced many SACDs...30+ easily. I know the format like the back of my hand. My own feeling is that what you get on the original hard drive with DSD is pretty much unimpeachable. It's damn good. BUT...something goes wacky when you bounce it down for production. I've noticed this for years...and I know some very smart people have tried to fix it. To my ears, the final SACD always sounds a bit "mechanical" for lack of a better word, certainly compared to the hard drive.
XRCD's, as mastered by Yoshida, never have this slightly artificial quality IMO. They have a naturalness and ease that is very appealing and true to the tonal balance on the master tapes. Someone here speculated that we went with XRCD due to some added "license see" with SACD. No. In fact it would have been considerably less expense to make SACDs. The decision to do these transfers with XRCD was an informed one.
(...) 

That pretty much sums up my feelings on SACD/XRCD. Ed Meitner, Tom Jung, Michael Bishop at Telarc....we've all heard this thing that happens once you bounce the data from the hard drive. I'm not knowledgeable enough on high speed digital theory to know how to even start addressing this issue....but these guys, especially Ed Meitner, are. To the best of my knowledge, no one has really solved this yet.
I recall doing a session at Bearsville NY...it might have been the Ronnie Earl and Friends sessions ("friends” being Levon Helm, James Cotton, Irma Thomas, Kim Wilson) where we were recording direct to DSD. We'd listen to the tracks off the hard drive and just be in awe. When the hard drive was full and we had to bounce to an AIT tape and played back, the whole band goes "what just happened??" It was that obvious.
Anyway, sorry for the diversion, but it got me thinking about my experiences mastering with Alan Yoshida and how the results ALWAYS impressed me for being SO close to the analog experience. As many others have mentioned, there are XRCD mastered by Alan Yoshida and there are XRCDs mastered by....let's just say "others". As with everything related to mastering, the driver of the car is far more important to the finished result than the particular engine being used.
SACD and XRCD are just tools. The guy using the tools is still, in my opinion, the key ingredient.
Think about it. I have a very good SACD/CD player, the latest Ayre CX-5eMP. I have SACDs that sound beautiful and I have SACDs the absolutely suck.

I have XRCDs that sound utterly amazing and I have XRCDs that suck.
The decision to use Alan Yoshida and use the XRCD process was simply that I find it, at this time, to be the most predictable way of getting the results that we (our team) want.
Hope this helps. If someone says "come hell or high water I'll only accept SACD" that's fine. Nothing I say will matter anyway.

lundi 21 décembre 2009

Les Blue Note XRCD, une série jazz exceptionnelle? Steve Hoffman le pense...

Hommage senti de Steve Hoffman pour un de ses confrères, l'ingénieur de la série des XRCD Blue Note Alan Yoshida, dont les quatre premières rééditions viennent de paraître.




Voici ce que l'ingénieur de mastering préféré des amateurs de classic rock avait à dire:

First off, I feel like a kid in a candy store with these XRCD's. My Music Matters 45 RPM LP versions of the Blue Note catalog will be buried with me but these XRCD's I can listen to any time, any where, even in the car or on my kid proof kitchen Scooby Doo disk player. Cool beans!

Now before I start, let's get one thing out of the way (the proverbial elephant in the room).

Reviewer:
"Would you have loved to master these XRCDs yourself?"

Steve: Of course. Who wouldn't?

Reviewer: "Are you mad or something that Alan Yoshida at Ocean Way got the gig?"

Steve: Not in the slightest. He is probably the best digital mastering engineer in the world today and will do the Blue Note catalog proud on XRCD.
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OK, now that we got
that out of the way, let's move on.

Joe Harley and Robert Bantz cooked up these XRCD releases and I'm glad they did. In the past I've been critical of some of the XRCD mastering but never of the format. My buddy Kevin (ex-DCC'er) used to work at JVC and gave me a giant stack of the jazz XRCD's a few years ago that I (for the most part) enjoy to this day. I remember back when I was cutting the Analogue Productions 45 RPM
"Greatest Jazz Albums Of All-Time" series we had the master tapes of Bill Evans "Village Vanguard" and Kenny Dorham "Quiet Kenny" in the studio. For a kick I brought in my XRCD's of those two albums and sync'ed up the masters with the XRCDs. I expected nothing and got everything. They pretty much MATCHED. Shocked, I took a GOOD look (I never read credits) at who mastered these JVC disks. Same guy did them all: Alan Yoshida.

So, I sez to myself, like Doug Sax, here is a name that can be trusted.

Flash forward a few years and Joe Harley and I are with the Music Matters Blue Note team working on some of our 45 RPM releases and Joe casually mentions to me about the XRCDs of the same material that he is working on over at Ocean Way (old United-Western). I was at first surprised that he wasn't doing them at AcousTech with Kevin Gray and I so I asked him who was mastering them. He told me it was Alan Y. and I immediately relaxed. Heck, I did more than relax, I made a mental note to grab them when they came out (a sincere compliment, trust me).

So, now the first four are here and they are fabulous, inside and out.

Hank Mobley/Soul Station
Horace Parlan/Speakin' My Piece
Sonny Clark/Cool Struttin'
Tina Brooks/True Blue.


First thing I did when the package arrived was to take them into my mastering studio (http://www.stevehoffman.tv/forums/sh...d.php?t=161236) and fire away. I was tense. I'm probably the first reviewer of these XRCDs that have actually heard first hand the true original Rudy Van Gelder master tapes. First note I heard of the Tina Brooks made me sink back on my couch and smile. Phew! Wonderful sound.

All four of them sound amazing, having been engineered by the prolific Rudy Van Gelder, live to two-track at 15 ips 1/4" tape (non-Dolby).

Alan Yoshida is fanatic about tape alignment and these Blue Note tapes have NO alignment tones on any of them so I'm sure the largest part of Alan's day is getting these reels in perfect alignment (with the moon and stars) so playback is perfectly neutral. Whatever subtle mastering changes Alan has made he has done so with the help of Joe Harley so our ears are in good hands. Joe has worked with Alan for many years and the relationship works well..

What can I say about the music? As Paul McCartney said about The White Album
"It's friggin' BLUE NOTE!"

The artwork and packaging is first rate and just like our Music Matters 45 RPM vinyl versions, the original photographic negatives were used in artwork design. I've never seen better!

I think there will be initially 20 or so of these and who knows? If the series is successful there might be more.

My buddy and Blue Note freak Joe Harley is part of this
Audio Wave Blue Note team and he along with Robert Bantz (president of Elusive Disc and now Audio Wave Music) and engineer Alan Yoshida along with Scott Warpool and the BN maven Michael Cuscuna deserve to be congratulated on this supreme effort. I know it is not easy dealing with major record labels and there must have been some intense backroom scenes in order to make this happen in a digital manner. I appreciate the effort and so will you.

I recommend these highly. If you want the best digital versions of these great Blue Note albums, grab these. In my opinion they are the best that have ever been done and probably the best that ever will be. They can't stay in print forever so don't delay!

I'm looking forward to hearing the rest as they come out.

La fabrication d'un protest singer...

ou comment Bertold Brecht a changé la vie de Bob Dylan...



Bertold Brecht et Kurt Weill, expatriés du nazisme
 
Passionnantes Chronicles de Bob Dylan... dans lequel Dylan, raconte, avec son style si puissamment imagé, la naissance de son style, ses influences, l'empreinte durable d'un Woodie Guthrie, d'un Robert Johnson... ses premières années à Greenwich, ses nuits de coach surfer, la quête d'engagements; puis, fast-forward, 25 ans plus tard, un Dylan célèbre mais désenchanté, l'épuisement de l'inspiration, la panne sèche, le dégoût, l'impuissance créatrice, jusqu'à sa rencontre avec un Shaman canadien-français (Daniel Lanois) qui accouchera de son phénix artistique, Oh Mercy.




Mais peut-être la section la plus révélatrice est la dernière du livre, qui nous le présente, jeune morveux ambitieux du nord du Minnesota, pays dur, austère, où la gauche et les syndicats sont particulièrement dynamiques ( visionnez l'excellent North Country avec Charleze Theron pour vous faire une idée). Le jeune folk-singer qui débarque à New York et qui se forge une identité: interprète pur et dur de Guthrie, folk-singer pénétré d'idéaux socialistes. Dylan, qui découvre la Grosse Pomme et qui, sous l'influence de sa petite amie du moment, fréquente les théâtres... et assiste, tétanisé, au Three-Penny Opera de Bertold Brecht et Kurt Weill, une oeuvre de 1928...

Dylan, qui se passera en boucle le vinyle de Pirate Jenny dans les semaines qui suivent... Les mots de Brecht, la musique de Kurt Weill, les expatriés du nazisme, qui viennent libérer, par la violence de leurs sentiments, leur âpre réalité et leur imaginaire débridé, la plume du jeune Zimmerman...

Et qui est Pirate Jenny? Jenny, pauvre hère, qui fait les lits d'un hôtel de passe miteux, en échange de quelques pennys... méprisée, miteuse... mais qui la nuit, à sa fenêtre d'hôtel, sourit en regardant le port, et les bourgeois qui se demandent ce qu'a cette va-nu-pieds, à sourire de la sorte...

Jenny, à qui on amène des bourgeois enchaînés la nuit, en lui demandant: Le tuons-nous maintenant ou plus tard?

Et Jenny, de répondre d'une voix froide, glaciale: RIGHT NOW.



Écoutez la version live de Nina Simone, de 1964. Ça pourrait vous filer des cauchemars... Brrr..

(Essayez d'imaginer une de nos divas à voix interpréter un tel texte aujourd'hui... sigh)

vendredi 18 décembre 2009

Ah les années soixante... Pink Floyd, 1968, télé française...

et qui est le MC de ce joli petit pas de danse? Drucker?

lundi 7 décembre 2009

La voix de Sarah

Ah la voix de Sassy... cette cascade chocolatée, ce flot d'harmoniques chaudes qui se déploie dans l'écrin enneigé du piano agile, dansant, de Jimmy Jones. Et puis les solos de Clifford Brown, si expressifs, et pourtant tout en retenue (écoute-le sur Jim), et l'élégance de Paul Quinichette, au ténor, qui devait rendre The Prez fier, lui qui avait si bien dialogué avec Lady Day à une autre époque.

Ce disque est un must Sephirot ! J'imagine comment ce devait être chaud de se lover dans les bras d'une fille en 1954 avec la voix de Sarah qui faisait couler du miel brûlant sur les corps. Sûr, Ella avait une luminosité irrésistible dans sa voix, Helen avait la nonchalance racée et Dinah la dégaine de celle qui vous perce avec son talon aiguille. Et Lady Day, c'était Lady Day, même dans le tordeur stupéfié de sa fin de vie. Mais Sarah chantant Lullaby of Birdland, c'est indescriptiblement nourrissant pour l'âme.


Disque mono, excellemment enregistré d'ailleurs.

mardi 1 décembre 2009

J'ai entendu... un grand solo de Bill Evans



On reconnaît surtout à Bill Evans ses capacités élégiaque set romantiques, mais rien ne me branche plus que lorsqu'il plaque des accords secs et rythmiques de la main gauche, semblant chercher une fracture rythmique dans laquelle son corps pourrait se dissoudre, comme dans ses ultimes interprétations de Nardis en 1979.

Toujours est-il que hier, j'écoutais le formidable 2e disque de l'édition 50e anniversaire de Kind of Blue de l'immense quintette de Miles Davis, lequel présente une session du groupe enregistrée l'année précédente (1958). Même studio, mêmes solistes, même rythmique: Cannonball et Trane aux saxos, Miles bien sûr, et Bill Evans, et la rythmique Chambers/Cobb... bref, le même son et le même esprit extraordinaires qui devaient accoucher l'année suivante de l'ultime référence jazz. Sauf qu'il s'agit cette fois de l'interprétation de standards..

C'est sur Love For Sale, après les solis de Cannonball et de Coltrane... soul et puissant avec Cannonball, tendu avec Trane... C'est au tour de Bill Evans...

Du fond de l'ignorance d'un mélomane moyen, je vous jure: extraordinaire solo.

J'ai une musique qui me colle au coeur...

... et ça s'appelle Dans un parc, d'un duo québécois des années '70, Valois-Jodoin. Pour le petit kid de Québec que j'étais alors, ça sonnait vachement urbain et ça racontait un Montréal mythique et dangereux.
Je ne crois pas avoir entendu ce morceau en 25 ans, et je ne crois pas que ce soit jamais sorti en CD. Mais c'est un beau petit chef d'oeuvre musical, avec entre autres une rare utilisation de la voix falsetto au Québec, Et j'adore!


Sur l'excellent site QuébecPop, voici ce qu'on raconte...


Issus de l'une des multiples variations du groupe "Les Sinners", les auteurs compositeurs Daniel Valois (voix, clarinette, guitare, mélotron, flûte) et Alain Jodoin (voix, guitare basse), s'unissent pour créer cet unique album qui, sans devenir un classique, est quand même devenu un pièce de collection.

L'album est une production d'un autre ex-Sinner, Louis Parizeau et tous les trois ont justement travaillé ensemble pour la production des albums du groupe Beauregard, Violletti et Ste-Claire (avant et après cet album). On peut noter la présence de Denis Violletti aux arrangements et aux guitares, de même que celle de l'ex-Sinner Richard Tate à la batterie.

Je recommande fortement les chansons "Clarinette", "Bonne nuit beaux rêves", "Dans un parc" et ma préférée, "Chez Mary-Ann".

Ils ont ensuite continué leur route avec des albums en solo.

mardi 24 novembre 2009

Coltrane et la Révolution: Giant Steps

Quel album extraordinaire!

Débarrassé de l'héroïne, secouant le joug bienveillant mais sûrement pesant de Miles, transformé peut-être par son bref, mais fructueux passage avec Thelenious Monk, John Coltrane entre en studio avec l'élégant Tommy Flanagan (qui dut quand même sen sentir un peu bousculé!), l'impeccable Paul Chambers et le dynamique Art Taylor et enregistre l'énorme album Giant Steps; un miroir diffracté, chaotique, sur-vitaminé du célèbre Kind of Blue auquel il participe. Dans sa toute nouvelle confiance, 7 titres ramassés, assez brefs, où se concentre la folle énergie d'un dingue qui peut pratiquer une vingtaine d'heures par jour son ténor. Il sera plus tard, au sein de son quatuor classique,  plus généreux, empathique, spirituel, emporté, événementiel; mais a-t-il été déjà plus punché que sur cet audacieux brûlot?



J'écoute en ce moment les 2 minutes 11 de Countdown. 2 minutes 11 où Trane parcourt les gammes à toute vitesse, sur une rythmique ultra-speedée, pour finir, dans les dernières secondes, par énoncer le thème! Nous sommes constamment ainsi, tenus en déséquilibre, par ce grand homme qui vient de trouver sa voie, sa voix, si indissociable chez le saxo de son souffle, et qui nous le fera partager, sans concession, pour les huit années suivantes, jusqu'à sa mort prématurée.

Coltrane, formidable auteur de ballades, formidable souffleur de thèmes poignants, en commet un seul sur cet album: la célèbre Naima, qu'il enregistre d'ailleurs avec la section rythmique de Kind Of Blue: mister PC, Wynton Kelly, Jimmy Cobb.

dimanche 22 novembre 2009

La musique dépasse la mémoire

When we listen to an old piece of music, we’re inevitably saddened by our inability to fully inhabit the era from which it came; the poetry of its historicity seems to slip through our fingers. The most we can do is seek out the people who lived through it, the surviving relics of times past who, for one reason or another, seem to have remained frozen in a smoky Harlem nightclub or a backwoods Appalachian village, as if they themselves were documents in an archive. These baroque personalities give the illusion of having an entire epoch condensed into their being, and even the lives they led have become sterling works of art. And as problematic as it sounds, we are lucky to have them. Our modern griots sacrificed their own progress for the sake of transmitting to us what were most likely the best years of their lives.
What does that have to do with the music?
Everything – because it makes manifest the fact that all music is a kind of storytelling, and that things as inert as brass can be made to sing the song of history. Music is a direct and vibrant sort of cultural expression, and it requires a hybrid form like the memoir-album to communicate its power with any degree of truthfulness. What we’re dealing with is not even an oral history, but a sonic one...
[tiré des notes de pochettes du disque de Warren “Baby” Dodds - Talking & Drum Solos]

dimanche 15 novembre 2009

Sur la platine: la meilleur pop de 2005, le meilleur disque inédit de 2007, un Luc de larochellière bonifié, un Bashung sanctifié

Je ne vous l'ai peut-être pas dit, mais j'ai un plaisir fou ces jours-ci à vagabonder dans ma discothèque, depuis qu'un très bon ami m'a passé un processeur AV Linn de grande qualité, un 5103. Lequel processeur a l'avantage indéniable de posséder un DAC plus flatteur que celui de mon vénérable Micromega Stage 4.

Mon Micromega s'est toujours distingué par ses hautes fréquences agressives. Le Linn a une approche plus équilibrée: de très belles mid charnues. Et il a, bien sûr, une entrée digitale. Ce qui signifie que je goûte, pour la première fois, de manière temporaire, aux grandes joies du serveur musical. Et croyez-moi, ce sera difficile de revenir en arrière.

Hier, je me suis tapé un grand carrousel de musiques, pour me retaper d'un 40 heures de travail sans sommeil. Cette faculté qu'a la musique à nous extirper de la broyeuse sociale et professionnelle ne lasse pas de me fasciner.



J'ai commencé par me jouer ce grand chef d'oeuvre pop de 2005, le "Come On Feel The Illinoise!" de Sufjan Stevens. 74 minutes fascinantes en compagnie d'un créateur intarissable qui nourrit l'ambitieux projet de composer un album par état américain. Sufjan demeure un obscur personnage pour le grand public, mais la critique l'a repéré depuis longtemps, et son Illinoise a pris le sommet des palmarès combinés de 2005, recensés par le site Acclaimed Music. Et pour cause.

Maintenant, vous le décrire pourrait être une entreprise hasardeuse. Pop raffinée, orchestrée avec art, qui me rappellerait du très très bon Al Stewart (Year of the Cat, vous vous rappelez?), genre folk-rock avec ambitions pédagogiques? Ou peut-être du Alan Parsons (mais avec quelque chose à dire, et la prétention en moins), pour le côté prog raffiné des arrangements. À moins que cette rythmique qui fait un peu band de collège, et ces cuivres chaleureux, et cette absence totale de pose, range Sufjans du côté du théâtre musical ou du jazz mainstream? Et puis il y a ces rythmiques à la Steve Reich, intégrées parfaitement. Ou ces chansons poignantes sur un ami perdu au cancer, ou sur un tueur en série qui a terrorisé l'Illinois, qui m'a rappelé le meilleur Eels. Sufjan est une éponge, et dans son creuset se ramasse les meilleurs saveurs de la pop récente. Un voyage de 74 minutes sans moments faibles.

Le seul, très léger reproche que je pourrais faire à cet orfèvre de la meilleur pop, c'est peut-être que son interprétation manque de nudité. Au sens émotionnel du terme, bien sûr. Stevens a une jolie voix de folk-singer, sans grand caractère, qui prend le siège arrière sur ses arrangements. C'est souvent là que certains créateurs n'arrivent pas à rejoindre un vaste public. L'engagement émotionnel existe sûrement. Mais s'il atteint notre intellect et nos oreilles, il ne nous foudroie pas le coeur. N'est pas Nina Simone ou Jeff Buckely qui veut.

Côté engagement émotionnel, ma galette suivante n'en manque pas. Et ce disque demeure pour moi le meilleur disque de 2007, même s'il n'est jamais sorti!



Thom Yorke a souvent rappelé que c'est Björk qui l'avait poussé vers des interprétations plus viscérales, après leur rencontre pour la bande-son (incroyablement émotionnelle d'ailleurs) de Dancer In The Dark. Ce n'est pas sa voix qui rend Yorke si poignant: c'est cet engagement émotionnel incroyable dans chaque syllabe, chaque chanson. L'impressiond 'être connecté au "guts" d'un artiste d'une sensibilité exacerbée.

Radiohead s'est fait reprocher, à la sortie du trop riche Hail To The Thief, une certaine complaisance. Trop de pièces abstraites, avec des sons électroniques bizarres, d'explorations de rats de studios hyper-actifs n'en finissant plus de pousser des boutons, et oubliant de nous pousser de bonnes pièces rock, comme à l'époque de The Bends. Critique un peu injustifiée à mon avis, mais enfin, pourquoi pas... Ils ne devaient pas être totalement en désaccord car l'album suivant, In Rainbows, s'en tenait à un solide 10 pièces et 42 minutes de musique qui furent salués par la critique et sa belle-mère comme une oeuvre solide, ramassée, des vraies chansons et une courbe émotive plus forte que jamais. En fait, In Rainbows a presque fait l'unanimité.

Sauf que... sauf que plusieurs des meilleures pièces de In Rainbows, on les trouve sur le CD bonus qui venait avec l'édition Deluxe vinyle 45-tours, pas achetable. 27 minutes et 8 pièces supplémentaires, parfaitement séquencées, qui rendent l'édition régulière de In Rainbows presque trop... sentimental... si vous voulez mon avis, et même si vous ne le voulez pas. Soyons francs: Down Is The New Up et Last Flowers To The Hospital écrasent le presque mièvre All I Need et le vraiment mellow House Of Cards. Et il n'y a pas une minute faible sur ce CD bonus, qui me rappelle beaucoup, dans l'humeur et la palette sonore, les meilleurs moments de Amnesiac. Maintenant, quand vous saurez que je préfère presque Amnesiac au sanctifié Kid A, vous saurez que je ne suis pas nécessairement toujours une référence de la gente critique. Mais ce diable de groupe intarissable est unique en son genre. Emo, expérimental, nu, rock, prog, et quoi encore... Chaque tranche de musique en leur compagnie est un sacré voyage dans les tripes d'une époque à la fois troublante et formidable. Essentiel, diraient les Français. Je suis bien d'accord.



Comment continuer après Radiohead? En coupant la fibre EMO et en reculant la montre de trente ans. Je prends un détour par des productions Ken Scott (ce que c'est le fun, un serveur!). D'abord, le sous-estimé Crisis... What Crisis? de Supertramp... lequel avait l'impossible tâche de succéder à Crime of the Century, et ce qu'il passe bien près de faire. Oh, c'est peut-être une infinitésimale coche en-dessous, et la pochette a mal vieilli. Rick Davies et son Ain't Nobody But Me, c'est formidable. C'est juste un peu en-dessous de l'insurpassable Asylum. Et le A Soapbox Opera de Roger Hodgson n'a pas l'attrait universel de Hide In Your Shell, le hit des adolescentes timorées. Mais c'est du bon, du très très bon Supertramp. Et quelle production, quelle prise de son! Ken Scott, qui a débuté avec les Beatles,  est un sapré magicien. Vous entendez ce piano incroyablement physique? Après ça, écoutez-moi les pianos de plastique des albums endisqués par Rudy van Gelder... Désespoir. Pourquoi, Rudy, avoir ruiné le son de tant de merveilleux pianistes???

(Au fait, excusez-moi mais sui vous voulez vraiment entendre le vrai son de ces albums, OUBLIEZ LES REMASTERS! Par erreur, c'est ce que j'ai mis en premier, et j'écoutais, médusé, déçu, ce son incroablement agressant dans les aigus, et sans relief dans les basses... jusqu'À ce que je réalise mon erreur, et que je change pour l'édition originale Target... Incroyable, la différence!)



Restons avec Ken Scott... On parle beaucoup, ces jours derniers, du piano flyé et libre sur le dernier Daniel Bélanger (que je n'ai pas encore entendu); et on se réfère au Bowie d'Aladdin Sane et au jeu délicieusement dissonant de Mick Garson. J'ai donc fait un croche sur Aladdin Sane, édition RCA des années '80 (ÉVITEZ les remasters de Peter Mew, des abominations sans nom). Quel son les amis! Quelle pièce de musique riche, complexe, inépuisable... Combien de fois pouvez-vous écouter Aladdin Sane de suite sans en épuiser les explosives propositions?



Tant qu'à se décrasser les oreilles, une obscurité merveilleuse... Connaissez-vous Goldley-Creme? Ces deux mecs formaient le noyau aventureux des excentriques créateurs pop 10CC (vous vous rappelez l'incroyable I'm Not In Love et ses infinis dubs de voix, sacré meilleure pièce pop des années '70 par plusieurs critiques éblouis?). Quittant le carcan pop, le duo se lança dans des albums merveilleusement flyés, mélangeant dans un joyeux bordel du krautrock, du pop, du art-rock à la Roxy Music, du Zappa, le tout dans une mise en sons jamais monotone.

Malheureusement, le timing n'aurait pu être plus mauvais. Prenez ce L dont je me régale en ce moment les oreilles. Sorti dans l'obscurité en 1977, en pleine explosion punk, je l'ai eu pour un ridicule 3$, avec son coin troué, disque usé avant même sa sortie. Et pourtant, This Sporting Life et Business Is Business, qui ouvrent et ferment l'album, sont des opéras pop en miniature délicieusement flyés... Tout l'album est une exploration sonore raffinée sur de belles mélodies pop.

Le succès leur échappant, Kevin Godley et Lol Creme devaient par la suite se recycler dans le cinéma et devenir les créateurs des meilleurs vidéo-clips des années '80 (Rock It de Herbie Hancock et ses robots animés, vous vous rappelez?). Avant de finir par créer la technique du morphing dans un clip qui a fait époque, qui fit d'une de leurs dernières pièces, Cry, un hit tardif bien mérité, en 1985. Je ne connais pas la suite de l'histoire, mais j'adore encore L.

Mais pour finir sur une note entièrement différente... je veux saluer d'un coup de chapeau bien bas deux excellents albums qui rappellent que le rock francophone a franchi des pas de géants dans ses dernières décennies... et que c'est souvent en mixant l'héritage de la grande tradition de la chanson et le sens de l'ambiance et de l'enveloppe sonore du rock anglais qu'on obtient les résultats les plus mirifiques.


D'abord, un petit bijou introspectif, inattendu. Luc de Larochellière a eu un succès précoce qui en a fait en deux albums à peine une grande star, au tournant des années '90. Rock contemporain, textes avec une juste dose de dérision et de cynisme, le jeune homme de Laval, dont on avait fait la rencontre à un showcase en première partie de Marie Philippe, était un délicieux paradoxe: timide et effacé, affecté d'un bégaiement à la ville, il nous terrassait tous lorsqu'il chantait ses textes engagés, d'une voix puissante, assurée, de rock star. L'ironie voulut que plus il devenait audacieux dans sa musique, plus le succès l'a déserté, et qu'on l'avait peu à peu oublié. Jusqu'à ce magnifique Un toi dans ma tête, sorti il y a quelques semaines.

Superbement habillé de cordes opulentes, le fidèle Marc Pérusse à la console, de Larochellière nous ouvre son coeur avec une touchante simplicité et raconte surtout des ruptures, des amours difficiles, des obsessions sentimentales qui témoignent de la maturité de son écriture, de la profondeur de sa plume. C'est beau comme du Jean Ferrat à son meilleur, ça sonne vrai comme du Félix, et il y a un peu de Nick Drake dans la mélancolie de ces nappes de cordes qui soulignent juste ce qu'il faut ces textes poignants. Les musiques de ruptures sont si belles qu'elles font de l'ombre aux autres pièces plus "détachées". Exception faite de la meilleure du lot: la délicieuse Non-amour, Mon amour, que je vous laisse découvrir. Faites-vous un cadeau.

Le temps me manque pour vous parler de l'ultime Bashung, Bleu pétrole. Poète des mots, poète des sons, Bashung a laissé derrière lui des volutes de beauté et son ultime album est émouvant, mais jamais sentimental. Chaque fois que j'entends Résident de la République, j'ai un petit frisson. Qu'il était unique, le Bashung... Comment parler de sa mort d'une manière plus élégante? Alain Brunet, grand fan, a bien résumé ce Bleu pétrole, permettez-moi d'emprunter sa très belle plume...




Bleu pétrole, un album de grande épuration, un album où la complexité n’est plus apparente et se dissimule dans l’essentiel. C’était l’aboutissement d’une oeuvre magistrale. Son protagoniste y aura fréquenté autant la légèreté que la densité, dont il a su allier culture pop (avec un fort argument rock, faut-il le rappeler) et recherche fondamentale. Assortie de cette voix ténébreuse dénuée de toute agressivité (et de toute puissance, à l’instar de grands interprètes tel Leonard Cohen), cette quête de substance a parfois produit une impression d’opacité mais bon, n’est-ce pas le lot de tous les artistes en quête de densité ? Dans les sons comme dans les mots, Bashung a toujours haussé la barre.

A-t-on ici au Québec un Bashung? Je n'en vois qu'un possible. Il s'appelle Daniel Bélanger. Nous y reviendrons.