mercredi 19 janvier 2011

Mix Tape 61 - En mineur



Ça fait longtemps, très longtemps, que je n'ai pas fait un "mix tape"... Avec les serveurs, le "playlist" en constante métamorphose et qui s'adapte en un clin d'oeil à nos humeurs, l'idée même d'un "mix tape" figé pour de bon est devenue complètement obsolète. L'idée de préparer une sélection de pièces, de les cadencer soigneusement, de trouver le point de mixage idéal, de synthétiser 80 minutes de musique spécialement pour une personne a été remplacée par l'échange de disques durs ou de clés USB débordant de fichiers digitaux.

Pour le moment...

Parce que comme tout tourne en rond... un jour, on peut prévoir que le "mix tape" et son parfum suranné d'éternité fera un retour.

Je l'espère en tout cas.

Parce que le modeste "mix tape", qu'il soit sur CD ou sur ruban, c'est un petit moment d'éternité émotive que l'on vent fixer; pour le mélomane non-musicien, c'est sa petite symphonie intime, dédiée normalement à quelqu'un...

Anyway, hier, j'ai eu envie de faire un "mix tape" pour ma soeur. Ma soeur aime la musique en mineur. Au sens musical du terme. La mélancolie du mineur vient pincer une corde intime, la connecte sur un sens enfoui.

Ça tombe bien, moi aussi.

Et comme j'avais envie de lui faire découvrir des trucs, j'ai essayé de trouver des trucs qui lui sont inconnues...

Donc, mon "mix tape" no 61, "En mineur".

01 Air – Playground Love : l'inoubliable thème de "Virgin Suicides". Le son du mellotron, ressuscité par le duo français
02 Smiths, The - Death Of A Disco Dancer: un disque que j'ai beaucoup écouté avec elle 
03 Miranda, Holly - Joints: parfums du label 4AD et des années '80, avec la mise en sons du leader de TV On The Radio; 
04 Jónsi - Tornado - le leader de Sigur Ros dans ce qu'il fait de mieux
05 Gabriel, Peter - Flume - interprétation fantastique de la pièce de Bon Iver
06 Radiohead - Sail To The Moon (live, NYC) - interprétation dépouillée et troublante
07 Gibbons, Beth;Rustin Man - Drake - le disque en mineur de la dernière décennie, par la chanteuse de Portishead et un membre obscur de Talk Talk,  hommage à Nick Drake
08 Moffatt, Ariane - Brain Damage - qui aurait cru qu'on pouvait faire une version "unpluggeed" du grand classique pink floydien? Sur l'excellente bande sonore de "Trauma"
09 Egan, Coral - Breathe - un grand talent montréalais, mis en sons par Charles Papasoff
10 Jorane - Cucaracha - Jorane à son plus troublant
11 Massive Attack - Paradise Circus (feat. Hope Sandoval)  - la liste des chanteuses ayant prêté leurs voix à Massive Attack est étourdissante. Cette fois, la discrète et sensuelle Hope Sandoval de Mazzy Starr 
12 Stevens, Sufjan - Vesuvius - un extrait du meilleur disque de 2010. Mais que c'est dur à mixer avec autre chose, tellement c'est spécial!
13 Flying Lotus - ...And The World Laughs With You. Le groupe électro de l'heure, avec la voix de Thom Yorke de Radiohead
14 Scott-Heron, Gil - Me And The Devil. Parfums de prison et de descente aux enfers... Gil Scott-Heron restera-il dans la lumière ou retournera-t-il tutoyer le diable? 
15 Massive Attack - Saturday Come Slow. L'omniprésent Damon Albarn (Blur, Gorillaz), un créateur inépuisable d'excellentes mélodies.  
16 Drake, Nick - River Man. La figure tragique de la musique en mineur, le prédécesseur des Ray Lamontagne, Bonnie "Prince" Billy et de tant d'autres. S'il avait su...
17 De Larochellière, Luc - Un Toi Dans Ma Tête. L'égal de Nick Drake, dans une mélodie si belle qu'on voudrait qu'elle ne s'arrête jamais.
18 Lamontagne, Ray - Till The Sun Turns Black. Baume.

lundi 17 janvier 2011

Sur la platine: Cassandra Wilson et son Silver Pony



Bien sûr, Diana Krall et la perfection de ses conceptions; bien sûr, la fraîcheur de Norah Jones; bien sûr, Madeleine Peyroux, plus Lady Day que Lady Day; et bien sûr, la beauté vocale de Melody Gardot.
Mais se détachant encore du lot, prêtresse voudou distillant les parfums suaves de la swamp des origines, Cassandra Wilson et son hybride delta-blues-jazz-rock-pop...

Je découvre à peine le dernier Cassandra Wilson, Silver Pony, album vocal de l'année 2010 selon le Village Voice, et je suis de nouveau hypnotisé, comme par une blessure fascinante, ou une cérémonie religieuse nocturne, avec un sacrifice vivant qui se balance au bout d'une corde... Il y a quelque chose de si dense dans cette musique, dans cette voix noire, dans cet entrelacs serré de guitares sudistes, de percus... Fascinant.

Depuis Blue Light Til Dawn en 1993, la conception musicale de Cassandra Wilson évolue sans jamais perdre son unicité. Un monde qui se distingue par la préséance des cordes sur les cuivres (pratiquement absents), par un respect du blues du delta sans jamais que la sauce ne devienne stagnante; pop et rock s'incorporent sans peine, les reprises mirifiques de U2, de Hank Williams, de Neil Young et Van Morrisson trouvant leur place sans peine auprès des Robert Johnson et Charley Patton.

Ce Silver Pony est une curieuse bête, mi-live, mi-studio, qui nous offre un aperçu de l'organisation organique de la musique dans un groupe dirigé par Cassandra Wilson; les musiciens, loin d'être des accompagnateurs, sont au coeur de chaque chanson, comme cette guitare bottleneck de Marvin Sewell qui zèbre les ambiances rythmiques denses de la dame. Écoutez cette reprise à la fois trépidante et traînante de St James Infirmary, le long blues de Pony Blues, la reprise imaginative de Blackbird des Beatles, la très belle Watch The Sunrise au finale, avec John Legend aux voix et piano.

Laissant la conclusion au critique FRANK ALKYER de Downbeat:
Silver Pony is a record that begs listeners to suspend notions of what a live recording should be or what a studio recording can be. After a few spins, it doesn’t matter. There’s too much to like.



QUALITÉ SONORE:
Pour ceux qui, comme moi, sont préoccupés par la qualité sonore des albums, dont certains trouvent que les disques de Mme Wilson ont tendance à baver beaucoup dans les basses fréquences, laissez-moi vous annoncer une excellente nouvelle: masterisation (Bob Katz) sans compression dynamique, énormément de dynamique, bel équilibre des timbres: l'esthétisme "live" à son meilleur. Écoutez "Pony Blues", vous m'en donnerez des nouvelles: 21,58 dB d'écart dynamique moyen, et ça s'entend.

vendredi 14 janvier 2011

MusikLeaks - The Smiths et Kate Bush

Pendant que Julian Essange et WikiLeaks défendent à leurs risques et périls le droit à la libre circulation des infos sur I'Internet et que les gouvernements et grosses corporatifs cherchent encore la parade à la danse libre qui s'y déroule, des pépites d'or musicales y circulent, plus ou moins confidentiellement, plus ou moins légalement; oeuvres retenues (contre leur gré) par des détenteurs de droits armés d'extensions légales démesurées, à 300$ ou 500$ l'heure...

Ainsi, Noël est arrivé un peu tôt cette année pour les très nombreux "complétistes" des Smiths, un des très grands groupes anglais des années '80, disparus en 1987 après 4 années d'une production frénétique, dont le rythme évoquait furieusement l'éthique des années "60, lorsque les groupes lançaient 2 albums et quelques 45-tours "qui ne se retrouvaient pas sur les albums" annuellement. Un mythique "coffret" sans cesse repoussé. comprenant "singles", "b-sides", prises alternatives, démos et "live" est régulièrement au centre de rumeurs depuis une dizaines d'années. Mais en vain: Morrissey et Johnny Marr ont vécu un divorce artistique brutal, et ce n'est pas la poursuite légale (victorieuse) du bassiste Mick Joyce contre ses anciens partenaires qui allait arranger les choses. Un remastering de leur matériel par Bill Iglot de Rhino n'aura finalement donné qu'une compilation, "The Very Best of The Smiths". Et le coffret, sans cesse remis, toujours espéré, accumule la poussière.

Jusqu'au 19 décembre dernier. Alors qu'un membre anonyme de l'entourage immédiat du groupe (plusieurs chuchotent d'ailleurs qu'il s'agit d'un membre du groupe!) et apparemment exaspéré par l'immobilisme de Johnny Marr a laissé sortir sur Internet d'excellents fichiers "lossless" réunis dans une compilation appelée Unreleased Demos & Instrumentals... on parle d'une qualité sonore tout ce qu'il a de plus professionnel, 16 pistes (y compris deux "originales") qui sont autant de pépites d'or, parfois assez proches des originales, parfois radicalement différentes (Sheila Take A Bow avec de la cithare???), et qui témoignent d'une recherche sonore fascinante. Prises directes de studio, commentaires des membres après les prises, mixages alternatifs... ce n'est pas sans rappeler la fascinante "Anthology" de John Lennon, et pour ceux qui aiment explorer le processus de création des musiciens et les oeuvres musicales sous différents éclairages, voilà un fascinant "bootleg"... Et paraît-il que ce n'est que le tiers de ce qui serait entre les mains du généreux donateur. Peut-être Johnny Marr (dont on peut entendre la céleste guitare sur certaines pièces de la bande-son d'Inception) prendra acte et lâchera-t-il un coup de fil au dandy poète Morrissey, dont la carrière solo continue d'aller bon train.

Plus d'infos ici: http://thepowerofindependenttrucking.blogspot.com/2011/01/mastered-smiths-stereo-demos-outtakes.html

Plus dur à trouver, mais à ne pas rater... le spécial de Noêl de la BBC4 de 1979 avec Kate Bush. La jeune protégée de David Gilmour n'avait que 21 ans mais était déjà une très grande star en Angleterre, grâce à ses deux premiers albums envoûtants et sensuels, The Kick Inside et Lionheart. Mais au moment de cette transmission, la jeune prodige est en pleine transformation: les mélopées "Bröntiennes" et les confidences romantiques de la jeune fille à son piano laissent maintenant place à une exploratrice sonore aussi ambitieuse que raffinée, et ce n’est pas un hasard si les très rock Violin et Wedding List et la superbe Egypt du chef d'oeuvre en gestation Never For Ever prennent une place spéciale dans ce "spécial". On sait la jeune Bush danseuse émérite; vous ne me ferez jamais avouer que c’est son côté que je préfère, même sous la torture, mais dans le genre, le petit numéro de "Them Heavy People" vous arrachera un sourire; "December Will Be Magic Again", qu'on ne trouve que sur son coffret This Woman's Work, est le rappel le plus direct à une pièce de Noël, mais miss Bush le fait à sa manière, assise au piano à queue: très belle chanson.

Mais le moment magique, pour moi, c'est l'apparition de son invité, un tout jeune Peter Gabriel (qui n'a pas 30 ans), à quelques mois du mythique Peter Gabriel (III) qui devait lui redonner sa pertinence artistique sur la scène rock mondiale... Gabriel a cette tronche tourmentée de thanatologue ou d'étudiant en philosophie qui correspond à la période la plus creuse de sa carrière, celle qui suit le très méconnu Peter Gabriel (II), produit par Robert Fripp.  Gabriel commence par reprendre le pinacle émotionnel de son premier album, la magnifique Here Comes The Flood, mais à la manière Fripp, c’est à dire avec sobriété et émotion, seul au piano, tel que vous pouvez l'entendre sur l'excellent Exposure de Fripp, et à mille lieux de la symphonique version du PG I (que Fripp qualifiait d'américaine et vulgaire en entrevue).

Plus magique encore, le moment le plus fort du spécial télévisé: en duo, une reprise d'une pièce belle et triste à pleurer, une histoire de vieux couple appelée Another Day. L'oeuvre d'un artiste de folk anglais, Roy Harper (un bon ami de Jimmy Page, comme vous le constaterez en sortant votre copie de Led Zeppelin III). Deux magnifiques interprètes, réunis pour la première fois pour un moment de grâce musical, et qui renoueront sur le Peter Gabriel (III) ("Games Without Frontiers") et So ("Don't Give Up").

Un aperçu, en basse qualité:
http://www.myspace.com/video/vid/6181309

Cette rencontre n'est sur aucun disque officiel, malheureusement. La même pièce est chantée par la superbe Elizabeth Fraser (Cocteau Twins) sur le premier This Mortal Coil. Très conseillé.

Peter Gabriel et Kate Bush seront, pendant quelques années, les deux plus fascinantes bêtes à sons de l'Angleterre, deux âmes-soeurs artistiques qui repoussent les limites de la production "studio" (The Dreaming de Kate Bush est une sidérante exploration sonore que vous devez avoir dans votre discothèque, et hâtez-vous, car tous les Kate Bush sont discontinués depuis peu).

Bref, cette pépite de la BBC, un technicien de la place aurait décidé de la faire circuler sur Internet, dans une excellente copie car le bonheur, faut bien que ça se partage, non?  En attendant que la BBC en fasse une véritable édition...

Les pièces:
Violin
Symphony in blue
Them heavy people
Here comes the flood (with Peter Gabriel)
Ran tan waltz
December will be magic again
The wedding list
Another day (with Peter Gabriel)
The man with the child in his eyes
Don’t push your foot on the heartbrake

lundi 10 janvier 2011

Sur la platine: JUDAS DYLAN




Il était une fois le bootleg le plus célèbre de l'histoire du rock.

Il était une fois Robert Zimmerman, alias Bob Dylan, Jésus-Christ juif du mouvement folk, "protest signer" acclamé dès son arrivée sur la scène, successeur auto-proclamé (et surdoué) de Woody Guthrie, qui, bourré aux amphétamines et éclatant sous la camisole de force des bien-pensants de la gauche musicale, décide de briser ses chaînes et de se "plogguer". Il engage un groupe canadien de rock pesant, les Hawks (avec à leur tête l'Amérindien Robbie Robertson) et part en tournée agresser ses adorateurs à coup de décibels électrifiés.

Et ça bardait.

Parce que les adorateurs, reconnaissant dans les guitares électriques la marque d'un AntéChrist musical, n'allaient pas le laisser s'en tirer comme ça.

Cohue, huées, objets lancés, une tournée aux allures de guerre de tranchées.

Lorsque Dylan débarque à Manchester le 17 mai 1966, il commence son spectacle par un "set" acoustique, seul, guitare et harmonica.

Et la différence de ton avec les enregistrements publics de deux ans (The Bootleg Series Vol. 6 Bob Dylan Live 1964, Concert At Philharmonic Hall)  plus tôt est sidérante. Même dans le set acoustique. Lui qui était joyeux, sarcastique et moqueur en 1964, est maintenant recueilli, sombre, intense, Dylan nous donne 40 minutes de musique confessionnelle qui présagent les Neil Young et Nick Drake de ce monde de quelques années. Son interprétation de "Desolation Row" donne des frissons, son "Just Like A Woman" est d'une douceur inhabituelle chez lui, lui, le désinvolte suprême.

Mais lorsqu'il clôt cette première partie avec Mr Tambourine Man, on le sent qui mord dans les mots avec dédain, moquerie. Comme s'il regardait ses admirateurs folk dans les yeux et leur jetait quelque chose qui ressemble bien à du mépris.

Juste pour cette première partie, l'édition officielle de ce bootleg vaudrait son prix.

Il me reste à écouter ce qui a suivi, le deuxième disque, le "set" électrique. Lui qui dit Just Play Fuckin' Loud aux Hawks (qui deviendront The Band bientôt). Et un illuminé dans la foule qui rendra ce show immortel lorsqu'il lui hurlera: JUDAS. Un set que certains considèrent comme le meilleur document "live" jamais enregistré dans l'histoire du rock.

Judas n'était qu'un homme qui ne voulait pas être Jésus Christ.

jeudi 6 janvier 2011

Des nouvelles de Rocco DeLuca

Son blogue étant resté inexplicablement vide pendant plus d'un an, j'avais cessé de fréquenter les pages de Rocco deLuca...

Rocco deLuca est ce troubadour rock magnifique, artiste du dobro,  qui, sous une direction vachement inspirée de Daniel Lanois, a sorti un des grands disques de rock des années 2000, dans une confidentialité presque totale... Oui, dans mon livre à moi, "Mercy" (commentaire ici) se hisse près du niveau du "Grace" de Jeff Buckley... Une musique qui sent la route, l'errance, la poésie, l'amitié et l'amour - les combats inachevés de l'être humain... poésie et rock shootés à l'intraveineuse... Rimbaud californien doté d'un falsetto qui tue.

Malheureusement, la business musicale est dure ces années-ci, comme chacun sait. Comment ce disque a-t-il pu passer dans le beurre, je me le demande. Comment est-il arrivé à moi, je me le demande aussi. Pas de critiques, pas de concerts, et un label qui semble avoir oublié son existence... Ah oui, ma douce, après quelques notes entendues dans un Renaud-Bray, avait compris que j'allais être flipper, et me l'a acheté. Je vous souhaite une blonde qui déniche pour vous les pépites de l'orgie culturelle.

Rocco donc, les poches certainement vides, existe encore. Il tourne confidentiellement, seul... Entrée de blogue d'avril dernier...

in search of quality-

I've been tripping from Kingston to Oakland and a

few stops in between-

i've been collecting image of the villages, cities, and people who i have been fortunate enough to meet- blogging took a brief break because i do not carry a computer with me on my travels - only a few items which include: national, pocket knife, tape, small grab of clothes, book to read, book to write in, and the use of local talents to help document sight and sound-

i have written some words for the true kings, those who are fearless in the face of the conventional wisdom- i wanted to record where history, hope, and the drum lives- producer, engineer and friend Mark Howard aka "Dirty Howard" had done some work in Jamaica and was familiar with a talent from the area who went by the name Dizzle.
(who played along to what could be considered folk songs). The results were worth the trip alone, we felt as if we created a collision of the written word, beats from the ground, and the energy that only an eighty-year-old Duolian can create. The God's were with us-
we recorded the live sessions in seven nights- my friend and gorilla-skateboarding-film-geek Ted Newsome from "Two Headed Horse" decided to come and film the live sessions- along with our trips through Port Antonio, Kingston, and the Blue Mountains. i'm currently going through footage with Ted to let others experience the happening with us. Thank you to Mark and Daniel Lanois for there encouragement with this trip.
-when i arrived back home, as usual, i was a bit restless after having been creating music on a very focused nightly basis. i go through these cold depressions when a thing is finished. I miss the music, the laughs, the coffee, the weed, the water, the soil- i decided to strap my national to the back of my machine and take off for the East Bay for a while. i know i looked mad (with everything i own tied to the back) by the expressions on the faces of people i passed. I had never ridden that far and thought it would be something to see PCH without being in a cage- i stayed with a friend, and explored for two weeks (graffiti is alive and well), which is different from going straight to the show and leaving directly after- i came back down through the central valley which opened into big skies and great distances, so great you feel small, then smaller-
after dropping out of the commercial world i have had to be more resourceful- efficient- raw- however, i have been afforded the opportunity to live amongst those who place quality above the popular-
as a result i will be playing stripped down shows over the next couple of months until we are able to share this next record, which will take a minute to sort out how it will be shared- i've got hope in my veins- my grandma said i might be able to borrow her ride for the tour- i want to see you in your hood-
bless,
rocco
Voilà, je voulais partager avec vous ces mots, directs et simples, de l'artiste qui suit sa route, la seule qu'il connaisse.
Nous sommes souvent durs avec les artistes. Je ne parle pas des gens du show-biz, que j'exècre de plus en plus, je parle des artistes, avec qui nous les confondons souvent. N'allez surtout pas croire que les créateurs de ces galettes que nous faisons tourner négligemment en faisant autre chose n'ont pas payé un dur prix leur talent de composer des oeuvres.

mercredi 5 janvier 2011

RIP Mick Karn

Ouf... on veut pas partir une chronique nécrologique, mais rude début d'année.
Quelques heures après Gerry Rafferty, voici Mick Karn, vaincu par le cancer.
Mick Karn, dont la basse ronde, enveloppante, si particulière, a tant fait pour le son de Japan, le superbe groupe synth-rock de David Sylvian.
Écoutez l'ultime album de Japan, Tin Drum, ou encore l'excellent et très méconnu Dance de Gary Numan, et vous aurez la juste mesure d'un musicien qui savait faire chanter et danser sa basse à la fois.


RIP.



Le site de Mick Karn vous offre 70 MB de musique à télécharger gratuitement...

mardi 4 janvier 2011

RIP Gerry Rafferty

Triste, mais le temps passe et emporte peu à peu nos héros de jeunesse.
L'auteur-interprète d'un de mes tout premiers 45-tours vient d'être emporté après une spirale descendante alcoolisée qui s’est étendue sur de longues années.
Vous vous rappelez Baker Street de Gerry Rafferty?
Formidable hit AM-FM, mis en son avec une science qui s’est peu à peu perdue dans le temps. Un solo de sax si populaire qu'onr aconte que les ventes de saxophone ont connu une hausse soudaine à cause de ce hiy!
Le nom de Gerry Rafferty est pour moi indissociable de ma découverte du rock et de la pop musik. Son disque "City To City" fut un des premiers 33-tours de mon grand copain de l'époque, Y.R., et Baker Street jouait, tout le temps, sur toutes les sonos.

D'autres parmi vous reconnaîtrez sa voix dans son tout premier "single", au sein d'un duo avec Joe Egan appelé Stealers Wheel, qui faisait partie de la bande son du Reservoir Dogs de Tarantino, grand amateur du rock façon seventies... Ça s'appelait Stuck In The Middle With You... et ça racontait sur un ton léger une sale moment à endurer un party de l'industrie du disque. Ironiquement, après la séparation de Stealers Wheel, Rafferty devrait se battre pendant trois ans avec l'industrie avant de pouvoir sortir son premier disque solo, le fameux City To City, qui s'accrocherait 49 semaines dans le Top 200 de Billboard.

Je passe la plume à un certain Nick Derisio de l'excellent site Something Else Reviews
Recent reports out of London have Rafferty turning to drink, busking for tips, trashing hotel rooms, suffering from a liver ailment.
No matter. Yearning yet forever young, my old vinyl version of "City to City" is a reverie that will always take me back. Back to "Baker Street," back to teenage dreams of flight -- to a place we could never be found, to a place far away from this town -- but then, importantly, to our inevitable return.
It's appropriate, for me, then that I still must dust off the old turntable -- carefully preserved, yet stored away from my every-day grownup life -- to get there.
Gerry Rafferty takes me full circle.


R.I.P.

mercredi 29 décembre 2010

Sur la platine: les premiers sédiments de "Little Wing"

En ce moment, sur la platine...


Jimi, en jeune musicien de session, sur un beau slow rhythm & blues des Isley Brothers, Have You Ever Been Disappointed?... Un beau titre que je ne connaissais pas, bâti sur le patron des plus beaux Otis Redding, et cette tonalité absolument "killer" du jeune Hendrix... De toute beauté...

Quelques minutes plus tard, surprise d'entendre une intro de guitare qui évoque irrésistiblement "Little Wing" sur un autre "slow" de facture plus "Motown", signé The Iceman, qui s'appelle (My Girl) She's A Fox.
Les deux font partie des meilleurs titres du premier CD du coffret quadruple West Coast Seattle Boy du grand musicien.

Je n'ai pas encore exploré ce coffret et ces multiples découvertes, remixages et excavations d’artéfacts sonores, mais ce premier disque, présentant Jimi en tant que musicien de studio, est une brillante idée de Experience Hendrix, la compagnie de la soeur de Jimi, qui "manage" maintenant l'héritage artistique du grand guitariste de Seattle. Allez, on leur pardonne même les étranges remixages des années '80 qui polluent l'excellent Valleys Of Neptune, sortis en mars cette années.

Et on espère une réédition explosive du célèbre concert de 1969 au Royal Albert Hall pour 2011.

J'adore ces coffrets qui nous amènent derrière la scène des albums officiels et explorent tous les sédiments du corpus officiel de grands musiciens. Pour Hendrix, c’est déjà le deuxième coffret, après le formidable Purple Box du début des années 2000. Il y a aussi l'excellent Anthology de John Lennon, la très célébrée Bootleg Series de Bob Dylan.

Si seulement l'art de la réédition pouvait atteindre de tels sommets ici, au Québec.

mercredi 22 décembre 2010

Pink Martini de Noël

Commentaire finalement assez acide d'Alain Brunet sur le dernier Pink Martini, best-seller de Noël de l'année auprès des mélomanes bien-pensants...



Parce que Pink Martini est au bon goût musical d’ajourd’hui ce que le Cirque du Soleil est au… cirque d’aujourd’hui. Ce que Gotan Project est au tango nuevo. Ce que Florence K est aux musiques du monde. Juste assez raffiné pour faire se sentir mélomane des dizaines de milliers de personnes qui ne le sont pas particulièrement. Juste assez tolérable pour que les «snobs» ne passent pas trop de remarques méprisantes lorsque ça flotte au-dessus des canapés et des apéros. Juste assez formaté pour se hisser au top des ventes commerciales sans que l’impression de format ne saute aux oreilles.

Vingt cinq ans plus tôt, il faut dire, cette façon de faire aurait été appréciée par des publics beaucoup plus branchés. Aujourd’hui, le grand public adulte à demi mélomane y voit un signe de bon goût, comme c’est le cas pour les émissions de cuisine haut de gamme.

mardi 21 décembre 2010

Robert Fripp et les femmes...


Hilarant "post" suivant un commentaire (fort pertinent) disant que King Crimson et les femmes ne vont pas ensemble.
I find Larks' Tongues in Aspic Part I very useful in terminating relationships with girlfriends.

If they're particularly stubborn, I move up to Part IV.

... de la business musicale, de l'empire Virgin et Mike Oldfield et de la condition d'artiste...

Faisant un peu de recherche sur les magnifiques rééditions de la 40th Anniversary Series de  King Crimson, que je ne peux que vous recommander chaudement comme exemplaire, ce bout du passionnant journal on-line de Robert Fripp...
10.51    Super Audio Mastering, Monks Withecombe, Chagford, Devon.

Our day began with Simon Heyworth, Mastering Master, indicating the copyright violations on theTubular Bells book… 

… within the new special release package by Mercury UMG; comparable to our own copyright violations with Island UMG & the Keep On Running Island book. Simon was the co-producer ofTubular Bells & supplied several of his photographs, taken at the time, to Mercury UMG for possible inclusion in the book. Simon’s photographs were used without formal permissions being obtained…
… and Mercury UMG are, Simon mentions, in receipt of his solicitor’s letter.
It would be interesting were the business relationship of the time, between Richard Branson & Mike Oldfield, to be made available to informed public debate. It would be interesting were all the managerial relationships of all the main bands of the time to be made public & subject to discussion.  But this is unlikely, often because of gagging orders & other activities that result in this information remaining outside the public arena. However, in his autobiography Mr. Branson explains the necessity of owning copyrights; that is, own the work of other people. And, in that frank account, Mr. Branson gave us a straightforward presentation of one good way to climb to riches: own the work of other people, in addition to owning the fruits of our own labours. 
How the transfers-of-ownership of copyright interests took place, generally & historically, historically is worthy of study & reportage. What! I can imagine innocent DGM visitors expostulating.Managements & record companies unwilling to reveal details of their personal & financial dealings! Surely artists have handed over their work entirely consensually & without any undue influence or disproportionate force being applied to them by their managers & record companies to persuade these artists to submit to the distributive justice being dished out? And happy to do so!
What is not in doubt is that Mr. Branson’s Virgin empire was founded on Tubular Bells; that Mr. Branson made more money at the time from Mike Oldfield than Mike Oldfield, has more money today than Mike Oldfield, and has always had more money than Mike Oldfield – dating from around the release of Tubular Bells.
It is interesting that management & record companies always seem to make more money than the artists whose interests they, nominally, represent. The argument that some artists do well may be true; in which case, look at the distribution of income between artist and management, record company, publisher & agency, and then decide who has done well
Well.
Chaque fois que je lis Robert Fripp, je l'aime un peu plus. Et l'image du Négatron lourdingue qui rendait les autres musiciens de King Crimson fou se complexifie joyeusement.

Ce n’est pas par masochisme que Bill Bruford a laissé tomber fortune et gloire pour suivre Fripp dans son odyssée musicale...

vendredi 17 décembre 2010

Beck et sa semaine de rêve au Ronnie's Scott



L'année s'achève, et pour les critiques du monde entier, c'est le temps de compiler les albums les plus marquants de l'année, d'en publier la liste et d'en découdre avec les mélomanes et autres exégètes de la scène rock, pop ou jazz... mais pour les blogueurs dans mon genre, c'est au contraire le moment d'un plaisir de glandeur: celui de simplement parler d'albums qui nous ont fait tripper dans l'année, qu'ils soient des éditions récentes ou de vieilles choses retrouvées, des découvertes de retardataires ou des choses sans importance qui, pour une raison ou pour une autre, sont devenues chères à notre coeur et à nos oreilles.
Parmi mes coups de coeur de l'année, indiscutablement, une fois n'est pas coutume, un DVD en spectacle: cette prestation "live" ahurissante de Jeff Beck au Ronnie's Scott de Londres, en 2008.


Ah, Jeff Beck... vous connaissez peut-être l'histoire. Deuxième des trois lead guitarist d'exception (le premier étant Eric Clapton, le troisième Jimmy Page) à s'être développé au sein des Yardbirds (1966), mythique groupe de blues-rock anglais, Beck semblait promu à un succès commercial massif lorsqu'il forma en 1968 le Jeff Beck Group,  avec comme "frontman" un charismatique ex-joueur de soccer du nom de Rod Stewart. Mais il apparut bien vite que Beck était un guitariste beaucoup trop excentrique pour se bâtir une carrière de guitar-hero. Le départ de Rod Stewart et de Ron Wood, partis former The Faces, un grave crash en voiture et la mort tragique de Jimi Hendrix amenèrent Beck à réfléchir à ses rapports avec l'industrie et la musique. Sans oublier que la vague anglaise de hard-rock, dont Page est le point focal, le laisse complètement indifférent... Il ne voulait pas ressembler à ça... musicien jusqu'au bout des ongles, et le contraire d'un poseur.

Après un passage à l'ombre, voici Beck qui s'enferme en studio avec le producteur des Beatles George Martin et le claviériste du Mahavishnu Orchestra, Jan Hammer (futur compositeur de l'inoubliable et insupportable thème de Miami Vice), un virtuose des claviers au style absolument unique (jamais vous n'oublierez son son après l'avoir entendu). En deux ans, deux albums de jazz-rock fusion absolument remarquables refont la crédibilité artistique du magicien de la 6-cordes et l'établissent comme le guitariste des guitaristes, le virtuose que les autres regardent avec ahurissement, tant pour sa virtuosité que sa superbe indifférence au succès-à-tout-prix: les albums s'appellent Blow By Blow et Wired, et Beck ne regardera plus jamais en arrière.


La carrière de Jeff Beck s'est donc déroulée à l'abri des modes, des succès trop massifs mais aussi des descentes abyssales et stupéfiées de plusieurs de ses frères de route. Apparitions remarquables de musicien de session (écoutez-le opérer sa magie sur Lookin' For Another Pure Love de Stevie Wonder... et c'est à lui que revient la lourde tâche de faire un tant soit peu oublier David Gilmour sur le meilleur Roger Waters, Amused To Death), tournées distancées, on aurait presque pu l'oublier, le ranger dans les "has been" avec les autres anciens demi-dieux de la scène anglaise des années soixante... jusqu'à cette semaine magique au Ronnie's Scott, un petit club de jazz londonien de 250 places, dédié entièrement au jazz acoustique.

L'idée semble audacieuse à Beck lui-même, qui confie sa nervosité dans une entrevue en bonus sur le DVD, lui qui n'aime rien autant que l'anonymat. Or, l'anonymat, dans un petit club de jazz, n'existe tout simplement pas; le public est à quelques pas, et ce n'est pas le public abruti de stades de rock, dopé aux shows de lumière et aux fumigènes de toutes sortes. 

Le quotidien des jazzmen représente pour n'importe quel rocker un défi incroyable. Improviser, bâtir chaque moment de la performance sans autre appui que son âme musicale et ses partenaires de scène... ouf!
Mais évidemment, l'art du jazz, (dérivé de jase... la conversation musicale) est aussi celle de l'écoute, de la générosité, du dialogue... et à notre regard nous est livré des moments inoubliables de complicité musicale entre ce grand musicien et son groupe... d'abord, un évident coup de coeur pour la superbe jeune contrebassiste Tal Wilkenfeld; l'admiration affectueuse que lui témoigne Beck lors de ses sensuels solos (écoutez-la sur Cause We've Ended As Lovers, Stevie Wonder encore) vous remplira les veines... cette fille est "the real thing"...

Ex-membre du groupe de Sting (musicien exigeant s'il en est un), le claviériste Jason Rebello accomplit quant à lui un exploit peu commun: lui qui était un musicien strictement de piano acoustique s'éclate sous nos yeux à triturer ses claviers électriques, créant une personnification de Jan Hammer absolument confondante... Il domine le fameux Scatterbrain de l'époque Blow By Blow avec une sorte de flair dramatique unique... Autre ex-compagnon de scène de Sting, le batteur Vinnie Colaiuta est une machine à rythmes enlevant. Bref... chaque moment de la performance est un plaisir musical total.

Mais évidemment, aussi modeste et joueur d'équipe soit-il, la vedette demeure cet interprète de choc, Jeff Beck... Le regardant imprégner chaque moment de son jeu avec un évident plaisir expressif, créant sans cesse de petits moments de magie, par la sonorité, par l'enchaînement des notes, par la manière sans cesse renouvelée qu'il a de partir en déséquilibre mélodique pour toujours retomber sur ses pattes, par ces moments de pure dérèglement des sens (accord furieux, ou arpèges déchaînés à la limite supérieure de l'instrument)  entrecoupés de solis magnifiquement lyriques (Angel) , Beck se révèle d'abord et avant tout un interprète , au sens le plus noble du terme: donnant vie à des mélodies empruntées de la plume d'autres d'une manière unique; un guitariste tout simplement trop personnel dans son approche pour jouer les dieux du stade plus de quelques secondes. Au contraire, authentique jazzman, il n'est que musique, et on devine quel leader inspirant il doit être pour ses partenaires.

Quant à nous, nous sommes, grâce à la magie du DVD, des témoins privilégiés de moments musicaux qui auraient pu disparaître dans le temps.

Qu'il se lance dans un jazz-rock furieux (Scatterbrain), dans les souvenirs de son passé avec Rod Stewart (le fameux Beck's Bolero) ou dans des interprétations plus lyriques (A Day In The Life des Beatles!),le plaisir est constant. Et nous qui ne sommes pas nécessairement fanas de jazz fusion endurons avec patience la présence occasionnelle des obligatoires vedettes invitées (Joss Stone, Imogen Heap, Eric Clapton) n'attendant que le moment de retourner à l'exubérance instrumentale...

Évidemment, je vous le recommande FORTEMENT!




Life is full...

Life is full of surface noises..
- John Peel


ps pour ceux qui se demandent ce que je fabrique, et pourquoi ce blogue est si désert ces jours-ci, je suis tout simplement en train de redécouvrir ma discothèque, comme ça arrive lorsque vous achetez une nouvelle pièce d'équipement.
Le Metric Halo ULN-2 est le seul responsable.

mardi 23 novembre 2010

La chasse aux vieux bucks est ouverte!


Normalement, j'ai vraiment pas grand chose à f... des critiques cinglantes qui permettent à leur auteur d'étaler un humour saignant, sans égards aux victimes. Mais j'avoue que Jeff Dorgay de ToneAudio m'a arraché des sourires sur son tir groupé intitulé: Boomers Beware: Three To Avoid.


This is blues laxative. If this record doesn't make you lose  your last meal  out of one end or the other, nothing will.

First he killed Genesis. Now he murders Motown. What's next? I shiver to think about what debauchery Collins will attempt in the future.

... as it stands, The Union reminds me of that 60-something guy that finally gets an awesome sports car but is too weary  to drive it at the pace it demands.

À ne pas inviter à la même démonstration de Viagra!




vendredi 12 novembre 2010

Le DIGITAL et les GIANT KILLERS! - Matrix Mini vs Behringer 'Légaremifié'


Dans le monde hifi, l'expression "giant killer" attire autant l'oeil qu'une immense enseigne néon "Peep Show" sur la Ste-Catherine! Encore plus que "Saint Graal" (qui définirait la pièce audio ultime), le "Giant Killer" (David dans un monde de Goliaths boursouflés à la caisse enregistreuse), attire; c'est cette pièce d'équipement audio qui offre, pour un prix accessible au mélomane normal, une performance audio digne des plus grands.

Car ne nous le cachons pas, l'audio est un domaine épouvantablement subjectif, en même temps qu'un luxe s'adressant au sens esthétique. Bref, un terreau fertile pour snobs de toutes catégories, mythes à la vie dure, fumisterie et tape-à-l'oeil. Et comme nous le rappellent avec une constance de bourdon les membres du forum AudioAtrium, on n'écoute pas avec ses oreilles; les yeux dictent, plus souvent qu'autrement, ce qu'on entend. Vous n'avez pas des palpitations en voyant apparaître sur une pièce magnifiquement ouvragée les DCS, CJ, McIntosh et autres marques de fabriques célèbres? Moi, si! Absolument! Fantasme d'ado non fortuné qui approche aux portes du nirvana hifidéliste dans sa vie d'adulte, et qui recherche de vieux frissons dans sa nouvelle peau? Bien sûr!

La haute fidélité haut-de-gamme coûte cher. Trop cher. La musique mérite mieux que cette structure pyramidale de coûts qui la rend si inaccessible. Alors, les giant killers, c'est évidemment ces pavés lancés dans la mare glauque du maintream audio qui dit que plus on paye cher, plus on s'approche des degrés ultimes de performance dans la reproduction musicale. Les Giant Killers sont souvent Chinois et sont en train de balayer le marché d'entrée de gamme en hifi.

Comme je magasine un DAC en ce moment, quelqu'un m'a gentiment prêté un de ces giant killer: le Matrix Mini. Un magnifique petit DAC aux fonctionnalités pratiquement insurpassables à ce prix vraiment très amical: 325$, livré. Hires (24/192). Entrées digitales SPDif, USB (bridé), AES/EBU, Toslink... Sorties RCA ET balancées (!). Et on parle paraît-il d'un vrai circuit balancé. Circuit d'écouteurs. Contrôle de volume. Sortie digitale. En plus il est beau. Très beau. Comme les Chinois ont une conception assez élastique du droit d'auteur, on pourrait dire qu'ils ont généreusement emprunté le design du Bel Canto. Un DAC qui coûte six fois plus cher. J'ai lu quelque part le commentaire d'un audiophile qui disait qu'ils en avaient aussi emprunté la magnificence sonore. Bref, pourquoi payer 2000$ lorsqu'on peut avoir la même chose à 325$? Très bonne question.

Je n'ai pas le Bel Canto, mais je peux vous parler du choc que j'ai eu en écoutant le Matrix Mini au début! Mon vieux Micromega Stage IV et sa puce TDA1305T ont eu un petit choc, disons-le. Ses diodes rouges ont clignoté de désespoir en voyant ma main approcher de son power supply! Quand on vous raconte que la conversion digitale a franchi des bonds dans les dix dernières années, vous pouvez le croire. En terme de résolution, ça frappe. Détails. Des masses de détails, sous la lumière crue des nouvelles puces (AD1955 ici). N'est-ce pas la première chose que nous cherchons, quand nous écoutons une nouvelle pièce d'équipement audio? Est-ce que j'entends plus? Nous sommes tous des comptables désespérés. Nous voulons de la quantité. En terme de quantité, la Matrix est dure à battre!

Comme base à un beau petit système digital, qu'est-ce que vous voulez de plus? Le contrôle de volume digital (90 degrés!) vous dispense d'un méchant pré-amplificateur. Vous pouvez brancher vos écouteurs. Toutes ces entrées et sorties lui permettent de s'insérer dans presque toutes les configurations possibles, même cinéma-maison. Il est beau. Et le magasin e-bay qui les vend s'appelle coolfungadget. Je suis désolé, mais ce truc ne peut pas échouer!

Alors, pourquoi, après trois jours d'écoute plus ou moins constante, ressentez-vous cette fatigue auditive que vous reconnaissez entre mille? L'impression que dans cette masse de détails, dans toute cette résolution, cette dynamique sans faille, ces basses bien définies, se cache le grain digital, si abhorré!

C'est un peu le supplice de la goutte. Au début, la goutte d'eau est quelque part dans votre champ de conscience, en périphérie, petit irritant secondaire. À l'arrivée, vous n'entendez plus que lui. Son effet est cumulatif. Plus longue la session d'écoute, plus le grain vous apparaît. Y'a quelque chose qui cloche là-dedans. Vous regardez vos câbles, vos enceintes, votre pièce d'écoute non traitée. Allons donc, les reviews disent tous à quel point le Matrix Mini est formidable. Ce ne peut être ça.

Mais oui ça peut. Ça l'est. Putain de grain digital.

Il m'a fallu une longue session d'écoute double pour aller au fond du problème. Il me fallait surtout un point de comparaison.

Vous connaissez legarem? Je ne le connais pas personnellement, mais son nom est relié à plusieurs interventions intéressantes et assez pointues sur différents forums audio québécois. Sa spécialité, si je ne m'abuse: la modification de DACs commerciaux. legarem, me voyant en pleine "quête" audiophile, m'a prêté deux DAC de son cru, dont un Behringer Ultramatch Pro 2496 fortement modifié. Parmi les nombreuses modifications, retenons que tout l'étage de sortie opamp a été éliminé et remplacé par des transfos Jensen. Je n'y connais pas grand chose en électronique, mais dans le fond de mon subconscient, j'ai toujours associé les sorties opamp au fameux grain digital qui me fait tellement grincer des dents. Évidemment, d'autres facteurs entrent en ligne de compte, et les nombreuses modif' de legarem touchent aussi l'alimentation, les puces de réception, les condensateurs, etc.



Au niveau connections, le Behringer legarem me ramène au strict essentiel: entrée BNC, sortie non balancées, prise écouteurs inopérante, LED de niveau inopérant, pas de contrôle de volume.

Je me suis fabriqué un petit playlist audiophile, style nocturne... beaucoup de voix avec accompagnement épuré, un peu de jazz hybride...
Aperçu rapide:

  • Holly Cole: Don't Wanna Grow Up. Reprise épurée, piano, contrebasse, voix, de Tom Waits.
  • Cassandra Wilson: Lost. Guitare électrique et voix, une grande interprétation, enregistrement très trafiquoté.
  • Christian McBride: Spanky. Trio de contrebasses (gauche/centre/droit). Évidemment, un bon test de basse acoustique.
  • Roger WatersPerfect Sense, Part I. Bien sûr, un bon test d'image sonore (soundtsage), avec une mosaïque de détails sonores intéressants. Mais j'aime surtout ce moment où la voix de Roger Waters entre en scène. Sur un système transparent, la voix de Waters est là, dans la pièce, à quelques pieds de vous. C'est un de mes tests préférés pour une source digitale. 
  • Jordi Savall / Sainte Colombe: Les Pleurs (Version Viole Seule De Jordi Savall). Sonorité acoustique de viole de gambe, enregistrement hyper-détaillé. Et morceau anthologique.
  • Bob Walsh: Ma Toune. Performance "live" de Bob Walsh et de sa pièce la plus émouvante. Encore une fois, la qualité de la prise de son de la voix vous donne l'impression d'être sur place. Les harmoniques de guitare sont aussi hyper-détaillées.
  • Wayne ShorterBachianas Brasileras No. 5. Cette interprétation violoncelle-saxo (avec percus en arrière-plan) de la célèbre Bachianas Brasileras de Villa-Lobos est tout simplement superbe et échappe à toute catégorisation. Jazz, classique, musique du monde? Excellent enregistrement en plus.
  • Arvo Part/Gidon Kremer/Keith Jarrett: Fratres. Quoi qu'en pense Claude Gingras, un grand moment musical, et un superbe enregistrement ECM, impitoyable test sonore.
Dès la première pièce, le problème du Matrix est manifeste, surtout en comparaison du son organique du Behringer modifié. Bien sûr, tous les détails y sont, l'image sonore est précise, les tonalités justes, la dynamique irréprochable, la contrebasse solide. Et pourtant, tout se passe dans la voix. Posons la question simplement. Les moments "being there" abondent avec le Behringer; la surprise d'ouvrir soudain grand les yeux, parce que Holly Cole se pose, à quelques pieds. Le Matrix n'atteint tout simplement pas ce niveau de véracité, parce que l'électronique s'entend: légère sibyllance, un certain grain pas naturel. Comment se traduit cette perte de naturel en termes acoustiques? Harmoniques tronquées, distorsion légère? Aucune idée. Mais l'émotion se niche là, dans ce qui sépare les deux. Le Matrix me fait entendre un enregistrement. Le Behringer, parfois, me fait oublier cette réalité élémentaire. Et l'audiophile est un junkie de ces moments.


Aucune pièce musicale ne permettra autant de distinguer les deux pièces d'équipement la dernière, avec Gidon Kremer au violon et Keith Jarrett au piano. Bien sûr, on pourrait arguer que mon idée, à ce point, était faite, et que dorénavant, mon cerveau confirmerait à tout coup ce que mon esprit avait érigé en vérité. Possible.

Mais Frätres commence par cet enragé de Kremer qui massacre ses cordes de violon avec une passion dévorante. 60 secondes d'une intensité rare, suivie d'un délicat dialogue alors que le violon se hasarde dans les plus hautes fréquences, et que le piano avance calmement dans un paysage de vitrail. Vers la 4e minute, Kremer reprend ses arpèges torturés. Vers la 6e, grands accords dramatiques de Kremer, accords plaqués de Jarrett. Et c'est là que les choses se corsent pour le Matrix. Parce que soudainement, le grain digital mêlé aux fréquences agressives du violon finissent par atteindre vos nerfs. Vous n'écoutez plus la musique; vous crispez vos doigts sur l'accoudoir. Ça fait presque mal. Comme de la craie sur le tableau noir. Ce n'est pas parce que quelqu'un écrit PAIX sur un tableau noir qu'il apaisera sa classe; surtout s'il appuie sur les cordes comme un enragé.

Le Behringer, lui, restera musical. Vous sentirez la passion, l'agression, l'énergie folle du tzigane et de ses cordes, mais vous resterez dans une sphère musicale, et vous serez prêts à poursuivre le voyage.

Et ça, cette capacité à rester musical dans ces extrêmes, définit complètement le Behringer par rapport au Matrix.

Maintenant, il est possible que votre système oeuvre pour biffer cette différence. Roll-off dans les aigüs, et "bloom" exagéré dans les "mid", et peut-être ne sentirez-vous jamais les derniers atomes d'agression de Gidon Kremer dans sa passion mystique. Dans ce monde sonore légèrement diffracté, il est fort possible que le Behringer et le Matrix sonnent pareils. C'est là un choix tout personnel et qui ne regarde que vous.

Mais pour répondre à la question initiale: est-ce que le Matrix est un "giant killer"? Non. C'est une petite merveille de DAC, mais il ne sait pas se faire totalement oublier. Comme entrée en matière dans le monde des DAC externe, magique. Comme deuxième DAC, peut-on faire mieux?

Mais pour une véritable expérience audiophile, c'est un peu court. Juste un peu.

P.S. Autres variables du test:
source: sortie RCA du SPDif Module de Asus pour mobo P5GC-MX 1333 / 

Logiciel: J.River Media Center v. 15 (avec Replaygain et contrôle de volume digital) / 
Ampli: Atma-Sphere S30 Mk. II / 
Enceintes: Nirvana 2-voies haute efficacité

lundi 1 novembre 2010

Sur la platine: Paul Bley, le Montréalais qui a ouvert la route à Keith Jarrett

Je ne suis pas souvent parmi vous ces jours-ci. Ceux qui me croisent sur les forums audios savent qu'entre deux contrats éreintants je prépare plusieurs changements dans ma chaîne audio, et que l'écriture a par conséquent pris la voie de traverse pour un temps. Ce qui m'empêche de vous parler des excellents albums que j'écoute en ce moment, le magnifique et automnal Letting Go de Bonnie Prince Billy (William Oldham de son vrai nom, un auteur-compositeur superlatif et mystérieux, qui a donné à Johnny Cash une de ses plus déchirantes interprétations tardives, l'émouvante I See A Darkness), ou ce magnifique coffret quadruple de Otis Redding, le chanteur préféré de Peter Gabriel (vous ne faîtes pas le lien? Écoutez un après l'autre Washing of the Water de l'archange, puis Try A Little Tenderness de Otis, et vous aurez tout compris sur l'admiration profonde de l'un pour l'autre)...

Enfin bref, j'écoute beaucoup de musique, mais très peu d'albums. Et ce soir, au gré des choix spontanés sur le serveur, rien ne m'a paru plus beau que l'ultime Mondsee Variations de Paul Bley...

Un disque qui, ultimement, me résiste. Difficile, parce que somme, et que moi, je suis plutôt déficitaire. Un peu déficitaire de l'attention, et que ce disque, les Mondsee Varations, demandent toute votre intellect et votre coeur. Somme d'une vie consacrée au piano, d'un Montréalais qui approche les 80 ans (dur à croire) et qui a marqué le piano jazz.

Les plus potineux d'entre vous ont déjà remarqué qu'il partage le patronyme de Carla Bley, la géniale et rouquine arrangeure-compositrice, qu'il aurait rencontré alors qu'elle vendait des cigarettes au Birdland. Presque trop jolie anecdote. Paul Bley a aussi fait ménage avec Annette Peacock, une des femmes les plus fascinantes que vous n'entendrez jamais sur disque. Mettez la main sur X-Dreams, et vous comprendrez que le David Bowie des grandes années la voulait dans son groupe. Mais je m'égare. Encore.

Paul Bley était aux avants-gardes de la révolution free-jazz avec Ornette Coleman, ceci expliquant peut-être cela: cet anonymat relatif dans lequel beaucoup de protagonistes de l'inécoutable mouvement des années soixante sont plus ou moins tombés. Disons qu'on ne les voit pas souvent dans notre vénérable Festival de Jazz.

C'est pourtant au sein de la très respectable et lumineuse étiquette ECM que Paul Bley va tracer un chemin dans lequel pourront s'engouffrer à sa suite plusieurs générations de pianistes, Keith Jarrett en tête. L'étiquette était toute jeune, on est en 1971, le pianiste n'a pas encore 40 ans et il offre, avec Open, To Love, 43 minutes de piano solo, sans cadres, sans swing, juste la liberté de créer des paysages rythmiques et sonores qui seront la quintessence du label plus tard. La présence de compos de ses femmes (dont la magnifique Ida Lupino de Carla Bley) ne nuit pas. Le Facing You de Keith Jarrett allait suivre peu de temps après, et ECM ne regarderait plus jamais en arrière.

Bley non plus, qui ne renouvellera à peu près jamais le cadre du piano solo, laissant le chant (sic) libre à d'autres. Jusqu'à ce disque. Les Mondsee Variations. Enregistré en 2001, lors d'un Festival en Autriche, pour ECM justement... Voyez,ça fait la boucle. Les Mondsee Variations sont 10 impros et 55 minutes de piano solo qui renvoient, comme un miroir, l'écho de son Open, To Love, avec sans doute moins de lyrisme et plus de méditation, plus de questionnement métaphysique, de silences abstraits et d'emportements genre fin-de-vie. C'est pas une oeuvre facile. Ce sont dix pierres polies par une vie au piano, à exprimer la gamme des émotions compliquées qui nous traversent et des peurs métaphysiques qui nous envahissent.

Et on pourrait causer longtemps, comme j'ai tendance à le faire sur ce blogue. Mais ce soir, quand la 10e Variation a joué sur mon serveur, au milieu de plein d'autres choses, c'était comme le moment, pour que ça connecte, pour que chaque note, chaque jeu sur le temps, chaque tressaillement des touches me parle... me fasse sentir la mortalité, les amours fatigués, et l'automne qui fait comme une huile grise sur nous. Comme si la BP nous avait pissé dessus. Un dialogue croisé entre deux êtres reliés par le fil ténu d'un CD rippé. C'est fou ce que la musique peut faire.

Est-ce que c'est beau, ce disque? Mets-en que c'est beau. Mais c'est la vraie beauté: pas l'aguicheuse, ni la romantique. C'est la beauté minérale de l'âge. Et elle est pas toujours facile à aimer.

lundi 25 octobre 2010

Let's talk about WAF...


Les blogues sont-ils l'aventure littéraire la plus extraordinaire depuis l'invention de l'imprimerie?
Surfant sur la toile sans véritable but, voici un blues, sur un blogue croisé au hasard... http://twogoodears.blogspot.com/
Let's talk about WAF: when I showed the two ways system pixes with the kilim, now in my studio;-), she also moaned about... "we were happier" or "I was able to keep plants in music room"... and, sadly, she was right!
The tears, sincere, came as I well remembered that years... yes, I already was VERY fond of music and audio, ONLY younger, having regular sex and sport - Crosscountry skying, Rollerblades, bike three-four times a week and offroad motorbiking, every weekend, doesn't matter winter or summer, after job... also playing a lot with friends, at least one time a week.
Now, twenty or so years after, ALL is reduced: the above and my savings which shortened due to heavily investing in audio, more and more, as a never ending story.
Only dimensions of my audio system increased... 
Why? I have several friends who had completely similar experiences than mine... WHY do we ALL get nuts?
Feeling fine with a 50hz-15Khz system - more or less the ears average hearing capabilities - or trying to copycat bats and their hearing;-)?
Going (someway) further and further, needing to go "beyond": is it in DNA or is it (a sort of) illness?

mardi 19 octobre 2010

samedi 16 octobre 2010

Les remix de GENESIS: des commentaires fort intéressants

On aime bien Blogger comme éditeur de blogue, mais faut admettre que ce n'est pas le plus puissant, ni le plus facile à configurer. J'aimerais bien savoir comment mettre les "Commentaires" les plus récents bien visibles, sans égard à quel article les a motivés.

Toujours est-il qu'il y a une série de commentaires très fouillés sur les remix stéréo de Genesis que j'ai commentés il y a un bon bout de temps. Si ça vous intéresse, je vous invite vraiment à les lire, parce qu'on a affaire à un vrai spécialiste de l'oeuvre du groupe.

http://fredhammersmith.blogspot.com/2008/02/massacre-la-tronconneuse-genesis-remix.html