lundi 18 juillet 2011

Ce blogue déménage...

Ce blogue déménage...
... dans un autre quartier virtuel...

En espérant vous y retrouver...

lundi 4 juillet 2011

Charles Lloyd... intense, spirituel, lyrique


Je suis tellement impressionné par cet album...

72 minutes d'un voyage dans ce que le jazz offre de mieux: la communion sensible, à la fois pleine de force spirituelle, de lyrisme musicale, de blues intime, entre quatre musiciens en conversation modale... Leur entente doit être totale, leur confiance réciproque au plus haut point.

Dans un sens, ce quatuor me rappelle celui de Wayne Shorter, avec Danilo Perez et l'extraodinaire Brian Blade, qui nous avaient visité au Festival de Jazz il y a quelques années. Vous avez le vieux sage, la légende vivante qui porte en lui l'héritage immense du jazz des cinquante dernières années; et vous avez les jeunes loups qui prêtent la force de leur jeunesse, et je dirais la force de leur humilité, dans un dialogue intergénérationnel passionnant.


Mais je dirais que ce quatuor-ci est peut-être encore plus émouvant: alors que Wayne Shorter s'appuyait sur scène énormément sur le dynamique Perez, et que ses solos ont la concision de celui qui n'a plus de forces à gaspiller, on a l'impression, à l'écoute de ce magnifique opus ECM, que Charles Lloyd, à 73 ans, a la force tranquille du volcan (à peine) assagi. Et le duo qu'il forme avec le pianiste Jason Moran est béni des dieux. Leur communion semble d'une facilité déconcertante, leurs forces en équilibre; le lyrisme un peu sec de l'alto idéalement complété par cette sorte d'impressionnisme swingant que Moran dégage à chaque solo.



Ma découvert de Lloyd est récente: sa version de Ne me quitte pas (de Brel, bien sûr), sur son Jumping The Creek de 2005 (avec entre autres la pianiste Geri Allen) est ce genre de morceau dont la beauté est absolument impossible à esquiver; une pièce d'anthologie. Un petit survol de sa bio sur Wikipedia révèle une longue feuille de route parsemée de longues disparitions; on constate avec surprise qu'il fut leader d'un quatuor-phare chez Atlantic, dans les années '60, avec un tout jeune Keith Jarrett au piano, et Jack DeJohnette à la batterie. Mais alors que ses équipiers connaîtront fortune et gloire chez ECM dans les années '70, Lloyd disparaît de la scène jazz, se contentant de faire partie d'un groupe-hommage aux Beach Boys et s'adonnant à la médiation transcendentale!


Dream Weaver, 1966, avec Keith Jarrett
Ah, les années '70 furent bien cruelles pour moultes jazzmen.

Sa résurrection s'entame en 1989, chez ECM justement, et il faut saluer cet autre coup de génie de Manfred Eicher, le gourou allemand du jazz contemporain. Près de 15 albums en 20 ans suivront, et son aura qui ne cesse de grandir.

Et arrive ce sublime Mirror.

Dès le deuxième morceau, une relecture sublimement minimaliste et profonde du gospel Go Down Moses, nous comprenons que le voyage dans l'âme de ce vieil homme sera empreinte de cette qualité presque spirituelle que le jazz sait si bien rendre (et que son ancien partenaire Keith Jarrett sait communiquer au plus haut point). Rien de factice, de facile ou de mondain dans ces lectures à la fois tendues, généreuses et lyriques. Rien du sentimentalisme easy-jazz tant à la mode non plus. Teintes ocres ou sépia, reflets hautement contrastés; il y a une densité dans l'expression qu'on pourrait rater par une écoute inattentive. Car enfin, ce disque est presque uniquement composé de ballades et avouons qu'à ce jeu, l'alto et sa sonorité un peu pincée font un drôle d'effet. Mais écoutez la musicalité exceptionnelle de La Llhorona (oui, oui, le même morceau arrangé par Llhasa), la sonorité presque orientale du cuivre, la force impressionniste du soli de Moran. Fermez les yeux, imaginez la performance "live": impossible de rater la communion profonde des deux musiciens, et le côté voluptueux de la rythmique. Évidemment,  on a aussi droit à un son exceptionnel. Bravo à l'ingénieur Dominic Camardella, inconnu au bataillon, et à l'ingénieur au mastering, le bien connu et respecté Bernie Grundman. ECM maintient ses standards exceptionels.

On a l'habitude des reprises de Thelenious Monk dans le jazz, ça en devient presque lassant, avouons-le, et j'étais tout à fait prêt à "skipper" Monk's Mood et Ruby, My Dear, deux titres archi-connus de "Sphere", de ma liste de lecture. J'aurais eu tort. Ruby, My Dear, en particulier, m'a impressionné. Comment peut-on extirper des idées neuves de ce titre mille fois joué, je l'ignore; ça à certainement à voir avec la manière dont Moran réussit à souligner le lyrisme profond des conceptions angulaires du regretté prêtre du be-bop.

Bref... Réussite totale, quant à moi. Un disque qui a tout ce qu'on peut demander d'un disque de jazz. Voyage merveilleux que je vous recommande absolument. Si vous accordez à ce disque l'attention qu'il mérite, il vous le rendra.

samedi 25 juin 2011

Cigarettes et cafés

La cohorte des anges compte un nouveau mauvais garnement.



Gageons qu'il est en train de prendre un verre avec Solveig Dommartin.
RIP Peter Falk.

jeudi 16 juin 2011

Perdre le temps... au bon moment... la beauté des Idle Moments de Grant Green



Paraît-il que lorsque Grant Green, le mythique guitariste de Blue Note, entama la 33e mesure de son solo, le pianiste Duke Pearson, compositeur de cet "Idle Moments", et qui dirigeait le trafic à cette session, fut le premier surpris, car il était entendu que la pièce-titre de cette session Blue Note ne devait pas dépasser sept minutes. Et conséquemment, selon les calculs de Pearson, Green avait droit à 32 mesures et ses acolytes à 16 chacun.

Mais, est-ce par erreur de calcul ou par la force de son inspiration tranquille, Green doubla la longueur de son langoureux et séduisant solo. Par souci d'équilibre, Pearson donna donc 32 mesures, puis passa le relais à un tout jeune Joe Henderson, qui fit de même dans un solo de ténor envoûtant, à la sonorité suave et addictive. Le vibraphoniste Bobby Hutcherson suivant l'exemple, Pearson regardait, légèrement inquiet, le producteur Alfred Lion à la console. Mais celui-ci souriait, parce que la musique, la bonne musique, n'est-ce pas, module le temps à sa volonté, et puis tant pis, on referait la prise, et on terminerait celle-ci dans l'amour de ce moment parfait.

Sauf que les musiciens ne réussirent jamais à recréer la magie de cette prise en 7 minutes, et c'est donc cette version de 15 minutes qui, depuis, constitue la pièce-phare de ce magnifique disque de fin de nuit...
Que je vous conseille dans sa nouvelle version Analogue Productions, SACD. Petit moment de perfection, avec entre autres deux versions de "Django" du Modern Jazz Quartet. L'une d'elle fait 13 minutes, et n'est pas en reste de blue note.

À ranger dans votre discothèque, tout près de Midnight Blue de Kenny Burrell.

samedi 11 juin 2011

Claude Léveillée - RIP

Alors que mon vinyle crépite... et que la passion, presque violente, de Claude Léveillée envahit ma salle d'écoute ("Ne me parlez plus de vos chagrins" me donne toujours des frissons, plus de 35 ans après sa parution)


Je me scandalise à nouveau, une autre fois, de constater l'état déglingué, misérable, de la réédition discographique du Québec. Consternant de savoir que je peux trouver et télécharger en quelques minutes un obscur live montréalais de 1963 de Bob Dylan mais que les grands disques de Léveillée ne sont pas disponibles en CD.

À quand un Rhino québécois?

Pourquoi personne ne peut-il prendre la relève des Guylaine Maroist et Patrice Duchesne qui ont fait un travail considérable dans ce domaine mais qui ont depuis quitté l'industrie musicale?

Notre SODEC, si prompte à se pêter les bretelles du moindre demi-succès cinématographique, pourrait-il mettre ses ressources considérables à pied d'oeuvre pour résoudre les difficiles problèmes liés à la mise en valeur des bandes maîtresses qui accumulent la poussière sur les tablettes des "majors" et ex-boss de maisons de disques aujourd'hui assis sur leur patrimoine?

Notre ADISQ, si prompte à dénoncer les internautes mélomanes et à les culpabiliser, pourrait-elle cesser de se traîner les pieds devant l'évolution inéluctable de la distribution musicale et utiliser les possibilités inouïes de la distribution digitale au lieu de la rejeter?

Voilà c'était ma montée de lait du samedi matin!

vendredi 3 juin 2011

MIX TAPE 66: "Black Guitar": Blonde Redhead, "autotuner" angélique, Patrick Watson, Cinematic Orchestra et beaucoup d'autres découvertes

Séquestré dans un espace mental, pour fins de création.
Rien de tel que de se créer un "Mix Tape" pour préserver les conditions favorables.
Quoi que vous pourriez vous inquiéter de l'état mental de celui qui vous propose cette Bouillabesse Musicale.

Ce Mix Tape  pige abondamment dans des découvertes musicales récentes que je veux vous partager. Merci à LittleNemo, Zézette et bien sûr Mimi, vous saurez vous reconnaître!


Le Mix Tape suivant sera en-ligne pour une à deux semaines.

Mais laissez-moi vous parler des protagonistes...

D'abord, pas moins de trois pièces de l'hypnotisant dernier opus de Blonde Redhead, Penny Sparkle. Une chanteuse japonaise, deux alchimistes sonores italiens, la ville de New York comme bassin créatif... Hautement intoxicant, avec quelque chose de salement sensuel au coeur du rythme moite. La pièce Black Guitar, qui donne son nom à mon petit "mix tape", est certainement un des trucs les plus collants que j'ai écouté de mémoire récente. En boucle, en boucle, en boucle... Achetez-le, en plus c’est un des plus beaux "packagings" que j'ai vu en CD.

Immédiatement après Oslo, qui ouvre le bal, j'ai placé mon titre préféré sur le dernier Radiohead, le (légèrement décevant, admettons-le) King of Limbs. Concernant ce dernier, puis-je vous suggérer de refaire le "pacing" à votre manière, en y intercalant les deux excellents titres de leur single Supercollider - The Butcher?

Impossible de faire un "mix tape" cette semaine sans un titre du regretté Gil Scott-Heron, décédé la semaine dernière. La figure emblématique du "Spoken Word" restera une victime tragique de l'urbanité. Il a fini sa vie dans un sous-sol sombre où le temps s'est ralenti au rythme du crack qui lui servait de soupape. New York Is Killing Me, chantait-il sur son magnifique et sombre dernier disque, I'm New Here., que je vous recommande toujours aussi chaudement. RIP Gil.

Vous ne connaissez pas le Cinematic Orchestra? J'espère que leurs deux titres sur cette compil'  vous donnera envie de les explorer. Dès les premières notes de leur acid-jazz vigoureux et chaleureux ("Motion"), on savait que ce collectif mené par J. Swinscoe n'était pas un combo acid-jazz comme les autres. Leur deuxième opus, Every Day, est simplement un des meilleurs albums toute catégorie confondue des 10 dernières années. Leur palette, depuis, semble s'élargir sans cesse, au point de se distendre. Peut-être l'énergie folle des débuts s'est-elle quelque peu perdue. Je vous propose ici deux titres, dont ce "redux" extrêmement réussi de "Evolution" sur la bande son de "The Man With A Movie Camera". Énergie, soul et liberté musicale maximum.

On entre par la suite dans la zone hypnotique de plusieurs titres en mineur, mettant en vedette, entre autres, des musiciens associés à la scène montréalaise, si extraordinairement vivante et diversifiée depuis une décennie... Intercalés parmi deux titres du Blonde Redhead déjà évoqué...
  • un titre lynchien de Timber Timbre, pièce-titre de leur prometteur et inquiétant Creep On Creepin' On
  • une miniature satienne de Gonzales, le pianiste iconoclaste qui accompagne tout ce qui est hip à Paris
  • un triptyque de notre Patrick Watson, avec deux morceaux fameusement mélancos de son groupe, mais aussi la magnifique fusion de sa voix et de la grâce soul du Cinematic Orchestra sur le très impressionniste "Ma Fleur" de ces derniers;
  • et comme la voix chaude de la regretté Llhasa se fait entendre sur le Wooden Arms de Patrick Watson, j'ai pensé mettre en lien un morceau de l'extraordinaire album solo piano+voix que Arthur H. lui a dédié récemment, Mystic Rhumba. Même John Derek n'a jamais évoqué sa femme Bo de si poétique manière!
  • et pour ceux qui se demandaient à quoi ressemble le duo que forme Sean Lennon avec son étourdissante petite amie (The Ghost Of A Saber Tooth Tiger), un titre de leur Acoustic Sessions qui prouve hors de tout doute que le don mélodique se transmet par ADN. Tout le disque est de cette eau, si vous aimez, laissez-vous bercer par les autres titre de cette séduisante galette musicale.

    On passe par la suite aux choses sérieuses: trois titres à la fois follement ambitieux et incroyablement réussis qui prouvent hors de tout doute que la musique ne s'est jamais si bien portée. D'abord, un titre absolument ahurissant d'un groupe danois que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam il y a tout juste une semaine, Mew, une sorte de Prog-Rock Meets Muse Meets Radiohead, un truc massif qui va vous faire planer... Désolé pour la distorsion à la fin, Mew sont comme tant d'autres musiciens victimes de la "Loudness War", ce qui ne doit pas nous faire bouder notre plaisir. Neuf minutes de frisson assuré.

    Transitons vers Muse, justement... Bel hommage au son Radiohead de OK Computer, vous trouvez pas? Référentiel ou pas, Blackout est magnifique.

    Maintenant, le très ambitieux, très talentueux et très flyé Sufjan Stevens, dont je vous ai déjà tartiné mon admiration viscérale... Impossible Soul s'étire sur près de 26 minutes (!) mais je vous présente ici les 13 premières, avec la plus belle utilisation de Autotuner de ce côté-ci de Madonna, un truc qui devrait, à mon avis, faire école et montrer que même les instruments de studio de son les plus diaboliques peuvent donner des résultats angéliques parfois...

    Histoire de bien enfoncer le clou, on reste dans la poésie autotunesque avec un titre du EP de Bon Iver, Blood Bank, lequel prouve ici, si c'était nécessaire, qu'il est plus, beaucoup plus, qu'un ermite barbu en peine d'amour dans sa cabane en bois rond...

    Et si je ne vous ai pas convaincus encore, pour l'autotune, vous allez savoir pourquoi mon entourage me trouve particulièrement têtu... Si Bon Iver, Sufjan Stevens et la Madone ne suffisent pas à réhabiliter la chose, voici de quoi enfoncer le clou: le redux aventureux que Kate Bush a fait de son Deeper Understanding. C'est sur son récent Director's Cut, un exemplaire exercice de révision de certaines de ses compos méconues.




    Je ne vous ai pas perdus encore? Tant mieux, car le meilleur s'en vient, en fait de musique pure.



    Après Andreya Triana (sorte de trip-hop/soul très joli) et le toujours émouvant Anthony & the Johnsons (bravo pour les magnifiques orchestrations de son dernier disque Swanlights), un triptyque marqué par les thèmes de Radiohead.


    D'abord, une version acoustique de leur tout premier hit, Creep (qui se trouve sur le EP de My Iron Lung). Puis, une version ahurissante de ce même titre par la chorale belge de Scala & Kolacny Brothers. Ils sont parfois un peu sucrés, mais faut admettre que leur Creep donne des frissons. On a même entendu Christiane Charrette pleurer en ondes après une interprétation "live" en studio.

    Et au finale, attention, quelque chose de grand. Un extrait (long) du plus récent Brad Mehldau, Live At Marciac; Mehldau, pianiste de jazz absolument fabuleux, possiblement en ce moment au sommet de sa carrière, qui reprend avec fougue son Goodbye Storyteller (tiré du très beau Elegiac Cycle) avant de transiter vers un des nombreux titres de Radiohead qu'il interprète magiquement, ici le magnifique Exit Music de OK Computer.

    Ceux qui pensent que le jazz est une musique de musée n'ont jamais entendu Brad Mehldau.

    Au final, deux heures de musique que j'espère vous apprécierez!



    Artiste - Titre
    In
    Out
    Durée
    1
    Blonde Redhead - Oslo
    00:00:02:00
    00:03:49:38
    00:03:47:38
    2
    Radiohead - Little By Little
    00:03:49:38
    00:08:08:69
    00:04:19:31
    3
    Scott-Heron, Gil - I'm New Here
    00:08:08:69
    00:11:39:14
    00:03:30:20
    4
    Cinematic Orcherstra - Evolution (Versao portuense)
    00:11:39:14
    00:17:18:36
    00:05:39:22
    5
    Blonde Redhead - Everything Is Wrong
    00:17:18:36
    00:19:58:21
    00:02:39:60
    6
    Timber Timbre - Creep On Creepin' On
    00:19:58:21
    00:23:51:73
    00:03:53:52
    7
    Gonzales - Gogol
    00:23:51:73
    00:25:43:38
    00:01:51:40
    8
    Watson, Patrick - Daydreamer
    00:25:43:38
    00:30:12:72
    00:04:29:34
    9
    The Ghost Of A Saber Tooth Tiger - Shroedinger's Cat
    00:30:12:72
    00:32:59:48
    00:02:46:51
    10
    Patrick Watson - Wooden Arms
    00:32:59:48
    00:35:56:70
    00:02:57:22
    11
    Arthur H - Bo Derek
    00:35:56:70
    00:39:15:13
    00:03:18:18
    12
    Cinematic Orchestra, The - To Build A Home
    00:39:15:13
    00:45:17:27
    00:06:02:14
    13
    Blonde Redhead - Black Guitar
    00:45:17:27
    00:50:25:17
    00:05:07:65
    14
    Mew - Comforting Sounds
    00:50:25:17
    00:59:06:21
    00:08:41:04
    15
    Muse - Blackout
    00:59:06:21
    01:03:14:70
    00:04:08:49
    16
    Sufjan Stevens - Impossible Soul (Edited)
    01:03:14:70
    01:16:07:62
    00:12:52:67
    17
    Impossible Soul (loop)
    01:16:07:62
    01:16:52:04
    00:00:44:17
    18
    Iver, Bon - Woods
    01:16:52:04
    01:21:33:07
    00:04:41:03
    19
    Bush, Kate - Deeper Understanding (Director's Cut Version)
    01:21:33:07
    01:28:00:08
    00:06:27:01
    20
    Triana, Andreya - Draw The Stars
    01:28:00:08
    01:31:56:06
    00:03:55:73
    21
    Antony & The Johnsons - The Spirit Was Gone
    01:31:56:06
    01:35:04:07
    00:03:08:01
    22
    Radiohead - Creep (Acoustic)
    01:35:04:07
    01:39:21:02
    00:04:16:70
    23
    Scala & Kolacny Brothers - Creep (Live)
    01:39:21:02
    01:44:10:04
    00:04:49:02
    24
    Brad Mehldau , Goodbye Storyteller (For Fred Myrow) (Marciac Live Version)
    01:44:10:04
    01:51:40:08
    00:07:30:04
    25
    Brad Mehldau , Exit Music (For A Film) (Marciac Live Version))
    01:51:40:08
    01:59:26:49
    00:07:46:41




    lundi 30 mai 2011

    Scott-Heron: ça n'aurait pas dû finir comme ça...



    En écoutant un remix du, malheureusement trop approprié New York Is Killing Me:

    Extrait d'un article remarquable du New Yorker,

    Scott-Heron calls himself a bluesologist. He is sixty-one, tall and scrawny, and he lives in Harlem, in a ground-floor apartment that he doesn’t often leave. It is long and narrow, and there’s a bedspread covering a sliding glass door to a patio, so no light enters, making the place seem like a monk’s cell or a cave. Once, when I thought he was away, I called to convey a message, and he answered and said, “I’m here. Where else would a caveman be but in his cave?”
    [...] 
    Sometimes when I spoke to people who used to know Scott-Heron, they told me that they preferred to remember him as he had been. They meant before he had begun avidly smoking crack, which is a withering drug. As a young man, he had a long, narrow, slightly curved face, which seemed framed by hair that bloomed above his forehead like a hedge. The expression in his eyes was baleful, aloof, and slightly suspicious. He was thin then, but now he seems strung together from wires and sinews—he looks like bones wearing clothes. He is bald on top, and his hair, which is like cotton candy, sticks out in several directions. His cheeks are sunken and deeply lined. Dismayed by his appearance, he doesn’t like to look in mirrors. He likes to sit on the floor, with his legs crossed and his propane torch within reach, his cigarettes and something to drink or eat beside him. Nearly his entire diet consists of fruit and juice. Crack makes a user anxious and uncomfortable and, trying to relieve the tension, Scott-Heron would sometimes lean to one side or reach one hand across himself to grab his opposite ankle, then perhaps lean an elbow on one knee, then maybe press the soles of his feet together, so that he looked like a swami






    Ray LaMontage au St-Denis: No-Frills Ray! [AJOUTS]

    http://teezayyy.deviantart.com/art/Ray-Lamontagne-42438441

    Intéressante soirée au St-Denis hier, avec le plus stylé et lumineux des folk-singers modernes, Raymond LaMontagne, troubadour du New Hampshire ayant grandi au Maine, tout près d'ici.

    Dans le quatuor des barbus aux voix de cendres qu'il forme (bien involontairement) avec Bonnie "Prince" Billie, Bon Iver et Samuel Beam (Iron & Wine), Ray LaMontagne est mon préféré.  Je n'ai qu'un album de l'homme, Till The Sun Turns Black, mais je connais peu de disques plus envoûtants, plus majestueux dans leur poignante musicalité: compos aériennes, arrangements luxuriants, et cette voix qui comprend plus d'harmoniques qu'un choeur bulgare... il y a dans son art une luminosité d'aurore, et une musicalité dénuée de toute gimmick, de tout artifice: c'est profondément émouvant. Un peu comme si Nick Drake avait survécu à son spleen et avait trouvé la sérénité... et une inspiration folk américaine.



    L'histoire de l'homme est tout aussi intéressante que son art: se détournant de la musique à cause d'un père musicien violent qui a éventuellement abandonné sa famille, le jeune Ray se réfugie dans la forêt pour lire de la littérature fantastique. Employé d'une manufacture de chaussures, il se réveille un matin au son d'une pièce de Stephen Stills, ce magnifique guitariste et folk-singer, et comprend instantanément que sa vie a changé. Il se réconcilie avec son ADN musical et se met au travail.

    Et nous voici, quelques années plus tard, à avoir rempli le Saint-Denis (sold-out!) pour cet artiste effacé, absent des ondes radios, et pourtant récipiendaire d'un Grammy, doté d'une voix unique et d'une vision artistique tout aussi unique. Dont l'art est si précieux qu'il a trouvé son chemin, simplement, "old style", à force de tournées et de disques; le lit d'un ruisseau s'est creusé et est devenu rivière.

    Et donc, nous étions nombreux à l'attendre impatiemment, et il a fallu effectivement s'armer de patience; ce n'est pas un, mais deux "premières parties" qui ont précédé le folk-singer.


    Au lever de rideau, une dynamique jeune Mexicaine de 25 ans, ex-actrice de telenovela , Ximena Sariñana, seule avec son clavier, son ordi et un batteur décidé à lui donner tout le support nécessaire. Difficile de ne pas la trouver sympa: elle a fait taper du pied ceux qui ont bien voulu l'écouter: beat vitaminé, des arrangements futés aux claviers, et une voix puissante et expressive qui rappelle vaguement une Sinéad O'Connor qui broirait de l'Ecstasy plutôt que du Pain Noir. Sans trop se laisser démonter par un public en plein transit, elle nous a donné cinq ou six chansons bien envoyés, avec en finale, seule au piano, une "torch song" assez émouvante, façon Fiona Apple. Je l'aime bien, allez, je vous invite à écouter son clip. Elle a failli gagner un Latin Grammy l'an dernier, et je me dis que peut-être en entendrons-nous beaucoup parler dans le futur. Et pourquoi pas? Une Björk sud-américaine ne ferait pas de tort au paysage musical, non?


    En seconde partie, il faut honnêtement le dire, la très dynamique chanteuse de Seattle Brandi Carlile a fait tout un tabac. Allait-elle refaire à Ray le coup qu'avait fait Melissa Etheridge à Bruce Hornsby il y a plusieurs années dans ce même théâtre, en lui volant son public? Peut-être pas, mais miss Carlile a une voix magnifiquement texturée, des musiciens complices, un solide sens de la scène et un folk-country-rock bien foutu. Sentant le public réceptif et le flattant dans le sens du poil (You're such great listeners!), elle s'est lancée dès la troisième pièce dans un numéro complètement "unplugged" qui lui a valu une ovation. Variant bien le rythme et les ambiances, très à l'aise, on a cru un moment qu'elle allait s'incruster (deux rappels!) et s'est arrangée pour qu'on se rappelle d'elle.  Rien de foudroyant ou d'indispensable, mais du solide, du pro, du senti. Avis aux ambitieux: la jeune femme n'est pas signée! Bizarre quand même. On peut dire qu'en fait de premières parties, Ray a du goût!




    Mais on était là pour Ray...

    Et passé 22 heures, Ray nous a finalement gratifiés de sa présence. Une présence toute différente de miss Carlile: se plaçant en périphérie du demi-cercle de musiciens, le corps tourné non pas vers la salle mais vers son "band", Mr LaMontagne n'a rien d'une bête de scène ou de l'entertainer, et tout de l'artiste qui s'appuie d'abord et avant tout sur la musique.  Sa voix évidemment splendide, sa présence musicale, la solidité évidente de ce groupe, les Pariah Dogs, voilà tout ce qu'il fallait pour remplir le St-Denis de bonnes et généreuses "vibes". À un fan qui voulait entamer la conversation, il avoue placidement: Talking is not really my style... Sobriété voulue (et d'ailleurs, pas un mot de français), mais interprétation sentie. 

    Ray a quand même raconté une expérience d'enregistrement récente, dans une immense grange sans électricité ni eau, mais grandiose et lumineuse qu'il aurait donc acquéri, où il a enregistré deux nouvelles pièces qu'il nous a joués. Et l'écoutant raconter, avec un plaisir évident, ce moment passé à faire de la musique avec son "band", on imagine très bien son quotidien. On le voit très bien, entrer dans le grand espace vide de la grange, se tourner vers son band, taper le rythme au talon et remplir la salle d'accords de guitare et de sa voix lumineuse... Et on comprend que, public ou pas, la musique permet à Ray LaMontagne d'entrer dans un espace sacré, dans une dimension intérieure qui rendent son art unique, et son country-folk incroyablement stylé.

    (D'ailleurs, on peut croire sans peine que le prochain Ray est déjà sur le liste d'achats de chaque spectateur au spectacle, tant la première des deux nouvelles pièces interprétée était superlativement émouvante).

    Un mot rapide sur le groupe, les Pariah Dogs: un guitariste, une bassiste, un batteur, un joueur de lap-steel coiffé d'un couvre-chef à la Stevie Ray Vaughn. Solidité à tous les niveaux (bien que la sono ait transformé la basse en one-note bass), batterie à la fois fluide et solide, et une lap-steel exactement à mi-chemin entre la terre et le ciel, pas si loin des ambiances cinématographiques de Daniel Lanois, avec sans doute une assise country plus affirmée. Un groupe aussi à l'aise dans le folk céleste que dans un rock plus carré ou dans un blues-rock bien gras (dans lequel l'ami Ray nous a fait entendre de l'harmonica juste assez sale).  Avec un groupe aussi solide et soudé, Ray LaMontagne peut aller à la guerre.

    Alors, voilà. Moins de 90 minutes plus tard, c'était fini. J'ai vu Ray LaMontagne, et je vous dirais qu'il ne vous donnera guère sur scène plus que sur ses disques. Mais quand notre musique atteint ce niveau de qualité, ce n’est peut-être pas nécessaire.

    No-Frills Ray est son surnom, dorénavant.

    Voilà à quoi ça ressemble...




    Allez, parce que je vous aime bien, un lien vers un blogue très intéressant où vous pourrez entendre un duo entre Ray et une jeune artiste du nom de Rachael Yamagata. Avouez que c'est joli. Je parle de la musique, bien évidemment. Da...

    http://luxilluminates.com/wp-content/uploads/2009/11/Rachael+Yamagata.jpg