jeudi 31 janvier 2008

J'irai marcher sur vos tombes!

"It's time to put the corpse of what we know as the record industry in the ground and let some other beautiful things start to grow out of it"
- Peter Gabriel

mardi 29 janvier 2008

À la recherche du temps perdu

Extrait du dernier Rolling Stone:
There were complaints in certain online circles about the sound quality of In Rainbows downloads, but surprisingly, considering the sonic complexity of their own records, none of the members of Radiohead are audio geeks. "That sort of hi-fi sound-quality thing really annoys me," says Jonny Greenwood. "I was in London talking to a label guy once, and we got on to this subject, and I said hi-fi is just about middle-aged men trying to make music sound as good as it did when they were teenagers, and it never will. They'll never be as excited as they were when they first heard that music coming out of just one speaker. They'll never get that close to it again." Greenwood smiles sheepishly. "Later, I found out he's got this amazing record player and spends all of his time upgrading his system."

lundi 28 janvier 2008

Get real, Stereophile!

"Enough of your fantasy magazine. My system sounds great to me and my friends. My girlfriend won't be in next month's Playboy, but when we get together tonight I know she won't have staples in her belly."

Extrait d'une lettre de lecteur du magazine Stereophile, qui en a assez de lire des reviews d'enceintes à 40K$, pré-amplis à 18K$, etc.

samedi 12 janvier 2008

Congestion de basses, le son voodoo de Cassandra Wilson


Cassandra Wilson est sûrement la chanteuse de jazz contemporaine dont les disques me touchent le plus. Dès Blue Light 'Til Dawn, son premier album pour l'étiquette Blue Note (avec l'excellent Craig Street à la console), cette mixture complexe et sombre, quelque part entre le jazz le plus bluesy (manière Nina Simone) et un folk poussiéreux qui évoque Faulkner, porté par cette voix basse et riche, illuminé par un choix de matériel éclectique qui puisait autant dans le jazz que dans le folk-rock, le blues primitif et le rock, m'a fait découvrir une authentique originale, dont les disques ne ressemblent à rien d'autre, dont l'art est empreint d'originalité.

Son dernier disque, Thunderbird, avec T-Bone Burnett à la production, ajoute aux steels guitars, aux percussions et à la basse profondes des nappes de claviers et de samplings, pour créer un disque encore plus riche et chocolaté; les basses sont si congestionnées (deux batteries, contrebasse, percus, voix, claviers) que les petits systèmes pourraient bien ne hjamais en décanter la richesse exceptionnelle. D'autant plus qu'il y a eu compression dynamique au mastering: c'est un disque dense et lourd, un vrai travail de studio, une alchimie complexe des sens.

J'avais rebranché mes petites LS 3/5a (Rogers) pour les fêtes (espace oblige). Les Rogers sont un vrai joyau musical: ce sont des enceintes colorées, mais colorées avec un-je-ne-sais-quoi qui les rendent profondément musicales et... émouvantes. C'est dur à expliquer, et plusieurs attribuent leur pouvoir magique chez certains audiophiles par la suave tonalité des mid-hautes, là où la magie musicale réside selon plusieurs. Les basses sont surprenantes de tenue et de contrôle; pas de basses profondes, mais à l'audition, les Rogers émettent des basses plus fermes et plus présentes que mes Nirvana bass-reflex, qui ont pourtant un volume d'au moins quatre fois supérieur.

Comment s'y prennent-elles? Paraîtrait-il que c'est à l'aide d'une petite emphase sur les mid-basses (autour de 150 Hz) qui nous fait croire qu'elles ont plus de tonus que ce que leur volume suggérerait.

Mais ce petit stratagème peut causer des problèmes. Comme justement sur le Thunderbird de miss Wilson; les basses congestionnées se transforment en maëlström indigeste de fréquences lourdes dont on peine à dégager la voix chocolatée de la chanteuse.

Et à ce chapitre, des enceintes plus équilibrées comme les Nirvana deviennent largement supérieures aux Rogders.

Mais tout n'est pas qu'affaire de réponse de fréquences. Lorsque je mets Ma toune de "Bob Walsh", qui m'avait tant ému pendant les Fêtes avec mes Rogers, l'émotion est soudainement retombée; plus transparente, les Nirvana me permettent de mieux comprendre la diction de Bob Walsh; mais la "coloration" très british des Rogers me manque soudainement; j'entends tous les sons, mais la musique ne m'emporte plus avec autant de force.

mardi 8 janvier 2008

"Reverb" et vérité sonore

Son "live" ou son studio? Prise de son naturaliste (naturiste tant qu'à faire) ou alchimie studio?

Nos goûts en la matière peuvent être drôlement influencés par le système de son employé.

Ces derniers temps, je ne cesse de m'émerveiller devant les enregistrements de jazz de la fin des années '50, les enregistrements Rudy van Gelder, les productions Orin Keepnews, Blue Note... même les mono, qui ont plus de verve, de dynamique et de présence que bien des enregistrements récents!

Mais le disque que je trouve le plus sidérant de vérité acoustique ces temps-ci, c'est un live de Bob Walsh, enregistré au Vieux-Clocher de Magog en 1998. Quand j'entends "Ma toune", la voix et la guitare de Bob ont une telle qualité que j'en ai la chair de poule; le cliché: "il est dans mon salon" s'applique vraiment.

Un aspect du son qui joue beaucoup à mon avis et sur lequel je suis de plus en plus sensible, c'est la reverbération. Une réverbération "naturelle" semble jouer énormément sur l'illusion sonore d'être devant le performer. Des enregistrements des Doors des années '60 sonnent plus "naturels" que des enregistrements de Sting des années '80 (les Doors utilisaient une technique particulière pour l'écho, je ne me rappelle plus trop laquelle). Les enregistrements ECM comme The Ground de Tord Gustavsen, par l'emploi d'un écho naturel, ont une présence que je ne savais pas apprécier avant. Je ne sais pas quelle technique ECM emploie pour les drums, mais par rapport à d'autres labels comme Nonesuch (Mehldau), ils savent vraiment les faire sonner dans l'espace.. Comparez le dernier Paul Motian et le Day Is Done du Mehldau Trio par exemple! Nonobstant la musique, ce sont deux mondes sonores différents.

Je pensais à cela ce matin en écoutant Wanderlust sur le dernier Björk. Autant j'adore la musique de Björk, autant je trouvais sa voix malencontreusement "écrasée" dans l'espace sonore: je veux bien être pendu si le reverb sur sa voix est naturel. J'ai eu le même feeling en écoutant Feist sur son dernier disque: excellente musique, super-arrangements, brillantes compos, mais les voix, hyper-trafiquées par la prise de son, perdent de leur pouvoir expressif (Kate Bush aussi fait ça, The Red Shoes sonne horriblement pas naturel!)

Ce qui n'est pas le cas sur le dernier Cassandra Wlson où la voix est pleine, sonore, tridimensionnelle, riche. Un plaisir musical ET audiophile.

jeudi 3 janvier 2008

Keith Jarrett: le jazz libre

Ah oui, la vie est dure, on peut le dire. Nos chemins sont parfois des sauts de puces entre les obstacles, ou de pénibles sessions d'esquive... des tentatives de dialogue qui échouent, des aspirations qui ne trouvent plus leur écho, des spirales dans le malentendu, des dialogues ratés, avec des entrées de scène laborieuses et des sorties trébuchantes. Ah oui, nous sommes de petites imperfections dans le film chaotique d'un scénariste apparemment absent au drame.

C'est probablement lorsque la vie m'épuise émotionnellement que j'apprécie le plus les enregistrements live de jazz. Pourquoi? Probablement à cause de la liberté de pensée du jazz, parce que la voix du musicien y est la plus proche du dialogue libre, cris, chuchotements, déroulement de la pensée en circonvolutions avec dialogues incessants; transformation libre des thèmes qui se débarassent de leur carcans pour de longues minutes, étirant toutes leurs possibilités. Le jazz est la musique de la parole, de l'expressionnisme. Et bien sûr, presque tout le jazz a dans son ventre un fond de blues, un terreau de douleur qui communie avec la douleur.

Ce soir était donc un soir de jazz, et j'ai choisi l'enregistrement du trio de Keith Jarrett, Gary Peacock et Jack DeJohnette au Blue Note de New York pour aller ailleurs voir si j'y étais. Pour le plaisir de la complicité presque parfaite de ces trois vieux routiers qui portent à la fois un puits de sagesse et une fraîcheur de communication remarquable.

Et même si j'avoue que pour un soir de déprime l'énergie manique de Keith Jarrett peut être difficile à prendre, il faut bien avouer que la 4e plage (You Don't Know What Love Is/Muezzin) est un absolu de communication télépathique entre musiciens, un 20 minutes où tout se dissout pour se mettre au pas de la pulsation de DeJohnette, dans les conversations à voix basses de ces trois vieux mages qui ont vu neiger...

C'est un disque ECM, ce qui signifie, bien sûr, un excellent son; mais dans le contexte d'un live dans un club new-yorkais (et le Blue Note n'est vraiment pas grand), la réverbération si associée à l'étiquette allemande est absente et, par exemple, le son de la batterie est particulièrement punchée et ne manque pas d'impact.

(Aparté: j'aime bien la stéréophonie et la préfère au multi-channel; mais dans le cas d'un enregistrement live, particulièrement dans un petit club, je trouve toujours surréel que les applaudissements viennent de l'avant, alors que je suis dans l'audience! Dans ces moments, l'ambiance de moniteurs arrière me manque.)

Keith Jarrett At The Blue Note - Saturday- June 4th, 1994 - 1st Set
ECM 1577